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Monstres et monstruosités

De
297 pages
Qu'est-ce qu'un monstre ? Quelle est la marque de la monstruosité ? Quel lien existe-t-il entre la monstruosité et le monde des dieux ? La foule des monstres et des monstruosités est multiple et composite. Dans ce volume consacré au monde ancien, les auteurs mettent en évidence les multiples facettes de la monstruosité dans diverses civilisations : l'Egypte, la Mésopotamie, l'Anatolie hittite, les civilisations nordiques ou encore le Moyen Age occidental sont interrogés sur le thème retenu.
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CAHIERS KUBABA Volume IX

MONSTRES ET MONSTRUOSITÉS Dans le monde ancien

Association Kubaba, Université de Paris I, Panthéon-Sorbonne, 12 Place du Panthéon, 75231, Paris CEDEX 05

L'Harmattan

Regard l, d'Abraham Hadad, Huile sur toile, 2004, Crédits photographiques: Gérard Dufrêne La déeesseKubabade VladimirTchemychev

Directeur de publication: Michel Mazoyer Directeur scientifique: Jorge Pérez Rey

Comité de rédaction Trésorière: Christine Gaulme Colloques: Jesus Martinez Dorronsorro Relations publiques: Annie Tchemychev Directrice du Comité de lecture: Annick Touchard

Comité de lecture Brigitte d'Arx, Marie-Françoise Béai, Olivier Casabonne, François-Marie Haillant, Germaine Demaux, Frédérique Fleck, Hugues Lebailly, Eduardo Martinez, Paul Mirault, Anne-Marie OehlschHiger, Alexis Porcher, Nicolas Richer, Francisco de la Rosa Ingénieur informatique Patrick Habersack (macpaddv@chello.fr)

Avec la collaboration artistique de Jean-Michel Lartigaud, et de Vladimir Tchemychev

Ce volume a été imprimé par
(Ç)Association KUBABA, Paris

2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo. fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-03272-9 EAN : 9782296032729

Bibliothèque Kubaba http://kubaba.univ-parisl.fr Dernières publications Chez L'Harmattan

Cahiers Kubaba Barbares et civilisés dans l'Antiquité
Collection Kubaba Série Antiquité L'Atlantide et la mythologie grecque, Bernard Sergent Histoire politique d'Ugarit, Jacques Freu L'Aphrodite iranienne, Eric Pirart Dès origines à la fin de l'ancien royaume Hittite. Les Hittites et leur histoire, Jacques Freu, Michel Mazoyer. En collaboration avec Isabelle Klock-Fontanille

Série Monde moderne, Monde contemporain L'enseignement de I 'Histoire en Russie, Annie Tchernychev Le Lys, Poème marial islandais, Eysteinn Asgrimsson, présentation et traduction de Patrick Guelpa Série Grammaire et linguistique A l'origine du signe: le latin signum, Stéphane Dorothée Série Actes Alchimies, Occident-Orient, éd. Claire Kappler et Suzanne ThiolierMéjean, Actes du Colloque tenu en Sorbonne les 13, 14 et 15 décembre 2001, Publiés avec le concours de l'UMR 8092 (CNRSParis-Sorbonne) L 'homme et la nature. Histoire d'une colonisation. Actes du colloque international de Paris tenu à l'Institut catholique de Paris, décembre 2004 Série Eclectique Sueurs ocres, Elie Lobermann Il faut reconstruire Carthage, Patrick Voisin

SOMMAIRE

Sydney AUFRERE Aperçu de quelques ophidiens fantastiques de l'Egypte pharaonique Roberto BERTOLINO Héraklès, gardien des portes Catherine COUSIN Les Grecs et leurs Monstres infernaux. Aperçu. Virginie DANREY Du Chaos au Cosmos. Les Monstres dans la littérature mythologique sumérienne et akkadienne Dépôts de fondation et gardiens de porte « monstrueux» en Mésopotamie Patrick GUELP A Les Monstres dans la Mythologie nordique Pierre LEVRON La mélancolie et ses monstres. Enquête sur le fantastique atrabilaire dans la littérature des douzième et treizième siècles

Il

37

43

69

97

113

141

Eugénie MATTHIS Aristote, l'incomplet, le monstrueuxet l'inachevé Michel MAZOYER Les Salawanes et les Damnassara Aperçu sur deux monstres de la Mythologie hittite Hélène NUTKOWICZ Le veau d'or: de l'impur au sacré Dennis PARDEE La tétralogie au sein de la « science» ougaritienne Jean-Michel RENAUD Le sanglier de Calydon: un monstre au propre et au figuré

203

219

235

251

261

275

Soutenance Marine FRAGNAUD La céramique ourartéenne (Présentation de Jacques Freu) Poésies et Dessin Amélie DETSSON Jean-Michel LARTIGAUD Vladimir TCHERNYCHEV

295

297

APERÇU DE QUELQUES OPHIDIENS FANTASTIQUES DE L'ÉGYPTE PHARAONIQUE

Si l'on voulait traiter l'ensemble des monstres de l'Egypte ancienne, on ne saurait sur quoi fixer son attention, tant les surfaces couvertes par les hiérogrammates abritent de créatures aux formes dévoyées et pourtant familières, qu'une fréquentation d'un milieu riche en espèces a contribué à forger dès les ivoires magiques du Moyen Empire. De surcroît, une tradition de méconnaissance des croyances égyptiennes a décidé a priori du caractère monstrueux de ses dieux, quand ceux-ci ne sont pas grotesques. Si l'on feuillette les pages de la Monstrorum historia parue à Bologne en 1642, et due à la savante plume d'Ulysse Aldrovandi, le premier à avoir consacré un traité complet et extrêmement détaillé aux monstresI, on constate que certaines figures égyptiennes relèvent peu ou prou de cette catégorie par un malentendu. Il faut tout d'abord en revenir à l'étymologie latine, où monstrum « monstro) désigne tout à la fois un fait prodigieux, sonnant comme un avertissement des dieux, ou quelque chose qui sort de la nature, un monstre ou une monstruosité, et monstruosus, l'adjectif se rapportant à ce qui est monstrueux, bizarre, extraordinaire, sinon difforme ou mal formé (Gaffiot). La démarche d'Aldrovandi, qui s'accorde au sens du mot latin, tient, pour ce qui tient de l'Egypte, de l'analogie morphologique avec les créatures fantastiques de la mythologie classique. Ce sont les Harpies2 - ces êtres fabuleux à têtes de femmes et à corps d'oiseaux - au~quelles font écho les représentations de ba féminin d'Hathor. Aux griffons, ces lions ptérophores à tête de faucon3, et parangons du monstre, s'ajoutent de véritables êtres chimériques: l'Ornianthropos4, le Il

Lycanthropos5, l'Avis anseriformis6, l'Avis monstrifera7, et l'Aries biceps8, représentations tirées de la Mensa Isiaca9. En ne prenant que ces exemples, et sans vouloir écrire une histoire de la réception du monstrueux de l'Egypte ancienne, on en distingue clairement les caractéristiques chez Aldrovandi : des compositions où dominent l'ambigu, l'inhabituel et le composite. Dans un univers comme celui de l'Egypte ancienne, un monde où l'empreinte d'un milieu spécifique est forte et durable, le rapport à la monstruosité est-il fondamentalement différent du nôtre? C'est dans le même éventail que celui du savant bolonais qu'il y a lieu de chercher. Même s'il faut se garder de croire que tout ce qui apparaît, de notre point de vue, comme monstres, ne l'était pas dans l'antiquité égyptienne, et que celle-ci était beaucoup plus encline à réaliser des compositions allégoriques empruntant à tous les règnes, la question serait: qu'est-ce qui, en Egypte, pouvait résolument passer aux yeux de ses habitants pour monstrueuxIO ? Par conséquent, il faut donner un exemple qu' Aldrovandi ignorait et qu'il aurait sans doute inclus dans son ouvrage, puisque l'effet monstrueux, celui de « l'inquiétante étrangeté », doit être créé de toutes pièces afm d'aboutir à un être chimérique. Tel est le cas de la Grande dévoreuse (c?'m.twr.t) de la Formule 125 du Livre des Morts11, à laquelle revenait la tâche d'engloutir ceux qui n'auraient pas franchi sans encombre le cap de la pesée de l'âme - en réalité le cœur - et pour lesquels le mall' emporte sur le bien 12. Cela dit, nous nous intéresserons en priorité dans cet article aux êtres fantastiques serpentiformes, non seulement associés à cette notion de monstre, mais jouant, dans la partition divine, le rôle d'êtres ambivalents, positifs ou négatifs. Pourquoi? Les serpents, chthoniens par excellence, sont fréquemment présents dans l'iconographie égyptienne; ils évoquent la terre, le monde souterrain, celui des cavernes, le temps replié sur lui-même au point d'évoquer l'éternité, le danger, le feu et la défense, ainsi que la fertilité. De par leur longueur et leur plasticité, les formes complexes qu'ils peuvent revêtir sont innombrables. En sorte que je ne saurais prétendre à 12

