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Musicothérapie traditionnelle chez les Komian en Côte d'Ivoire

De
294 pages
Dans la thérapie des Komian, la musique permet d'établir un procès de guérison pour soigner certaines pathologies psychiatriques. A l'heure où se pose avec acuité la problématique des savoirs traditionnels et leur prise en compte par la science et les systèmes officiels de santé, cet essai pose les bases d'une recherche et d'une collaboration entre thérapeutes traditionnels et médecins assermentés.
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Musicothérapie traditionnelle
chez les Komian en Côte d’IvoireDumêmeauteur:
Musicologie et développement dans la société ivoirienne,
Sarrebruck(Allemagne),ÉditionsUniversitairesEuropéennes,2011.
©L’Harmattan, 2012
5-7, ruedel’École-polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-55978- 3
EAN: 9782296559783Koffi Modeste Armand ORAN
Musicothérapie traditionnelle
chez les Komian en Côte d’Ivoire
Préface du Pr Jérémie Kouadio N’Guessan
GAPatricia,
Samira-Chrystal etAxel-Joshua
!REMERCIEMENTS
Ilm’est impossible de remerciercomme il le faudrait tousceux
qui, à un titre ou à un autre, ont contribué à l’aboutissement de
cet ouvrage. Je tiens donc à exprimer au moment où ce travail
est mis sous presse, mes sincères remerciements aux
professeurs Simon-PierreEKANZA, N’DA Paul, AKA Adou,
DICKK obinan Rufin et SEMITI Ani Jules dont je salue l
mémoire, pour leurscritiques et leurs observations.
Je suis également reconnaissant à la communauté des komian
de Moossou, à mes guides KODJODaniel et ADIGRAN Jean
Pierre, à ABOLI Pierre et GORAN Edgar pour les prises de
vue.
Je voudrais également exprimer toute ma gratitude aux familles
GORAN, KANGA et TIGORI, notamment àArnaud, Maxime,
Chantal, Nelly, Mariam, Latif, Lucien, Innocent, Olivier,
Laetitia, Brigitte, mes frères et sœurs pour le soutien moral et
matériel. Je n’oublie paségalement, Oumou DOSSO, Miche
ASSEMIAN, Yapo ASSEMIEN, Jean-Claude KOUA,
ClémentineDJANE,FOTO Valentin,BOKA, KOUASSIJohn,
N’GORAN Vincent auxquels je dois la persévérance dans ce
travail ainsi que TEHE Hermann (pour l’assistanc
technique dans la passation du testVerdeau-Paillès).
Je ne saurais terminer sans penser à Angèle OUEGNIN,
ZONGO Suzanne, TIGORI Maïmouna, Gisèle CHATELAIN,
BILE N’DEDE et famille, Yapo Sévérin, KANGAH Enokou
Serges, KOUADIO Vianey-Eric, NADRO OuregaT oussaint,
ABBA Emmanuel, Stéphane YAPI, AKOU Félicien, ODI
Ange, Michel, Jean-Marie, Julienne et Olivier ANOUMOU,
Anicet DUBOIS, As Kouakou Norbert, KOFFIMahi Paul,
LONGRESébastien pour lesaides reçues.
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aAVERTISSEMENTD’ORDREPHONETIQUE
Pour ce travail, nous nous sommes servi, au chapitre de la
transcription des termes en langue locale, des conclusions du
séminaire organisé en 1977 par l’Institut de Linguistiqu
Appliquée (I.L.A.) de l’Université d’Abidjan su
l’«orthographe des langues ivoiriennes » telles que présentée
dans les tableaux ci-dessous. Néanmoins, devant certaines
difficultés de retranscription, nous avons opté pour laméthode
de la transcription littérale.
