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Monnaie, change et inflation en Guinée

De
317 pages
Au cours du dernier quart de siècle, la Guinée, pays producteur et exportateur de produits primaires agricoles et miniers, a été marquée par une forte inégalité intersectorielle. L'auteur revient sur les origines des deux chocs inflationnistes survenus dans le pays en 1985 et 2003, et expose leurs conséquences économiques, sociales et politiques. L'environnement du change est instable, l'isolement monétaire depuis 1960 conduit inéluctablement à une dépréciation régulière de la valeur du GNF (franc guinéen).
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Monnaie, change et inflation en Guinée

Manga Fodé Touré

Monnaie, change et inflation en Guinée

Préface de Ousmane Kaba

GUINEE

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12828-6 EAN : 9782296128286

Remerciements

Je commencerai par adresser mes sincères remerciements à la BICIGUI qui a bien voulu sponsoriser cet ouvrage et dont le service marketing m’a apporté une aide précieuse dans la collecte et l’analyse des données économiques. Merci aussi l’AFD Guinée l’autre sponsor. Ce remerciement s’adresse également à : Dr Ahmed Tidiane Diallo, directeur du crédit et de la politique monétaire de la Banque Centrale, Dr Ousmane Kaba, recteur de l’université Koffi Anan de Conakry, ancien ministre de l’économie et des finances, Dr Kerfalla Yansané de la Banque Mondiale, ancien Gouverneur de la BCRG, Mr Dramou Dan Appolinaire, trésorier de la BICIGUI, et Mr Guillaume Cantier directeur des risques et Mme Mariame Diallo du même établissement pour leur réelle contribution à la publication de ce livre, chacun en ce qui le concerne. Un ouvrage est un puzzle qui comporte plusieurs pièces apportées par de nombreux auteurs qui ont travaillé sur le même sujet ou des thèmes comparables sur la Guinée ou d’autres pays et qui ont été souvent cités tout au long de cette publication ; qu’ils en soient tous bien cordialement remerciés à leur tour. Enfin toute ma gratitude à Mr Ibrahima Soumah, Amadou Kane et Jean-Paul Picot de la direction Afrique de BNP PARIBAS, sans omettre Mr Georges Prat, Michel Aglietta de l’université de Paris X–Nanterre et surtout Philippe Michaud directeur de l’AFD Conakry. À tous encore une fois merci.

Préface

Hier comme aujourd’hui l’inflation est une préoccupation majeure aussi bien des décideurs de politique économique que des organisations sociales dans le monde entier. La Guinée ne fait pas exception à cette règle. Pour preuve, la grande crise politique et sociale de janvier-février 2007 en Guinée était d’abord une crise inflationniste et monétaire aiguë traduisant les déséquilibres à la fois structurels et macroéconomiques de notre pays. Ce remarquable essai de Manga Fodé TOURE sur l’inflation en Guinée présente un double intérêt lié à la pertinence du sujet et à la qualité de son auteur. En effet, l’auteur est à la fois banquier central au début de sa carrière, banquier commercial et professeur d’Economie dans les universités. Les différentes fonctions assumées par l’auteur se reflètent dans cet essai qui est à la fois une œuvre de recherche avec le souci constant de valider les différentes approches théoriques de l’universitaire par les tests économiques et une œuvre d’observation quotidienne du banquier proche de ses clients, acteurs économiques de tous les jours. L’inflation est la baisse de la valeur de la monnaie ou la baisse du pouvoir d’achat de l’unité monétaire. L’on comprend ainsi que pour cerner l’ensemble des déterminants de l’inflation en Guinée, l’auteur ait abordé dans les trois parties qui constituent le corps de l’ouvrage 1) les aspects réels notamment la répartition des revenus, la formation des prix et la distinction traditionnelle entre l’inflation par les coûts et l’inflation par la demande ; 2) le système bancaire et la théorie monétaire de l’inflation ; 3) et le régime des changes et l’évolution de taux de change.

Ce travail confirme que les salaires ne constituent pas une cause majeure de l’inflation en Guinée. Les impôts non plus, dans un pays où la pression fiscale est faible et la fiscalité directe peu significative. Dans cet ouvrage, des dizaines de régressions économiques peuvent rendre la lecture ardue pour un novice, ils feront sans doute beaucoup d’inspirations pour les

mémoires et autres papiers de recherche. Toutefois, en dépit de cette complexité pour le lecteur non spécialisé, l’auteur n’a pas oublié que l’économie guinéenne est une petite économie extravertie qui consomme la majorité des biens qu’elle ne produit pas et produit ce qu’elle ne consomme pas. Cette création monétaire abusive de l’État en face d’une Banque Centrale permissive et dominée est également la cause immédiate de l’épuisement des réserves de change donc de la hausse du taux de change. La spirale inflationniste s’installe puisque la faiblesse du franc guinéen, à son tour se répercute mécaniquement et sans délais sur le niveau des prix des biens importés. C’est là que l’anticipation inflationniste joue un rôle important comme le montre ce remarquable travail de recherche. L’expérience de l’auteur dans le système bancaire lui permet de nous présenter un travail fouillé sur le système bancaire guinéen, son évolution, les défis auxquels il reste confronté et ses performances. Cependant, il n’a pas suffisamment pointé du doigt, par pudeur sans doute, les incohérences de la gestion budgétaire et des changes. L’inflation est un défi perpétuel même pour un pays comme la Guinée qui n’a jamais connu une période de forte croissance depuis l’indépendance. Cet ouvrage constitue un apport exceptionnel à la connaissance des déterminants de l’inflation en Guinée depuis le début des grandes réformes libérales des années 80.