un catalogue exhaustif: ce qui explique d'ailleurs l'intitulé de cet article. Quoi qu'il en soit, le sujet, qui n'a jamais été approché ni de près ni de loin, permet de voir apparaître quelques tendances iconographiques. Sous l'aspect général du « serpent », se profilent des formes et une sémiologie de l'image différemment chargées. On doit à Serge Sauneron, dans sa publication magistrale du temple d'Esna, d'avoir attiré l'attention sur la création des êtres fantastiques comme autant d'anaglyphes sculptés au plafond de ce temple. Ce chercheur, à la curiosité insatiable, avait réfléchi aux procédés élémentaires dans lesquels l'imagination et l'inventivité des artistes de ce sanctuaire du temps des Césars se sont déployées et demeurèrent insurpassées dans l'histoire de l'iconographie égyptienne13 : A. Exagération d'une forme initialement normale; B. Mélange harmonieux d'éléments pris à deux animaux différents, pour constituer un seul être fonctionnellement concevable (. ..) ; C. Adjonction de bras, de pattes ou d'ailes à un reptile qui en est naturellement dépourvu; D. Mise en symbiose, enfin, de deux êtres appartenant à des règnes différents (...) En mémoire de l'éditeur du Papyrus ophiologique de Brooklyn14, je reprendrai cette classification, à laquelle je n'ai rien à enlever, sinon qu'à enrichir pour l'objet qui est le mien. Le ciel nocturne et ses myriades d'étoiles laissent le champ libre à la créativité car les constellations, dont certaines parfaitement identifiables comme les douze signes du Zodiaque et les trente six décans15 font l'objet de ces compositions qu'évoquent clairement celles du ciel du Sud16 et du ciel Nord17, respectivement enclos chacun par deux silhouettes de la voûte céleste divinisée, Nout. En dehors d'Esna, dont les artistes jouèrent plus avec le fantastique qu'avec le terrifiant, on trouvera à toutes les époques, dans l'iconographie égyptienne, un bon nombre de ce que nous pourrions nommer monstres, au sens où nous entendons ce vocable, c'est-à-dire des êtres composites destinés à inspirer la peur, en connotant l'étrangeté, 13

ophidiens chimériques dont les artistes égyptiens enluminèrent leurs papyrus et les plafonds des temples. Les papyrus funéraires, notamment les recensions dotées de vignettes telles que les exemplaires du Livre des Morts, du Livre de l'Amdouat, du Livre des Portes -, abondent elles aussi de ces créatures stupéfiantes échappées de l'imagination tortueuse de leurs créateurs, qui préfigurent les Cerbères, les hydres et autres dragons, basilics et vouivres de légende, d'autant que l'Egypte est un pays de reptiles qui offre un vaste champ de références. A. EXAGÉRATION D'UNE FORME INITIALEMENT
NORMALE

1. Le serpent rampant hypertrophié: Apophis Celui que l'on peut immédiatement ranger sous cette rubrique est Apophisl8, ophidien formidable, qui attaque Rê lors de son parcours céleste et prive sa barque de l'élément sur lequel elle navigue 19.C'est une force contre l'action de laquelle on possédait un recueil de formules20. Dans la XIIe heure du Livre de l'Amdouaft, sa représentation est à la hauteur de la réputation du monstre. Il offre l'aspect d'un serpent démesurément long, ondulant légèrement22 dont les replis évoquent le vallonnement sablonneux et rocheux à l'infini des déserts à l'est et à l'ouest. Par analogie, le Nil semble avoir été aspiré par les sables des deux déserts Arabique et Libyque. Cette similarité est cultivée jusque dans ces contrées arides, notamment dans les oasis méridionales. Pour la raison qui consiste à assimiler le désert de l'ouest au bas fond de sable dangereux sur lequel butte l'étrave de la barque, le dieu Seth au temple d'Hibis, à Kharg a, contrecarre l'action des dunes représentées sous la forme d'un serpent hypertrophié. Le dieu est en position de domination, les deux pieds sur le corps du serpent et lui transperçant la tête à l'aide d'une lance23. Un exemplaire de même nature est représenté dans l'entrée du temple datant du règne d'Auguste à Aïn el-Birbaya, à l'entrée de l'Oasis de Dakhla24. On ajoutera dans cette rubrique le monstrueux Apophis, qui apparaît sur une stèle du musée de Leyde, qui sera traitée infra, C, 1. Des serpents horizontaux surdimensionnés ne manquent pas dans l'iconographie des 14

recensions funéraires. Omniprésents, ils apparaissent comme des forces bénéfiques qui, par leur taille, forment des remparts vivants autour du dieu25, quand ce ne sont pas des aspects d'Atoum-Rê en devenir. 2. Le serpent entéromorphe D'autres serpents impressionnants offrent l'aspect des replis de l'intestin d'un être vivant. On en connaît au moins deux exemples. On les qualifiera d'entéromorphes. En premier lieu, le P. Skrine 2 (Bodleian Library)26, sur lequel nous reviendrons sous peu, s'ouvre sur un serpent de 1000 coudées de long, qui se nomme Snouh-her, « Face-lovée ».' Il s'agit de l'un des aspects d'Atoum. Ce dernier remplit complètement un cadre rectangulaire. En second lieu, dans le ciel septentrional d'Esna, dans un semi d'étoiles27, figure un ophidien cosmique qui lui ressemble peu ou prou. La tête emprisonnée dans un premier réseau de replis et le corps, après avoir formé quelques plis, se termine par un agencement moins complexe28.

B.

MÉLANGE HARMONIEUX D'ÉLÉMENTS PRIS À DEUX ANIMAUX DIFFÉRENTS, POUR CONSTITUER UN SEUL ÊTRE FONCTIONNEL-LEMENT CONCEVABLE

1. Le serpent rampant crocodilocéphale Il existe au moins deux de ces créatures. La première trône dans le ciel Nord d'Esna: il s'agit d'un gigantesque serpent, dont la tête est reconnaissable par rapport à d'autres constellations à l'aspect de crocodiles qui se situent à gauche. Son corps forme deux boucles tournées vers le haur9. L'autre se tient dans le ciel Sud. Le corps du serpent forme trois replis marqués et la tête est surmontée de la couronne ate/o.

