Mots pour maux

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La terreur de la violence et de la cruauté, les affres de l'angoisse, du vieillissement et de la solitude, les douleurs de la perte et de la culpabilité ont de tout temps et en tout lieu hanté l'esprit des hommes. Elles furent la source inépuisable de légendes, de mythes et de réflexions philosophiques qui tentèrent de leur donner un sens en vue d'en atténuer les effets de souffrance et de désarroi dans l'existence. Les avancées de la réflexion psychologique et psychanalytique ont permis de renouveler la manière de penser l'impact et les effets de ces maux inhérents à la vie.
Publié le : jeudi 1 janvier 2004
Lecture(s) : 32
EAN13 : 9782296340633
Nombre de pages : 120
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MOTS POUR MAUX

Psychanalyse et Civilisations Collection dirigée par Jean Nadal
L'histoire de la découverte de la psychanalyse téllloigne que démarche clinique et théorie issues de champs voisins ont concouru, par étayage réciproque à élaborer le concept d'inconscient, à éclairer les rapports entre pathologie et société et à reconsidérer les liens entre le malaise du sujet singulier et celui de la civilisation. Dans cette perspective, la collection Psychanalyse et Civilisations tend à promouvoir cette ouverture nécessaire pour maintenir en éveil la créativité que Freud y a trouvée pour étayer, repenser et élargir la théorie. Ouverture indispensable aussi pour éviter l'enfermement dans une attitude solipsiste, qui en voulant protéger un territoire et préserver une identité, coupe en réalité la recherche psychanalytique de ses racines les plus profondes. Déj à parus PIERRAKOS Maria, La « tapeuse » de Lacan. Souvenirs d'une sténotypiste fâchée, réflexions d'une psychanalyste navrée, 2003. CUYNET Patrice (dir.), Héritages - « les enjeux psychiques de la transmission », 2003 LEFEVRE Alain, Les vestibules du ciel. A propos de la paternité et des psychoses tomel-Du père, 2003. SUD RES J.-L., ROUX G., et LAHARIE M., Humeurs et pratiques d'art-thérapie, 2003. ZAGDOUN Roger, Hitler et Freud: un transfert paranoi"aque, 2002. CHARLES Monique, J.L. Borges ou l'étrangeté apprivoisée, 2002. HURNI Maurice, STOLL Giovanna, Saccages psychiques au quotidien, 2002. ROTH Bertha, L 'Exil- des exils, 2002. GUYON Robert, Fragments d'une passion, 2001. DANJOU Marie-Noëlle, Raison et folie, 2001. OLINDO-WEBER Silvana, Suicides au singulier, 2001. BRODEUR Claude, Le père: cet étranger, 2001. GAZENGEL Joseph, Vivre en réanimation, 2001. LEFEVRE Alain, Qui a tué le docteur Lacan ?, 2001. 2003 ISBN: 2-7475-5413-9 @ L'Harmattan,

Jean-François PRATT

MOTS POUR MAUX

L9Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L9Harmattan Hongrie Hat"gitau. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Ouvrage du même auteur L'expérience lTIusicale: exploration psychique ~éditions l'Harmattan 2002

Sommaire
Introduction

7 13 27

L'angoisse: un Inal inévitable L'agressivité: pour le meilleur et pour le pire

La culpabilité: un sentiInent hUInain, trop hUInain 37 La solitude: angoisse ou sérénité La perte et le deuil: un constant travail sur soi La vieillesse: naufrage ou vérité La violence: un lnal vieux comIne le Inonde Épilogue: une histoire d'amour Bibliographie 47 59 71 81 93 119

Introduction

Mettre des mots sur nos maux ne suffit pas toujours à les faire disparaître ni lnême à en atténuer les effets de souffrance, de douleur, physique ou psychique, surtout lorsqu'ils ne sont pas de notre fait et que l'on se trouve contraint à les subir dans un sentiment d'impuissance face à leur inéluctabilité : guerres, violences de tous ordres, injustices manifestes. Les mots ne sont pas ces objets lnagiques qu'il suffit d'énoncer pour que la douleur s'apaise, que la peine s'efface, que l'angoisse disparaisse. Un certain usage du langage tend à donner cette illusion: le rituel de la prière, les litanies parlées, chantées ou psalmodiées du petit enfant ou du croyant, les slogans politiques, publicitaires ou religieux relèvent de cet usage tendancieux du langage. La poésie enfin peut posséder cette vocation de nous faire rêver en contournant et embellissant la réalité. Beaucoup de nos semblables ont recours à cet usage des mots pour tenter de calmer leur souffrance, d'éradiquer les maux qui les atteignent et les habitent, parfois depuis longtemps. Un engouement se manifeste de nos jours pour les termes relevant des sciences contemporaines, notamment la biologie et la médecine, donnant l'impression que lnettre un mot sur une maladie ou un mécanisme pathologique peut suffire à circonscrire le lnal et le danger, à en éloigner les conséquences fatales, à supporter l'inconnu de leur origine, de leur cause et de leur effet. Une certaine psychiatrie s'est également longtemps par trop lilnitée à un effort de désignation de ces formes signifiantes qu'on appelle maladies mentales, figeant ainsi les dynamismes qui en sous-tendent le processus chez les sujets concernés.