Voyelles
Consonnes
Phonèmes Graphies
Phonèmes graphies
[i I
[b b
] in
[c c
]
[d d
[e e
[f] f
]
[g] g
[a a
[h h
[ã an
[k k
[u u
[kp] kp
<] un
[l l
]
[m m
[o o
[n n
] ny
[p p
[r] r
[s s
[t t
[v v
[w w
[j y
[z z
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ePREFAC
Depuis des décennies, les chercheurs et penseurs africains on
adopté comme credo et projet la valorisation des pratiques
culturelles africaines pour en faire, selon eux, les moyens
pléniers du développement intégral du continent. Il faut dire
qu’après les magistrales leçons administrées par Cheick Ant
Diop et les autres, leçons qui sont autant de coups de boutoir
donnés à la citadelle de l’aliénation culturelle, le champ des
recherches africain a acquis reconnaissance, fierté et, pourquo
ne pas le dire, une utilité certaine. Aussi, anthropologues,
sociologues, linguistes, historiens, écrivains, … musicologues
ont-ils investi ce champ à peinedéfloré avec uneboulimie qu
n’a d’égal que le sentiment honteux d’avoir trop longtemps
laissé les autres prospérer, en les dénaturant parfois, sur nos
savoirs et valeurscivilisationnels.Gnôpthi se auto «Connais
toi toi-même »avait professéSocrate dans laGrèceantique.Les
chercheurs africains semblent s’être approprié cette maxime du
grand philosophe. Connais ton histoire, connais ta culture,
connais ta langue, connais les pratiques médicinales de ton
terroir ! Tel semble être désormais le cri de ralliement des
savants de notrecontinent.
Le sujet du livre de Goran Koffi Modeste Armand est un
parfaite illustration de cette démarche heuristique centrée su
les valeurs culturelles endogènes. Le projet est ambitieux et
intéressant à plus d’un titre. En effet, il ne s’agitni plus ni
moins que de donner à voir et à comprendre l’utilisation de l
musique dans la thérapie pratiquée par l’une desconfrériesles
plus fascinantes, mais aussi les plus énigmatiques de la culture
ivoirienne akan : la confrérie des komian. Le komian dans l
culture akan en général et abouré en particulier, cumule les
fonctions de devin, de medium entre le monde visible et
invisible, de guérisseur, de psychothérapeute, etc. Cette
énumération non exhaustive des attributs du komian donne
toute la mesure de son importance dans la sociétéabouré.C’est
une profession à multiple facettes que le présent ouvrage nous
permet de décrypter. Le komian, comme tout thérapeute,
possède une profonde connaissance de la nature duale de
l’homme, le physique et le spirituel. Dans la physiologi
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Ehumaine, il privilégie la tête, les yeux, les oreilles, labouche, le
nez, le cœ ur et le ventre qui sont à la fois réceptacles de
sentiments, de sensations et d’émotions mais aussi moyens de
contact avec l’environnement physique visible et
l’environnement invisible;mais en même temps la psyché de
l’homme l’intéresse et chez les Abouré cette dernière se
compose de deux entités : le úmie que traduit
approximativement le français âm (ou plutôt souffle vital,
énergie vitale) et le waw , l’ombre qui est en fait le double
parfait de chaque personne, au demeurantt rès prisé par le
sorciers-mangeurs d’âmes.C’est d’ailleurs pourcette raison qu
cette dernière entité bénéficie d’une protection spéciale de l
part des komian.
Toutes ces connaissances sur la dualité de la nature humaine,
mais également toutes les autres relativesà la théogonieabour
constituent en quelque sorte les «modules de formation » de
l’élève-komian au cours d’une longue initiation. Si on ne naît
pas komian, tout le monde ne peut pas pour autant deveni
komian, car à la base il y a une présélection fondée sur le
prédispositions naturelles et le potentiel psychique de
l’individu. C’est pourquoi, ce sont les génies eux-mêmes qui,
«à partir d’une sémiologie identifiée », choisissent le corps
qu’ils vont habiter et dont ils vont faire leur porte-parole lors
des séances de divination et de soins aux malades. Ave
beaucoup de détails, l’auteur décrit les signes caractéristiques
de l’homme ou de la femme prédestiné(e) à la fonction de
komian. On apprend ainsi que le premier signe prémonitoire se
manifeste sous forme de maladies mentales à répétition. La
suite est un long processus dont les principales étapes sont l
Séparation : l’appelé subit une sorte de métamorphose physiqu
et psychique qui en fait un individu différent ; l’Admission
l’appelé accède au statut d’adepte du komian ; la Révélation
l’appelé prend définitivementconscience de son état d’initié;le
Retour : le komian peut désormais, au niveau de la société,
remplir sa mission à la fois spirituelle, sociopolitique et
culturelleau sein de sacommunauté.
La liturgie du komian, à l’instar de toutcérémonial cultuel,
comprend différentes phases que l’auteur nomme séquences, un
peu à la façon des actes d’une pièce de théâtre. A chaqu
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nséquence correspondent une gestuelle et des objets rituels
appropriés (machette, pirogue, pagaie, etc.). Ces différente
séquences rythment la progression de la possession ducorps du
komian par les génies, le tout sur fond de mélodiesassorties.