2. Le

serpent rampant à deux têtes tournées dans des

directions opposées A quoi peuvent bien correspondre les serpents rampants à corps arqués et à deux têtes, représentés dans le ciel Nord et dans le ciel Sud d'Esna31 ? A priori à des alignements d'étoiles mouvants correspondant à des mécanismes' cosmiques antagonistes. 15

Une autre version d'un serpent à deux têtes, près de la constellation du Cancer, se différencie par quatre anneaux32. On ajoutera une autre version, dans le ciel méridional d'Esna, où les deux serpents sont dotés d'ailes déployées vers l'avant et dans l'angle desquelles s'inscrit une silhouette de scarabée33. 3. Deux serpents rampants entrelacés criocéphales Deux serpents à têtes de bélier forment trois boucles34. La forme générale, qui ressemble à une torsade de lin, est attestée sur plusieurs monuments de l'époque pré-thinite35. 4. Le serpent rampant hiéracocéphale Une constellation du ciel Nord d'Esna représente un uraeus, dont la tête est formée par celle d'un faucon somlné d'un disque uréé. Le corps dessine un rectangle en se refermant36. Dans le ciel méridional d'Esna, un autre ophidien hiéracocéphale dont le corps, en revenant sur lui-même, forme trois boucles37. Enfin, la tête d'un autre exemplaire dont le corps affecte la même forme, est marquée par une plume d'autruche38. On en trouvera un autre au P. Jumilhac39. 5. Les serpents rampants bicéphales et polycéphales La bicéphalie véritable est plutôt rare; elle s'exprime par deux têtes humaines (voir SERPENT-ARBRE, infra, D, 1), ou par une tête de serpent de la nuque duquel jaillit une autre tête de félin 40.Un autre figure sous le précédent: à gauche se dresse la tête du serpent sous la forme d'un profil d'Horus, tandis que de l'autre côté il s'agit de celle d'un serpent simple41. Notons un cobra à double tête d'uraeus dans le ciel Sud d'Esna dont le corps forme deux boucles42. Parmi les serpents polycéphales figure une forme unique que l'on trouve dans le ciel Nord d'Esna43 : huit têtes d'uraeus émergent d'un corps de cobra qui forme deux replis. La butte osirienne de Karnak est protégée, près d'un balanite (jsd), par un serpent à neuftêtes44, et la butte de Nâref, par un monstrueux serpent à sept têtes, dont le corps forme deux masses de replis45.Ces deux serpents protecteurs de buttes46 rappellent curieusement l'Hydre de Lerne, auquel on rapportait, soit neuf, soit sept têtes. La quatrième section du Livre de l'Amdouat comporte un serpent rampant à deux têtes. Et la sixième section du même ouvrage offre, à de multiples 16

occurrences, la silhouette d'un serpent à cinq têtes dont le corps enveloppe, comme formant une caverne, Khépri allongé, en signe de protection et d'éternité47. 6. Le serpent vertical à serpents croisés Il s'agit-là d'une forme rare qui figure parmi les décans du plafond de Dendara. L'ophidien se tient verticalement et son corps est recoupé par des serpents horizontaux plus petits, différents des cérastes, puisqu'ils sont dépourvus de cornes. Le nombre de ces serpents s'étend de un48à trois49.
7. Le serpent rampant à cornes de bélier Dans le ciel méridional d'Esna5o.

c. ADJONCTIONDE BRAS, DE PATTESOU D'AILES À
UN REPTILE DÉPOURVU QUI EN EST NATURELLEMENT

1. Le serpent à mains et à tête humaine On ne s'attardera pas sur les serpents - uraeus ou autres auxquels on ajoute des mains. Le but est évident: on en pourvoit ces êtres qui n'en ont pas par nature, pour leur conférer de nouvelles potentialités. Ainsi, sont-ils en mesure de combattre, d'adorer51 ou d'implorer, comme l'évoque le cas suivant: le parangon du monstre divin, Apophis, reconnaissable à sa taille et à sa barbe, comme on le voit dans les diverses représentations, sur parois de tombes ou sur papyrus, du Livre de l' Amdouat52. Pour parler de chimère, il faut qu'il y ait combinaison, un aspect que l'on trouve assez rarement, notamment pour Apophis ophidien. Tel est pourtant le cas de la silhouette d'Apophis gravée sur la stèle de Takyana (Leyde, AP 60). Seth l'Ombite, sous la forme d'un personnage humain campé dans une attitude dynamique - chargeant -, plante sa lance dans le corps du monstre étrange qui lui fait face. Celui-ci possède une tête humaine et des bras, mais il ne peut répliquer. Il lui incombe d'être défait par Seth qui accomplit, dans la réalité, cet acte à l'avant de la barque de Rê53, alors que l'animal fabuleux empêche l'embarcation de progresser sur les eaux cosmiques. Dans le ciel sont représentés le ciel et la lune, le monstre représentant l'obscurité qui doit être vaincue mais 17

aussi les sables du désert, comme nous l'avons précédemment vu (ct: supra, A, 1). 2. Serpent rampant à plusieurs têtes humaines Un exemple figure dans le ciel Sud d'Esna : un corps de serpent formant trois replis et à l'extrémité antérieure duquel émergent quatre têtes humaines54. Ajoutons l'un des deux serpents-arbres, dans le ciel du Sud d'Esna (ct: infra, D, 1)55. Signalons aussi l'uraeus à deux replis et à deux têtes humaines de la Xe division du Livre des Portes56. 3. Le serpent ptérophore à trois têtes et à deux paires de jambes Cet ophidien tenant un signe ânkh, est caractéristique de la quatrième heure du Livre de l'Amdouat. Trois têtes se dressent à une seule extrémité. 4. Le serpent ptérophore horizontal et à deux paires de jambes: le temps maîtrisé par Atoum On trouve cette composition fantastique dans le Livre de l'Amdouat, tant dans le magnifique exemplaire de la tombe de Thoutmôsis In57 que dans les versions abrégées58 - qui consistent le plus souvent dans les XIe et la XIIe divisions qui correspondent aux deux ultimes heures de la nuit, annonçant la renaissance du soleil, qui n'est autre qu'Atoum59. Atoum, dans la tombe de Thoutmôsis III, paraît entraver les ailes de ce serpent ailé étrange, dont la signification varie selon les auteurs. Une représentation du papyrus de Bakenmout (Musée égyptien du Caire )60 fournit une excellente illustration de ce concept. Elle évoque un serpent barbu doté de deux paires de jambes dans l'attitude de la marche apparente, coiffé d'une couronne blanche, tandis qu'un être humain, émergeant du corps du serpent, lève les bras attachés, semble-t-il, par des courroies à des ailes artificielles. Ce serpent, qui fait face à l'image d'un Rê vieillissant hiéracocéphale61, est nommé: nb dnb.wj pt} nmt.t, « le possesseur d'ailes, à la foulée étendue ». La tombe de Ramsès VI fige le même concept62. II apparaît encore, sans le nom qui lui est associé, au P. Bodmer 110)63: le même animal fantastique revêt la forme d'un serpent également doté de deux paires de pattes, à tête sommée 18

d'un disque solaire, et crachant son venin - indiquant par là un personnage potentiellement dangereux. Il est superposé à un être humain aux bras desquels semblent fixées des ailes et qui tient dans chaque main une plume64. Sa tête est sommée d'un disque solaire de part et d'autre duquel on aperçoit deux yeux oudjat. D'après S. Bickel, auteur de la notice concernant ce papyrus, « on reconnaît le dieu Atoum qui écarte les ailes d'un serpent ptérophore à pattes, un être malveillant d'une extrême mobilité qui cherche à dévorer les ombres des morts. A droite de cette image, le papyrus Bodmer 110 fait figurer un autre serpent "qui enlève les heures" ; une personnification du temps est assise sur son dos65.» La même disposition est attestée dans le P. Caire JE 95656, mais l'homme, portant un disque solaire maintient les ailes du serpent dont la gueule tient un signe ânkh. Le serpent de droite est identifié comme « L'Eternité seigneur de la Douat »66. En observant cette figure, il faut convenir qu' Atoum, avant de renaître après la douzième heure de la nuit, est parvenu à juguler les effets de cet ophidien ambigu représenté sous la forme d'un serpent solaire, rapide au sol et dans les airs, crachant son venin, s'en prenant aux défunts; il semble s'opposer à l'éternité. Mais la composition souligne que le dieu ne fait qu'un avec l'ophidien ailé et, s'il en atténue les effets, ne s'assimile pas moins de façon ambiguë à celui qui pourrait apparaître comme une force allégorique de l'ubiquité et de liberté de mouvement, auxquelles font songer la forme fluide, les ailes et les jambes, et dont il convient pour le dieu de capter la puissance. 5. Les serpents dotés de jambes Ils ne sont pas si nombreux et se ramènent à un type iconographique stabilisé. Il convient tout d'abord d'énumérer le serpent Sa-ta, ophidien bénéfique de la Formule 87 du Livre des Morts, doté d'une paire de jambes67, qui permet au défunt de s'assimiler par analogie à l'éternité: «Je suis le serpent sa-ta sempiternel qui passe la nuit à être enfanté chaque jour, je suis le serpent sa-ta, celui qui est aux extrémités de la terre, je passe la nuit à être mis au monde chaque jour, à être rajeuni, quotidennement68. » Il s'agit-là d'un concept associant l'éternité 19

