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Monographie du couvent des Trinitaires de Faucon près Barcelonnette

De
114 pages

Erection, dans la paroisse de Faucon, de la Confrérie du Tiers-Ordre de la Sainte-Trinité.

Il y avait quatre siècles et demi que saint Jean de Matha était mort et que sa famille spirituelle remplissait dans le monde sa glorieuse et charitable mission. Depuis, l’Ordre de la Sainte-Trinité s’était répandu d’une manière merveilleuse et avait atteint l’apogée de sa gloire. Chose digne de remarque, il n’existait point encore de maison de l’Institut dans la patrie du saint fondateur.

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Chanoine Reynaud

Monographie du couvent des Trinitaires de Faucon près Barcelonnette

Monseigneur,

 

Que votre Grandeur daigne accepter l’hommage de ce modeste. travail, qu’Elle a bien voulu encourager. C’est un bien faible témoignage de la respectueuse affection et de la profonde gratitude du Curé de votre Cathédrale, a qui vous avez donné tant de preuves de votre extrême bienveillance.

A. REYNAUD,

Curé Archiprêtre de la Cathédrale,

Vicaire général.

*
**

Digne, le 18 octobre 1912,

 

Cher Monsieur l’Archiprêtre et Vicaire général,

 

Fidèle à la recommandation du Maître, vous avez recueilli les fragments, — ceux de l’histoire locale, — pour qu’ils ne périssent pas.

Très attaché à votre vallée natale, vous rappelez dans votre travail une de ses plus précieuses gloires, saint Jean de Matha et son couvent. Vous unissez ainsi l’amour de l’étude et celui de la petite patrie.

En vous félicitant de cet ouvrage, qui n’a pas nui à votre ministère pastoral si bien rempli, je souhaite qu’il contribue au retour parmi nous des grands ouvriers de la liberté chrétienne que furent les Religieux Rédempteurs.

Veuillez, cher Monsieur le Curé, être assuré de mes respectueux et très dévoués sentiments.

† D. CASTELLAN,

Evêque de Digne.

INTRODUCTION

Un grand philosophe contemporain de Bossuet, Leibnitz, a écrit, en parlant des moines : « Celui qui ignore leurs services et qui les méprise n’a qu’une idée étroite et vulgaire de la vertu et croit. stupidement qu’il a rempli toutes ses obligations envers Dieu par quelques pratiques habituelles accomplies avec cette froideur qui exclut le zèle et l’amour. »

Vraies des Ordres religieux en général, ces paroles sont plus vraies encore de l’Ordre de la Sainte-Trinité pour la rédemption des captifs chrétiens tombés au pouvoir des Maures. Pour apprécier les immenses services rendus à la société par les Pères de la Rédemption, apportons non des paroles, mais des chiffres ; ils ont, en effet, dans la question qui nous occupe, une éloquence autrement persuasive que les discours.

« On ne s’éloignerait pas de la vérité, a écrit l’historien de saint Jean de Matha1, en portant à 900,000 le nombre des esclaves rachetés par l’Ordre de la Sainte-Trinité pendant les sept siècles de son existence. »

Si à ces 900,000 esclaves libérés par les Pères Trinitaires on ajoute 500,000 captifs rendus à la liberté par l’Ordre de la Merci, établi en Espagne par saint Pierre de Nolasque, peu de temps après celui de saint Jean de Matha, on obtiendra un total de 1,400,000 personnes rachetées par ces deux congrégations.

Que, si nous voulons apprécier mieux encore la grandeur et le mérite de cette œuvre, rappelons quel était le prix de la rançon. Ce prix variait suivant l’âge, la force, les aptitudes et le rang de l’esclave et aussi à raison de la cupidité du maître. Certaines relations des Pères Rédempteurs nous montrent des esclaves rachetés moyennant une somme de 400 livres, d’autres au prix de 1,200.

D’après les registres officiels trouvés à Alger, la rançon de plusieurs prisonniers fut de 5,000 livres, d’autres de 10,000. Celle de Michel Cervantès n’avait pas coûté moins de 25,000 livres.

