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Monoparentalité, homoparentalité, transparentalité en France et en Italie

De
221 pages
Quelles sont les caractéristiques qui font d'un parent un bon parent ? Pour être une bonne mère ou un bon père, faut-il être marié ? Faut-il être hétérosexuel ? Ou faut-il être une femme ou un homme nés respectivement dans un corps féminin ou masculin ? Ce recueil d'essais décrit, à partir d'une approche comparative entre la France et l'Italie, certaines dimensions des rapports entre les générations, notamment la monoparentalité, l'homoparentalité et la transparentalité, dues à la multiplication des échanges et à l'amalgame entre l'identité de genre et l'orientation sexuelle.
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Monoparentalité, homoparentalité, transparentalité en France et en Italie
Tendances, défis et nouvelles exigences

Logiques Sociales
Collection dirigée par Bruno Péquignot En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.

Dernières parutions T. DJEBALI, B. RAOULX, Marginalité et politiques sociales, 2010. Thomas MIHCAUD, La stratégie comme discours, 2010. Thomas MICHAUD, Prospective et science-fiction, 2010. André PETITAT (dir.), La pluralité interprétative. Aspects théoriques et empiriques, 2010. Claude GIRAUD, De la trahison, Contribution à une sociologie de l’engagement, 2010. Sabrina WEYMIENS, Les militants UMP du 16e arrondissement de Paris, 2010. Damien LAGAUZERE, Le masochisme, Du sadomasochisme au sacré, 2010. Eric DACHEUX (dir.), Vivre ensemble aujourd'hui : Le lien social dans les démocraties pluriculturelles, 2010. Martine ABROUS, Se réaliser. Les intermittents du R.M.I, entre activités, emplois, chômage et assistance, 2010. Roland GUILLON, Harmonie, rythme et sociétés. Genèse de l'Art contemporain, 2010. Angela XAVIER DE BRITO, L'influence française dans la socialisation des élites féminines brésiliennes, 2010. Barbara LUCAS et Thanh-Huyen BALLMER-CAO (sous la direction de), Les Nouvelles Frontières du genre. La division public-privé en question, 2010.

Sous la direction de

Elisabetta Ruspini

Monoparentalité, homoparentalité, transparentalité en France et en Italie
Tendances, défis et nouvelles exigences

Préface de Remi Lenoir Textes de Martine Gross, Edwige Julliard, Laura Leprince, Marie-Thérèse Letablier, Porpora Marcasciano, Elisabetta Ruspini, Natacha Taurisson, Luca Trappolin

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13627-4 EAN : 9782296136274

Sommaire

Préface Remi Lenoir

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Introduction. Maternité et paternité plurielles Elisabetta Ruspini Première partie. Monoparentalités 1. La monoparentalité aujourd’hui : continuités et changements Marie-Thérèse Letablier 1.1. Introduction 1.2. Faut-il encore parler de « familles monoparentales » ? 1.2.1. De la genèse d’un concept dans les années soixante-dix… 1.2.2. … à son usage actuel 1.2.3. Des familles qui sont de moins en moins « monoparentales » 1.3. Des configurations familiales très hétérogènes 1.3.1. Une incidence de la monoparentalité plus élevée en France qu’en Italie 1.3.2. Différents régimes de monoparentalité en Europe 1.4. Parcours monoparentaux en France et en Italie 1.4.1. Des situations qui restent fortement féminisées 5

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1.4.2. Des pères qui revendiquent leur part de responsabilité parentale 1.4.3. Des effets variés des trajectoires de monoparentalité sur les conditions de vie 1.5. Des familles plus exposées à la pauvreté et à la précarité que les autres 1.5.1. Des solidarités familiales encore très actives en Italie 1.5.2. Des difficultés d’accès au marché du travail pour certains parents « isolés » 1.6. Formes de monoparentalité et intervention politique 1.6.1. Un recentrage progressif sur l’enfant 1.6.2. Des principes plus égalitaires entre parents ? 1.6.3. Un glissement progressif d’une politique d’assistance vers une incitation à l’emploi des mères 1.7. Conclusion Références bibliographiques 2. Mères seules et pères seuls en France et en Italie Elisabetta Ruspini 2.1. Introduction 2.2. Méthodologie et déroulement des entretiens 2.3. Questions de définitions 2.4. Principaux résultats 2.4.1. Le rapport avec le quartier 2.4.2. « Monoparentalité » ? Variations du genre 2.4.3. D’autres variations. « Être homosexuel, transsexuel ou être (mono)parent : il faut choisir » 2.5. Conclusion. Les besoins et les nécessités Références bibliographiques Deuxième partie. Homoparentalités 3. Mères lesbiennes, pères gays. Confrontation avec le modèle « bioconjugal » traditionnel Martine Gross 3.1. Introduction 6