(le serpent) au dynamisme évoqué par la paire de jambes, le tout, représentant une sorte d'aiôn en mouvement. Mais l'iconographie est également celle qui permet d'identifier le serpent nâou, appelé Nehebkaou de la Dixième butte de la Formule 149 du Livre des Morts, simple serpent dressé avec des jambes69, ou doté d'une paire d' ailes 70,que l'on retrouve à Dendara71. Une même idée est exprimée dans la Formule 163 du Livre des Morts, dont la vignette représente deux yeux oudjat ailés pourvus chacun d'une paire de jambes, suivis par un serpent doté d'une paire de jambes et la tête sommée d'une coiffure formée de cornes de bélier et d'un disque solaire72. Les deux figures sont ainsi décrites: « Paroles à dire sur un serpent soutenu par deux jambes, portant un disque et deux cornes, deux yeux oudjat soutenus par des jambes et portant une paire d'ailes, dont, dans la pupille de l'un, se trouve la figurine d'un Être qui lève le bras et à la face de Bès, portant deux plumes et dont le dos est celui d'un faucon, et dont, dans la pupille de l'autre se trouve une figurine d'un Être qui lève le bras, à la face de Neith, sommée d'une double plume, dont le dos est celui d'un faucon, tracées à l'aide d'oliban sur une bande de lin, à l'aide de minéral vert du Sud et de l'eau du puits de l'Occident de l'Egypte sur une bande de lin verte, dont tous les membres de l'homme sont enveloppés73. » Il faut ajouter, dans le P. magique de Brooklyn, l'être identifié comme Atoum, seigneur d'Héliopolis, seigneur du Double-Pays, l'Héliopolitain, sous deux aspects différents (bras et jambes)74. Un type complexe, à six paires de jambes et à six têtes réparties de façon antagoniste est présent dans la IXe division du Livre des Portes75. Deux autres, simples, constituent la proue et la poupe d'une barque formée des corps entrelacés de deux
uraeus 76

.

6. Serpent à deux paires de pattes C'est là une figure ophidienne du ciel méridional d'Esna, qui n'a aucun équivalent. Elle présente deux paires de pattes, dont l'extrémité ressemble a priori à des sabots, mais que l'on doit très probablement assimiler à des griffes. La forme de la créature, ondoyante et légèrement féline77, confirme une impression de serpent-panthère qui n'est pas sans faire écho à 20

un autre être chimérique: le crocodilopardalis de la mosaïque de Préneste (palestrina). 7. Serpent à jambes et à tête humaine Dans le ciel Sud d'Esna, l'ophidien en question, présentant l'extrémité antérieure dressée, est animé de jambes. La tête, humaine, possède une véritable crète de petits uraei78.Il convient de faire un détour par la IXe section du Livre des Portes où l'on voit, attachés à un même corps, huit uraeus à têtes humaines et à jambes antagonistes, marchant, de surcroît, sur un serpent à deux têtes barbues surmontées d'une couronne blanche79. 8. Le serpent bicéphale ptérophore Un exemplaire s'inscrit dans le ciel Nord d'Esna. Deux têtes sont assujetties à un seul corps formant deux boucles, avec

une seule paire d'ailes pour les deux têtes80. Avec les autres
exemples ci-dessous, ce sont des formes qui présentent de nombreuses analogies avec des dragons ou des basilics tels qu'ils figurent dans l'œuvre de Conrad Gesner81. 9. Le serpent vertical ptérophore Je n'en connais qu'un exemplaire, dans la liste des décans de Dendara. Les ailes sont droites et fixées à la hauteur du COU82. type est précédé, dans la Xe division du Livre des Ce Portes, par un serpent ptérophore se dressant sur trois replis83. Ce type traduit une progression ascendante. 10. Le serpent horizontal ptérophore Il existe, dans le ciel Sud d'Esna, plusieurs silhouettes de serpents volants, c'est-à-dire présentant une forme hori-zontale et des ailes se rattachant sous le COU84. long serpent du Un même genre, dans le ciel Sud, sert de véhicule à deux silhouettes séthiennes (voir SERPENT-VÉHICULE, D, 1). infra, Il. Serpents dotés de jambes et/ou de mains Les décans en présentent plusieurs genres, outre l'ophidien simple: l'ophidien doté, comme un être humain, de jambes et de mains, lesquelles tiennent des pots renfermant des

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produits précieux85, décliné dans un genre à l'allure semblable, mais dépourvu de jambes86. 12. Le serpent à deux têtes d'ophidiens séparées et opposées Parmi les chimères serpentiformes figure un ophidien à deux têtes barbues, chacune coiffée des deux couronnes de Haute et de Basse Egypte, monté sur deux paires de jambes se dirigeant dans des sens opposés. Au-dessus des ondulations du corps se dresse une silhouette de faucon. Cette figure se trouve d'ordinaire dans la XIe section du Livre de l'Amdouat87. Elle est parfois remplacée par deux serpents ondulant horizontalement et portant les deux couronnes en question. Il faut placer dans cette rubrique une constellation très étrange, puisque son corps est composé d'un corps de serpent, dont une extrêmité, à gauche, est formée de deux cous d'uraeus se terminant par deux têtes d'homme, et dotée de deux paires de jambes, et dont l'autre extrêmité est constituée par deux têtes d'autruche et marchant à l'aide de deux paires de pattes d'oiseaux, qui se dirigent dans un sens inverse88. Quatre étoiles sont piquées dans le cadre formé par les têtes. Une telle représentation notifie vraisem-blablement une constellation mouvante, qui effectue alternativement des déplacements dans un sens puis dans un autre.
D. MISE EN SYMBIOSE DE DEUX ÊTRES APPARTENANT À DES RÈGNES DIFFÉRENTS 1. Le serpent arbre Il en existe seulement quelques exemples dont deux enluminent le ciel méridional d'Esna. Le premier est un serpent à queue bifide89 et rampant sur le sol, .tandis que de la queue émerge un arbre. Le second se caractérise par deux têtes humaines dont l'une jaillit du cou de l'autre. A la queue se produit le même phénomène végétal 90. E. LE SERPENT VÉHICULE 1. Le serpent rampant Le serpent véhicule est un motif très ancien qui remonte à des objets préhistoriques, notamment le peigne Davis ou le

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manche de couteau Camavon. Dans le premier, un serpent ondule sous un éléphant; dans le second, le motif est formé de deux serpents entrelacés sous un éléphant et se dressant au devant de lui91. Plusieurs d'entres eux apparaissent sur le P. Jumilhac92. Tithoès a également comme véhicule un ou deux serpents qui ondulent sous ses pas et en assurent la protection. Il en est de même d'une constellation du ciel Nord d'Esna se signalant par deux lions placés symétriquement dos à dos sur le corps d'un serpent dont la tête se dresse vers la droite93. Sur le ciel Sud d'Esna, on discerne, cette fois, un serpent ptérophore servant de véhicule à deux silhouettes de Seth94. Un autre serpent-véhicule dans les constellations du ciel méridional d'Esna, sur le corps duquel figurent neuf chapelles contenant chacune une effigie du dieu ptah95. 2. Le serpent rampant formant un repli Atoum monte un serpent de cette nature dans la VIlle division du Livre de l'Amdouat. Un des replis de l'animal lui constitue comme un trône. Cf. XIe division du Livre des Portes, où des uraeus servent de sièges à des divinités96.
F. LE SERPENT APPENDICULAIRE

