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MONDIALISATION ET IDENTITE

De
214 pages
La rencontre des cultures est une réalité quotidienne dans le monde d'aujourd'hui. Pourtant celle-ci fait débat entre tenants de l'ouverture culturelle et partisans du repli. Pour les pays orientaux (Inde, Chine, Vietnam, Japon…), la question du choix d'un avenir s'est souvent confondue avec celle de l'acceptation ou du refus du « modèle occidental ». A l'heure de certains choix, une certaine « orientalisation » pourrait-elle désormais, largement inspirer l'Occident ?
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Mondialisation et identité

Les débats autour de
l’occidentalisation et de l’orientalisation
e e (19 - 21 siècles)








Thierry MARRES (ed.)



RENCONTRES ORIENT-OCCIDENT
11


Mondialisation et identité
Les débats autour de l’occidentalisation
et de l’orientalisation
e e(19 - 21 siècles)



eActes du 10 colloque international de l’Espace Asie
Thierry MARRES (ed.)





Louvain-la-Neuve 2008






OUVRAGES PARUS DANS LA MEME COLLECTION :



e10. Entre puissance et coopération. Les relations diplomatiques Orient-Occident du 17 au
e20 siècle
9. De l’Orient à l’Occident et retour. Perceptions et représentations de l’Autre dans la littérature et
les guides de voyage
8. Images de la Chine à travers la presse francophone européenne de l’entre-deux-guerres
7. La diplomatie belge et l’Extrême-Orient. Trois études de cas (1930-1970)
6. Passeurs de religions : entre Orient et Occident
5. Droits humains et valeurs asiatiques. Un dialogue possible ?
4. Perception et organisation de l’espace urbain. Une confrontation Orient-Occident
3. The Korean War : A eurasian perspective
2. Individu et communauté. Une confrontation Orient-Occident
1. La mort et l’au-delà. Une rencontre de l’Orient et de l’Occident





D/2008/4910/35 ISBN 978-2-87209-921-4
© Bruylant-Academia s.a.
Grand-Place 29
B- 1348 Louvain-la-Neuve

Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés
pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.

Imprimé en Belgique
www.academia-bruylant.be





Table des auteurs
Tai lin CHANG, politologue, professeur à l’Université nationale de Chengchi,
Taiwan

Philippe CORNU, ethnologue, chargé de cours à l’Institut national des langues et
civilisations orientales, président de l’Université bouddhique européenne (Paris)

Pierre-Henry DE BRUYN, sinologue, professeur à l’Université de La Rochelle

Micheline LESSARD, historienne, professeure à l’Université d’Ottawa (Canada)

Éric MARIÉ, historien, spécialiste de médecine traditionnelle chinoise et de bio-
logie de l’Université de Lausanne, Institut universitaire d’Histoire de la médecine
et de la santé publique

Thierry MARRES, philosophe, professeur à la Haute École Galilée (Bruxelles)

Willy VANDE WALLE, japanologue, professeur à la Katholieke Universiteit te
Leuven

YANG Shen, philosophe, professeur à l’Académie des sciences sociales, Pékin
















Remerciements

Ce livre a bénéficié du soutien du FNRS, de la Faculté de philosophie et lettres (UCL), du Départe-
ment d’histoire (UCL), de l’Unité d’histoire contemporaine (UCL) et du Bureau de représentation de
Taipei à Bruxelles. Il n’aurait cependant pas vu le jour sans un certain nombre de concours, dont
celui de Madame Françoise Mirguet qui en a relu les épreuves et nous a fait bénéficier de toutes ses
compétences en matière de mise en page. Que tous trouvent ici l’expression de nos plus vifs remercie-
ments.



.


Sommaire
Table des auteurs


Sommaire


Introduction
Thierry MARRES


Mondialisation et identité. Introduction aux débats
Thierry MARRES


Le Japon de l’ère Meiji.
Identité, modernisation, occidentalisation
Willy F. VANDE WALLE


Modernisation ou occidentalisation. La notion de la démocratie en Chine
de 1895 à 1911
Tai-Lin CHANG


La Chine et l’occidentalisation. Histoire et débats. Autour des années 1930
YANG Shen


Pham Quynh et la promotion du quôc ngu au Viet Nam
Micheline LESSARD


L’Occident à la découverte du Bouddhisme
Philippe CORNU
Médecine chinoise. Facteurs d’acceptation et de rejet en Occident
e au 20 siècle
Éric MARIÉ


Une connaissance des doctrines religieuses chinoises peut-elle contribuer
au développement économique de la Chine et à un monde globalement plus
harmonieux ?
Pierre-Henry DE BRUYN


