Mort de la photo de famille ?

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Depuis leur apparition, les photos de famille nous racontent l'amour, les naissances, le temps qui passe, les souvenirs. Liées aux évolutions de la famille, elles ont d'abord éternisé les moments familiaux ritualisés pour progressivement envahir la vie quotidienne et se centrer particulièrement sur les enfants. Quel impact aura le numérique sur cette production d'images ? Ce livre se veut à la fois faire l'analyse des changements et interroger la nouvelle et balbutiante photographie familiale numérique.
Publié le : samedi 1 mai 2010
Lecture(s) : 233
EAN13 : 9782296253780
Nombre de pages : 216
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Mortde laphoto de famille?
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MORT DE LA PHOTO DE FAMILLE?
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IrèneJONAS
Mort delaphoto defamille?
De l’argentique au numérique
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MORT DE LA PHOTO DE FAMILLE?
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À ma mère et mon frère, trop tôt disparus Et À Laurent et Benjamin pour les routes parcourues
Note: Les photographies reproduites sont mises à disposition par l'auteur ou par des auteurs anonymes
Introduction
La plupart des photographies réalisées par des amateurs sont devenues potentiellement des images amenées à jouer un rôle tant dans des études 1 historiques, qu’ethnologiques ou sociologiques . Ainsi, les fonds de l’atelier du photographe Disredi et de ses portraits-cartes, qui ont miraculeusement été conservés, donnent par leur nombre une vision sociologique et historique, non seulement du type de prise de vue, mais également du public qui fréquente l’atelier 2 et des raisons qui le motive à se faire photographier . La parution de l’ouvrage de 3e François Boisjoly ,La photo-carte. Portrait de la France du 19 siècleet la base de données en ligne réalisée par l’Institut des sciences de l’homme et le Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes (CNRS) permettent d’offrir un immense lexique composé des attitudes d’une foule d’hommes et de femmes. Les habits, les gestes et les accessoires qu’ils utilisent présentant une période de l’histoire et l’ambiance dans laquelle ils évoluaient. Philippe Bonnin en puisant dans les archives d’un atelier photographique populaire d’Avignon, s’intéresse aux usages ème populaires et aux rites du portrait photographique du studio au début du 20 4 siècle et lit à travers les instantanés toutes les significations dont ils sont chargés . 5 6 Anne-Marie Garat et Suzanne Prou , ont ainsi, pour l’une à travers des photographies disparates et pour l’autre à travers un album, soit tenté de restituer avec beaucoup d’émotion une histoire des gens ordinaires, soit de (re)construire une fiction familiale en ranimant les personnages exposés dans l’album dans le 7 contexte historique qui fut le leur. Martine Ravache et Brigitte Leblanc ont, elles, réalisé, grâce à un appel à témoins lancé dans plusieurs magazines français et sites
1 Christine Bard « Les photographies de famille commentées : une source sur l’habillement dans les classes populaires »,Apparence(s),N° 1, mis en ligne le 12 novembre 2008 : http://apparences.revues.org/index79.html 2 Sylvie Aubenas, « Le petit monde de Disredi. Un fonds d’atelier au Second Empire »,Etudes Photographiques,n°3, novembre 1997. 3e François Boisjoly,La photo-carte. Portrait de la France au 19 siècle, Paris, Editions Lieux Dits, 2006. 4 Philippe Bonnin,Images habitées,Paris Creaphis, 2007, p. 195-255. 5 Anne-Marie Garat,Photos de familles,Paris, Seuil, 1994. 6 Suzanne Prou,L’album de famille, Paris, Grasset, 1994. 7 Martine Ravache et Brigitte Leblanc,L’album photo des français,Paris, Le Chêne, 2004.