1. Le serpent suspendu Deux exemples figurent dans le ciel Nord d'Esna. Il s'agit, d'une part, d'une constellation revêtant la forme d'un crocodile - lequel est opposé dos à dos avec un autre exemplaire du même animal - du ventre duquel émerge un serpent dont le corps, comme suspendu, plonge vers le bas et remonte sous le ventre de l'amphibien. D'autre part, le second représente un lion aker, de la partie inférieure duquel pend un serpent dont la tête, en remontant, forme un espace oblong avec son propre COrpS97.Dans la faun~ fantastique, ces serpents appendiculaires constituent un thème iconographique que l'on ne retrouve nulle part ailleurs. 2. Le serpent comme appendice caudal Bizarrement, l'ophidien se trouve, prêt à cracher son venin vers l'extérieur, à l'extrêmité de la queue d'un lionconstellation98 ou d'un crocodile99. Le même appendice 23

caractérise le dieu TithoèslOOmais aussi la statue du Cerbère tricéphale macrobien du Sérapéum de SaqqâralOI. Deux crocodiles-constellations présentent une queue s'achevant par une tête de serpent dans le ciel Sud d'EsnaI02. On trouve aussi un lion à tête de faucon et doté de cette originalité caudale, de même qu'un lion à tête de crocodilel03. Nous verrons qu'il y a là une interprétation des plus curieuses d'une observation naturaliste concernant la famille des lions.
G. ÊTRES HUMAINS À TÊTES DE SERPENTS OU ASSOCIÉS À DES SERPENTSI04

La vignette de la 4e butte de la Formule 149 du Livre des Morts présente une divinité gardienne féminine dotée de deux couteaux et dont la place de la tête est occupée, soit par deux cobras oPPOSéSI05, oit par trois ophidiens non identifiableslo6. s Ce bouquet ophiocéphale réapparaît à Dendara, dans une des buttes sacréesl07. La ge butte de la Formule 149 du Livre des Morts présente une silhouette d'homme tenant des couteaux et à la place de la tête duquel émergent trois serpentsl08, personnage qui figure à nouveau à Dendaral09. C'est aussi l'aspect d'un génie gardien du temple de la terrasse de DendarallO. Le cou n'est pas gonflé, en vue de projeter le venin, ce qui signifie que l'on aurait affaire à des serpents bienveillants 111. La partie correspondant au ciel du Sud à Esna comporte un personnage dont la tête est constituée de deux uraeus et qui tient dans ses mains deux autres serpentsl12. Il convient de signaler pour mémoire les douze déesses de la XIIe section du Livre de l' Amdouat, qui se confondent avec des serpents cracheurs de venin, comme on le constate dans le premier exemplaire connu du Livre de l'AmdouatI13. Elles assistent à la victoire finale du soleil sur Apophis. Dans tous les cas connus, les personnages marchent vers la droite. Saillant du cou et des épaules, un serpent adoptant la forme d'un reptile prêt à mordre114.Il faut ajouter à ces personnages l'être à corps humain qui se termine en forme d'ophidien, que l'on trouve plusieurs fois dans le Livre de la création du disque1l5.

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ESSAI DE CONCLUSION Une telle étude est encore loin de fournir un panorama général de l'univers des ophidiens divins fantastiques. Bien que l'on aboutisse dans l'ensemble à un schéma directeur, il est difficile de reconnaître à présent ce qui, dans l'esprit des concepteurs, les aura amenés à de telles représentations. Serge SAUNERON1l6 écrivait, en 1969, ce paragraphe qui n'a pas perdu un atome de sa force: «Il faudra laisser à d'autres le soin d'analyser ce que ces constatations peuvent apporter à la connaissance de l'âme égyptienne. Il s'y manifeste peu de zones d'ombre réelle; l'univers créé et connu fournit lui-même les éléments du mal connu, qui peuvent seulement reproduire ce à quoi l'on est déjà accoutumé. Manque d'imagination? Ou plutôt fondamental optimisme, mainte-nant perdu, d'une race qui croyait à une totale et nécessaire harmonie entre la création et ses créatures. » En outre, tous les historiens de l'astronomie le savent: celles-ci dépendent étroitement des capacités de l'imaginaire propre à chaque culture qui considère les phénomènes, eu égard aux codes de représentation de son propre univers117.Ce qui est sûr, pour revenir à l'objet qui nous intéresse, c'est qu'il existe un langage des formes s'articulant à partir des silhouettes et des propriétés spécifiques des espèces que l'on représente, même si nos yeux ne sont pas toujours capables de les distinguer. Le Papyrus d'ophiologie de Brooklyn témoigne cependant chez les savants égyptiens d'un degré de connaissance élevé en matière d'herpétologie. Ces derniers, dans plusieurs descriptions de serpents, montrent leur capacité à décrire formes ou taches selon leur façon d'appréhender leur environnement: on ne voit que ce que l'on reconnaîtl18. En présence de l'iconographie réunie, quelques pistes peuvent être frayées sous forme de questions ou de remarques. Plastique et biologiquement fluide, modelable, le reptile prête la souplesse de sa forme au dessin. Il sert de porteur en milieu terrestre comme le crocodile assure cette fonction en milieu aquatique. Il protège en repliant sa silhouette sur elle-même et en dessinant un abri. Il multiplie les têtes, devenant un être redoutable. Il forme des anneaux, qui témoignent du 25

mouvement qui l'anime et de sa cohésion. Il se substitue à l'appendice caudal du lion et orne même l'arrière-train d'un crocodile. Et quand bien même sa reptation ne suffirait-elle pas comme mode de déplacement, le voilà doté de jambes, qui en font un être à l'ample démarche par excellence, quand ce ne sont pas - mieux encore! - des pattes d'autruche, oiseaux terrestres qui excellent à la course. L'épithète « Celui qui presse

l'allure

»1I9 est

fréquemment attestée depuis l'Ancien Empire

jusqu'à l'époque gréco-romaine, pour des divinités dont la caractéristique, comme les vents, les constellations, voire les représentations divines des astres, est justement d'avoir la faculté de se déplacer à grande vitesse. C'est le cas d'Orion12o, représenté dans l'attitude de la course, le talon de la jambe arrière décollé du sol, mais aussi de Chou, assimilé à l'air121.Le défunt est qualifié de la même épithète, lorsqu'il est assimilé à cette divinité122,ce qui lui permet justement d'acquérir un don d'ubiquité. Il est donc clair que l'on désire, par l'imagerie simple de jambes humaines, traduire le tnot nmt.t, « la marche» souple et rapide, qui, associée à des ophidiens qui peuvent aussi être ptérophores, traduit le mouvement sur terre et dans les airs. Si le cobra est bien présent, les ailes déployées lui confèrent un caractère d'autant plus terrifiant qu'il est capable de prendre possession de l'espace et de harceler quiconque viendrait à nuire. Sans oublier l'aspect ondoyant du félin. Reste le mystère des ophidiens associés à des arbres, dont la seule explication est la métaphore qui compare l'arbre avec un amas lumineux d'étoiles: s'agit-il du fameux feuillage de turquoise? La bicéphalie, lorsqu'elle est opposée et concerne les constellations, pourrait-elle traduire un mouvement antagoniste et, quand elle est complémentaire, évoquer une alternance d'aspect et, dans ce cas-là, des étoiles binaires à éclipses remarquables, comme Beta Persei (Algol)123? Les corps des serpents se prêtent au compartimentage, comme dans le jeu de mehen, le «jeu du serpent lové », où le serpent est le signe d'une progression interne comme celle qu'y accomplit la proie. En outre, de par leur robe colorée et les taches124 dont certaines en forme d'étoiles dessinées sur leur corps, ils sont propres à évoquer des étoiles disposées de façon 26

linéaire 125. Ainsi, par leurs formes, ils pouvaient prêter leur longueur ou leurs sinuosités aux constellations, formées d'alignements d'astres, comme Hydra, ou serpen-tiformes tels Eridanus, Sorpius, pour ne choisir que les plus caractéristiques. Il est vraisemblable que les astronomes d'Esna regardaient le ciel avec un nuancier de références animales les ramenant à l'étrange faune nilotique. L'appendice caudal en forme d'uraeus attaché au corps de constellations et de génies léonins aurait une origine naturaliste. Chez les lions, la queue se termine par un pinceau de poils noirs. A l'extrémité se trouve une vertèbre non développée, découverte par Didyme d'Alexandrie, contemporain d'Auguste, et qui constituait un ergot corné, observation confirmée par le naturaliste Johann Friedrich Blumenthal (1752-1840). Il croyait, et sans doute l'ophidien caudal en est-il le résultat, que la queue du lion lui piquait les flancs en cas de danger, pour l'inciter à se jeter sur ses ennemis, accroissant ainsi sa fureur. Au vu de la prégnance des ophidiens dans l'iconographie égyptienne et sur la base d'une connaissance plusieurs fois millénaire, on peut dire, en vertu des quelques remarques qui viennent d'être faites, que s'est imposé un code de l'allégorie du monstrueux appliqué aux serpents, sur lequel il conviendrait de se pencher davantage, afin de voir de quelle façon il a contribué à imprégner l'imaginaire. En outre, le monde fantastique des ophidiens ouvre un véritable livre offrant de multiples perspectives, dont une des clés est l'Héliopolitain Atoum, seigneur de l'éternité, qui incarne l'être en devenir. Sydney H. AUFRÈRE Centre Paul-Albert Février UMR 6125 du CNRS Université de Provence, Aix-Marseille