Table des matières
Introduction
Thierry MARRES
Pour nombre de peuples et de nations d’Afrique, d’Amérique et d’Asie, l’Europe au
e19 siècle est à la fois l’ennemi et le modèle à suivre. En ce siècle de révolution in-
dustrielle, l’Europe est, en effet, partie ou, plus exactement, repartie à la conquête du
monde. Le Congrès de Berlin en 1885 s’achève sur le partage de l’Afrique entre les
grandes puissances européennes qui se taillent de véritables empires. L’Asie et
l’Océanie ne sont pas en reste, qui voient elles aussi l’émergence de grands empires
coloniaux, qu’ils soient français dans le sud-est asiatique, hollandais avec les Indes
néerlandaises ou britannique dans le cadre notamment du vaste Empire des Indes
qui s’étend des confins de l’Afghanistan à ceux de la Birmanie. Seuls quelques pays,
comme la Thaïlande et le Japon, parviennent à maintenir une indépendance fragile
ou à opposer un refus temporaire à toute emprise extérieure. L’Europe expansion-
niste apparaît alors conquérante et triomphante tant au plan militaire et politique que
commercial. Elle trouve dans ses colonies d’importantes sources d’appro-
visionnement en matières premières. Plus encore, elle s’empare de nouveaux mar-
chés pour écouler sa production qui connaît une véritable explosion grâce à la révo-
lution industrielle.
Dans les pays conquis, les élites locales, les intellectuels et les politiques s’interrogent
sur les raisons de la domination de l’Occident. Désireuses d’entrer à leur tour dans la
modernité incarnée par cette Europe triomphante, les élites des pays conquis militai-
rement ou sommés de s’ouvrir au commerce occidental se mettent à l’étude des
causes de la puissance européenne et l’érigent bien souvent en modèle à imiter. Par-
fois, ces élites rêvent aussi de s’émanciper à terme des nouveaux maîtres, voire
d’ensuite les surpasser. Elles tentent également de répondre aux aspirations de leurs
populations. Mais comment avancer dans cette voie de la modernisation sans se
renier ? La modernisation sans l’occidentalisation est-elle possible ? Telle est la
grande question. C’est la question de l’identité et de sa préservation. Même si,
comme on le verra plus loin, l’identité est essentiellement une fiction, une
(re)construction, elle acquiert, paradoxalement, une valeur de refuge – ne parle-t-on Thierry Marres 10
pas de « repli identitaire » ? – et de bannière autour de laquelle se rassembler d’autant
plus forte qu’elle est soumise à rude épreuve, qu’elle est sérieusement ébranlée, à
raison de son apparente et coupable faiblesse face à l’identité européenne qui appa-
raît forte et conquérante.
Mais aujourd’hui, à l’heure de la mondialisation et de la mise en contact de plus en
plus rapide et quotidienne des cultures, par le biais notamment de l’immigration, de
l’Internet, du tourisme, de la mode « ethnique » et de la gastronomie « exotique »,
l’Europe est à son tour touchée plus qu’avant, et pour certains de façon délibérée,
par un certain nombre de pratiques, qu’elles soient religieuses, sportives, médicales,
managériales, culinaires, etc., venues d’Asie. L’identité européenne, si elle existe, et
celle de chacun en Europe se trouvent-elles pour autant remises en question et de
quelle manière ?
Comme on l’aura compris, le sujet de ce livre est une nouvelle illustration d’une des
problématiques qui sont au centre des travaux de l’Espace Asie, celle, pourrait-on
dire, de la perméabilité ou de la porosité des cultures les unes par rapport aux autres.
Cette problématique animait déjà nos réflexions autour des droits de l’homme ou
des passeurs de religions, notamment. Ainsi et dans la logique de nos travaux enta-
més il y a une dizaine d’années, il sera question dans ce volume de l’influence réci-
proque, induite aujourd’hui par la mondialisation des moyens de transport et de
communication, de ces deux grands pôles de civilisation que sont l’Orient et
l’Occident et de ses effets sur les identités nationales et culturelles. Cet ouvrage est
composé de deux parties. La première traitera de l’influence de l’Europe sur l’Asie,
eessentiellement dans la seconde moitié du 19 siècle et la première moitié du
