MOBILITÉ RESTREINTE, MOBILITÉ ÉTENDUE

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Cet essai traite de la mobilité de l'homme en ville et dans la société. Porteuse d'information, la mobilité est de nature double : moyen d'atteindre des objectifs et, dans le même temps, d'en créer de nouveaux. Il en est de même pour la mobilité dans le cadre social. On avance selon des voies pré-établies et l'on en dévoile de nouvelles, parfois plus épanouissantes. Ces " deux fonctions " de la mobilité, à la fois contradictoires et complémentaires, transforment, respectivement, la ville et la société en " outils " et en "générateurs " d'activités. Le défi est d'explorer la conciliation de ces deux aspects de la mobilité au sein des cadres urbain et social contemporains.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
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EAN13 : 9782296273900
Nombre de pages : 144
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Mobilité restreinte, mobilité étendue

Collection Questions Contemporaines dirigée par J.P. Chagnollaud, A. Forest, P. Muller, B. PéquignotetD. Rolland

Déjà parus Henri-Géry HERS, Science, non-science etfausse science, 1998. Jean-Paul MEYER, Face au troisième millénaire, 1998. Jean-Paul GOUTEUX, La foi: une histoire culturelle du mal, 1998. Jean TERRIER, La dispersion de l'information, 1998. Charles DURIN, L'émergence de I 'humanisme démocratique, 1998. Lise DIDIER MOULONGUET, L'acte culturel, 1998. Jean LECERF, Chômage, croissance: Comment gagner? 1998. Pierre FROIS, Développement durable dans l'Union Européenne, 1998. Yann FORESTIER, La gauche a-t-elle gagné trop tôt?, 1998. Bruno GUIGUE, Aux origines du conflit israelo-arabe, 1998. André TIANO, Les pratiques publiques d'exclusion depuis la Révolution française, 1999. Robert BESSON, Quelle spiritualité aujourd'hui ?, 1999. Olivier DURAND, Le vote blanc, 1999. Patrick HUNOUT (éd), Immigration et identité en France et en Allemagne, 1999. André MONJARDET, Euthanasie et pouvoir médical, 1999. Serge MAHÉ, Propriété et mondialisation, 1999. Georges KOUCK, L'entreprise à l'école du non-lucratif, 1999. Bernard BARTHALA Y, Nous, citoyens des États d'Europe, 1999. Anne Marie GAILLARD et Jacques GAILLARD, Les enjeux des migrations scientifiques internationales, 1999. ARTIFICES, Art contemporain et pluralité: nouvelles perspectives, 1999. Pierre BERGER, L'informatique libère l'humain, 1999. Laurent GUIHERY, Economie du Fédéralisme quelle constitution fédérale pour l'Europe? Maxime TANDONNET, L 'Europe face à l'immigration, 2001.

Edward GRINBERG

Mobilité restreinte, mobilité étendue

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polyteclmique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torioo ITALIE

@L'Hannatlan,2001 ISBN: 2-7475-1693-8

A Henia

Avant-propos
Cadeau du ciel, son lieu d'origine demeure un mystère. Au mieux, on pourrait se l'imaginer comme étant un point. Un point brillant sur un fond noir. Ce lieu a un nom, même plusieurs. Tout peuple, toute civilisation, a son mythe, ses légendes, sa science le concernant. On le nomme en japonais Ma, en hébreu Halai hapanui, en esquimau Kaya Kaya, et tout dernièrement, "point de singularité", lieu du Big Bang. Nous aimons l'appeler "espace entre". Aussi: "rue". Car il est à la fois une séparation et un lien, une fin et un début. Un lieu entre le départ et l'arrivée. Rayonnante, la mobilité balaya l'espace, aida les étoiles à s'embraser et à éjecter des bulles ardentes, parmi lesquelles celle qui devint la planète bleue. Aussitôt que les volcans et les océans furent calmés et les conditions de vie assurées sur Terre, elle rétrocéda à ses habitants une dose de l'information qu'elle apportait, pleine de surprises et de mots codés.