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1 Ulyssis Aldrovandi patricii Bononiensis Monstrorum historia. Cum paralipomenis historiae omnium animalium. Bartholomœus Ambrosinus in patrio Bonon. Archigymnasio Simpl. Med. Professor Ordinarius Musœi Il/ustriss. Senatus Ronon., et Horti publici Prœfectus Labore, et Studio volumen composuit. Marcus Antonius Rernia in /ucem edidit Proprijs sumptibus. Ad Sereniss. et Invictum Ferdinandum II Magnum Hetruriœ Ducem. Cum Indice copiosissimo, Bononiae, Typis Nicolai Tebaldini MLCXLII. Superiorum permissu. Sur l'œuvre en question, je renvoie à mon exposé, dans le second volume: « Quelques remarques à propos de l'édition de la Monstrorum Historia d'Ulysse Aldrovandi (1642) ». 2 Ulyssis Aldrovandi ... Monstorum historia, pp.337-341.
3 Ibid., 4 Ibid, 5 Ibid, 6 Ibid, 7 Ibid, 8 Ibid, pp.342-343. p.344. p.344 p.345. p.346. p.347

9 LEOSPO, E., La Mensa isaca, EPRO 70, Leiden, 1978. 10Cette étude sera continuée. Sur le monstrueux, on se référera à FISCHER, H.G., « The Ancient Egyptian Attitude towards the Monstruous », dans Monsters and Demons in the Ancient and Medieval World, Papers Presented in Honor of E. Porada, Mainz on Rine, 1987, pp.13-26. J'ai abordé la notion de curiosité dans « L'étrange et la curiosité. Minéraux, coquillages, fossiles, météorites et plantes curieuses dans les mentalités des anciens Égyptiens et des habitants du désert (= Autour de L'Univers minéral IX) », dans S.H. Aufrère (éd.), Encyclopédie religieuse de l'Univers végétal (ER UV). Croyances phytoreligieuses de / 'Égypte ancienne, OrMonsp X, Montpellier, 1999, pp.69-85. Il SEEBER, C., Untersuchungen zur Darstellung des Totengerichts im Alten /-l.'gypten,MUnich, 1976 ; FAULKNER, R.O., The Ancient Egyptian Book of the Dead, London, 1985, pp.29-34; YOYOTTE, J., « Le jugement des morts», SO 4, Paris, 1961, pp.17 -77, et spécialement p.45. 12La Grande dévoreuse revêt l'aspect d'un être tripartite, dont les parties peuvent plus ou moins être modifiées de la façon suivante: Tête de crocodile; avant-train de panthère; arrière-train d'hippopotame rouge. (p.ex. : Livre des Morts de Tayoutheryt; cf. SCHNEIDER, H.D., Life and Death under the Pharohs. Egyptian Art from the national Museum of Aniquities in Leiden, The Netherlands, Leiden, 1999, n° 1; le Livre des Morts de Toutou; cf. FAULKNER, op.cit., p.14 (très bel exemplaire en couleur) ; sarcophage de la cuve d'Hénoutaouyneb (Grenoble inv. 2031) ; cf. KUÉNY, G., YOYOTTE, 1., Grenoble, musée des Beaux-Arts. Collection égyptienne, Paris, 1979, p.96, n° 117). - Tête de crocodile à crinière de lion; avant-train de félin à robe fauve; arrière-train d'hippopotame (Papyrus de Hounefer ; cf. ibid., p.34). Gueule d'hippopotame; corps de lion à robe fauve (Livre des Morts de Hor : FAULKNER, op.cit., p.3! ; Livre des Morts de Iouefânkh ; cf. R. LEPSIUS, Das Todtenbuch der ;l'gypter nach dem hieroglyphischen Papyrus in Turin, Leipzig, 1842, pl. L). - Gueule d'hippopotame; corps de lionne; arrière-

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train d'hippopotame (P. Bodmer 104 : « Sortir au jour »,. Art égyptien de la Fondation Martin Bodmer (= Cahiers de la Société d'Égyptologie 7), Genève, 2007, p.123, fig. 35 ; P. Bodmer 105 ; cf: ibid., p.l39, fig. 43.) La sémiologie est claire. Le spectateur identifiera la férocité du crocodile, la vitesse de la panthère ainsi que la goinûerie de 1'hippopotame, que l'on représente rouge, synonyme de fureur, sans oublier qu'au crocodile est traditionnellement affectée une image de justicier; Cf. YOYOTTE, op.cil., p.28. Voir aussi AUFRÈRE, S., « KpONOC,un crocodile justicier des marécages de la rive occidentale du Panopolite au temps de Chénouté? », dans S.H. Auûère (éd.), Encyclopédie religieuse de l'Univers végétal. Croyances phytoreligieuses de l'Égypte ancienne (ERUV) III, OrMonsp XV, Montpellier, 2005, pp.77-93 (avec bib!.). 13 SAUNERON, S., Le temple d'Esna !?S 399-472 (1 er fascicule) (= Esna IV/I), Le Caire, 1969, pp.XV-XVIII. 14 SAUNERON, S., Un traité égyptien d'ophiologie. Papyrus du Brooklyn Museum Nos 47.218.48 et 85, BiGé XI, Ifao, Le Caire, 1989. Ajouter KElMER, L., Histoires de serpents dans l'Égypte ancienne et moderne, MIE 50, Le Caire, 1947. 15 Ibid., p.XIII, droite, E. Sur les décans, voir GUNDEL, W., Dekane und Dekansternbilder. Ein Beitrag zur Geschichte der Sternbilder der Kulturvolker, Studien der Bibliothek Warburg 19, 1936; HORNUNG, E., « Zur Bedeutung der agyptischen Dekane, » GottMisz 17, 1975, pp. 35-37. Et dernièrement QUACK, J., Beitrage zu den agyptischen Dekanen und Ihrer Rezeption und der griechischromischen Welt, Schriftliche Habilitationsleistung, Berlin, 2003. 16SAUNERON, Esna IV/l, p.XIII, droite, F. 17Ibid., p.XIII, droite, A. 18HORNUNG, E., BADA WY, Al., dans LA' I, col. 350-352, s. v. « Apophis». 19BORGHOUTS, J.F., « The Evil Eye of Apopis », JEA 59, 1973, pp.114149. YOYOTTE, J., « Apopis et la montagne rouge », RdE 30, 1978, p.148150 ; AUFRÈRE, S.H., L'univers minéral dans la pensée égyptienne II, BdE CV/2, Ifao, Le Caire, 1991, pp.698-699 ; NAGEL, G., « Seth dans la barque solaire », BIFAO 28, 1929, pp.33-39; PIANKOFF, A., The Tomb of Ramses VI, p.399, fig. 133, en haut, 2e registre à partir du haut (= NAGEL, op.cit., p.35). 20BONNET, H., Reallexikon der agyptischen Religionsgeschichte (Berlin, 1952), col. 51-53, s. v. « Apophis» ; GOYON, J.-Cl., dans LA' I, col. 354-355, s. v. « Apophisbuch ». 21 Pour toutes les références sur le livre de l'Amdouat et les textes, voir HORNUNG, E., Texte zum Amduat, 3 vol., AegHelv 13-15, Geneva, 1992, 1994. 22 Un bel exemplaire dans MAURICE-BARBERIO, FI., «Le premier exemplaire du Livre de l'Amdouat», BIFAO 101, 2001, pp.315-350, et notamment p.350. 23GARIS DAVIES, N. de, The Temple of Hibis in EI-Khargeh Oasis. Part III. The Decoration. The Metropolitan Museum of Art. Egyptian Expedition. Vol. XVII. New York 1953, pl. 43. Pour une photo, voir AUFRÈRE, S., 29

