Morts et vivants en negro-culture

De
Malgré les affirmations de l'orthodoxie et de la culture idéale, toutes les sociétés humaines, sans exception, font une place importante a leurs morts directement ou indirectement intégrés a l'univers de vie. Des sarcophages pharaoniques aux momies tibétaines, des cendres du Panthéon a la Fête des morts en novembre, de la croyance aux zombis a celle des morts qui dansent et parlent dans les sociétés du Golf du Benin, de la Case des Cranes aux procédures de vengeance personnelle du mort chez les Sawa- Duala, les morts sont évoqués et convoqués. Est-on pour autant fonder à parler de culte des morts ? En negro-culture, ils ne sont ni défunts, ni âmes sommées de reposer en paix, ni poussière retournant à la poussière. Ils étaient, sont et seront, ici et la, ici ou la partout, présents, absents, contents, malheureux, affamés, assoiffes ou combles. Parmi nous, avec nous, et parfois, aussi contre nous; surtout lorsqu'ils sont exclus, expulses de notre jeu de vivre. Les morts ne sont peut-être pas morts, mais a force de les nier, de les congeler a la morgue et de les enfermer dans de tombes en béton armé, nous finirons bien par les tuer, et nous avec.
Publié le : vendredi 1 janvier 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782370155399
Nombre de pages : 389
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Extrait
Malgré de très nombreuses et pertinentes études sur les cultures africaines, l’anthropologie et l’ethnologie n’ont toujours pas fait un point exhaustif aboutissant à une caractérisation satisfaisante des religions africaines; certes, il existe de véritables classiques dans le domaine, mais il n’empêche que manquent une systématique et une analytique opposables à celles identifiant le brahmanisme et l’hindouisme, le confucianisme, le christianisme, l’islam et autres discours culturels sur le sacré. Pourtant, les Rencontres internationales d’Abidjan (1961), de Bouaké (1963) et de Cotonou (1970) avaient donné le ton d’une réelle volonté de définition des expressions religieuses africaines. Ces réflexions au demeurant brillantes, à côté de monographies dont la valeur scientifique est sans conteste, ne furent pas conduites à un terme qui leur aurait conféré le statut qu’elles méritaient; elles se virent relayées par des études sur les millénarismes et syncrétismes jugés plus modernes et donc moins passéistes que des descriptions renvoyant à un ordre de choses en voie de disparition.


Et même aujourd’hui encore, parler des églises indépendantes, des nouveaux mouvements religieux, de la prolifération des fois sectaires ou des groupes philosophico-spirituels où se mêlent traditions africaines et mysticismes asiatique et occidental, fait bien dans le tableau des projets de recherche. La place accordée aux religions africaines dans le débat actuel en anthropologie religieuse s’estompe au fur et à mesure de l’invasion de la scène par l’affrontement entre les évangélismes américains et les églises classiques conventionnelles, les travaux sur la fonction de la religion dans une civilisation de plus en plus matérialiste, le désenchantement ou le réenchantement du monde, les rapports religion et politique à l’aune des fanatismes de toutes sortes. Il n’est que de consulter les sites « Internet » consacrés aux religions africaines pour s’apercevoir de la modestie du contenu des initiatives visant à les présenter.


Le propos qui suit n’a pas l’ambition de combler cette lacune. En abordant les relations entre morts et vivants, il affirme d’une part qu’elles ont été insuffisamment appréciées du fait de l’influence de la mesure occidentale des concepts religion et culte; si elles sont à appréhender sous l’angle religieux, elles appellent une redéfinition desdits concepts. D’autre part et principalement, il entend en montrer la nature diverse et complexe, l’amplitude, la polarité à la fois profane et sacrée, ordinaire et banale, la dimension pratique et utilitaire où l’homme atteint un niveau de maîtrise des connaissances et pratiques insoupçonné. Débordant de loin les rites funéraires, ces relations traversent de part en part le quotidien des vivants, embrassent le visible et l’invisible, le solennel et le pieux, le public et le secret, le deuil et la réjouissance; elles questionnent l’ontologie et l’anthropologie en tant que conception de l’être humain, interrogent les notions de vie, de mort, de vie après la mort, situent la place des morts dans la vie des vivants et celle des vivants dans la vie des morts. Bref, les relations morts/vivants dépassent le cadre du culte. Pour n’avoir pas su éviter cet écueil réducteur, des auteurs pourtant bien disposés à l’égard de l’Afrique ont étudié et présenté les pratiques liées aux obsèques et aux funérailles comme les signes diacritiques des religions négro-africaines traditionnelles. À croire que l’Afrique noire est le seul espace où les peuples célèbrent leurs morts et leurs ancêtres ou ont des traditions. S’agissant de tradition, toutes les religions du monde sont des religions traditionnelles en ce sens qu’elles sont des traditions, sont originaires d’une tradition, qu’elles appartiennent d’abord à la tradition d’un peuple donné. Le bouddhisme et l’hindouisme sont des religions traditionnelles des Indiens d’Asie; le Judaïsme et le christianisme sont les religions traditionnelles des Hébreux. L’islam et la foi baha’ie sont de tradition arabe, le kinbanguisme est de l’aire congolaise, le vaudou vient du golfe du Bénin, l’eboka de l’aire culturelle fang, etc. Toutes ces pratiques ou expressions mystico-religieuses sont nées dans des contextes culturels particuliers, ont été le fait de peuples précis, même si aujourd’hui elles prétendent embrasser des populations de plus en plus nombreuses. Toute religion est donc issue d’une tradition.
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