e20 siècle. Dans la seconde partie, c’est de l’influence de l’Asie sur l’Occident au-
jourd’hui qu’il sera essentiellement question.
Avant cela, un premier texte, liminaire, proposera quelques balises générales pour les
réflexions qui suivent. Elles tentent essentiellement d’éclairer le concept de mondia-
lisation, les modes de développement des cultures et les différences fondamentales
entre cultures orientales et occidentales.
Les quatre premiers textes qui composent la première partie de ce volume nous
emmèneront successivement dans trois pays d’Asie : le Japon, la Chine et le Viet-
nam. Il sera question des débats souvent vifs autour des politiques à mener pour
moderniser ces pays dans le respect des identités nationales. Entre le repli sur soi et
le rejet de l’autre qui rendraient la modernisation difficile sinon impossible, d’une
part, le reniement de soi et l’adhésion totale aux valeurs de l’autre, d’autre part, une
troisième voie est sans doute possible.
Dans sa substantielle contribution, Willy Vande Walle propose, à titre principal, une
réflexion sur le rôle joué par le confucianisme dans la modernisation du Japon, à
partir de la Restauration de Meiji en 1868. Notons au passage que la pénétration au Introduction 11
Japon de la doctrine de Maître Kong est déjà le résultat d’une influence
« occidentale », si on prend en compte la position géographique de la Chine par rap-
port au Japon. Dans ce processus de modernisation, le confucianisme (et, dans une
certaine mesure, la Chine elle-même) sert, à la fois ou en alternance, de repoussoir et
d’intermédiaire. Le confucianisme est perçu par beaucoup comme synonyme
d’anachronisme, d’immobilisme et de repli sur soi, bref comme incompatible avec la
modernité. Mais trois raisons au moins expliquent le rôle important joué par les
élites confucéennes dans le processus de modernisation du Japon. Les lettrés confu-
céens sont proches du pouvoir impérial et ont pu ainsi l’aider à se maintenir en
place, en évitant certains « excès » de la démocratie à l’occidentale. Ensuite, ces let-
trés, versés en « livres chinois », apparaissent les plus qualifiés pour étudier et intro-
duire les connaissances occidentales. Enfin, ils sont les garants du « maintien » d’une
certaine identité japonaise forgée par le confucianisme, mais qui ne néglige pas pour
autant ses racines pré-confucéennes et non chinoises redécouvertes au début du
e20 siècle.
Changeant de pays, Tai-lin Chang nous invite ensuite à réfléchir « sur les fondements
culturels de la démocratie » en Chine, en étudiant plus particulièrement les débats de
la période qui va de 1895 à 1911, c’est-à-dire celle qui est comprise entre la défaite
chinoise lors de la guerre sino-japonaise et la création de la République, entre
l’humiliation de la vieille Chine impériale et sa « renaissance » républicaine. Voyant
dans la démocratie une des clés du succès des pays occidentaux, beaucoup
d’intellectuels et de hauts fonctionnaires se sont mis à l’étudier pour ensuite aider à
sa mise en place en Chine. Ce double travail s’est réalisé par étapes successives et
non sans heurts ou retours en arrière, comme le montre cet article très documenté.
L’une des principales difficultés rencontrées dans l’installation en Chine d’une dé-
mocratie à l’occidentale, conçue comme vecteur de l’indispensable modernisation, se
trouve dans le concept de « gouvernement par le peuple », qui implique la création
d’assemblées représentatives et des « élections compétitives », auxquelles la pensée
politique chinoise classique est restée étrangère, mettant plutôt en avant les notions
de loyauté et de lutte contre les factions, l’Empereur et les Sages gouvernant « pour
le peuple ».
Couvrant une période ultérieure de l’histoire de la Chine contemporaine, les années
1930, Shen Yang réfléchit sur les modèles politiques, sociaux et culturels qui furent
au centre des débats dans une Chine cette fois bien décidée à se moderniser. Quatre
grandes écoles s’affrontent. Aux deux extrémités, on trouve l’École de la culture
chinoise autochtone et l’École de l’occidentalisation complète, puis, défendant des
positions intermédiaires, l’École éclectique et l’École marxiste. La première prône un