Depuis ce moment, les terriens - bactéries, plantes, animaux, humains - oeuvrent péniblement pour son oeuvre à elle: un spectacle grandiose dont personne ne connaît le script. * Créés par la mobilité et par ce qu'elle nous apporte, nous nous sommes transmutés, partiellement, en matière. Comme si cette dernière était sa coagulation momentanée. D'ailleurs, avec un microscope assez puissant, on peut la voir sous la forme de nuages tourbillonnants: les atomes. Si l'on pouvait fabriquer un microscope bien plus puissant, révélant la structure intime des particules élémentaires, on ne verrait rien de plus qu'un vide. Ce vide est pourtant rempli de présences invisibles: bits d'information fonçant dans toutes les directions. La mobilité et ce qu'elle véhicule sont des entités fantômes; étant notre essence, elles échappent à notre entendement et ne se manifestent que par leurs effets. Arrivés de l' espace~ peut-être un jour nous y retournerons. Entre temps nous sommes là, sur terre, mobiles sans cesse, intérieurement ainsi qu'au sein de notre environnement, qui se meut lui aussi. Etant des êtres mobiles et pensants, qui analysent, qui qualifient et quantifient, nous avons donné des noms adéquats à toutes les formes du mouvement. Le plus courant est Energie et ses variantes, Force, Action, Acte, Interaction. Ces termes sont, à leur tour, subdivisés en des colonnes de verbes et de substantifs qui remplissent les pages des dictionnaires et les grammaires de toutes nos langues. Dans notre essai, nous allons associer le nom Mobilité avec celui qui désigne sa véritable nature, à savoir, Information.

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* Depuis le développement accéléré de la technologie informatique au milieu du siècle dernier et la confirmation scientifique que l'homme, en tant qu'espèce, est le résultat d'une information transmise par les gènes, l'importance de cette entité immatérielle, ayant pourtant des effets si tangibles, ne cesse de grandir. On peut facilement admettre qu'avec sa technologie florissante et ses applications pratiques, on est au seuil d'une nouvelle ère humaine. Aujourd'hui, l'informatique règne quasiment dans tous les domaines; introduite abondamment dans nos vies quotidiennes, elle est devenue l'outil principal de la recherche scientifique, allant de l'étude de l'infiniment petit jusqu'à l'exploration de l'univers. Mais qu'est-ce que l'''information'' ? Au-delà du fait qu'elle apporte des renseignements de toutes sortes et qu'elle peut être accumulée et transmise avec une rapidité fulgurante, elle demeure une énigme. En effet, son étude est souvent réduite à celles de ses supports et du sens qu'elle transmet. Comme s'il s'agissait d'une étude de la nature du distributeur automatique de billets de banque, sans se soucier d'étudier au départ comment distributeur et billets sont arrivés là. Sont-ils tombés du ciel? Ont-ils un fabriquant, un émetteur? Dans le cas de figure donné, les réponses à ces questions sont relativement faciles. Par contre, si nous nous interrogeons: «Qui, ou quoi, est le responsable du fait que nous pouvons concevoir des distributeurs de billets de banque ou de sites électroniques qui nous renseignent sur la Bourse, la météo, l'expansion de l'univers etc. ? », la réponse n'est plus aussi simple. C'est se demander, comme le fit Einstein: « Comment se fait-il