Dr Ousmane KABA, Fondateur de l’Université Kofi Annan

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Sigles et Abréviations

ADF : Dickey Fuller Augmenté. AFD : Agence Française de Développement. APB : Association Professionnelle des Banques. AREDOR : Association pour la Recherche et l’Exploitation des Diamants et OR. BARAF : Bureau d’Aide à la Reconversion des Agents Fonctionnaires. BCEAC : Banque Centrale des États de l’Afrique Centrale. BCEAO : Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest. BCRG : Banque Centrale de la République de Guinée. BDT : Bon Du Trésor. BEI : Banque Européenne d’Investissement. BICIGUI : Banque Internationale pour le Commerce et l’Industrie de la Guinée. BIP : Budget d’Investissements Publics. BND : Budget National de Développement. CBG : Compagnie des Bauxites de Guinée. CBK : Compagnie des Bauxites de Kindia. CEDEAO : Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest. CT : Court Terme. DEG : Deutsche Investitions-und Entwickiungsgesellschaft. DNS : Direction Nationale des Statistiques. DW : Durbin Watson. EPS : Engagements Par Signature. FINEX : Financement Extérieur. FMI : Fonds Monétaire International. FRIGUIA-RUSAL : usine d’alumine située dans la ville de Fria, exploitée par Rusal.

GNF : Franc guinéen. IHPC : Indice Harmonisé des Prix à la Consommation. IPC : Indice des Prix à la Consommation. LT : Long Terme. MT : Moyen Terme MVCE : Modèle Vectoriel à Correction d’Erreurs. OCD : Ouverture de Crédit Documentaire. OPEP : Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole. PE : Pays Émergents. PIB : Produit Intérieur Brut. PMA : Pays Moins Avancé. PNB : Produit Net Bancaire. PNT : Position Nette du Trésor. PPTE : Pays Pauvre et Très Endetté. RCI : République de Côte d’Ivoire. PRPC : Programme pour la Réduction de la Pauvreté et la Croissance. SAG : Société Ashanti Gold. SEMAFO : Société d’Exploitation Minière de l’Afrique de l’Ouest. SGBG : Société Générale des Banques en Guinée. SMD : Société Minière de Dinguiraye. SY : syli ; Monnaie Nationale ayant cours légal entre 1972 et 1985. TBT : Taux des Bons du Trésor. TQM : Théorie Quantitative de la Monnaie. UEMOA : Union Economique et Monétaire Ouest Africaine. UGAR : Union Guinéenne d’Assurance et de Réassurance. USD : Dollar américain.

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Sommaire

Remerciements................................................................................................5 Préface ............................................................................................................7 Sigles et Abréviations .....................................................................................9 Introduction...................................................................................................13 Titre 1 LES ASPECTS REELS DE L’INFLATION EN GUINEE ....................23 Chapitre 1 REPARTITION DES REVENUS, FORMATION DES SALAIRES ET DES PRIX EN GUINEE.........................................................................25 Chapitre 2 IMPACT DES COÛTS ET DE LA PRESSION DE LA DEMANDE SUR L’INFLATION EN GUINEE ..............................................................59 Titre 2 MONNAIE ET INFLATION EN GUINEE ...........................................111 Chapitre 3 FONCTIONNEMENT DU SYSTEME BANCAIRE ET FINANCIER EN GUINEE ...............................................................................................113 Chapitre 4 THEORIE MONETAIRE ET INFLATION GUINEENNE.......................153 Titre 3 LE REGIME DES CHANGES EN GUINEE.........................................205 Chapitre 5 LA REGLEMENTATION DES CHANGES .............................................207 Chapitre 6 L’ENVIRONNEMENT ECONOMIQUE DU CHANGE..........................219 Conclusions générales.................................................................................263

ANNEXES..................................................................................................267 Références bibliographiques.......................................................................307 Liste des graphiques....................................................................................311 Liste des tableaux........................................................................................313 Table des matières ......................................................................................315