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3.2. Le modèle traditionnel bioconjugal 3.2.1. Une sexualité procréatrice 3.2.2. Les femmes du côté de la nature, les hommes du côté de la volonté 3.2.3. Assignation des rôles parentaux en fonction du genre 3.3. L’ébranlement du modèle traditionnel 3.3.1. Filiation et engendrement 3.3.2. Des nouveaux pères mais des mères traditionnelles 3.4. Les familles homoparentales entre norme et subversion 3.4.1. Méthodologie 3.4.2. Reproduction sociale et transmission des valeurs 3.4.3. Répartition des tâches 3.4.4. Transgressions 3.4.5. Un père, une mère, pas un de plus 3.4.6. Genre et lien biologique dans les familles biparentales lesbiennes 3.4.7. Genre et lien biologique dans les familles biparentales gay 3.5. Conclusion Références bibliographiques 4. L’homoparentalité et l’horizon de la modernité. Mères lesbiennes, pères gays dans les discours de la presse italienne Luca Trappolin 4.1. Introduction 4.2. La recherche 4.3. Le débat italien sur l’homoparentalité : caractères généraux 4.4. Émancipation et normalisation dans le discours public sur l’homoparentalité 4.4.1. L’homoparentalité dans le discours de l’émancipation 4.4.2. L’homoparentalité et les limites de la reconnaissance 4.5. Conclusion Références bibliographiques 7

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Troisième partie. Transparentalités 5. Vécu et attentes des familles transparentales. Un premier état des lieux en France Laura Leprince et Natacha Taurisson 5.1. Introduction. Pourquoi parler de transparentalité ? 5.1.1. Terminologie : de qui et de quoi parle-t-on ? 5.2. Les motivations en faveur de la transparentalité 5.2.1. Transparentalité et générations 5.2.2. Quelle légitimité, pour qui ? 5.3. La transparentalité aujourd’hui en France 5.3.1. Formes, déclinaisons et projections 5.4. Une réalité témoignée 5.4.1. Dépouillement du questionnaire national lancé par Hes 5.4.2. Un étude d’anthropologie récente sur les paternités trans 5.4.3. Résultat d’une enquête européenne auprès de femmes trans sur le désir d’enfants et la préservation de la fertilité 5.4.4. Quelques résultat de l’enquête Ilga EuropeTransgender Eurostudy avril 2008 5.5. L’accès aux techniques de Pma pour les personnes trans en France 5.6. L’accès à l’adoption pour les personnes trans en France 5.6.1. Le monde médical français face aux projets de transparentalités 5.7. Conclusion Références bibliographiques Identités transsexuelles, histoire et parentalité en Italie Porpora Marcasciano 6.1. Introduction 6.2. Le contexte européen : quelques indications historiques 6.3. Parentalité trans : la narration de quelques expériences 8

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6.4. Conclusion Références bibliographiques 7. Parents et proches de personnes trans, générations et projets éducatifs Edwige Julliard 7.1. Introduction 7.2. De l’inquiétude 7.3. De l’envie de comprendre, mais pas toujours 7.4. De la honte et de la culpabilité 7.5. Du sentiment de perdre quelqu’un 7.6. De l’accompagnement et de la défense des personnes trans et de leur entourage 7.7. De l’importance de l’éducation Références bibliographiques Auteures et auteurs