Si on ajoute au prix du rachat donné au maître de l’esclave des droits considérables à payer, des redevances supplémentaires qui doublaient parfois le prix de la rançon convenue, les dépenses de retour, on aura pour chaque rançon une moyenne de 6,000 francs. C’est le calcul établi par Mgr Pavie, ancien évêque d’Alger, qui a fait à ce sujet d’intéressantes recherches. Donc le rachat de 1,400,000 esclaves aurait coûté huit milliards quatre cents millions aux Pères rédempteurs. Huit milliards et demi recueillis par ces héroïques mendiants sur les chemins de l’Europe chrétienne. Qu’en pensent les ennemis des institutions monastiques ? Près d’un million et demi de personnes arrachées, au prix des plus grandes fatigues et de mille dangers, à la plus affreuse captivité, au déshonneur, à l’apostasie, à la mort, rendues à la liberté, à leur patrie, à leur famille par ces moines représentés souvent aux foules ignorantes et crédules comme des êtres inutiles et malfaisants. Est-ce là un service rendu à la société ?

Le fondateur de cet ordre illustre fut saint Jean de Matha, originaire de la paroisse de Faucon de Barcelonnette, la plus gracieuse et la plus chrétienne de cette pittoresque vallée de l’Ubaye, qui vaut mieux que sa réputation. Il naissait, le 23 juin de l’an 1160, d’une famille illustre, recommandable par sa noblesse et son opulence, non moins que par son attachement à la foi et ses vertus.

Nous n’avons pas à raconter ici la vie de saint Jean de Matha, non plus que l’œuvre accomplie à travers les siècles, par l’Ordre qu’il avait fondé. Nous renvoyons le lecteur à son historien, le R.P. Calixte, second supérieur du couvent de Faucon après sa restauration.

Ce que nous voulons, c’est faire l’histoire du couvent de Faucon. Notre travail se trouve naturellement divisé en deux parties bien distinctes. La première embrassera la période qui s’est écoulée depuis sa fondation, en 1661, jusqu’à sa suppression, en 1791. Nous raconterons, dans la seconde, la restauration du couvent en 1859 et les principaux événements qui s’y sont accomplis jusqu’en 1900, époque de l’expulsion des derniers religieux.

Ce travail, entrepris depuis de longues années, pour notre satisfaction personnelle, n’était pas destiné à la publicité. Si nous le publions aujourd’hui, c’est sur les conseils d’amis éclairés qui ont bien voulu nous dire qu’il n’était pas sans intérêt, parce qu’il ajoutait une page inédite à l’histoire de la petite patrie. Ce qui en fait le principal mérite, c’est qu’il est le résumé fidèle des documents originaux du couvent de Faucon, que M. Sardou, de Marseille, mort depuis, avait bien voulu mettre gracieusement à notre disposition.

Il nous sera permis de l’ajouter, la publication de notre travail arrive à son heure. En effet, l’année 1913 ramènera le 7e centenaire de la bienheureuse mort de saint Jean de Matha, et nous venons d’apprendre que, grâce au zèle et à l’intelligente initiative de M. le curé de Faucon, de grandes fêtes s’organisent pour célébrer ce glorieux anniversaire. Heureux serions-nous si ces pages pouvaient contribuer pour un peu à raviver la piété des habitants de la vallée de Barcelonnette envers le plus illustre de ses enfants, illustre parce qu’il fut tout à la fois un grand saint et un bienfaiteur insigne de l’humanité.

Nous l’avons dit plus haut, après deux siècles de vie religieuse, le couvent de Faucon est aujourd’hui fermé. En écrivant son histoire depuis sa fondation jusqu’à l’expulsion des derniers religieux, nous conservons l’espoir que les Pères de la Sainte-Trinité rentreront un jour dans cette maison bénie d’où les a chassés la force mise au service de l’injustice.

Qui aurait pu prévoir, en 1791, lorsque le monastère était vendu, qu’un jour viendrait où il rouvrirait ses portes aux Pères chassés et dispersés depuis près de soixante-dix ans ? Et cependant nous avons été les heureux témoins de cette résurrection.

Pourquoi les générations qui arrivent n’assisteraient-elles pas à une seconde résurrection, comme nous avons assisté à la première ? Qui peut sonder les secrets de l’avenir ? Pour nous, nous nous rattachons à cette espérance que ces cloîtres maintenant déserts se repeupleront, que les murs du sanctuaire qui furent les témoins de la piété et de la ferveur des anciens religieux verront revivre les solennités du passé, entendront encore le murmure des psalmodies sacrées et que l’annaliste des temps futurs, continuant notre relation, racontera les œuvres charitables accomplies à travers le monde par les Pères Rédempteurs. C’est notre espoir et notre vœu.

PREMIÈRE PARTIE

CHAPITRE PREMIER

Erection, dans la paroisse de Faucon, de la Confrérie du Tiers-Ordre de la Sainte-Trinité.