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MORT DE LA PHOTO DE FAMILLE?
internet, un ouvrage fait de témoignages photographiques amateurs, qui racontant de petites histoires mises bout à bout sont censés reconstituer la grande histoire du XXe siècle. Michel Frizot et Cédric de Veigy ont choisi de faire un livre avec les 8 photos « ratées » qu’ils ont glané pendant des années dans les marchés aux puces . L’exposition « photos de famille » qui eut lieu à La Villette en 1990 est également intéressante à ce titre. Les quelques trois mille photos de famille, traitée comme une matière brute (aucun nom des auteurs n’y figurant), accédaient à un certain registre reconnu d’esthétique qu’une fois utilisées à « contre-emploi ». Ce n’était qu’à condition de rendre les clichés silencieux, parce que ne parlant plus à ceux qui appartenaient à l’univers intime de leur production, que les auteurs de l’exposition pensaient créer une dynamique de sens et transformer cette mémoire cachée de la société française en une mémoire vive où chacun puisse reconnaître 9 qu’il « est de la famille » . L’exposition « Tous photographes ! La mutation de la photographie amateur à l’ère du numérique » qui s’est tenue au musée de l’Elysée à Lausanne de février à mai 2007 s’inscrit dans un même dispositif (même si la technologie a changé) : projeter en continu des photos d’amateur. Sylvain Maresca s’interroge ainsi sur cette curieuse opération qui consiste à faire entrer au musée la photo d’amateur « car elle requiert, en quelque sorte, de priver d’abord celle-ci de toute qualité pour mieux pouvoir ensuite la réinventer selon des critères savants (notamment esthétiques) supposés par principe étrangers aux photographes 10 anonymes . » L’histoire des techniques de reproduction visuelle de la famille conditionne non seulement le support physique, mais aussi la présentation de celle-ci. Ainsi, l’activité humaine « reproduire sa famille » va générer, selon le temps auquel on se place, des documents physiquement différents, mais avec un contenu de même nature : la famille. Une première étude sur la photographie de famille à la fin des années 1980 m’avait conduit à réfléchir sur la double mutation : de la famille et de sa manière de se mettre en image et avait donné lieu à la publication de deux articles sur l’abandon progressif de la pose, la naissance de la photo « affective » et l’évolution de la double dimension du mensonge et de la vérité des albums de photos. Délaissant ce sujet de recherche pour d’autres jusque dans les années 2000, l’irruption progressive du numérique dans les familles, mais probablement aussi ma propre difficulté à quitter l’argentique, m’ont orientée vers une nouvelle
8 Michel Frizot et Cédric de Veigy,Photo trouvée,Paris Phaidon, 2006. 9 Lire à ce sujet : « L’esthétique involontaire : ethnographie critique d’une exposition », in L’ethnographie, n°20, 1996, p. 179-194. 10 Sylvain Maresca, « Tous photographes : la photographie fluide »,Site actualité de la recherche en histoire visuelle, Mars 2007. http://www.arhv.lhivic.org/
INTRODUCTION
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recherche sur les changements que le numérique apportait – ou non - à la photographie familiale. Je choisis alors de rencontrer une génération de personnes, majoritairement déjà parents, voire pour certains grands-parents, afin de tenter de saisir comment ils vivaient très concrètement ce passage photographique et les répercussions que cela avait sur leur pratique tant au niveau des prises de vues que du stockage sur ordinateur ou encore de l’archivage. Il y a un lien particulièrement fort entre photographie et famille et les différentes parties de cet ouvrage, marquées par l’expérience vécue et par des centres d’intérêt de recherche, ont été rédigées à diverses périodes de ma vie. Le choix d’un thème de recherche n’est pas anodin et cette recherche sur la photographie de famille n’échappe pas à ce lien subtil entre chercheur et sujet de recherche. Je me souviens très bien avoir pris la décision de travailler sur la photographie de famille en 1980, alors que je venais de recevoir par courrier un paquet contenant toutes les photographies de ma famille arrachées de l’album et placées en vrac dans un sac plastique. De sombres raisons familiales et conflictuelles avaient conduit mon père à vouloir se débarrasser de ces « traces » et ma belle-mère