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Introduction

L’inflation et le chômage de nos jours des problèmes majeurs, demeurent au centre des préoccupations des économistes contemporains et surtout des hommes d’action tant dans les pays industriels que dans les pays émergents. Selon Gilbert Abraham-Frois, « l’inflation est un processus d’accroissement différencié et auto-entretenu du niveau général des prix ». C’est aussi une hausse permanente et accélérée du niveau général des prix. L’inflation est une hausse accélérée : car de rampante qu’elle était naguère, elle s’est accrue depuis 1968 et même davantage en 1973 pour atteindre et dépasser 10% dans certaines régions du globe d’où le concept d’inflation à deux chiffres. L’inflation est une hausse du niveau général des prix : car si seuls certains prix augmentent, tandis que d’autres baissent d’une importance comparable, dans les mêmes proportions, le niveau moyen des prix resterait stable, il n’y aurait pas d’inflation, mais plutôt variation des prix relatifs. Si cette définition s’avère générale et convient à toutes les explications de l’inflation, les causes du phénomène considéré comme pathologique restent fort différentes d’une école à l’autre, d’un pays à un autre. Historiquement, l’inflation a été définie comme un phénomène monétaire : c’est semble-t-il l’excès de la quantité de monnaie en circulation qui créerait un déséquilibre et déformerait les prix relatifs. Cette version s’est raffinée dans le temps et propose des explications beaucoup plus plausibles de nos jours, eu égard à la dématérialisation progressive de la monnaie : c’est le néo-quantitativisme ou le monétarisme. Pour d’autres, l’inflation est le résultat d’une distorsion entre le niveau de l’offre et celui de la demande ; toutefois elle peut aussi provenir de la hausse autonome des coûts de production, de l’intervention publique dans la vie économique, du niveau des prix chez les différents partenaires commerciaux. Une telle analyse a bien sa place lorsqu’on considère l’inflation comme un phénomène conjoncturel ou de court terme. Pour J. Denizet, la cause de l’inflation, c’est l’inflation elle-même. Sans doute l’auteur fait-il allusion aux anticipations des agents économiques qui,

en cherchant à se prémunir contre la hausse des prix, engendrent une inflation plus forte. La théorie structurelle de l’inflation conduit à l’universalité pour l’expliquer, c'est-à-dire aux structures oligopodiques des économies contemporaines. Elle dépasse les comportements individuels des agents pour s’attaquer à l’environnement qui les engendre et les favorise. La théorie sociologique quant à elle met en cause les relations conflictuelles entre les groupes sociaux : l’inflation nait du refus de certains groupes sociaux de s’adapter à la structure et à la répartition des revenus. En tout état de cause, la hausse du niveau général des prix se manifeste par plusieurs retombées néfastes pour la plupart des agents économiques, entre autres la baisse du pouvoir d’achat des salariés dès lors que le taux d’inflation excède le taux d’accroissement des salaires. L’inflation réduit en un mot le pouvoir d’achat de la monnaie. Par ailleurs, au plan international, un niveau intérieur des prix supérieur au niveau extérieur se traduit par un fléchissement des exportations et une recrudescence des importations. Il s’ensuit alors une baisse de l’activité économique, un ralentissement de l’investissement et une augmentation du volume du chômage. Tous ces effets néfastes et subtils ne prouvent-ils pas que l’inflation mérite d’être cernée ? C’est pourquoi justement elle a toujours préoccupé les économistes et les grands penseurs de tous les temps. Ainsi, de l’Antiquité à nos jours, le problème de hausse des prix s’est toujours posé, mais de manière différente. En effet de la Grèce antique à la fin du 19è siècle, sans exclure l’empire Romain et les sociétés médiévales, les périodes de hausse et de baisse des prix ont alterné en fonction de la découverte et de l’exploitation de mines d’or, d’argent ou de leur épuisement. Naturellement la variation de l’offre d’autres marchandises monnaies, a joué le même rôle : c’est le cas pour le sel, les cauris ou le cola dans les anciennes sociétés Africaines. Avec la révolution industrielle, certains pays tels que l’Angleterre, la France, l’Allemagne… et plus tard l’Amérique du Nord ont obtenu un avantage technologique. Ces pays vont économiquement conquérir le reste du monde, en tout cas confiner de nombreux pays dans un rôle de producteur de matières premières du reste cédées à des prix souvent dérisoires. Face à un Nord riche, monétarisé, articulé se dresse un sud pauvre, dualiste, désarticulé et surtout producteur de matières premières agricoles et minérales. Pourtant le rapport Nord-Sud est bien un lien de dépendance 14

mutuelle ; autant le tiers-monde a besoin de céréales, de produits manufacturés de consommation ou d’équipement des pays développés, autant ces pays riches ont besoin de fer, de bauxite, d’uranium, de pétrole… des PVD. On comprend dès lors que de l’inflation ait changé de forme dans les pays industriels : de rampante qu’elle était pendant longtemps, elle devient forte sous l’effet conjugué des coûts de produits primaires et de l’intervention des pouvoirs publics par le canal fiscal en vue de maintenir le chômage à un niveau souhaitable. Plusieurs explications ont été avancées à ce propos ; maintes théories, comme nous le savons, ont été bâties à partir des pays développés. Peut-on les appliquer en dépit de la différence de structure à des pays émergents dont certains connaissent des taux d’inflation alarmants ? Il se pose de toute évidence un problème de fiabilité. Aussi ces pays développés admettent-ils un taux de chômage naturel, parfois de 5% de la population active, comme nécessaire pour maintenir la productivité du travail à un niveau souhaitable. Les estimations de SOLOW et de Dr SAMUELSON effectuées sur l’économie des USA confirment bien cette situation : « pour avoir des prix stables, les salaires doivent croître au rythme de la productivité, soit de 2 ,5% et le taux de chômage entre 5 et 6% de la population active ». Pour certains théoriciens, les politiques de développement ne sauraient valablement s’écarter dans les pays émergents, des modèles utilisés dans les pays avancés. Il faudrait intégrer ces schémas et les adapter à des structures dualistes des PVD. Il y a des zones rurales et des agglomérations urbaines dont les structures, l’organisation et l’encadrement sont distincts et entravent l’épanouissement d’articulations techniques, économiques et financières solides. Les critères habituels d’investissement qui favorisent le secteur moderne évolué, viennent s’y ajouter aménités et divertissements, d’où le pouvoir d’attraction qui s’exerce sur le secteur traditionnel. Il en résulte une tendance durable à une disparité entre la demande et l’offre d’emploi qui est largement fonction de l’exode rural. L’inflation n’est-elle pas dans les PE une méthode de développement ? Ce déséquilibre permanent trouve des adeptes dans les pays riches et on tente de le légitimer dans les PVD : l’inflation de développement y serait une inflation productive. Le bilan des expériences inflationnistes du tiers-monde n’est pourtant guère concluant ; ce serait plutôt une inflation de sous-