GOL VIN, l-Cl., GOYON, l-Cl., L'Égypte restituée. Sites et temples des déserts, Paris, 1994, p.95. 24KAPER, O., « How the God Amun-nakht came to Dakhleh Oasis », SSEAJournal XVIII, n° 4, Toronto 1987, pp.151-156. 2SPIANKOFF, Al., La création du disque solaire, BdE XIX, Le Caire, 1953, pl. A (XV-XVIII), B (V), C (XI), D (XXI).
26

MATHIEU,B., « le voyage dans l'au-delà. Un papyrus funéraire illustré»,

Égypte, Afrique & Orient, n° 5, juin 1997, pp.19-25. 27 SAUNERON, Esna IV/1, p.XII, droite, A; p.XVI, droite, fig. 3, A ; p.6, droite (g.). 28 Voir aussi la IXe division du Livre des Portes (2e reg.) : PIANKOFF, Al., Le Livre des Portes III. Texte, MIFAO XC, Le Caire, 1962, pp.l, 17 ; cf. Xe div., ibid., p.43. 29 SAUNERON, op.cil., p.XII, droite, A ; p.6, droite (reg. inférieur, g). 30 Ibid., p.XII, F ; p.66, droite (reg. du bas [73]). 31Ibid., p.XII, droite, A ; p.6, droite (reg. du haut, dr.) ; p.XII, droite E ; p.66, droite (reg. du bas, g.). 32Ibid., p.XII, droite, E; p.6, droite, reg. du haut, droite; p.XII, droite E ; p.66, droite (reg. du bas, g.). 33Ibid., p.66, droite (reg. du bas, g.); cf. MASPERO, G., Sarcophages d'époque persane et ptolémaïque, CGC, nOs29303-29306, I, Le Caire, 1914, pl. XXV-XXVI (deux serpents démesurément longs et déployant leurs ailes devant eux, se déployant de chaque côté du sarcophage du nain Téôs) ; cf. Ibid., n° 29307-29323, Le Caire, 1939, pl. III (même sarcophage). 34 SAUNERON, Esna IV/l, p.74, droite (g.); cf. MASPERO, op.cil. II, CGC, nOs29307-29323, Le Caire, 1939, pl. XXXV (2 serpents enlacés). 34 SAUNERON, op.cit., p.74, droite (g.). 35Voir LANGE, K., HIRMER, M., OTTO, E., DESROCHESNOBLECOURT, Chr., L'Égypte, Paris, 1967, pl. 2 (Palette de la chasse) ; pl. 4 (Palette de Nârmer) ; BAQUÉ-MANZANO, L., Los colossos de dios Min en el templo de Coptos. Etiologia conceptual de una gran figura divina (icon ografia, iconologia y mitologia), Thesis ./Egyptiaca II, Barcelona, 2004, pp.232-233. 36 SAUNERON, op.cU., p.XII, droite, A ; p.6, droite (reg. du haut, dr.). 37Ibid., p.74, droite (g.). 38Ibid., p.74, droite (mil.). 39VANDlER, Le Papyrus Jumilhac, Paris, [s.d.], p.l39, VIII, Dixième vignette. 40Ibid., p.74, à droite (mil.). 41Ibid., p.XII, droite, A ; p.6, droite (dr.). 42Ibid., p.66, droite, reg. du haut (g.). 43Ibid., pl. IV, B ; p.XII, A; XVI, droite, fig. 3, B ; p.6, droite (reg. du bas, g.) .
44

LECLÈRE, Fr., COULON, L., « La nécropole osirienne de la "Grande

Place" à Karnak », dans Proceedings of the Seventh International Congress of Egyptologists, aLA 82, Leuven, 1998, p. 657, fig.4. 45DAVIES, N. de Garis, El Khageh, III, pl. 3, 2e reg. 46 Voir une interprétation de ces serpents dans KOEMOTH, P., « Les 30

baumiers d'Osiris: le témoignage de la langue des aromataires », dans Acta Orientalia Belgica, Michel Malaise in honorem, XVIII. La langue dans tous ses états, Bruxelles, Liège, Louvain-la-Neuve, Leuven, 2005, pp.275-288, et spécialement pp.284-285. Voir également BROZE, J., «Le cha~, le serpent et l'arbre-iched (Chapitre 17 du Livre des Morts) », dans L. Delvaux, E. Warmenbol (éd.), Les divins chats d'Égypte: un air subtil, un dangereux parfum, Leuven, éd. Peeters, 1991, p. 109-116. 47MASPERO, op.cit., CGC, nOs29303-29306, Le Caire, 1914, p1.XX. 48MARIETTE, A., Dendérah. Description générale du grand temple de cette ville, Paris, 1870, II, pl. 10, bas (Semet). 49Ibid., pl. 10, haut (Kenemet). so SAUNERON, op.cit., p.74, à droite (mil.). 51PIANKOFF, La création du disque solaire, pl. D (XIV). 52ABITZ, F., Pharao ais Gott in den Unterwelsbüchern des Neuen Reiches, OBO 146, Freiburg, 1995; HOFFMANN, N., «Reading the Amduat », ZAS 123/1, 1996, pp.26-40; MAURICE-BARBERIO, Fl., «Le premier exemplaire du Livre de l'Arndouat », BIFAO 101, 2001, pp.315-350; REGEN, I., « Recherches sur les versions tardives du Livre de l'Amdouat et du Livre des Portes (époques saïte-ptolémaïque). Présentation du projet », dans l-CI. Goyon, Chr. Cardin (éd.), Actes du /Xe Congrès International des Égyptologues, Grenoble, septembre 2004, OLA 150, Louvain, 2006, pp.15871597. 53Ct: supra, n. 24; NAGEL, G., BIFAO 28,1929, p.38 54 SAUNERON, op.cit., p.74, droite (à dr.). 55 Un serpent rampant portant le signe de vie dans la VIe section du Livre de l'Arndouat laisse apparaître au-dessus de ses légères ondulations quatre têtes humaines, mais il s'agit probablement de têtes coupées; cf. MASPERO, Sarcophages d'époque persane et ptolémaïque I, CGC, nOs29303-29306, Le Caire, 1914, pl. XX.
56

57BARRÉ, J.-Y., Tombe de Thoutmôsis III et Livre de l'Amdouat, Paris, 00. Errance, 2004. Voir aussi l'exposition de Bâle intitulée Dans la tombe du Pharaon. Les heures obscures du soleil, Bâle, 2006. 58SCHULER, Fr., Le Livre de l'Amdouat. L'Au-delà des Égyptiens, Collection Merveilleux n027, Corti, 2005. 59Voir VALLOGGIA, M., «Le papyrus Bodmer 107 ou les reflets tardifs d'une conception de l'éternité», RdE 40, 1989, pp.131-144. Une belle photographie dans « Sortir au jour» ; Art égyptien de la Fondation Martin Bodmer (= Cahiers de la Société d'Égyptologie 7), Genève, 2007, p.148, droite. Voir aussi id., « Le Papyrus Bodmer 108 : un "passeport d'éternité" au début de la troisième Période intermédiaire », dans Egyptian Religion: the Last Thousand Years, OLA 84, Leuven, 1988, pp.441-453; id., «Les manuscrits hiératiques et hiéroglyphiques de la Bibliotheca Bodmeriana », dans « Sortir au jour »..., pp.35-145, et spécialement p.144; BICKEL, ibid., pp.131-134 (Les papyrus de l'Arndouat). 60PIANKOFF, A. Mythological Papyri, BollSer XL, Egyptian Religious Texts and Representation vol. 3,Chicago, 1957, pl. 20. 31

PIANKOFF,

op.cit., p.43, 66.