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Préface
Remi Lenoir

L’ensemble des contributions réunies par Elisabetta Ruspini participe très directement de l’objet qu’elles étudient : la reconnaissance, sinon légale au-moins verbale, des nouveaux modes de parentalité (homo, monoparentalité…) tels qu’ils se donnent aujourd’hui à voir, notamment aux observateurs sociaux. Élever l’objet de l’analyse au statut d’étude comparée entre la France et l’Italie, c’est en attester la dignité académique et la signification scientifique, c’est aussi rappeler que les stratégies cognitives sont toujours des stratégies politiques. Ceci n’apparaît peut-être jamais de manière aussi évidente qu’avec des objets à dimension éthique, comme la « famille », c’est-à-dire, et nécessairement, ses fondements et sa légitimité. Il aura fallu que la définition de la famille devienne explicitement un enjeu politique – au point où l’on parle en France de politique familiale – pour que les définitions de la famille apparaissent pour ce qu’elles sont : des espaces de droits et de devoirs dont le fondement et l’étendue varient selon les modes de reproduction des structures sociales et des formes de gestion des populations qui leur correspondent. Ce dont les discours sur la famille sont aujourd’hui le symptôme est la coexistence simultanée de plusieurs modes de reproduction et de gestion des populations. En témoignent les études réunies dans ce recueil où le mot « famille » apparaît presque comme une métaphore, celle d’un ordre social intégré, au-delà de tout ce qui peut le différencier : des expressions comme celles de « familles monoparentales », de « familles homoparentales », de « familles transparentales », ne sont-elles pas des oxymores associant ce qui jusque là était perçu comme antinomique ? De même, des locutions comme « mères lesbiennes » ou « pères gays » apparaissent toujours comme contradictoires au point où la spécification semble 11

nécessaire pour définir la possibilité ou l’impossibilité morale, pour ne pas dire sociale, d’une « bi-parentalité » de même orientation sexuelle. Il n’est guère, aujourd’hui, de secteur de la vie sociale, où l’on observe de telles contorsions linguistiques visant à s’affranchir de l’association de la parentalité et de la sexualité. Sans doute, dans les représentations officielles, hétérosexualité et parentalité ontelles longtemps été associées à la notion de famille, renvoyant « naturellement » aux deux. Lors même qu’elle est technologiquement dissociée (contraception d’un côté, procréation médicalement assistée de l’autre), la représentation du lien entre sexualité et procréation ne cesse de perdurer, puisque désormais elle peut être refondée biologiquement (test Adn). Tout se passe comme si, au fur et à mesure que les représentations de la parenté et des formes d’apparentement qui lui sont liées, tendent à se libérer des contraintes physiologiques et organiques, les technologies à base biologique concourent à en restaurer le fondement. Bref, au-delà des aléas de cette course-poursuite, l’enjeu des définitions de la « famille » est bien la filiation, c’est-àdire l’affiliation à la « famille » et à l’ordre social qui lui est associé. Car la « famille » n’est pas une structure « naturellement » fondée, quelle que soit la définition sociale de la « nature » en question, fût-elle celle qu’en donne aujourd’hui la biologie, constituée depuis plus d’un siècle comme la science du « vivant » sinon de la « vie » elle-même, elle est la forme symbolique consacrée de l’ordre social et par l’ordre social. Ce qui est désigné officiellement comme la « famille » est non seulement un mode de reproduction de la structure sociale, mais aussi et inséparablement un mode de légitimation. L’opposition binaire entre famille « légitime » et famille « naturelle » qui avait cours en droit il y a encore quelques dizaines d’années, a fait place à une sorte de continuum de familles constituées donc comme « plurielles » et dont la pluralité est cependant construite selon les mêmes principes de hiérarchisation, la famille, sous-entendu la famille « normale », restant toujours de même forme, au sens symbolique du terme. Les contributions à cet ouvrage en offrent des exemples variés, que ce soit en France ou en Italie. C’est que les hiérarchies symboliques sont toujours des hiérarchies sociales, sociales dans leurs fondements, sociales dans 12

leurs effets. De sorte que des unions et des parentés qui sont toujours spécifiées, c’est-à-dire spécifiques sous un rapport ou sous un autre (hier selon la classe sociale – famille « ouvrière », famille « bourgeoise », famille « paysanne » – aujourd’hui, selon l’orientation sexuelle, homosexuelle, bisexuelle…) sont, comme toutes les particularités, rapportées à un modèle général : la famille définie dans sa plénitude, dans son universalité, celui de la famille dont les parents, mariés, sont hétérosexuels. Dès lors, toute autre famille, qu’elle soit légalement reconnue ou non, est perçue comme « incomplète » (« monoparentalité ») voire comme « imparfaite » ou « inachevée », pour ne pas dire en « défaut », bref, comme « fautive ». Cette dimension symbolique qui redouble toutes les autres, notamment économiques, était importante à analyser et à souligner, ce que les auteurs de ce recueil ont fait chacun à leur manière et de leur propre point de vue, ce qui fait le grand intérêt de cet ouvrage, unique en son genre.