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développement, en fait un phénomène singulièrement improductif et destructif. Fatale, voire nécessaire en pays développés, l’inflation serait-elle de nature différente en PVD ? Nombreux sont à cet égard des économistes, à penser que le réglage le plus efficace du mécanisme économique, consiste à découvrir un chemin de croissance comportant certains compromis entre la hausse des prix, le niveau de chômage et le volume de la production. Mais dans le tiers-monde, l’hétérogénéité des structures influence les mécanismes économiques et la dualité structurelle y modifie les courroies de transmission et les rouages de l’économie. Pour le siècle dernier, on décèle une concordance entre l’accélération de l’industrialisation et le retour à la hausse des prix. ROSTOW, pour sa part pense que l’inflation s’est alors révélée comme un facteur favorable à plusieurs décollages. Par exemple en Angleterre, aux USA, au Japon… la hausse des prix y aurait favorisé l’accroissement des investissements et stimulé les profits et l’autofinancement. Cet argument a reçu l’appui de nombreux économistes anglo-saxons au cours des années cinquante. Certains tels que N. KALDOR, A. HANSEN et même D. H. ROBERTSON invoquent l’idée qu’une hausse permanente et progressive du niveau général des prix, stimule les transferts des facteurs et le progrès économique. D’autres songent aux perspectives des PVD et estiment à cet égard les précédents historiques. Ils existent cependant peu de recherches empiriques sur les relations entre l’inflation, le chômage et la croissance économique en PE. Rares sont encore les études qui semblent montrer une liaison entre le taux de croissance, l’augmentation des investissements et la hausse des prix dans le cas d’une inflation modérée en PVD comme dans nombre de pays d’Asie, d’Afrique et même d’Amérique Latine. Par contre le taux annuel d’inflation a dépassé dans maints PMA 30% et même davantage surtout à partir du premier choc pétrolier en 1973. À propos des pays Africains D. C. LAMBERT constate que les risques inflationnistes apparaissent dans les pays qui accèdent à l’autonomie monétaire, des crises liées au commerce extérieur y seraient une source d’instabilité considérable. Ainsi le Ghana, la Guinée, le Nigéria… auraient subi des hausses de prix considérables au cours des années 70 et 80. D’une manière générale, ajoute-t-il on peut signaler les coûts très élevés de la vie urbaine en Afrique de l’Ouest d’abord dans les villes côtières comme Lagos, Conakry, Accra et surtout dans les cités enclavées où les frais de transport et de commercialisation introduisent une charge nouvelle. Par ailleurs, les

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habitudes et styles de consommation de l’occident ne viennent-ils pas y concurrencer les genres de vie traditionnels ? Les prix élevés de produits importés voire de produits industriels locaux de substitution y accélèrent l’érosion du pouvoir d’achat ; et la dualité du mode de vie est alors renforcée par le mouvement des prix. Néanmoins, le phénomène inflationniste n’est sans doute aussi prononcé, ni aussi durable en Afrique de l’Ouest que dans certains pays d’Amérique Latine. Car jusqu’au seuil de la crise mondiale de 1973, les taux d’inflation étaient relativement faibles : 3,5% en RCI, 3,7% au Togo, et 7,7% au Nigéria contre respectivement 17,6%, 23%, 13,8% l’an entre 1974/75. La République de Guinée n’y a pas fait exception. Bien sûr l’inflation guinéenne n’est pas la plus alarmante du continent, dont le Zimbabwe avec un taux de plus de 1500% et même davantage demeure et de loin la vedette ; mais la hausse des prix y a pris une allure tout de même inquiétante. Les raisons peuvent être nombreuses et méritent d’être analysées ; mais auparavant est-il besoin de présenter cette économie à travers sa population, son agriculture et son secteur secondaire… La population guinéenne reste caractérisée par sa jeunesse et un taux de natalité élevé ; selon les estimations de la Banque Mondiale. Par contre avec l’amélioration sans cesse des moyens sanitaires, le taux de mortalité y a sensiblement baissé : 30‰ en 1985 à 20‰ en 2005. L’espérance de vie de la population Guinéenne s’est améliorée dans le même intervalle passant de 42 ans à 47 ans. La densité moyenne de la population reste inférieure à 40 habitants/km2 mais sa répartition est inégale selon qu’il s’agisse de la savane de la haute Guinée ou de la Montagne du Fouta Djallon d’une part, et, d’autre part selon la ville et la campagne. Conakry reste de loin la plus importante ville de Guinée car il concentre en son sein près de 20% de la population nationale. En dépit d’un climat très favorable à une agriculture intensive, l’économie guinéenne présente une structure peu différente des autres économies de la sous-région. En effet la contribution moyenne des secteurs d’activité au Produit Intérieur Brut se présente de la façon suivante entre 2000 et 2007 : Secteur primaire : 20,2%, Secteur secondaire : 33,9%, Secteur tertiaire: 45,9%.