éclectisme de façade, mais défend en fait, lorsque ses thèses seront reprises par le
Guomindang, une position qui allie autoritarisme politique, conservatisme culturel et
nationalisme. Partant de l’idée qu’une culture est un tout parfaitement homogène, la Thierry Marres 12
deuxième école prône l’abandon de la culture chinoise et l’adoption sans réserve de
la culture occidentale qui, seule, permettrait l’entrée dans la modernité. Contestant le
principe de l’inséparabilité culturelle de l’école précédente, l’École éclectique cherche
à élaborer une nouvelle culture après avoir débattu de ce qu’il convient
d’abandonner et de conserver dans les cultures chinoise et occidentale. L’École mar-
xiste insiste, quant à elle, sur la « synthèse créative » qui, combinant la « moralité
édifiante » de la culture chinoise et « l’usage de la nature » de la culture occidentale,
vise la création d’une nouvelle culture socialiste chinoise. Aujourd’hui, quoique dans
un contexte politique très différent, n’est-ce pas au même genre d’alchimie que se
livrent les intellectuels chinois ?
Passant ensuite au Vietnam, Micheline Lessard montre bien toute l’ambivalence d’un
trait culturel mixte, situé à la jonction de deux cultures, et de son possible change-
ment de signification lorsqu’il est adopté par une culture d’accueil. Le cas qu’elle
analyse est celui du quôc ngu, cette écriture romanisée de la langue vietnamienne. Créé
epar des missionnaires portugais au 16 siècle, ce système fut largement repris par les
colonisateurs français qui y voyaient un moyen de passer plus rapidement à
l’apprentissage de la langue française par la population locale, puis à l’imposition du
français comme langue de l’Empire. Pham Quynh (1892-1945), intellectuel et
homme politique vietnamien, reprit et amplifia l’usage de ce système d’écriture. Il lui
permit notamment d’assurer la transcription de pans entiers de la littérature popu-
laire de son pays et, par là, de rendre sa culture au peuple vietnamien. Il transforma
ainsi un outil de la domination française en un instrument de développement cultu-
rel et, partant, de redécouverte, d’appropriation ou de construction d’une identité
nationale. Il le fit au péril de sa vie.
Comme on le voit, l’empreinte de l’Occident sur le reste du monde a été considéra-
ble et, aujourd’hui encore, elle est tout à fait significative. Il n’en demeure pas moins
que l’influence inverse, singulièrement celle de l’Orient ou de l’Asie sur l’Occident, a
été tout aussi réelle. Elle fut même déterminante, dans bien des domaines, pour le
développement de l’Occident. Pour s’en convaincre, il suffit de se souvenir, en ma-
tière d’inventions, de celles du soc de charrue, du zéro, du papier ou de la boussole,
pour nous limiter à quelques exemples bien connus. Ce flux Orient-Occident est
ininterrompu, même si son intensité a varié selon les époques et s’il s’exerce éven-
tuellement aujourd’hui de manière et dans des domaines différents. Précisément,
dans quels domaines l’influence orientale se fait-elle actuellement sentir et pour quel-
les raisons ? Comment s’effectuent les transferts ? Quels obstacles et quelles résis-
tances rencontrent-ils ? Au prix de quelles éventuelles distorsions se font-ils et quels
jugements porter alors sur celles-ci ? C’est à ces questions notamment que les trois
dernières contributions, qui composent la seconde partie de cet ouvrage, tentent
d’apporter des réponses. Introduction 13
À propos de l’acculturation du bouddhisme en Occident, tout d’abord, Philippe
Cornu dénonce d’emblée une approche purement ethnocentrique du phénomène,
qu’il résume dans la question suivante : « Le bouddhisme est-il fait pour
l’Occident ? » Le bouddhisme ayant une visée universelle, ce qui n’exclut aucune-
ment une certaine diversité de ses expressions, la vraie question à se poser est « celle
de la place du bouddhisme dans le développement de l’humanité ». Les premiers
contacts entre l’Europe et le bouddhisme remontent à l’expédition d’Alexandre le
Grand en terres asiatiques. D’autres rencontres eurent ensuite lieu à l’occasion de
voyages et de séjours de missionnaires chrétiens en Asie et cela depuis le haut
eMoyen Âge. Mais il faut attendre le début du 19 siècle pour voir naître les études