Si l'on ne peut contester la nécessité de cette nomination pour la cOlnmunication et l'échange, il est d'autres usages des mots et de l'expression langagière qui permettent de lnieux percevoir l'entrelacement entre la réalité extérieure et notre réalité psychique. Connaître notre ennemi, le mal, le danger, par le fait de les désigner et les nommer peut faire qu'on en ait moins peUT,mais cela ne suffit pas à en appréhender la teneur subJoective et personnelle, à en mesurer la portée dans notre vie psychique. Les causes extérieures, repérées et identifiées comlne telles, ont toujours servi aux hOlnlnes de repoussoir à leur souffrance, dans l'espoir de s'en protéger en les situant hors de la réalité intérieure, comme des objets et des phénomènes dont on ne serait en aucun cas responsable, dans l'espoir de les mieux maîtriser. Mais l'on sait, grâce à l'éclairage de la psy.chanalyse, que ces démons, ces fées, ces dieux et ces diables, qui hantent les lnythologies et les représentations de tous les peuples et de tous les temps, sont des constructions de notre esprit utiles à maintenir notre toute-puissance sur une réalité qui nous échappe, qui nous fait peur et nous menace. Et les mythes religieux, sociaux ou politiques débouchent au mieux sur des idéaux qui portent et structurent nos désirs et nos projets (VI)l, au pire sur des idéologies totalitaires qui se retournent bientôt contre leurs promoteurs, les anéantissant dans le lnal même qu'ils étaient censés éradiquer.

1 Les chiffres romains entre parenthèses fm d'ouvrage

renvoient à la bibliographie

de

10

Les événements de notre vie depuis son commencement font ce que nous samInes devenus par le sens qu'ils ont pris dans notre vie psychique à travers la médiation du langage et de la parole qui les a portés, entourés, représentés. L'entrelacement entre les événements douloureux de notre vie depuis notre naissance, et le sens imaginaire et personnel qu'ils prennent dans notre réalité psychique consciente mais surtout inconsciente, passe par le langage et prend forme dans un discours qui peut être proche de la vérité du sujet mais qui peut aussi en être très éloigné parce qu'emprunté à un discours désubjectivant, celui de la science, du sens commun, de la cOlnmunication, un discours qui occulte l'existence mêlne de l'inconscient et de ses implications dans la manière dont nous vivons, pensons et réagissons aux maux qui nous atteignent. ** Les mots qui jalonnent le parcours proposé dans le présent ouvrage et ponctuent en les désignant les maux qui sont les nôtres, avec plus ou moins d'actualité dans
leur incidence

- ces

mots ne serviront pas seulement

à

nommer ou à signifier, mais renverront à d'autres réalités, plus intérieures, à d'autres vérités, plus personnelles, favorisant en cela l'émergence d'une parole vraie et d'un discours qui toujours s'adressera à l'autre, dans l'espoir, pas toujours vain, d'être entendu. NOlnlTIernOS maux, les mettre en mots, ce n'est donc pas les conjurer, les exorciser. C'est d'abord les reconnaÎtre pour pouvoir ensuite les confronter à notre vécu propre. C'est les entrelacer à notre vie et ses vicissitudes afin de leur donner la substance de notre parole et de notre voix, Il

l'éclairage de notre réflexion, la consistance de notre pensée. C'est les sortir de la gangue d'une jouissance confuse, énigmatique, originaire et corporelle, pour les faire advenir, à travers notre inconscient et notre imaginaire, à la parole. On pourrait, sur chacun des Inaux qui font l'index des chapitres de cet ouvrage, écrire un livre entier. Ce qui d'ailleurs a déjà été fait par des auteurs éminents, philosophes ou sociologues, psychologues ou psychanalystes. On ne cherchera pas ici à en donner de nouvelles définitions, à en reprendre et poursuivre analyses et développements déjà donnés par ces auteurs. Il s'agira plutôt de cerner ce que recouvrent ces maux dans notre réalité psychique, au-delà du seIlS qu'ils prennent dans notre quotidien, celui des conversations, des médias, et tenter de leur donner ainsi le poids d'une vérité, celle qui peut être découverte quand, plutôt que de toujours en attribuer l'occurrence à l'autre ou au destin, on cherche en soi-lnêlne les motivations inconscientes de ces maux qui nous assaillent et qui font qu'à notre insu nous les entretenons dans des symptômes qui finissent par faire partie de notre vie. L'épilogue de cet ouvrage, « une histoire d'amour », illustrera à sa manière les réflexions menées au cours des différents chapitres.

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