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De toute évidence, le développement de l’économie guinéenne repose sur les services, qui apportent plus de 45% de contribution au PIB, c’est dire l’importance du commerce et des autres activités connexes dans cette économie, qui compte tenu de la faible densité du tissu industriel, révèle une forte dépendance de l’extérieur et du secteur informel essentiellement tourné vers les services marchands. Il convient de préciser que le commerce à lui seul pèse pour 55,3% du secteur tertiaire loin devant les branches du transport : 12,6% et des administrations publique et privée : 10% environ. Ce secteur semble être le moteur de l’économie guinéenne et sa contribution au PIB devient de plus en plus importante (36,7% en 1990). Le secteur secondaire est sans doute la base de notre économie, sa contribution au PIB à hauteur de 35,1% en 2000 est révélateur en dépit d’une participation faible à nulle autre pareille de la branche énergétique qui n’apporte que 2% à la valeur ajoutée du secteur, alors que le sous-secteur de l’extraction minière y assure plus de 54%. L’économie guinéenne repose, grâce à une forte dotation en facteurs, sur la production et l’exportation de l’or et du diamant ainsi que la bauxite et l’alumine, nonobstant le manque cruel de source énergétique nécessaire à une transformation intensive des minerais abondants dans toutes les régions naturelles du pays. Aussi les perspectives de développement et de croissance demeurent-elles bonnes avec les mégaprojets de Rio Tinto et de BHP-Billiton aussi bien sur la Côte qu’en zone forestière. Le secteur primaire à savoir l’agriculture, l’élevage, la pêche et la sylviculture, ne semble pas faire l’objet d’une priorité factuelle dans l’élaboration des politiques économiques nationales. Malgré la forte dotation naturelle en facteurs, il contribue seulement pour près du 1/5 du PIB. Et la branche agricole y apporte en son sein près de 62,5%. Ce faible apport du secteur primaire au produit brut est la résultante des méthodes culturales dépassées et des rendements dérisoires qui « in fine » si on n’y prête l’attention nécessaire, eu égard au taux de croissance démographique élevé, pourrait compromettre les équilibres de LT, face aux réalités actuelles du marché mondial des produits primaires. Il est indispensable que ce pays soit autosuffisant voire exportateur de céréales aux côtés de la bauxite de l’or et du diamant. L’analyse de la situation agricole en Guinée depuis 1958 permet de constater que l’agriculture d’exportation notamment celle de la banane, de l’ananas, du café et du cacao a été progressivement délaissée et ses structures détruites en faveur d’une agriculture collectiviste orientée vers les cultures vivrières sans pour autant parvenir à l’autosuffisance alimentaire. À partir de 1985, on assiste à une relance des cultures d’exportation au travers les projets de Relance Café-Cacao (RC2), SOGUIPAH, le projet Coton avec la CFDT… Ces actions se sont traduites par des succès évidents par endroits et 18

ont permis à la Guinée d’être aujourd’hui un pays exportateur de caoutchouc, de café et de cacao et pour un laps de temps de fibres et de graines de coton. La croissance du secteur primaire en Guinée se situe sur la dernière décennie autour de 3,5%, tout au moins depuis l’an 2000, et celle de l’agriculture accuse une moyenne de près de 5% sur la même période, après la correction des années sombres où les frontières sud ont fait l’objet d’attaques en provenance de la Sierra Leone et du Libéria, qui se sont soldées par une baisse de la production agricole jusqu’à -6,1%. Pourtant ces taux de croissance ramenés à celui de la population suscitent des inquiétudes et confirment que pendant longtemps la Guinée restera tributaire de l’extérieur en ce qui concerne les céréales, car bien souvent le taux de croissance de l’agriculture vivrière est demeuré proche de celui de la croissance démographique d’où une dépendance à LT des importations de riz particulièrement. On comprend dès lors aisément que l’économie de la Guinée est menacée d’inflation à double titre au moins : pour une raison interne lorsque la croissance démographique rapide, l’exode rural et l’immigration massive, multiplient les consommateurs, exacerbent la demande, alors que la production croît moins vite ; mais aussi lorsque le coût élevé des installations, imprime aux prix des produits localement fabriqués une allure que le guinéen moyen ne peut supporter faute de revenu élevé. La raison externe ne tient-elle pas à ce que la mise en contact avec les économies techniquement plus avancées, détruit les équilibres anciens entre style de production et rythme de consommation, transforme et exacerbe la demande de biens finis désormais largement d’origine étrangère, sans fournir en même temps des moyens stables et indépendants d’acquisition tout au moins acceptables pour l’étranger. La troisième raison tient à l’importante mutation que l’économie guinéenne a subie : de subsistance qu’elle était naguère, elle s’intègre de plus en plus dans le marché, ou du moins la monnaie y facilite progressivement les échanges et le troc disparaît peu à peu. Dès lors, l’accroissement des disponibilités monétaires, des moyens de paiements, le développement excessif des crédits bancaires ne sont-ils pas de nature à créer et entretenir les tensions inflationnistes ? Cet aspect du problème peut avoir une face interne dont les vecteurs sont l’État et le développement des crédits intérieurs et une face externe engendrée par le solde de la balance des paiements, le volume de la dette extérieure et celui du service de la dette, les conditions de prêt du marché des capitaux, les dévaluations et les dépréciations du GNF par rapport aux monnaies américaines et européennes. 19