esavantes autour du bouddhisme, puis la seconde moitié du 20 siècle pour que
s’implantent en Occident un nombre croissant de centres et de monastères boudd-
hiques. Dans ces lieux de pratique, toutes les écoles du bouddhisme sont représen-
tées, quoiqu’en proportions diverses selon les pays et la part des populations origi-
naires du Sud-Est asiatique. Le bouddhisme tibétain et le bouddhisme zen sont ici
les plus actifs. L’implantation durable du bouddhisme en Occident se heurte à diffé-
rents obstacles, essentiellement d’ordre culturel. L’avenir du bouddhisme
« occidental » dépend, dès lors, d’un meilleur dialogue entre les différentes obédien-
ces mais aussi d’un dialogue renforcé du bouddhisme avec les autres religions. Il
dépend également d’un plus grand rapprochement entre pratique et enseignement
bouddhique de haut niveau.
Il est ensuite question d’une autre « pratique » venue d’Asie et qui a également une
vocation universelle : la médecine chinoise. Dans sa contribution, Eric Marié estime
que l’intégration de la médecine chinoise dans le monde occidental « se réalise à une
evitesse exponentielle ». C’est au 16 siècle que l’Occident rencontre cette médecine,
qui repose sur un corpus de textes et sur une pratique millénaires. Elle reçoit
d’emblée un accueil favorable dans certains milieux, mais suscite aussi la méfiance et
même le rejet dans d’autres, comme le montrent les débats autour de la question des
e e« pouls chinois » aux 17 -18 siècles, par exemple. La situation actuelle est sensible-
ment la même. Si, en Chine, la médecine traditionnelle et la biomédecine occidentale
font l’objet de cursus universitaires de durée identique (onze ans), l’enseignement de
la médecine chinoise en Europe est dispensé par le biais de formations complémen-
taires courtes et de qualité très inégale, vu le faible degré de reconnaissance officielle.
Les facteurs favorables au développement des thérapeutiques chinoises sont no-
tamment une demande accrue du public, en quête d’alternatives sérieuses à la bio-
médecine, la médecine chinoise proposant des solutions jugées plus « écologiques »
et plus globales. Les difficultés, quant à elles, sont essentiellement d’ordre linguisti-
que (très peu de traités chinois sont traduits), cognitif (on se trouve en présence d’un
tout autre système de référence, d’une autre représentation du corps et de son envi-
ronnement, d’une vision moins mécaniciste, etc.), économique et organisationnel. Thierry Marres 14
Tout ceci n’empêche pas un réel progrès de l’acculturation de la médecine chinoise
en Occident.
Au départ d’un parallèle avec les réflexions du Père Bellet sur l’avenir du christia-
nisme, Pierre-Henry de Bruyn s’interroge, dans la dernière contribution de ce vo-
lume, sur l’avenir du régime communiste chinois et du rayonnement international de
la Chine. Il explore quatre hypothèses : la prise du pouvoir par la secte Falun Gong
qui se substituerait au PCC, la dissolution du régime communiste avec un retour au
néo-confucianisme, le maintien du régime communiste avec un glissement accru
vers un nationalisme exacerbé et, enfin, la mort de l’idéologie communiste et
l’émergence d’une nouvelle forme de pensée qui pourrait dominer le monde. À
l’appui de cette dernière hypothèse, il examine le cas des « chrétiens culturels », ces
intellectuels chinois désireux d’approfondir leur connaissance du christianisme qu’ils
considèrent comme le fondement de la supériorité de l’Occident, par l’affirmation
du rôle central de la personne, qui conduit à l’émergence du capitalisme (voir Max
Weber) et de la démocratie. Les Occidentaux sont ainsi invités à dépasser leurs
craintes et leur fascination économique, qui favorisent le régime en place, et à étudier
les fondements de la culture chinoise, y compris dans ses évolutions les plus récen-
tes, pour mieux appréhender les changements en cours et les hésitations de la popu-
lation chinoise.
Au terme de ce parcours qui nous aura permis d’étudier quelques exemples
d’interactions entre cultures d’Orient et d’Occident, lecteurs et auteurs seront peut-
être amenés à réfléchir à nouveau sur l’antique vertu de l’hospitalité. Bonne lecture !

