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Modernité du corporatisme

De
185 pages
L'auteur nous livre ici une réflexion stimulante sur la signification de la persistance et de l'amplification du phénomène corporatif, en s'efforçant d'échapper aux jugements de valeur simplistes récurrents le concernant.Insistant d'abord sur l'importance de la dimension identitaire de la crise "multipolaire" du monde du travail, Jacques Capdevielle met en relation le corporatisme avec la réapparition des identités de métier depuis plus d'une dizaine d'années. Puis, s'attardant plus particulièrement sur le détail des événements de 1986-1987 et de 1995, l'auteur entend montrer en quoi ce retour du corporatisme est un processus en renouvellement, qu'on ne saurait lire de façon univoque : au milieu des années 1980, il faisait écho au "silence des responsables politiques qui caractérise notre modernité" ; avec le mouvement de 1995, un nouveau cycle idéologique s'ouvre, où l'on voit les interrogations d'habitude implicites (notamment sur le rôle de l'État) se transformer en "questions sociétales explicites adressées au pouvoir politique ".Dès lors, J. Capdevielle s'interroge sur l'avenir du corporatisme, et notamment remet en cause son caractère supposé d'"exception française". Il voit dans les événements de Seattle un réveil des sociétés civiles contre l'auto-légitimation de la mondialisation, et constate à l'échelle internationale une re-légitimation générale des intérêts particuliers. Le regain du corporatisme se traduirait pour l'avenir par un élargissement inédit de l'espace public. La vertu du corporatisme, remarque l'auteur, est d'agir comme un révélateur des manques politiques.
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Jacques Capdevielle
Modernité du corporatisme
2001Présentation
L'auteur nous livre ici une réflexion stimulante sur la signification
de la persistance et de l'amplification du phénomène corporatif, en
s'efforçant d'échapper aux jugements de valeur simplistes
récurrents le concernant. Insistant d'abord sur l'importance de la
dimension identitaire de la crise "multipolaire" du monde du travail,
Jacques Capdevielle met en relation le corporatisme avec la
réapparition des identités de métier depuis plus d'une dizaine
d'années. Puis, s'attardant plus particulièrement sur le détail des
événements de 1986-1987 et de 1995, l'auteur entend montrer en
quoi ce retour du corporatisme est un processus en
renouvellement, qu'on ne saurait lire de façon univoque : au milieu
des années 1980, il faisait écho au "silence des responsables
politiques qui caractérise notre modernité" ; avec le mouvement de
1995, un nouveau cycle idéologique s'ouvre, où l'on voit les
interrogations d'habitude implicites (notamment sur le rôle de l'État)
se transformer en "questions sociétales explicites adressées au
pouvoir politique ". Dès lors, J. Capdevielle s'interroge sur l'avenir
du corporatisme, et notamment remet en cause son caractère
supposé d'"exception française". Il voit dans les événements de
Seattle un réveil des sociétés civiles contre l'auto-légitimation de la
mondialisation, et constate à l'échelle internationale une
relégitimation générale des intérêts particuliers. Le regain du
corporatisme se traduirait pour l'avenir par un élargissement inédit
de l'espace public. La vertu du corporatisme, remarque l'auteur, est
d'agir comme un révélateur des manques politiques.Copyright
© Presses de Sciences Po, Paris, 2012.
ISBN numérique : 9782724688368
ISBN papier : 9782724608441
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Introduction. De l'hiver 1986 à l'après-Seattle
Chapitre 1. Un monde du travail éclaté, en manque de repères
identitaires
L’éclatement des bastions syndicaux traditionnels
Les cadres « décrochent »
L’impact des divisions syndicales et politiques
L’impuissance affichée des représentants politiques et le
brouillage du clivage gauche/droite
Dilution et renforcement du pouvoir économique dans
l’entreprise
Chapitre 2. Le métier : de l'oubli à sa réhabilitation
Le métier déserté par les syndicats
Le point de vue patronal : l’employabilité contre le métier ?
Anciens et nouveaux métiers : la permanence des référents
Le métier : une référence identitaire répandue
Chapitre 3. 1986 : « l'hiver des corporations et de la
politique »
La grève des cheminots de l’hiver 1986-1987 : « le mai 68 de la
SNCF »
La patience paradoxale des usagers
Le phénomène des coordinations comme révélateur et comme
écran
Chapitre 4. 1995 : de la crispation corporative aux questions
sociétales
Les prolégomènes politiques du mouvement
Le 10 octobre : un avertissement corporatif accepté dans
l’opinion
Novembre-décembre : un corporatisme ostensible et fédérateur
Des questions sociétales
Un mouvement sans lendemain ?Chapitre 5. Seattle et ses suites : l'entrée dans un nouveau
cycle politique
La figure emblématique de José Bové
Vraies et fausses raisons de l’échec de Seattle
Les suites de Seattle
Conclusion. Des refus corporatifs face à une mondialisation
délégitimée
Des mouvements corporatifs ou sectoriels élargis à l’échelle
internationale
Une légitimité étatique incontournable et dépassée ?