Il apparaît donc clair que l’analyse des facteurs et des effets de l’inflation en Guinée, pays ouvert et producteur primaire, peut avoir deux aspects : Une approche « réelle » dominée par la formation des prix, la structure des revenus, mais aussi par celle de la demande interne : la consommation et les investissements, celle de l’extérieur conditionnée par les exportations : cet aspect du problème peut s’analyser à travers la croissance économique ainsi que les coûts de production tels les prix des inputs importés, les salaires et la fiscalité. L’aspect monétaire restera centré sur le fonctionnement du système bancaire et la création de monnaie qui en découle, le rôle de la BCRG et sa politique des taux d’intérêt, celui de l’Etat guinéen et sa politique de développement et enfin celui des flux et reflux de capitaux. Il n’en demeure pas moins que dans un environnement à autonomie financière comme la Guinée, le taux de change demeure un instrument incontournable de la politique économique et sa gestion de rigueur est un moyen de stabilisation macroéconomique. C’est pourquoi il nous apparaît judicieux d’associer l’analyse sommaire du régime des changes en Guinée, à celle de la monnaie et de l’inflation. Il est donc important de savoir dans quel cadre légal évolue le change en Guinée, quels sont les modes de cotation utilisés depuis plus de deux décennies et quels sont les déterminants à court et long termes du taux de change au cours de cette période ? Les relations entre les marchés parallèle et officiel sont également dignes d’intérêt tout comme il est judicieux de savoir si le niveau des cours de change est en harmonie avec la parité du pouvoir d’achat. Si la réponse à toutes ces interrogations apparaît nécessaire, elle est loin d’être évidente à tous égards. Par ailleurs, souvent et longtemps considérée comme un phénomène purement monétaire, l’inflation en Guinée ne demeure-t-elle pas moins un fait indépendant de l’accroissement des moyens de paiements ? En d’autres termes, dans la courte période, le niveau général des prix ne peut-il pas augmenter par la suite d’une inégalité prononcée de la répartition du revenu national entre salaires, profits, intérêts et impôts ? Une hausse autonome des coûts de production, plus précisément des inputs importés, des salaires ou des anticipations de prix des salariés, n’est-il pas de nature à aggraver, entretenir tout au moins les tensions inflationnistes ?

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Enfin, une pression constante de la demande intérieure, conditionnée par les niveaux de la consommation et des investissements publics ou privés et celle de la demande extérieure n’agissent-ils pas sur le niveau des prix intérieurs au même titre que la croissance économique accélérée d’un pays ? La réponse à ces questions ne peut être valable en tout lieu et en tout temps, car elle dépend des structures économiques et du niveau de développement. Pour cerner le cas guinéen, nous serons amenés à poser le problème dans un premier chapitre, constater la structure des prix et leurs évolutions, tandis que dans une seconde partie nous nous pencherons sur l’examen des causes non monétaires de cette inflation. Naturellement, les coûts, la structure de la demande et la nature de la croissance économique vont devoir nous intéresser au premier chef. Aussi, est-il nécessaire d’analyser l’organisation du système bancaire guinéen et son rôle prépondérant dans la création monétaire, comme dans l’entretien des tensions inflationnistes, aux côtés de la politique monétaire de la BCRG et ses rapports financiers particuliers avec le Trésor Public ; en somme, la gestion des agrégats monétaires a-t-elle durablement affecté l’évolution du niveau général des prix en Guinée ? Enfin, comme il a été précisé plus haut, une analyse du cadre légal et économique du taux de change fera l’objet de réflexions sommaires dans une troisième partie.

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Titre 1 LES ASPECTS RÉÉLS DE L’INFLATION EN GUINÉE

Chapitre 1 RÉPARTITION DES REVENUS, FORMATION DES SALAIRES ET DES PRIX EN GUINÉE

Une analyse pertinente de l’inflation demeure en liaison avec certaines notions économiques dont la répartition des revenus au sein des grands secteurs d’activité comme le primaire, le secondaire et le tertiaire, mais aussi avec le secteur privé ou public d’une nation donnée. De tous les revenus d’un pays comme la Guinée où un vaste secteur de subsistance avoisine un secteur moderne, à côté des revenus monétaires ou non monétaires des paysans, les salaires sont de nature à beaucoup plus influer, semble-t-il, sur le coût de la vie à travers une monétarisation accélérée de l’économie. Par ailleurs, la formation des prix tant de produits vivriers que de produits d’exportation au producteur, ainsi que les cours mondiaux de ces mêmes produits primaires, sont sans aucun doute en liaison directe avec le pouvoir d’achat des paysans ou 80% de la population guinéenne ; tandis que les indices des prix domestiques ou importés permettent, de toute évidence, de mesurer l’ampleur de l’inflation en Guinée. Dès lors, il apparaît indispensable de tenter de passer en revue et la répartition des revenus sous ses différents aspects et la formation des salaires et des prix ainsi que les indices des prix disponibles en Guinée, afin de mieux saisir les facteurs directeurs d’une inflation récemment déclarée sous sa forme galopante : bien sûr les différents aspects de l’inflation guinéenne constatés dans cette partie seront repris, expliqués et approfondis dans les chapitres suivants.