Mondialisation et identité
Introduction aux débats
Thierry MARRES
« La possibilité d’accueillir les étrangers n’expose pas nécessairement à
une menace, un risque d’agression ou de désordre. Plus radicalement,
elle constitue une chance, donnée à l’hôte accueillant, d’avoir accès à ce
qui est son propre lieu. Je ne serais pas ce que je suis et je n’aurais pas
de maison, de nation, de ville, de langue, si l’autre, l’hôte, par sa venue,
ne me les donnait. Ma langue est toujours la langue de l’autre, non seu-
lement parce que j’en hérite mais aussi parce que l’hôte étranger me la
redonne. Il est une chance d’appropriation de mon « propre ». Ainsi les
places de l’invitant et de l’invité s’échangent-elles. C’est d’ailleurs ce qui
est insupportable à ceux qui croient pouvoir être eux-mêmes chez eux,
identiques à eux-mêmes, avant et en dehors de la venue de l’étranger. »
Jacques DERRIDA, « Responsabilité et hospitalité », dans M. SEFFAHI (sld), De
l’hospitalité. Autour de Jacques Derrida, Genouilleux, Le Point du Jour, 2001, p. 141.
Cette contribution a pour objectif d’introduire aux débats qui eurent lieu à Louvain-
la-Neuve lors du colloque 2006 de l’Espace Asie et qui portaient sur… les débats
passés et actuels concernant l’ouverture des cultures les unes aux autres, l’ouverture
forcée et/ou volontaire de la culture orientale à l’occidentale et de l’occidentale à
l’orientale. Ces débats d’hier et d’aujourd’hui furent et sont induits par la conquête
européenne ou par ce qu’on appelle « la mondialisation ». En effet, ces mouvements
expansionnistes, économiques, commerciaux, guerriers, migratoires, touristiques,
etc., ont eu et continuent d’avoir pour effet de mettre en contact des peuples et des
cultures qui s’ignoraient jusqu’alors ou qui se connaissaient mal, et ils ont des consé-
quences souvent lourdes sur les identités nationales, sociales et culturelles. Ces
conséquences sont-elles dramatiques ou bénéfiques ? Ces mouvements conduisent-Thierry Marres 16
1ils à des « guerres civilisationnelles », comme le prétend Samuel Huntington , à
l’élaboration d’une culture unique standardisée ou à la reconnaissance bienveillante
de la diversité culturelle ?
Nous ne trancherons pas. Nous ne proposerons pas davantage une théorie générale
de l’acculturation mais, beaucoup plus modestement, quelques balises destinées à
éclairer quelque peu le cadre général de nos discussions et l’intelligence des textes
rassemblés dans ce volume. Ces précisions seront, d’une part, de nature historique et
porteront sur deux manières distinctes de rendre compte du phénomène de mondia-
lisation, de ses origines jusqu’à nous, et, d’autre part, de nature anthropologique.
Elles s’efforceront de répondre aux deux questions suivantes : comment les cultures
évoluent-elles et qu’est-ce qui permet de distinguer les cultures asiatiques des cultu-
res européennes, les cultures orientales des cultures occidentales ?
1. Les trois mondialisations et leurs effets sur les cultures
Aujourd’hui, quelques historiens et la plupart des économistes évoquent communé-
e ement trois mondialisations, celle du 16 siècle, celle du 19 siècle et celle que nous
vivons depuis une cinquantaine d’années. Pour bien les distinguer, rappelons un des
symboles-clés de ces trois révolutions successives, celui des moyens de transport et
de communication. La première mondialisation a été rendue possible grâce aux cara-
velles. La deuxième invente les navires transcontinentaux à vapeur, le train, le télé-
phone et le télégraphe. La troisième utilise l’avion et l’Internet.
Née dans le sillage, si l’on peut dire, de la découverte de l’Amérique par Christophe
Colomb en 1492, la première mondialisation est d’abord le fait des Espagnols et des
Portugais avant de devenir plus largement européenne lorsque les Anglais, les Fran-
çais et les Hollandais les eurent rejoints dans la conquête de l’Amérique et de l’Asie.
Cette mondialisation a de multiples causes : la fin de la guerre de Cent Ans qui a
ruiné les économies et décimé les populations, la poussée démographique en Eu-
rope, la montée en puissance de la bourgeoisie, la fermeture de la Méditerranée
orientale, dont Venise va pâtir, ainsi que les progrès techniques notamment dans le
domaine de la navigation. Paradoxalement, ce n’est donc pas dans un empire centra-
lisé comme la Chine, jusque-là toujours en avance sur l’Europe, mais où « une déci-
sion au sommet suffit à elle seule à interrompre toute une chaîne de développe-
2ment » , mais dans un continent fragmenté que l’inventivité et la créativité ont pu se

