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Modernité insécurisée

De
472 pages
L'incertitude, l'imprédictibilité, le danger, la peur, la violence, la défiance, le clientélisme qualifient les sociétés au XXIe siècle. Les cadres de vie et les principes de la sécurité des populations sont affectés. Concept opératoire, la Modernité Insécurisée rend compte du fait d'être moderne dans un contexte globalisé d'insécurité culturelle, économique, sociale, politique et climatique. L'ouvrage pointe le caractère inédit et dynamique des pratiques des populations confrontées à la survie.
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Anthropologie des conséquences de la mondialisation
Charlotte   Bréda, Marie   Deridder,  Pierre-Joseph   Laurent (dir.)
 
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C o l l e C t i o n « Investigations d’anthropologie prospective »
Déjà paru :
1.
2.  
Implications et explorations éthiques en anthropologie , 2011. Kali A rgyriAdis , Stefania C Apone , Renée d e  lA  t orre  et André m Ary , Reli-gions transnationales des Suds. Afrique, Europe, Amériques , 2012.
INVESTIGTAIONS DANTHROPOLOGIE PROSPECTIVE
LA MODERNITÉ INSÉCURISÉE Anthropologie des conséquences de la mondialisation
Charlotte Bréda , Marie Deridder  et Pierre-Joseph Laurent (dir.)
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Photo de couverture : « Espoir d'être embarqué », port de Furna, Brava, Cap-vert, sept. 2005, P.-J. Laurent.
Mise en page : CW Design
D/2012/4910/52
© Academia-L’Harmattan s.a. Grand’Place, 29 B-1348 L ouvain -la -neuve
ISBN : 978-2-8061-0091-7
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
www.editions-academia.be
Introduction
Charlotte  B réda , Marie  d eridder ,  Pierre-Joseph  L aurent
Ce livre relate les conséquences de la globalisation 1 qui induit la reformulation des tissus sociaux et culturels à l’aune des enjeux contemporains. Les bouleversements des sociétés et des modes de sécurisation des populations n’ont jamais été aussi rapides que depuis dix ans. L’urbanisation se généralise. Les disparités entre les différentes couches sociales se creusent. Le plus souvent en conflits ouverts avec les populations locales, des firmes interna tionales rivalisent, d’une part, pour décrocher les droits d’exploi tation des ressources minires et pétrolires générant des fortunes colossales réservées à une élite, et, d’autre part, pour accéder aux derniers vastes espaces agricoles et forestiers de la plante consi dérés comme libres d’occupation, selon leur conception néolibé rale généralisant la propriété individuelle comme seul mode d’appropriation de l’espace. Les changements climatiques obli gent des pans entiers de populations à modifier leur mode de vie et/ou à se déplacer, rejoignant ainsi le sort des réfugiés politiques, nouvelle catégorie sociale produite par l’enlisement des multiples conflits traversant le monde et la mise en place de l’aide humani taire par les organisations internationales (Agier, 2002). La liberté
1. Le terme « globalisation » provient de globalization , un vocable anglais produit depuis les ÉtatsUnis et généralement traduit en français par « mondialisation ». Dans le cadre de cet ouvrage, globalisation et mon dialisation doivent être considérés comme des notions interchangeables.