1.1 LA REPARTITION DES REVENUS EN GUINEE
Les pays moins avancés demeurent caractérisés par la faiblesse des revenus, la Guinée n’en fait pas exception. Mais partout ailleurs dans le monde développé ou en développement, les hauts revenus cohabitent avec les rémunérations faibles, à peine suffisantes pour couvrir les besoins primaires des titulaires.

En Guinée, les études sur la répartition personnelle des revenus sont rares voire inexistantes, néanmoins, il paraît nécessaire d’analyser cette répartition des revenus en milieu rural comme en zone urbaine, dans les différents secteurs de l’économie ; tout comme il est intéressant de savoir la part des salaires dans le revenu national ainsi que son évolution, afin de pouvoir ressortir plus tard le lien causal entre la hausse salariale et celle de l’indice des prix à la consommation.

1.1.1 Les différents aspects de la répartition des revenus en Guinée
a. Évolution du revenu par habitant Le revenu national, que nous saisissons ici à travers le PIB a incontestablement augmenté en Guinée, sa valeur en GNF constant de 1986 a été multiplié par 11,2 environ en 22 ans, maintenant ainsi un taux de croissance annuel moyen de 7,84% ; malgré l’accroissement rapide de la population, la part de chaque Guinéen au sein du PIB comme l’atteste le graphique suivant, s’est sensiblement accrue pendant les deux décennies écoulées. Cette hausse régulière a permis à chaque citoyen de quadrupler son revenu nominal en GNF. Graphique 1

Comme on peut le constater sur le graphique 1 ci-dessus, le PIB courant par habitant a fortement augmenté en terme de franc guinéen au cours des 22 dernières années jusqu’en décembre 2007, sa valeur nominale de 1986 a été multipliée par 4,57. Cette progression rapide s’inscrit dans une tendance exponentielle qui se formalise de la façon suivante : PIB/h GNF = 296,6 e 0,061t R2= 0,824

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Par contre ce même revenu exprimé en USD ne cesse de reculer car en 1986, chaque Guinéen percevait en moyenne 973,40 $, mais eu égard à la forte dépréciation de notre monnaie au regard du taux de croissance, cet avoir moyen par habitant ne représente plus que 427,78 $ en décembre 2007, soit une baisse annuelle moyenne de 2,74%. Ainsi le revenu par habitant en dollar courant accuse une tendance baissière linéaire qui se précise de la façon suivante. PIB/h USD= 784,1-25,87t R2=0,789

En conséquence, le revenu par habitant exprimé en USD s’en trouve plutôt divisé par 2,28 entre 1986 et 2007. Cette perte de pouvoir d’achat face à une forte augmentation du revenu par tête en GNF met en évidence une véritable illusion monétaire des agents économiques sur cette période. b. Les revenus agricoles et industriels Nombre d’études ont mis en évidence l’importance du secteur primaire et surtout l’agriculture dans l’économie guinéenne, elle occupe en amont en aval près de 80% de la population active alors qu’elle ne contribue qu’à près de 20,2% du PIB. En somme ce secteur est particulièrement défavorisé, même en intégrant l’agriculture d’exportation, le niveau des salaires y est bas, alors qu’elle augmente moins vite que celui des autres secteurs. Tableau 1 Revenu du secteur privé en 2002 (En milliers de GNF) Secteur agricole Cadre supérieur Maximum Médian 578 381,5 Cadre moyen 446,1 295,6 Secteur industriel Cadre supérieur 1275 762,5 Cadre moyen 475 305 135

Minimum 165 145 250 Source : Banque Mondiale, rapport N° 27347 GUI

Les chiffres ci-dessus confirment une inégalité entre les revenus des secteurs industriel et agricole surtout au niveau des revenus des cadres supérieurs, où on affiche un rapport de 2,2 entre les deux secteurs, ce coefficient se réduit relativement pour les salaires médians (1,99) pour atteindre 1,51 au niveau des rémunérations minima des cadres supérieurs. Ainsi on peut constater que plus le revenu est faible moins les inégalités sont prononcées.

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En ce qui concerne les cadres moyens, les revenus sont comparables avec un léger avantage au secteur industriel pour un rapport de 1,06 dans le tiers supérieur et de 1,03 au milieu de la pyramide sociale. Par contre à la base de celle-ci, le salaire minimum est plus important dans le secteur primaire au regard du revenu industriel de la même classe. Les salaires auxiliaires des deux branches présentent les mêmes disparités. Selon une étude de la Banque Mondiale, « les salaires pratiqués en Afrique sont plus élevés au regard de ceux de l’Asie bien que très modestes par rapport aux rémunérations dans les pays industriels. Une étude effectuée par le BIT dans dix pays africains, révèle que le salaire médian des ouvriers du textile était 50% plus élevé qu’au Pakistan et plus du double du salaire pratiqué au Bengladesh…Ces salaires reflètent non seulement la politique de l’État qui, dans maints pays, fixe les salaires de l’industrie plus haut qu’il ne devrait l’être, mais également meilleure possibilité d’emploi dans l’agriculture… En Afrique l’industrie est beaucoup plus tributaire des gestionnaires et techniciens expatriés que dans d’autres régions du tiers monde. »