Il

que nous soyons aptes à connaître et concevoir quoi que ce soit sur notre monde? }) En effet, la réponse à cette question donnée par certains physiciens est si lourdement chargée des connotations métaphysiques que nombreux sont les scientifiques qui refusent de l'accepter: l'information est la capacité formatrice de notre conscience. Grâce à notre faculté de mettre en forme tout ce que nous percevons ou imaginons, nous pouvons nous questionner sur la nature des fourmis ou des galaxies et, même, la comprendre. Le monde, un véritable tohu-bohu sans cette faculté, est mis en forme, voir, in forma, grâce à la conscience, ce qui nous rend à la fois observateurs et participants de chacun de ses phénomènes. En tant que telle, selon cette vision, la conscience est un véritable champ de forces, agissant sur l'Univers, s'ajoutant à ceux déjà connus: champs de gravitation, d'électromagnétisme, de forces nucléaires. Il en est de même en ce qui concerne l'énergie: les recherches axées sur les rapports entre cette dernière et la conscience démontrent qu'au niveau du monde de l'infiniment petit la conscience est aussi une prodigieuse formatrice. Tout phénomène énergétique se manifestant dans ce monde prend une forme définitive grâce à l'œil observateurparticipant du scientifique. Afin de ne pas assumer d'emblée une attitude anthropocentrique, nous pouvons accepter que tout être vivant (et pourquoi pas non vivant?) possède la faculté in-formatrice. Dans un certain sens, toute entité faisant partie de l'univers est porteuse d'informations: émetteur et récepteur à la fois. Un processeur d'informations particulier, comme le magnétophone, la chute d'eau, la bactérie, le rocher, l'éléphant. Assumant ce rôle central, le domaine informatique transformerait de facto les sciences physiques en des 12

sciences des récepteurs et émetteurs d'informations; la physique, l'astrologie, la biologie, les sciences humaines, la science politique etc., ne seraient dorénavant que des études élaborées de la nature et de l'évolution des moyens, animés ou non, de la transmission et de la réception de l'information dans tous ces domaines. * Information et mobilité forment une paire. Dotés, à des degrés différents, de capacité motrice, les êtres vivants interagissent avec leur environnement afin de capter de l'information. Les mieux munis d'une telle capacité deviennent les maîtres potentiels de leur milieu: capables de l'explorer à leur guise et d'accumuler le maximum de données pratiques. Depuis l'Antiquité, les moyens naturels de mobilité de l'être humain sont assistés par des moyens artificiels. La roue, l'animal domestique, le carrosse, le bateau l'ont rendu progressivement plus mobile et plus explorateur. Avec l'avènement de l'ère industrielle, la locomotive, le paquebot, et plus tard la voiture, l'avion, les fusées, ont fait de l'homme industriel le maître de la terre, des océans, des peuples. Et voici arrivée la télécommunication garantissant à l'homme moderne sa présence virtuelle sur les cinq continents. Conjointe au numérique, le prodige de la technologie binaire, la mobilité humaine y trouve son support quasi idéal. La vitesse de transmission et de stockage de tout ce qui est apte à être numérisé fait de la télé mobilité, porteuse de contacts virtuels, la deuxième "main invisible" qui se joint à celle visionnée par Adam Smith.

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Il reste à savoir quel type d'informations cette forme de mobilité, sans précédent dans les annales de l'homme, capte et transmet. Or nous sommes persuadé que l'entité "information" n'est pas un phénomène isotrope. A part le fait qu'elle soit conditionnée par la nature de son "support", son mode de transmission et ses exploitants, l'information/formation a deux aspects foncièrement différents et conflictuels. Leur différence essentielle réside dans la structure des messages envoyés, plus précisément dans l'ampleur de l'intervalle spatial, temporel et mental qui sépare les bits d'information transmis, ainsi que les composantes de son support. Incontournable dans tous les phénomènes physiques et mentaux, cet espace entre expose la transmission à des interférences et à des mutations; son "rétrécissement", par contre, assure une transmission quasiment intacte. En d'autres termes, les deux aspects de l'information se différencient par le fait que l'un représente une information ciblée et ainsi foncièrement restreinte dans sa trajectoire, tandis que l'autre, étant étendu et pas encore "mis en forme", constitue un champ d'informations potentiel. Cette différence fondamentale joue un rôle majeur
dans la formation

- via

l'information

- de

l'homme,

mais

aussi dans celle de son cadre urbain et social. Le premier de ces deux aspects mène à la hiérarchisation et à l'uniformisation physique ou sociale, tandis que le second contrebalance cette tendance en ouvrant des pistes nouvelles vers la diversification. Selon la prédominance de l'information restreinte ou étendue, les données captées et émises par I'homme le rendraient capable ou pas de transformer l'aspect utile de sa mobilité en celui générateur de nouveaux bits d'informations.
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