Une re-légitimation des refus sectoriels ou corporatifsIntroduction. De l’hiver 1986 à
l’aprèsSeattle
[1]Déjà dans les années 1980, le regain de corporatisme que l’on observe
en France est souvent associé à l’immobilisme, au repli sur soi, à
l’égoïsme d’intérêts particuliers sourds à l’intérêt général, au refus
d’admettre l’évidence : un monde en mouvement. Aujourd’hui comme
hier, la revendication corporative évoque volontiers la figure du typographe
arc-bouté sur ses avantages acquis et refusant le progrès technique.
[2]Le corporatisme a mauvaise presse un peu partout dans le monde mais
plus particulièrement chez nous, comme en témoignent pour la période
récente les commentaires et les interprétations du conflit social de l’hiver
1995. L’été précédant ces grèves, Alain Madelin – éphémère ministre des
Finances dans le gouvernement d’Alain Juppé – avait suscité un profond
mécontentement chez les salariés du secteur public, en dénonçant leurs
« privilèges » et des effectifs en surnombre. Le 20 septembre 1995, Alain
Juppé lance un débat sur l’avenir de la protection sociale et des retraites,
qui doit déboucher à la mi-novembre sur un vote du Parlement. L’objectif
déclaré est d’achever la réforme engagée par Édouard Balladur en 1994,
notamment en allongeant la durée de cotisation des fonctionnaires et des
agents du secteur public. La réaction des personnels concernés est
immédiate ; la défense de la spécificité de leurs régimes de retraite et des
avantages qui s’y rattachent est une motivation essentielle pour
comprendre l’importance de la mobilisation des agents de la SNCF, de la
RATP ou d’EDF, dès le 10 octobre puis en novembre-décembre. S’il est un
mouvement social éminemment corporatif dans ses prémices, c’est donc
bien celui-ci. Ceux qui critiquent ces grèves, à gauche comme à droite, ne
manquent pas de souligner cette dimension, ce qui paraît logique. En
revanche, il est plus surprenant de constater que ceux qui les approuvent
les rejoignent dans cette critique : ils nient purement et simplement la
présence pourtant indiscutable de cette dimension. Comme si cette origine
honteuse suffisait à discréditer un mouvement social salué par ailleurscomme le plus important depuis 1968, un mouvement qui va indirectement
provoquer un changement inattendu de majorité parlementaire.
« Les » corporatismes vont être une fois encore dénoncés, ce recours au
pluriel signifiant que les revendications ainsi mises en avant ne sauraient
être agrégées et satisfaites sans mettre en péril les équilibres économiques
et sociaux existants. La référence au singulier de l’exclusion répond
généralement à cette conjugaison au pluriel des corporatismes, avec une
relation de causalité plus que suggérée entre les deux termes : face aux
appels au partage du travail, ce bien devenu rare, les égoïsmes corporatifs
sont rendus en partie responsables de l’exclusion, ce risque universel
auquel chacun de nous – jeune ou vieux, homme ou femme, ouvrier, cadre
[3]supérieur ou profession libérale – peut être confronté demain .
On ne saurait pourtant s’en tenir à ces critiques récurrentes généralement
[4]portées par certains journalistes ou par des hommes politiques, en
particulier lorsque ces derniers occupent le pouvoir et qu’ils se heurtent à
des résistances corporatives. Face à cette réprobation unanime, le
jugement des chercheurs – historiens, sociologues ou politologues – est en
revanche beaucoup plus nuancé, au moins dans la première moitié des
années 1980.
Un rappel doit être fait ici : les études concernant le corporatisme se
développent vers la fin des années 1970 dans les milieux de la recherche
anglo-américaine, les chercheurs français se montrant longtemps « rétifs
[5]au spectre du corporatisme ».
C’est en effet un historien américain, William H. Sewell, qui s’attache à
démontrer la continuité de l’idéal corporatif – à travers l’Ancien Régime, la
Révolution et la première moitié du XIXe siècle – au prix de transformations
[6]profondes de son contenu . De fait, les « gens de métier » – charpentiers,
ébénistes, imprimeurs, tailleurs, etc. – vont rester à l’avant-garde du
mouvement ouvrier sous le Second Empire et ils seront à l’origine de la
matrice du mouvement syndical moderne sous la Troisième République.
En 1979, ce sont deux politologues, Philippe Schmitter et Gerhard
Lehmbruch, qui entendent réhabiliter l’idée corporative en voyant dans ce
qu’ils appellent le « néo-corporatisme », un mode de régulation des
pressions des groupes d’intérêts que le système pluraliste parlementaire et
[7]partisan ne peut plus assurer . En 1981 dans son introduction à l’ouvrage
collectif déjà cité et consacré aux développements du corporatisme dans
les pays d’Europe de l’Ouest, Suzanne Berger aboutit à des conclusions
identiques. Elle souligne en effet, au-delà de la diversité des contributionsréunies, un constat qui leur est commun : le renforcement du corporatisme
observé un peu partout dans les démocraties occidentales, en Europe
comme en Amérique du Nord, se nourrit des dysfonctionnements des
instances traditionnelles de la régulation politique que sont les Parlements et
[8]les partis .