1 S. P. HUNTINGTON, The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order, Simon & Schuster, 1996.
Trad. franç. : Le choc des civilisations, Paris, Odile Jacob, 1997 (éd. Poche), 2000.
2 D. COHEN, La mondialisation et ses ennemis, Paris, Grasset, 2004. Réédition : Paris, Hachette, 2005
(Pluriel), p. 151. Mondialisation et identité. Introduction aux débats 17
libérer et s’épanouir. Ainsi, c’est après cinq échecs que Christophe Colomb parvien-
dra à convaincre un prince européen de financer ses expéditions. Notons encore que
c’est précisément au moment où l’Europe s’ouvre et se répand sur tous les océans,
que la Chine et le monde musulman se referment sur eux-mêmes.
Qu’est-ce qui, entre autres choses, caractérise cette première mondialisation ? Tout
ed’abord, cette première mondialisation, celle du 16 siècle, symbolisée par la « mo-
narchie catholique », l’Empire de Charles Quint et de Philippe II, sur lequel « jamais
le soleil ne se couche », est conquérante et expansionniste : elle est le fait de soldats
qu’accompagnent des missionnaires et des marchands. Ici aussi, la supériorité
technique et matérielle, avec les armures métalliques, les épées, les fusils et les che-
vaux, compensa la faiblesse numérique des conquérants européens.
Ensuite, cette mondialisation est aussi commerciale et même prédatrice, avec
l’exploitation des métaux précieux (l’or et l’argent, notamment) et des produits tropi-
caux (le cacao, entre autres) des régions conquises, ainsi qu’avec la traite des esclaves
africains. C’est le sinistre « commerce triangulaire » : les bateaux partaient de ports
anglais ou français – de Southampton, de Nantes ou de Bordeaux –, chargeaient des
esclaves sur les côtes occidentales de l’Afrique et les échangeaient en Amérique
contre des métaux et des produits tropicaux qu’ils ramenaient ensuite en Europe.
Cette mondialisation, enfin, est très destructrice des autres cultures puisqu’en Amé-
rique surtout, peuples et cultures furent décimés tant en raison de l’équipement et de
l’armement européens largement supérieurs que des maladies introduites par les
conquérants et de la désintégration politique et sociale induite par la conquête. Les
survivants étaient baptisés, souvent de force, et ainsi convertis au christianisme.
Partout la culture européenne domine.
eLa deuxième mondialisation est celle du 19 siècle. Elle coïncide avec la seconde
vague de colonisation lancée au départ de l’Europe, une colonisation plus systémati-
que que la précédente et qui aboutira, notamment, au Congrès de Berlin en 1885 et
au partage de l’Afrique entre les puissances européennes. Elle conduira aussi à
l’ouverture de l’Asie et à la pénétration européenne en Inde, en Chine, au Japon et
edans la péninsule indochinoise. Dans la seconde moitié du 19 siècle et au début du
e 20 siècle, ce n’est pas moins de soixante millions d’Européens qui partent peupler
les colonies sur tous les continents, mais aussi et surtout l’Amérique du Nord,
l’Australie et la Nouvelle-Zélande.
Cette mondialisation est fille de la Révolution industrielle et de son besoin de certai-
nes matières premières, mais surtout de débouchés commerciaux, Révolution indus-
trielle qui donne toute sa puissance à la Grande-Bretagne et à son empire colonial
sous le règne de la Reine Victoria. D’autres puissances européennes se sont égale-
ment taillé de vastes empires coloniaux. Notons cependant que l’Europe était auto-
suffisante et même exportatrice en matière énergétique, grâce à la houille et au char-Thierry Marres 18
bon, ainsi que pour un certain nombre de matières premières. Par ailleurs, l’Europe
exporte ses machines, son industrie et ses capitaux et crée même une véritable inté-
gration des marchés financiers et des matières premières. Comment alors expliquer
que les pays pauvres, les colonies, n’ont pu décoller et concurrencer les pays riches,
les puissances coloniales ? Daniel Cohen explique cette réalité par la combinaison de
3deux éléments : un manque de capital et les carences de la main-d’œuvre locale .
Cette faiblesse de la productivité locale serait due non à des raisons « congénitales »,
mais au refus d’une augmentation des cadences sans augmentation salariale, au sou-
hait d’être traité équitablement, c’est-à-dire comme l’ouvrier des pays riches, sans
discrimination, ni mépris. Tout cela aurait bien souvent bloqué le développement du
capitalisme dans les pays pauvres.
Cette mondialisation est également commerciale. Le commerce s’internationalise.
Au-delà de la conquête coloniale, il s’agissait, en effet, d’ouvrir de nouveaux marchés
pour les produits manufacturés européens, quitte à ouvrir ces marchés par la force,
par ce que l’on a appelé la « politique de la canonnière ». On peut évoquer, sans
doute trop rapidement, les deux guerres de l’opium avec la Chine, conduisant à la
signature des « Traités inégaux » : le Traité de Nankin est signé en 1842, ceux de
Tianjin en 1858. Pour le Japon, c’est le siège d’Edo, l’actuelle Tokyo, par le commo-
dore Perry, qui conduit à l’ouverture progressive du marché japonais et aboutit quel-
ques années plus tard à la révolution de Meiji. Alors qu’en Inde, l’industrie textile
représentait 70 % de sa production artisanale et de ses exportations au début du
e19 siècle, cette industrie subit rapidement la concurrence de son homologue britan-
nique. Elle se vit même interdire l’accès au marché britannique. Ceci conduira à la
destruction quasi complète de cette industrie en Inde et contribuera à la paupérisa-
tion de sa population. Paul Bairoch rappelle qu’en 1750, l’Inde et la Chine fournis-
4saient à elles deux plus de la moitié de la production manufacturière mondiale .
Pour ce qui est de la relation avec les autres cultures, la pensée dominante à l’époque
est l’évolutionnisme, qui fournit en quelque sorte une caution théorique à
l’entreprise coloniale. L’exploitation des indigènes est justifiée et, en même temps,
amendée par les soins médicaux et par l’enseignement, bref par une volonté
d’améliorer le sort de ces indigènes et de les élever, dans tous les sens du terme. Un
sentiment de supériorité et du mépris caractérisent en général l’attitude et le compor-
tement des Européens à l’égard des colonisés. Ceux-ci le ressentent durement,
comme on l’a noté à propos de l’échec relatif de l’industrialisation dans les colonies.