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des marchés supposés autorégulés par la « main invisible » d’Adam Smith se traduit, pour nombre d’États du Sud, « en termes d’ouver ture régulée à l’exploitation internationale de leurs ressources, qu’elles soient naturelles, culturelles ou humaines » (De Lame, Mazzocchetti, 2012 : 10). Cette configuration peut conduire au renforcement autoritaire des États. Pour une grande majorité des populations, ces transformations économiques, politiques, socia les et culturelles, ainsi que les situations de violence qui les accompagnent, ont pour conséquences des formes quotidiennes d’insécurité et une augmentation significative des flux migratoi res qu’ils soient « choisis » ou forcés. Loin de l’idéal démocratique rêvé par l’Occident pour le reste du monde, ces constats se rapportent à l’émergence d’une forme de capitalisme dérégulé où se côtoie une minorité s’accaparant les biens et les richesses et une grande majorité précarisée, de plus en plus reléguée dans des logiques de survie, de débrouille, confrontée à la violence, la partialité de l’État, la défiance et la peur, comme autant d’éléments qui composent le lien de société. Les conséquences de ces phénomnes sur les principes de la vie commune et sur la gouvernementalité induisent des transforma tions majeures qui sont tour à tour abordées dans les études ras semblées dans ce volume à partir d’ancrages empiriques solides. Cet ouvrage vise à établir un « diagnostic d’époque » (Martuccelli, 2010). Dans un contexte néolibéral globalisé en crise, il questionne la nature des relations entre les groupes de popu  lations et un Étatnation affaibli, de plus en plus défaillant en matire de protections sociales et économiques, induisant d’im portants bouleversements des cadres de vie, des êtres au monde et du fairesociété. Les phénomnes de mondialisation ne sont ni récents ni l’apanage de l’Occident. Certains de ses traits furent étudiés dans des travaux pionniers tels que ceux de G. Balandier et R. Bastide. À travers ce qu’il a appelé la « situation coloniale », G. Balandier a mis en exergue que la rencontre entre les cultures est avant tout inégale (Balandier, 1951). En décrivant l’histoire marquante du déracinement et de la traite esclavagiste transatlantique à partir de Salvador de Bahia (Brésil), R. Bastide (voir notamment Bastide, 1955) a mobilisé le principe de coupure qui rend compte des
phénomnes de résistance, de ruse et d’insoumission par la sau vegarde des formes intimes d’un systme de pensées malgré les conditions extrêmes d’existence de ces populations déplacées et asservies. Toutefois, audelà de ces situations singulires de contact, si, comme le suggre J.L. Amselle, on postule que « toute société est métisse et que le métissage est le produit d’entités déjà mêlées, renvoyant à l’infini l’idée d’une pureté originaire » (Amselle, 2000 : 210), la globalisation ne se résume pas à une homogénéisation ou une uniformisation du monde prenant la forme d’un simple processus d’occidentalisation du monde. Au contraire, elle évoque un phénomne plurivoque, multiple, poly centré, contradictoire, paradoxal, et déjà ancien. Des travaux comme ceux de J. Assayag (1998, 2005, 2007) ou de C. Piot (1999) ont démontré qu’il n’avait jamais existé de sociétés closes, anhis toriques, échappant aux différents flux qui ont, de tout temps, traversé les diverses contrées de la plante. Au contraire, il est clairement établi la porosité et la (relative) plasticité des sociétés. Cellesci sont le produit d’une histoire. Rappelons brivement que l’idée de sociétés closes et anhis toriques provient directement de la construction historique de l’anthropologie comme discipline qui, initialement, afin d’échap per aux tentations évolutionnistes de ses débuts, étudiait les sociétés dites primitives » et/ou « exotiques » comme des « huis « clos anthropologiques » selon l’expression de J.L. Amselle (2000). Ce point de départ a ainsi, d’une part, introduit le clivage entre « soc iétés primitives » et « sociétés modernes » dont, encore aujour  d’hui, l’anthropologie a parfois du mal à se départir, et, d’autre part, est responsable de la déshistoricisation des sociétés. À la différence, les études présentées dans cet ouvrage intgrent une perspective historique forte afin de sortir de cette double impasse, tout en cherchant à mettre en évidence les changements sociaux observés. Si l’optique adoptée dans cet ouvrage n’est pas de poser la globalisation en termes de rupture, il nous apparaît toutefois important de considérer l’ampleur et la radicalité des transforma tions contemporaines. Depuis le tournant amorcé dans les années 1990 suite au nouveau contexte géopolitique postguerre froide symbolisé par la chute du mur de Berlin, il semble que les grands