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Introduction. Maternité et paternité plurielles
Elisabetta Ruspini

Quelles sont les caractéristiques qui font d’un parent un bon parent ? Certaines sont largement évidentes : amour, respect, patience, attention, proximité, compréhension. En revanche, sur d’autres caractéristiques s’ouvre un âpre débat sur de multiples niveaux : social, économique, juridique, pédagogique, éthique, religieux. Pour être une bonne mère ou un bon père faut-il être marié ? Et l’être de manière stable ? Faut-il être hétérosexuel ? Ou faut-il être une femme ou un homme né dans un corps féminin (pour les femmes) ou masculin (pour les hommes) et n’avoir jamais remis en question (au moins publiquement) la relation culturellement approuvée entre genre et sexe dans le parcours de construction de son identité ? Dans d’autres termes, la capacité parentale est-elle une fonction directe et croissante d’un état civil déterminé, d’un corps sexué ou d’une orientation sexuelle particulière ? Ces questions constituent le point de départ de la réflexion des différents auteures et auteurs qui ont donné vie à ce volume, lequel peut par ailleurs être vu sous l’angle d’une confrontation entre culture associative et culture universitaire. Ce recueil d’essais stimulant et évocateur – enrichi d’une préface de Remi Lenoir – décrit, à partir d’une approche comparative entre la France et l’Italie, certaines dimensions des rapports entre les générations, notamment la monoparentalité, l’homoparentalité et la transparentalité, dues à la multiplication des échanges et à l’amalgame entre l’identité de genre et l’orientation sexuelle. Ensuite quelques éléments de clarifications. Par monoparentalité nous entendons le fait d’être parent « seul », c’est15

à-dire la famille constituée d’une mère ou d’un père qui ne cohabite pas de manière stable avec le partenaire ou le conjoint et qui a au moins un enfant à charge. Parmi les situations extrêmement variées de familles monoparentales, la figure de la mère « seule » constitue encore aujourd’hui un élément central sûr. Cela pour des raisons soit historiques soit socio-démographiques − objet de réflexion dans les chapitres 1 (Marie Thérèse Letablier) et 2 (Elisabetta Ruspini). En France comme en Italie, la figure du parent « seul » a historiquement concordé avec celle de la « femme séduite et abandonnée », de la « fille mère » et de la « mère célibataire ». Dans les sociétés traditionnelles, la « charité » envers les veuves et les orphelins ainsi que la possible « récupération » des filles mères ou du moins leurs enfants ont constitué des sujets récurrents dans la littérature cultivée et dans le discours public (Bimbi et Trifiletti, 2006). De plus, il ne faut pas oublier la considérable disproportion numérique entre les mères et les pères « seuls », les premières représentant le plus grand nombre. Cette disparité peut être liée à de multiples facteurs : la tendance à confier aux mères la garde des enfants en cas de séparation ou de divorce, un taux de mortalité plus élevé parmi les hommes, une prédisposition à se remarier plus importante chez les hommes divorcés que chez les femmes, la tendance de la part des enfants nés en dehors du mariage à vouloir vivre avec la mère. Un autre et important élément commun aux études et aux statistiques (entre autres : Duncan et Edwards, 1997 ; Edin et Lein, 1997 ; Lewis, 1997 ; Bimbi, 2000, ainsi que le chapitre premier du présent volume) est la constatation que les parents seuls − et surtout les mères seules − présentent, avec une probabilité plus élevée, des conditions économiques défavorables par rapport à d’autres typologies familiales. Elles montrent également une plus importante dépendance du système d’aide sociale (généralement manifestée par une plus longue durée des versements des allocations familiales). Toutefois, les parents seuls ne constituent pas un groupe défavorisé en tant que tel, c’est-à-dire qu’il n’existe aucune relation causale ou association inéluctable entre la condition de parent seul et la condition de pauvreté. En ce qui concerne les mères en particulier, leur excessive vulnérabilité 16