61 Sur ce thème, voir AUFRÈRE, S.H., « La sénescence de Rê. La salive, le serpent, le rire et le bâton dans les textes cosmogoniques de l'Égypte ancienne », dans B. Bakhouche (éd.), L'ancienneté chez les anciens II. Mythologie et religion, Université de Montpellier III, Montpellier, 2003, pp.321-339. 62PIANKOFF, The Tomb ofRamses VI, Bollingen Series XL, Chicago, 1954, pl. 79, 81 ; cf. pl. 86 : n!r c~wp dn}:z.wj;pl. 92, 96. Voir une image semblable dans le P. Hildesheim 5248 : LÜSCHER, B., Das Totenpapyrus pBerlin P. 10477 aus Achmim (mit Photographien des verwandten pHildesheim 5248), HA T 6, Wiesbaden, 2000, pl. 20. 63PIANKOFF, Mythological Papyri, pl. 23, 24 ; «Sortir au jour », pp.132133, fig. 41 (P. Bodmer 110). 64Ce serpent fait écho à une autre forme représentant un serpent allongé à une tête humaine opposée à une autre tête formée de trois serpents, et dans l'ouverture des ailes duquel se dresse le buste d'un personnage. Il se tient dans le domaine de Sokaris, dans la cinquième division du Livre de la Douat ; cf. MASPERO, op.cit., I, CGC, nOs29303-29306, Le Caire, 1914, pl. XVIII. 65 PIANKOFF, Mythological Papyri, p.133. Ce serpent représente aussi la constellation Ched ( Wb IV, 566, 18) - représentée par dix étoiles - qui donne la vie au soleil. 66 SALEH, M., SOUROUZIAN, H., op.cit., p.236. Le Papyrus d'Ânkhefenkhonsou (Leyde AMS 46 [T 76]) (SCHNEIDER, op.cit., n° 183), portant une scène identique laisse percer un doute sur l'identité du personnage, puisque, contrairement à la scène précédente, il s'agit bel et bien d'un être composite: un uraeus doté d'une paire d'ailes, qui se confond avec un être humain la tête sommée d'un disque solaire, avec deux yeux oudjat de chaque côté. Face à ce serpent se déplaçant sur une longue paire de jambes qui appartiennent à l'être humain précédemment, se tient un autre urreus, sous lequel se trouvent des étoiles. Les uraeis ailés sont assez communs: MASPERO, op.cit., II, CGC, nOs29307-29323, Le Caire, 1939, pl. V (deux très beaux exemplaires). Un des papyrus rapportés par un des membres de la Description de l'Égypte (Description de l'Égypte. Manuscrits sur papier,
Hiéroglyphes et inscriptions.

- Antiquités,

vol. V, pl. 44, 1) montre une scène

plus simple qui reproduit un serpent au dos noir et au ventre clair parsemé de taches déployant ses ailes, tandis qu'un personnage représenté en surimposition - les jambes ne se confondant pas avec une troisième paire de pattes - écarte les bras, dans le but d'empêcher le serpent de s'envoler. Ajouter parmi ces serpents l'exemplaire à deux paires de pattes et portant un pschent dans le P. Jumilhac, VOIX (VANDlER, op.cil., p. 139, onzième vignette, IX, b). 66SAUNERON, Esna IV/l, p.74, droite (g.). 67FAULKNER, op.cit., p.86; p.163 (on remarquera à côté deux yeux oudjat dotés de jambes et d'une paire d'ailes) ; LEPSIUS, R., Das Todtenbuch der A'gypter nach dem hieroglyphischen Papyrus in Turin, Leipzig, 1842, pl. XXVII; BARGUET, P., Le Livre des Morts des anciens Égyptiens, LAPO 1, Paris, 1967, p.124, et n. 3 : « Le texte suggère clairement que le serpent - sata est une forme du soleil, celle que revêt celui-ci dans le monde souterrain, pendant son voyage nocturne au cours duquel il est à nouveau façonné; ainsi 32

est formé le nouveau soleil de chaque jour, la création du soleil (et du monde) seOreproduisant chaque matin.» Voir VOLOKHINE, Y, La frontalité dans l'iconographie de l'Égypte ancienne, Cahiers de la BSGE 6, Genève, 2000, p.79 et fig.S3. 68LEPSIUS, op.cit., pl. XXXII, col. 1-2. 69BARGUET, op.cit., p.211. 70LEPSIUS, op.cit., pl. LXXII. 71MARIETTE, Dendérah IV, pl. 83, bas. La forme est attestée dès les ivoires magiques du Moyen Empire. 72 Le titre de la Formule 163 est: « Formules tirées d'un autre recueil ajouté au Livre de sortir aujour, à savoir une formule pour empêcher que le cadavre d'un homme ne soit détruit dans la nécropole et pour le sauver de celui qui dévore les âmes, qui les incarcère dans la Douat et pour empêcher que ses péchés émergent au-dessus de la terre, pour que ses chairs et ses os soient préservés des vers et de tout dieu qui détériore dans la nécropole, pour faire en sorte qu'il aille et vienne selon son désir et tout ce que désire accomplir son cœur, sans entraves»: LEPSIUS, op.cit., pl. LXXVII-VIII; trade d'après BARGUET, op.cit., p.234. 73LEPSIUS, op.cit., pl LXVIII, col. 13-16). Sur Bès solaire, voir BERLANDINI, 1., « Bès en aurige dans le char du dieu-sauveur », dans OLA 84, Leuven, 1998, p.31-55 ; ALTENMÜLLER H., « Bes », dans LA' I, 5, 1973, col. 720-724, s. v. « Bes ». 74P. mag. de Brooklyn 47.218.156; cf. SAUNERON, S., Le papyrus magique illustré de Brooklyn, The Brooklyn Museum, 1970, fig. 2-3 ; pp.12-13. Sur Atum, voir MYSLIEWIEC, K., Studien zum Gott Atum. Band I: Die heiligen Tiere des Atum, BAB 8, Hildesheim 1978. 75 PIANKOFF, op.cit., p.l (1er reg.).
76 77

Ibid., p.l, 26.

SAUNERON, Esna lVII, p.74, droite (miL). 78Ibid., p.74, droite, mil. Voir GESNER, K., Schlangenbuch, Zürich, 1589, p.XL VIIrO(dragon à sept têtes hmaines et une paire de pattes). Le livre, publié en allemand, présente des planches en couleur. 79 PIANKOFF, op.cit., p.l ,29. 80SAUNERON, op.cît.., p.XVI, droite, fig. 3, C. 81GESNER, op.cit. (p.XXXV rO), et Ulyssis Aldrovandi ... Serpentium et draconum historiae libri duo..., Bononiae,1640. Voir l'exposition Entre science et dragons, Museum d'Histoire Naturelle de Paris, 5-6 novo 2006. Pour une bibliographie sur les dragons: http://www2.mnhn.fr/dragons/bibliodragons-fr.pdf. 82MARIETTE, Dendérah II, pl. 10, bas (mil., Gerekhep-deseret). 83 PIANKOFF, op.cit., pp.43, 62. 84SAUNERON, Esna IVIl, p.66, droite (reg. du haut, 24-25 ; reg. du bas, 51). 85MARIETTE, op.cit., pl. 10, milieu, gauche (Bakat) ; pl. Il, haut, gauche (Tep-â Sepedet) ; bas (Remen-pet, Sa-Qed) ; SAUNERON, Esna Nil, p.XII, droite; p.66, droite, reg. du haut (8, 12) ; reg. du bas (76). 86Ibid., pl. 10, milieu, droit (Tjes) ; cf. p.74, droite. 87P. de Ânkhefenkhonsou (Leyde AMS 46 T 76) ; cf: SCHNEIDER, op.cit., p.ll6; P. Caire JE 95656; cf. SALEH, M., SOUROUZIAN, H., Die 33