à choisir de sauver ces images d’une destruction certaine et de me les envoyer. Les réactions mitigées, de tristesse à les voir ainsi arrachées de l’album, de soulagement qu’elles n’aient pas disparu dans une poubelle et de colère m’ont convaincue de l’importance de la photographie de famille et de son rôle symbolique. La photographie familiale revêt avant tout les visages des proches, visages où s’associent souvenirs, émotions, regrets, mais aussi espoir, devenir et bonheur. Visages auxquels nous nous adressons encore lorsqu’ils ont disparu où que nous regardons changer lorsqu’il s’agit des enfants. Il n’y a donc pas de sociologie de la photographie de famille qui pourrait être « neutre », pour l’unique raison que les photographies de familles, les nôtres ou celles de nos proches, ne sauraient être 11 mises à distance. En paraphrasant Georges Devereux , toute recherche est autopertinente sur le plan inconscient et je m’estime émotionnellement impliquée dans mon matériau auquel je l’identifie. M’intéresser à la photographie mortuaire n’est pas sans lien avec les clichés que j’ai réalisés, à vingt ans, après le décès de ma mère et que je n’ai jamais osé montrer de peur que l’on me dise morbide ; réfléchir à la relation entre photographie et deuil n’est pas sans rapport avec les décès familiaux et le rôle des photographies en ces périodes de deuil ; repérer et analyser les changements perceptibles dans les prises de vue de la famille et particulièrement des enfants a pris sens en observant la pratique photographique qui a accompagné les naissances familiales et amicales ; quant à la dimension des
11 Georges Devereux,De l’angoisse à la méthode dans les sciences du comportement, Paris, Flammarion, 1980.
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rapports de genre - la répartition sexuée des rôles et des tâches - non seulement elle fait partie d’une trajectoire de recherches féministes qui me tient à cœur, mais elle me semble importante à localiser même dans des domaines aussi « anodins » que la photographie familiale, ainsi que les évolutions ou non-évolutions à travers l’histoire de la photographie et tout particulièrement du numérique. Je n’échappe pas non plus à cette division que connaît l’ensemble des familles entre photos ou albums transmis, hérités, qui font partie des archives familiales et photos ou albums démarrés au premier enfant qui sont ceux que l’on constitue en créant sa propre famille. À ce balancement entre les photographies de ceux qui vont ou ont disparus et de ceux qui apparaissent, qui au-delà de la mémoire familiale nous balance entre passé et avenir, mort et vie. Je n’échappe pas non plus au besoin de raconter les photos de famille, qui sans mots ne prennent pas sens, et à la tentation de décrypter les clichés pour m’en livrer à une interprétation changeante selon les périodes de ma vie. « Travailler sur les photographies de famille est, à la fois passionnant et presque impossible », écrivait Emmanuel Garrigues en 1996, « cela renvoie aux difficultés principales des sciences humaines en général : peut-on travailler sur l’intime des autres proches ou lointains, et comment ; ne risque-t-on pas sans arrêt de faire interférer sa propre subjectivité de 12 chercheur et d’humain avec celle des autres ? ». Écouter des gens que l’on ne connaît pas parler de leurs photographies de famille, regarder leurs clichés, c’est faire irruption dans les images de leur intimité, même si avec le numérique et les sites en ligne, cette intimité semble davantage être exposée et glisser du domaine du privé à celui du public ; c’est aussi entrer de plein pied dans leur histoire familiale et leur interprétation de cette histoire. Reste que les heures que j’ai passées à écouter ces personnes me raconter leurs vies par leurs photos, l’histoire de tel ou tel cliché, leur rapport aux images qui leurs arrivent du passé comme à celles qu’ils réalisent, ont été des moments de grand plaisir. J’espère qu’en lisant cet ouvrage ils s’y retrouveront, comme individu mais aussi comme génération charnière qui a grandi avec la photographie de famille à l’époque de l’argentique et qui aujourd’hui, découvre, innove, bricole avec la naissance du numérique.
12 Emmanuel Garrigues, « La photographie comme matrice de recherches »,L’Ethnographie, tome XCII, 2, n°20, automne 1996, p. 7-20.
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