envers la privation ou réduction de revenus dérive de l’interaction entre les désavantages économiques et les inégalités de genre dans le marché du travail, sur le plan familial et médical et dans les systèmes d’aide sociale. En effet, les vies des mères seules sont étroitement liées à une complexe interaction de facteurs qui, en partant de l’insuffisante reconnaissance du travail gratuit des femmes au sein de l’économie non monétaire, touchent aux limitations qui résultent de la séparation des genres dans le travail, à l’embauche, de la part des politiques sociales, de la dépendance féminine vis-à-vis du partenaire masculin et de la pénurie des revenus féminins suite à la viduité, aux séparations ou aux divorces, des limitations qui résultent aussi de la défaillance et des retards de la part des pères divorcés dans leur contribution économique destinée à l’entretien de l’ex-conjointe. Cette vulnérabilité est aussi évidente dans un contexte comme celui de la France, notoirement caractérisé par un système de soutien très robuste et par une longue tradition. Selon l’Insee, Institut national de la statistique et des études économiques1, en France en 2005, 1,76 million de familles sont composées d’enfants de moins de 25 ans et d’un seul parent, leur mère le plus souvent. Depuis les années 1960, le secteur des familles monoparentales ne cesse d’augmenter du fait de la fragilité accrue des unions parentales. Les revenus d’activité des familles monoparentales sont en effet relativement faibles et en conséquence, le risque de pauvreté monétaire est habituellement supérieur à celui des couples, malgré les prestations sociales et les pensions alimentaires qui contribuent à rééquilibrer leurs ressources. En France, seulement la moitié des mères d’une famille monoparentale occupent un emploi à temps complet, alors qu’elles fournissent, en général, l’essentiel des revenus du ménage. Les familles monoparentales vivent dans des conditions de logement plus difficiles et plus fragiles que les couples ayant des enfants. Elles sont moins souvent propriétaires. Une preuve des difficultés à vivre seul avec des enfants est que 10% des familles monoparentales partagent leur logement avec d’autres personnes, habituellement avec un parent.
http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1195 (site consulté en février 2010).
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Aujourd’hui, les familles monoparentales se diversifient chaque fois plus et il ne faut pas sous-estimer les variations d’âge et de génération, le sexe, l’ethnie ni l’orientation sexuelle. Avant tout, le changement de la vieille monoparentalité, causée par la viduité (auparavant, les familles monoparentales étaient la conséquence du décès précoce d’un des parents, le plus souvent du père), vers la nouvelle monoparentalité qui résulte de la rupture volontaire de l’union familiale et des naissances en dehors du mariage est en train de s’accomplir (Zanatta, 2008). Cette évolution présente des aspects intéressants pour les sciences sociales ainsi que pour la politique sociale. En effet, des parents seuls qui appartiennent à des groupes différents ont forcément des besoins diversifiés : si les mères veuves seules, et probablement âgées, qui cohabitent avec leurs enfants déjà adultes, peuvent poser un problème concernant la dépendance de la part de ces fils ou filles adultes, le problème soulevé concernant les mères divorcées ou célibataires est étroitement lié à la charge des responsabilités familiales et à la dépendance des jeunes enfants. Concernant les mères seules adolescentes et jeunes, il s’agit de femmes qui ont largement anticipé leur fonction reproductive en dehors du lien matrimonial, et qui pour beaucoup d’entre elles n’ont pas fini leur parcours scolaire. Souvent elles ne possèdent pas de travail stable (et par conséquent, elles n’ont pas atteint un niveau social suffisant ni un capital professionnel convenable), elles n’ont pas de partenaire et sont forcées de rester (ou de retourner) dans la famille d’origine. Relativement au genre, bien que les mères seules soient plus nombreuses que les pères seuls, les chiffres concernant les pères seuls sont en constante progression. En Italie, entre 1998 et 2003 le pourcentage des pères seuls non veufs s’est accru de 31%, en passant de 102.000 à 134.000 (Rosina et Sabbadini, 2006). D’après nous, les pères seuls représentent une dimension significative − quoique insuffisamment explorée − du changement qui a frappé l’identité de genre et la parentalité (par exemple, Zajczyk et Ruspini, 2008). En effet, nous savons très peu (voire rien) des familles monoparentales dont le parent est un homme, un phénomène souvent défini comme marginal car les preuves numériques sont insuffisantes mais comme nous venons de le voir, il s’agit d’un phénomène en constant accroissement. Concernant le 18