Il y avait quatre siècles et demi que saint Jean de Matha était mort et que sa famille spirituelle remplissait dans le monde sa glorieuse et charitable mission. Depuis, l’Ordre de la Sainte-Trinité s’était répandu d’une manière merveilleuse et avait atteint l’apogée de sa gloire1. Chose digne de remarque, il n’existait point encore de maison de l’Institut dans la patrie du saint fondateur. La pensée de l’établissement d’un couvent de Trinitaires à Faucon ne s’était-elle jamais présentée à l’esprit des supérieurs de l’Ordre ? Il est difficile de l’admettre.

Nous croyons plutôt qu’ils reculèrent longtemps devant l’exiguïté du pays, la rigueur du climat, la difficulté des relations, ou bien encore qu’ils voulurent attendre de trouver les ressources suffisantes pour entreprendre la construction de ce couvent. Quoi qu’il en soit, vers le milieu du XVIIIe siècle, la fondation d’une maison de l’Ordre à Faucon était décidée, et nous verrons les Pères Rédempteurs se mettre bientôt à l’œuvre pour la réalisation de ce projet. En attendant, l’érection dans la paroisse de Faucon du Tiers-Ordre de la Sainte-Trinité en fut comme le prélude.

Ce Tiers-Ordre avait été établi du vivant même du saint fondateur. Un grand nombre de pieux laïques, désireux de participer aux mérites des Religieux Rédempteurs, avaient demandé à saint Jean de Matha d’établir une association dont le but serait de venir en aide aux captifs et par leurs aumônes et par les services qu’ils leur rendraient après leur libération. Approuvée par Innocent III, qui l’enrichit de précieuses indulgences, l’association prit le nom de « Tiers-Ordre de la Sainte-Trinité ». Elle s’établit promptement partout, ayant ses statuts, ses directeurs, ses réunions, en un mot, une organisation parfaite. Elle recueillait les aumônes dont une partie était versée dans les caisses de l’Ordre pour être consacrée au rachat des captifs ; l’autre partie était réservée à donner des soins aux malades dans les hôpitaux ou à aider les libérés dénués de ressources à rentrer dans leurs foyers. Une page d’un mémoire imprimé à Marseille, en 1688, par les Trinitaires nous permet d’apprécier les services rendus par les Pénitents de la Sainte-Trinité :

« Les pénitents, y est-il dit, abandonnent leurs propres affaires pour s’attacher à celles de la Rédemption, faisant agréablement une quête pénible et laborieuse une fois la semaine par toute la ville. Par les seules aumônes qu’ils reçoivent en ville, les PP. de la Sainte-Trinité ont pu racheter en très peu de temps plus de 600 esclaves originaires et habitants de Marseille. » (Vie de saint Jean de Matha. — Note de la page 186.)

La Confrérie du Tiers-Ordre de la Sainte-Trinité fut érigée à Faucon le 3 juillet 1644, comme il conste par acte de ce jour reçu par Me Maurin, notaire. Cet acte constitue la première pièce des documents originaux du couvent de Faucon. Nous voulons le reproduire en entier parce qu’il fait connaître les statuts et le fonctionnement du Tiers-Ordre

Après avoir rappelé l’institution de la Confrérie de la Sainte-Trinité par Innocent III et le pouvoir accordé au ministre général de l’Ordre de l’établir partout, ainsi que les gràces et indulgences que le Pontife y a attachées, « lesquelles sont en grand nombre et de grande considération », le notaire ajoute :

« Et désirant, M. le curé et les paroissiens de l’église de Notre-Dame du présent lieu de Faucon, dont est natif et originaire saint Jean de Matha, fondateur dudit Ordre, de jouir d’un si grand trésor spirituel et en faire participer tout le peuple du consulat de la ville de Barcellonne et sa vallée, sachant que le R.P. Charles Gente, du même Ordre, vicaire du couvent de Saint-Etienne (Alpes-Maritimes), a l’autorité du R.P. Louis Petit, ministre général dudit Ordre, d’ériger et de fonder ladite Confrérie à tous les lieux du consulat de Nice et de tout l’Etat de son Altesse Roiale, ainsi qu’il eu appert par patentes sous le 28 juillet 1642, souscrites Reale, vues et approuvées par M. le vicaire général de Mgr l’archevêque d’Embrun, sous le 6 novembre prochain, passé, ont supplié humblement ledit Père de fonder et d’ériger ladite Confrérie à ce lieu de Faucon, dans l’église paroissiale de Notre-Dame d’icelui, à laquelle pieuse requête aiant-il condescendu, ne reste qu’à rédiger le tout par écrit.

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