La communauté scientifique française rejoint ce débat au début des années
1980. La référence au corporatisme est ainsi directement ou indirectement
présente dans la majorité des interventions de la table ronde consacrée à
« la représentation », à l’occasion du deuxième congrès de l’Association
française de science politique qui se tient à Grenoble en janvier 1984. Dans
sa thèse de sociologie publiée l’année suivante, Denis Segrestin nous met à
son tour en garde vis-à-vis des préventions qui entourent le corporatisme.
Il craint que le débat ne se réduise à la dénonciation d’« un risque universel
[9]d’enfermement sur les intérêts particuliers ». Pour cet analyste, si la crise
économique et sociale engendre souvent un repli sur un individualisme
grandissant – Albert Hirschman parlerait de « défection » –, dans certains
cas elle restaure à l’inverse une identité collective immédiate à travers le
métier. Denis Segrestin constate que cette identité de métier peut alors
s’enfermer dans une crispation sur la défense des avantages acquis, mais
qu’elle peut aussi contribuer à un renouvellement des lieux et des enjeux de
la négociation.
Appréhendant deux ans plus tard le corporatisme à partir de son rôle dans
les politiques publiques impulsées pendant les années de croissance, Bruno
Jobert et Pierre Muller le rejoignent sur ce dernier point : les corporatismes
[10]ont souvent été les vecteurs de la modernisation de la société française .
Présentant une partie des travaux réalisés dans le cadre de la Mission sur la
modernisation de l’État confiée par François Mitterrand à Blandine
BarretKriegel, Dominique Colas revient sur la conception hégélienne de l’État
moderne et se livre à une défense vigoureuse du corporatisme. Pour lui, le
corporatisme n’est compréhensible qu’au regard de « la difficulté
d’organiser conjointement universel et particulier », et « la condamnation
moralisatrice de la propension des groupes à rechercher leurs avantages
propres relève d’une bonne conscience simplificatrice qui s’emploierait
mieux à déterminer les moyens d’une meilleure visée de l’universel.
Dénoncer tout particularisme, tout corporatisme, c’est refuser aux
individus une existence concrète, aux groupes une sphère où se déployer
[11]effectivement ». Plusieurs contributions présentées dans cet ouvrage
vont dans le même sens que Bruno Jobert et Pierre Muller : le« corporatisme à la française » a, dans un certain nombre de cas, été un
facteur contribuant à l’entreprise de modernisation économique et sociale
conduite par l’État.
Paradoxalement, ces interrogations vis-à-vis du corporatisme disparaissent
[12]des préoccupations de la communauté scientifique dans les années 1990 ,
alors même qu’en cette fin de siècle, qu’on le déplore ou qu’on s’en
félicite, la persistance et l’amplification du phénomène corporatif sont
pourtant évidentes. Il est vrai que, depuis le milieu des années 1980, les
marges de manœuvres des uns et des autres se sont réduites : les
restrictions budgétaires et la compétition économique permettent de moins
en moins à l’État et aux employeurs de satisfaire des revendications
corporatives en échange de la participation des groupes concernés à la
mise en place de réformes professionnelles. De plus, la fin de l’inflation
n’autorise plus une digestion en douceur des contreparties financières
[13]accordées . Des infirmières aux routiers, en passant par les cheminots,
les employés de banque ou les producteurs de roquefort, presque tous les
mouvements revendicatifs des deux dernières décennies trouvent leur
origine dans un malaise propre à un métier, à une profession, et campent
généralement sur une position de refus « protestataire » qui, pour certains
[14]observateurs étrangers, serait propre à la France . Réactions légitimes de
secteurs défendant leurs avantages acquis ou combats d’arrière-garde face
à une évolution irréversible ?
De nombreux salariés, y compris dans le privé, bénéficient d’avantages
différentiels et relatifs, liés à leur ancienneté ou à la spécificité de leur
insertion professionnelle. Dès lors qu’ils s’opposent à leur remise en cause,
[15]ils sont facilement taxés de corporatistes . Cette dénonciation abusive
finit par se retourner contre ceux qui l’émettent. Elle explique en partie
l’étonnant capital de sympathie dont la plupart des conflits, y compris les
plus corporatifs, vont bénéficier dans l’opinion, au point qu’on a pu parler
à cet égard de « grève par procuration ».
Par ailleurs, cette acceptation partagée, voire cette valorisation de la
défense de la profession – y compris de la profession des autres, y
compris encore de professions perçues comme plutôt privilégiées – renvoie
aussi au brouillage généralisé des repères qui organisaient traditionnellement
le monde du travail. Éclaté dans des statuts diversifiés, ayant de plus en
plus de mal à se situer dans une entreprise aux frontières incertaines, se
sentant au mieux ignoré et au pire trahi par ses représentants syndicaux et
politiques, le monde du travail est en quête de sens et d’identité. C’est dans

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