cas des pères seuls il faut aussi signaler l’augmentation des difficultés économiques qui résultent, après la séparation ou le divorce, des obligations d’entretenir financièrement l’ex-femme et les enfants. En outre, il ne faut pas oublier le problème lié aux prix élevés des locations et à la médiocrité des logements populaires, ces problèmes pouvant influer considérablement sur la qualité de leurs vies. Malgré cela, l’Insee signale que les hommes à la tête d’une famille monoparentale sont en meilleure situation : la moitié d’entre eux sont propriétaires, la moitié vivent aussi dans une maison. 17% des pères d’une famille monoparentale et 9% des mères résident avec d’autres personnes, en plus de leurs enfants (contre 3% pour les couples), soit 178.000 familles. Parmi ces parents, 18% sont des jeunes de moins de 30 ans, dont la plupart vivent avec leurs enfants chez leurs propres parents. Les couples sont alors plus fréquemment propriétaires et leur logement plus souvent une maison. Mais dans ces cas, le nombre de personnes cohabitant dans le logement est souvent élevé : dans 32% des cas, il y a au moins cinq personnes, et vis-à-vis de l’indicateur de surpeuplement, 42% des logements ont trop d’occupants. Les mères et les pères des familles monoparentales qui cohabitent avec d’autres personnes sont plus souvent inactifs ou en difficulté sur le marché du travail, en termes de chômage ou d’emploi2. Le discours sur les pères seuls est étroitement lié aux revendications exprimées par le mouvement des pères séparés et concerne rarement les mères séparées et les couples. Ce mouvement a mis à l’ordre du jour, dans beaucoup de pays européens (parmi lesquels la France et l’Italie), l’objectif de la résidence « alternée » sur la base de l’égalité des droits et des devoirs entre les parents (afin de combattre la disparité de traitement dans les causes de séparation et notamment dans la prise en charge des mineurs). La garde alternée a le mérite de permettre aux enfants de profiter de leurs deux parents et souligne le principe du partage des responsabilités entre les parents pour l’éducation des enfants. D’ailleurs, en Italie grâce à la pression de telles revendications, la Loi 54 du 8 février 2006 « Dispositions en matière de séparation des parents et de garde partagée des enfants »
http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1195 (site consulté en février 2010).
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a vu le jour. En effet, cette loi intervient sur la réglementation existante dans les pratiques de garde des enfants en cas de séparation ou de divorce des parents, et cherche à privilégier la garde partagée entre les parents, plutôt qu’à attribuer une garde exclusive (qui en règle générale est accordée à la mère). Elle favorise ainsi le maintien des relations fluides et stables avec les deux parents. En France (voir chapitre 2), une proposition de loi visant à privilégier la résidence alternée pour l’enfant dont les parents sont séparés a été présentée par les députés MM. Richard Mallié et Jean-Pierre Decool. Être mère seule ou père seul est une réalité qui peut largement varier d’une culture à une autre, d’un groupe ethnique à un autre. Cela est dû à la perception individuelle de cette condition, à sa durée et à la structure des réseaux d’aide et de soutien autour de ces noyaux. Ce sont les réalités des mères seules en particulier qui varient considérablement. Enfin, les parents « seuls » peuvent présenter des orientations sexuelles différentes (homosexualité, bisexualité, hétérosexualité) ou bien d’inédites combinaisons entre ces orientations. La question de la relation entre la parentalité, l’identité de genre et la pluralité d’orientations sexuelles semble encore insuffisamment débattue : la littérature scientifique qui s’occupe des différentes formes de parentalité, parmi lesquelles celle des personnes homosexuelles, bisexuelles ou transsexuelles, est toujours très circonscrite. Dans le panorama italien en particulier, les études centrées sur le rôle parental, entendu comme un répertoire de fonctions et de compétences susceptible d’assumer une configuration spécifique sans tenir compte du sexe d’appartenance, sont encore insuffisantes (Luciani, 2008). Pourtant, l’homoparentalité − un terme qui généralement désigne toutes les familles dans lesquelles au moins un adulte s’autoidentifiant comme homosexuel est le parent d’au moins un enfant (Gross, 2003) − constitue depuis quelque temps une réalité émergente dans beaucoup de sociétés occidentales, surtout suite à la croissante visibilité des mères homosexuelles qui cohabitent avec leurs partenaires et avec leurs enfants. Martine Gross l’écrit dans son chapitre, les familles homoparentales interrogent les définitions issues du modèle traditionnel de la famille dans le monde occidental, sur ce que sont un parent, une mère, un père, 20