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flux de la globalisation n’épargnent presque plus personne ds lors que « la constitution d’un marché intégré de capitaux, le triomphe du néolibéralisme s’imposant dans le monde postin dustriel comme dans les pays en développement ont transformé durablement la donne » (Abéls, 2012 : 8). Les phénomnes de globalisation et leurs conséquences jusqu’au niveau le plus micro local imposent une réarticulation singulire entre les différents échelons micro, méso et macro que l’anthropologie ne peut pas négliger. Ce dernier aspect correspond à une « mutation anthro pologique majeure » (Abéls, 2012 : 8) qui se donne à voir notam ment dans l’extension de la sphre de l’économie de marché à l’ensemble des territoires de la plante et des secteurs de la vie humaine dont le culte de la mise en scne désirable de soi, de la réussite personnelle exacerbant la compétition, les défis et les rivalités, ainsi que dans les Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) comprenant notamment les déve loppements d’internet, la généralisation de la télévision par satel lite et les processus de communication de masse. Ces révolutions du début de xxi e sicle reformulent la place des médias qui forgent  les opinions publiques et qui participent à une « ouverture des imaginaires sans précédent » (Mazzocchetti, 2009 : 22 ; voir aussi Appadurai, 2005). Elles permettent, de plus en plus aisément, de s’informer et d’informer induisant ainsi une densification, une mas sification de l’information tout en produisant également une mul ti tude de discours ready-made  qui questionnent la pratique du métier d’anthropologue en contexte globalisé 2 . Pour saisir ces multiples transformations, il apparaît nécessaire d e modifier la focale du regard anthropologique en y incluant la dynamique des réseaux. Ce positionnement permet d’intégrer la question de la globalisation à la réflexion anthropologique en considérant les rapports de force, de pouvoir, de domination et 2. Les conséquences épistémologiques et méthodologiques de la mondialisation (dont l’impact des NTIC) sur la pratique de l’anthropologie font l’objet d’un travail collectif en cours, initié conjointement avec l’unité d’anthropologie de la University of CaliforniaIrvine. L’un des moments for ts de cette collaboration sera la chaire Singleton organisée à LouvainlaNeuv e en mai 2013 précisément sur ces questionnements et feront l’objet d’une publication future.
les hégémonies sans pour autant tomber dans le biais idéologi que de l’impérialisme occidental. Ceci pose alors la question de l’altérité radicale qui a été d’emblée placée au cœur de la disci pline anthropologique ds sa naissance. Comment se reformule telle, se reconstruitelle ? Atelle encore lieu d’être postulée et dans quelles conditions ? Comment envisager le questionnement anthropologique à travers d’autres catégories sans pour autant sonner le glas de la discipline ?
 Aborder les phénomènes de globalisation par le bas ? Une anthropologie de la modernité insécurisée
Les transformations contemporaines dues à la globalisation questionnent le projet moderne. De nombreux auteurs en ont déjà  montré les limites. Pour certains, il n’aurait jamais été pleinement réalisé (Latour, 1991) tandis que pour d’autres : « Nous ne sommes pas allés audelà de la modernité, mais nous vivons précisément une période de radicalisation de cette modernité » (Giddens, 1994 : 12). L’incertitude, l’imprédictibilité, les tensions, le danger, la peur et la violence seraient alors devenus des attributs inextricablement liés à cette modernité radicale. U. Beck considre ainsi qu’au cen tre des communautés réside la peur comme produit de la société moderne (Beck, 2001 : 135), si bien qu’elle deviendrait le mode d’appréhension du monde. Ds lors, « la gestion de la peur e t de l’incertitude devient même une qualification culturelle essen tielle »  (Beck, 2001 : 139). Quant à A. Giddens, il ajoute à la peur la notion de défiance pour décrire les attitudes émergentes d’un état d ’« insé curité ontologique » (Giddens, 1994 : 100). Dans les agen cements singuliers qu’elles peuvent adopter, peur, insécurité, incer titude et défiance sont autant de caractéristiques de la modernité insé curisée. La modernité insécurisée doit avant tout être comprise comme un concept opératoire, un outil à penser le projet moderne pris dans les logiques de globalisation. Profondément ancré dans l’empirie, ce concept a progressivement émergé à partir d’une
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