3 D. COHEN, La mondialisation…, op. cit., p. 70.
4 e P. BAIROCH, Victoires et déboires. Histoire économique et sociale du monde du XVI siècle à nos jours, 3 volumes,
Paris, Gallimard, 1997. Mondialisation et identité. Introduction aux débats 19
La troisième mondialisation naît au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Elle
prend acte de la suprématie américaine et de la reconstruction de l’Europe grâce au
Plan Marshall, qui ne va pas sans contreparties. Cette nouvelle mondialisation inter-
vient après un demi-siècle de grave récession due aux deux guerres mondiales et aux
crises des années 1920-1930.
Elle se caractérise, tout d’abord, par une nouvelle division internationale du travail
qui fait, par exemple, de l’Inde le bureau du monde et de la Chine l’atelier du monde.
Les sociétés occidentales deviennent, quant à elles, des sociétés qui se veulent essen-
tiellement post-industrielles, sociétés de la connaissance et de l’information, sociétés
de services aux personnes. La production industrielle et, avec elle, le travail à faible
valeur ajoutée sont délocalisés dans des pays à bas salaires, au « Sud » essentielle-
ment. L’Occident se garde la conception, la prescription, la distribution et la vente,
beaucoup plus lucratives. Par ailleurs, l’Occident, les États-Unis comme l’Europe,
subventionnent largement leurs propres productions, notamment agricoles. Enfin,
les entreprises s’internationalisent, devenant des multinationales.
Cette mondialisation est, en partie, illusoire, plus imaginaire que réelle, puisque pres-
que partout règne le local, le régional, le commerce de proximité à l’échelle plané-
taire. Ainsi, le premier partenaire commercial de la France est l’Allemagne, voisine.
L’une vend des Renault à l’autre qui lui vend des Volkswagen. Certains auteurs utili-
sent, pour désigner cette réalité, le terme de « glocalisation », contraction de
« global » et de « local ». Nous vivons, en quelque sorte, la mondialisation du local.
Sur le plan culturel, certains dénoncent la « macworldisation » du monde et la
« cocacolonisation » des esprits, la grande uniformisation culturelle en cours. On
peut constater, en tout cas, la diminution du nombre des acteurs réels de la marche
du monde et la réduction du plus grand nombre au statut, effectif en Occident ou
convoité ailleurs, d’acheteurs/consommateurs. Et la « nouvelle économie de
l’acheteur » fait tout pour rendre le client captif et parvient ainsi à réduire la concur-
rence.
Remarquons que ces trois mondialisations ne constituent que les ultimes chapitres
de la très longue histoire des mondialisations. Elles ont pour caractéristiques com-
munes d’être venues d’Europe ou, à tout le moins, d’Occident et d’être récentes
epuisque la plus ancienne remonte au 16 siècle. Ces trois mondialisations se distin-
guent des précédentes par le fait qu’elles sont réellement mondiales ou planétaires,
au sens géographique du terme puisqu’elles recouvrent la totalité de la surface de la
planète. Qu’est-ce qui caractérise alors ces autres mondialisations, anciennes et/ou
nées hors du continent européen ? Une volonté de créer un monde autour de soi,
une volonté de « faire-monde », qui caractérise une ville, une région ou une nation. Il
s’agit, non seulement, de la volonté de s’étendre à tout le monde connu de l’époque,
d’y établir des colonies ou des comptoirs et de commercer, mais aussi de la volonté
de diffuser une culture, une langue, parfois aussi une forme d’organisation politique, Thierry Marres 20
comme un empire. Citons, à titre d’exemples, le monde phénicien, le monde grec, le
monde romain, le monde byzantin, le monde arabo-musulman de la mort du Pro-
e ephète à 1492, le monde turc, le monde chinois, surtout entre les 11 et 15 siècles,
des Song au début des Ming, et d’autres encore comme l’empire mongol de Gengis
Khan et de ses successeurs, le fameux « empire des steppes ». Pour indiquer que la
mondialisation ne date pas d’hier, on peut évoquer encore la mondialisation du néo-
lithique et, avant elle, la mondialisation réalisée par homo sapiens lui-même qui, parti
d’Afrique il y a 150 000 ou 100 000 ans, s’est ensuite répandu sur les cinq continents.
2. Les systèmes-monde, l’économie-monde capitaliste et ses conséquences
culturelles
Jean-Loup Amselle, anthropologue et africaniste français, se pose, à propos de la
mondialisation, la question de savoir s’il faut parler d’un « grand partage », avec un
repli sur des identités hostiles les unes aux autres, ou d’une « erreur de cadrage »,
5d’une mauvaise lecture de la réalité d’aujourd’hui . Il penche nettement en faveur de
l’erreur de cadrage. Pour lui, il n’y a pas de mondialisation ou, plutôt, comme on le
verra plus loin, elle a toujours existé, en tout cas en ce qui concerne les sociétés et les
cultures.
Pour Immanuel Wallerstein, historien, sociologue et économiste américain,
6« disciple » de Fernand Braudel, « la mondialisation n’est pas nouvelle » . « Je doute
fort », écrit-il, « qu’il existe même quelque chose de nouveau au sein du système
7capitaliste que l’on pourrait appeler mondialisation. »
Qu’est-ce qu’un système-monde ? « Un système-monde », écrit Wallerstein, « n’est
pas le système du monde, mais un système qui constitue un monde et qui peut oc-
cuper, comme cela a été souvent le cas, une zone plus réduite que la totalité du
8globe » . Il n’existe, jusqu’à présent, que deux types de systèmes-monde : les empi-
res-monde et les économies-monde. « Un empire-monde (tel l’Empire romain ou la
Chine des Han) est une vaste structure bureaucratique dotée d’un centre politique
9unique et d’une division axiale du travail, mais englobant de nombreuses cultures. »

5 J.-L. AMSELLE, « La globalisation. ‘Grand partage’ ou mauvais cadrage ? », dans L’Homme, 156/2000,
pp. 207-236.
6 I. WALLERSTEIN, Historical Capitalism, London, Verso, 1983. Trad. française : Le capitalisme historique,
e3 éd. (+ Postface de 2002), Paris, La Découverte (Repères), 2002, p. 109.
7 Ibid., p. 110.
8 I. WALLERSTEIN, World-systems Analysis. An introduction, Durham and London, Duke university Press.
Trad. française : Comprendre le monde. Introduction à l’analyse des systèmes-monde, Paris, La Découverte
(Repères), 2006, p. 147.
9 Ibid., pp. 147-148.