une famille, la parenté, etc. Les formes de parentalité et les relations entre les générations qui caractérisent ces familles peuvent être, en effet, très riches et complexes (Gratton, 2008). L’apparition de modèles inédits de relation entre les générations ne signifie pas que les couples homosexuels soient forcément en train de s’approcher vers un modèle de famille nucléaire. Mais plutôt que les aspects de la réalité des lesbiennes et des gays, en ce qui concerne le fait de concevoir et d’élever les enfants, semblent en partie remettre radicalement en question les modèles prédominants de parentalité. L’homoparentalité doit donc être observée depuis plusieurs angles. En effet, il ne faut pas considérer uniquement le désir de maternité et de paternité des gays et des lesbiennes, mais aussi la responsabilité paternelle et maternelle de tous ces homosexuels qui « ont procréé » dans leur vie précédente (lorsqu’ils étaient, pour certains, hétérosexuels). Le fait d’être parent et d’avoir des relations avec des personnes du même sexe n’est bien évidemment pas un fait nouveau, mais des recherches menées surtout aux Etats Unis et en GrandeBretagne laissent voir que d’importants changements se sont produits (Mallon, 2004). Si dans le passé les enfants provenaient généralement d’une relation hétérosexuelle précédente, maintenant le choix de devenir parent est de plus en plus détaché de l’hétérosexualité, et cela grâce aux nouvelles possibilités des techniques de reproduction assistée mais aussi à l’accès à l’adoption (Shanley, 2002 ; Bertone, 2005). En Italie, par exemple, les enfants sont presque toujours le fruit d’une union hétérosexuelle. Étant donné l’impossibilité d’adopter et la difficulté d’accès aux techniques de reproduction assistée, les possibilités pour un couple homosexuel d’élever un enfant ensemble sont très limitées. La Loi italienne sur l’insémination artificielle (no. 40 du 19 février 2004) est en effet très sévère et restrictive. D’après cette loi « le recours aux techniques de procréation médicalement assistée est uniquement accordée après vérification de l’impossibilité de résoudre autrement les causes qui empêchent la procréation et de toute façon le recours à ces techniques est circonscrit aux cas de stérilité ou d’infertilité inexpliquées certifiés par acte médical ». Il est en outre interdit d’avoir recours aux techniques de procréation médicalement assistée de type 21

hétérologue. La loi interdit aussi les cryoconservations et la suppression d’embryons : les techniques ne doivent pas créer un nombre d’embryons supérieur à celui strictement nécessaire pour une seule et unique implantation, et de toute façon le nombre d’embryons produits ne doit pas être supérieur à trois. Enfin, peuvent accéder aux techniques les couples majeurs, de sexe différent, mariés ou en concubinage, n’ayant pas dépassé l’âge normal de fertilité et tous les deux vivants (l’insémination post mortem est interdite, c’est-à-dire avec le sperme du conjoint entretemps décédé). Il n’est donc pas possible d’obtenir une insémination à travers la procréation médicalement assistée dans les cas de femmes ou d’hommes célibataires ou de couples homosexuels. Un rejet partiel de la Loi no. 40 arrive du Conseil Constitutionnel qui a déclaré l’illégitimité de la restriction au nombre de trois embryons qu’il est possible d’implanter dans l’utérus des patientes qui se soumettent aux procédures de procréation médicalement assistée. Mais pour l’instant rien n’a changé au sujet de la délimitation concernant l’hétérosexualité ou l’homosexualité. En France, contrairement à l’Italie, l’adoption est possible pour une personne célibataire de plus de 28 ans. Malgré cela, il est vivement conseillé de ne pas exprimer sa propre homosexualité lors de la demande. En outre, la Pma - Procréation Médicalement Assistée - n’est autorisée qu’aux couples hétérosexuels vivant en couple et celle de type hétérologue n’est autorisée que lorsque les techniques homologuées ont échoué. Et, très récemment (février 2010), le ministre français de l’Education nationale s’est opposé à la diffusion aux élèves d’école primaire d’un court-métrage d’animation sur l’homosexualité: « Le baiser de la lune ». Le dessin animé raconte une histoire d’amour entre Félix, un poissonchat et Léon, un poisson-lune. Pour son réalisateur, Sébastien Watel, il s’agit de « donner une vision moins stéréotypée des relations amoureuses » et de « sensibiliser les élèves contre l’homophobie ». Le manque de réglementation uniforme entre les divers pays (dans certains pays européens les réglementations en vigueur sont décidément plus permissives comme par exemple en Autriche, en Belgique, au Danemark, en France, au Royaume-Uni et en Espagne) a pour conséquence un phénomène qui au fil des années 22