1.1.2 Les revenus des services public et privé
a. Le secteur public L’administration publique en Guinée comme partout ailleurs en Afrique est le plus grand employeur du pays, loin devant le secteur industriel, ses effectifs sont d’une manière générale pléthoriques, caractérisés par une faible productivité, tandis qu’elle comporte en son sein plusieurs emplois fictifs dont la plupart des absentéistes émargent dans les fichiers du secteur privé local ou étranger… Les rémunérations de ce secteur sont plus faibles que celles du secteur industriel voire des services privés. En effet en 2002 par exemple, le revenu médian mensuel des cadres supérieurs de l’administration centrale se situe à KGNF 202,2 contre 148,0 pour les cadres moyens et 105,6 pour le personnel auxiliaire. La rémunération des agents de l’Etat a évolué de la façon suivante entre 1986 et 2007 :

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Graphique 2

Le salaire moyen des fonctionnaires a fortement évolué en terme de GNF courant et confirme l’évolution du PIB par habitant sur la même période : en effet très faible en 1986 avec près de KGNF 15, alors que les effectifs civils et militaires se chiffraient à 102 000, la structure de l’emploi public a changé de forme au travers d’une réduction drastique des salariés par le biais de la fermeture des entreprises publiques dont les agents étaient considérés comme des fonctionnaires à part entière. En 2000 les effectifs n’étaient plus que de moitié et le salaire moyen de GNF 212 000 soit 14,33 fois plus élevé que celui de 1986 ; mais cet accroissement substanciel nominal cache une forte perte de pouvoir d’achat engendrée par une inflation galopante qui a accompagné le changement de signes monétaires et l’ajustement du taux de change en 1985. Par ailleurs, à la suite du choc social de janvier/février 2007, on assiste non seulement à une forte augmentation des traitements et salaires publics de l’odre de 76,34% par rapport à leur niveau de 2005, car en 2007 le salaire moyen s’inscrit autour de KGNF 500 au lieu de 283,5 en 2005, mais on constate une recrudescense des effectifs qui s’accroissent de plus de 10 000 agents. Le salaire moyen des agents et cadres de l’État a evolué comme suit sur cette période récente.

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Graphique 3

Comme on peut le remarquer sur le graphique ci-dessus, le salaire moyen mensuel de la fonction publique passe de KGNF 266,53 en mars 2005 pour en atteindre 506,88 en décembre 2007 et sa tendance accuse une pente de 28,7%. Son évolution comporte un biais cyclique caractérisé par forte augmentation du salaire moyen en juillet du fait du cumul de deux mois de paye des enseignants pour raisons de vacances scolaires, suivi d’une baisse tout autant drastique en août car aucun agent du secteur de l’éducation n’est payé. En tout état de cause, on est en droit de s’interroger si les ajustements salariaux opérés sur la période et à la suite d’une explosion sociale, correspondent à un maintien voire une augmentation du pouvoir d’achat eu égard à la forte inflation enregistrée sur la période. b. Le service privé S’il est relativement aisé d’appréhender le salaire de la fonction publique, du secteur industriel, de l’agriculture… la détermination du revenu des services tels le commerce, les professions libérales, le transport… est un peu plus complexe d’autant que peu d’études ou d’enquêtes récentes existent sur la question. Cependant, secteur socialement organisé, il n’y a aucun doute qu’il s’agit au plan local de revenu plus élevé a en juger sur sa contribution au PIB. Pour avoir une idée de ce revenu, nous avons retenu le secteur bancaire qui constitue un exemple éloquent d’organisation patronale et syndicale qui 30

négocie sur une période annuelle la valeur du point indiciaire et les autres avantages ayant trait directement à la rémunération et à l’amélioration des conditions de vie des travailleurs. La valeur du point a évolué de la façon suivante : Graphique 4

Ce graphique met en évidence une forte augmentation du revenu du secteur bancaire qui a triplé sur la période en revue, la valeur du point étant passée de 1071 en janvier 1994 à la suite d’une longue négociation de branche, pour atteindre 3258 en janvier 2007. Par ailleurs, sa courbe de tendance linéaire affiche une pente de 35,9% et atteste alors d’une forte augmentation des traitements et salaires des cadres et agents des banques et établissements financiers de Guinée. Sur les trois dernières années, le point a crû en moyenne de 26,6% pour préserver le salaire réel du secteur d’une forte érosion du pouvoir d’achat consécutive à une inflation devenue forte entre 2004 et 2007. L’analyse des structures des revenus mises en évidence par une étude de la Banque Mondiale, infère qu’en Guinée, les ménages pauvres gagnent la majorité de leurs revenus à travers les profits et rentes domestiques (91% de leurs revenus), alors que les ménages riches comptent à la fois des profits domestiques (54%) et des salaires (42%). La plupart des ménages sont engagés dans de petits commerces et des activités agricoles. C’est dire que le secteur informel est partie intégrante de cette économie et comporte en son sein des hauts et des bas revenus tirés de rentes mais aussi de profits, il est vrai, difficiles à cerner à ce stade de l’étude. 31