Lorsque l’entrée en transe atteint son paroxysme, le komian
devient alors le porte-parole et l’interprète des génies qui vont
l’investir à tour de rôle à des instants précis du déroulement du
cérémonial. Les chants choisis et entonnés à ces moments-l
sont autant d’éléments de la thérapie suggérée pa les génies
selon les différents diagnostics posés.
Les choses présentées de cette façon peuvent donner
l’impression qu’on nage en plein folklorisme. C’est tout le
contraire qu’il faut retenircar, comme le montre l’auteur, le
komian utilise là des techniques éprouvées de psychothérapi
comme elle se pratique ailleurs dans le monde. Parmi ces
techniques, la musicothérapie est la plus usitée. D’ailleurs en
tant que méthode thérapeutique, elle semble très rependue dans
le monde puisqu’elle est attestée chez divers peuple
autochtones de la terre.
La musicothérapie pratiquée par le komian allie musique
instrumentale et chants dont les paroles sontchargées de vertu
curatives d’essence divineou, à toutle moins, surnaturelle. On
dénombre ainsi quatre types de paroles: les paroles
exorcisantes ayant pour objectif de faire sortir du malade le
maléfique agent de la maladie ; les paroles propitiatoires ou
paroles d’invocation de Dieu dont le seul nom éloigne l
malveillance pour faire place à la bienveillance;les paroles
adorcisantes destinéesà faire fusionner dans le corps du patient
les énergies perturbatricescontrairesafin d’yrétablir l’équilibre
et l’harmonie propices à laguérison ; enfin les parole
conjuratoires qui consistent à tenir éloignés tous les éléments
jugés négatifs, comme une mise en quarantaine. Tout c
cérémonial prend laforme d’une scène de théâtre où parole
proférées se mêlentauxchants etaux rythmes des pas de dans
du komian.
Pour éviter que toutcela ne paraisse beaucoup trop théorique
aux yeux du lecteur, l’auteur a pris soin de compléter son
analyse par la présentation des résultats de l’application de l
méthodologie thérapeutique du komian à des sujets cobayes.
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sParlant des protocoles suivis, l’auteur note qu’au-delà des
spécificités culturelles, lesdits protocoles ressortissent bien
l’universel. C’est ainsi, par exemple, qu’il montre que le test
Verdeau-Paillès, conçu pour l’Occident, est parfaitement
applicableà la méthode thérapeutique du komian. «Que ce soit
en Occident ou en Côte d’Ivoire » écrit-il, « le recours au test
Verdeau-Paillès (… ) permet de proposer des solutions
thérapeutiques qui conduisent à la guérison ».
On voit bien, à travers cet excellent livre, que derrière
l’institution komian que d’aucuns auraient classée avec mépris
au rayon de folklore fétichiste, se trouve une démarche
méthodique et scientifique toute vouéeà la guérison.
Au terme de la lecture d’un tel ouvrage où la scientificité des
connaissances ancestrales est révélée par leur confrontation
avec les démarches scientifiques modernes, on ne peut
s’empêcher de penser à tous ces savoirs perdus à jamais pour
avoir été l’objet d’ostracisme colonial et postcolonial. Mais
apparemment tout semble encore possible et le travail deGoran
Koffi Modeste Armand laisse espérer que, pourvu qu’on y
mette la volonté et la rigueur scientifique requise, des pans
entiers des cultures africaines ancestrales peuvent encore être
exhumés pour échapper à l’oubli et nourrir la scienc
universelle.
Abidjan, le 06 juillet 2011
JérémieKouadioN’Guessan
ProfesseurTitulaire enSciences duLangag
Doyen de l’UFRLangues,Littératures etCivilisations
Université deCocody-Abidjan
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àAVANT-PROPOS
La musicothérapie est l’usage de la musique dans le traitement
des maladies. Sicette technique de soins est ordinaire et
d’usage clinique en Occident, parce que ses fondements
scientifiques et son cadre épistémologique et de logique
rationnelle ont été établis et reconnus par tous, enAfrique noire,
et particulièrement en Côte d’Ivoire, elle demeure encor
empirique et logée dans l’irrationnel parce que non encor
explorée par leschercheursafricains et ivoiriens.
Ce livre vient donc combler une lacune. Il vient surtout, dan
une position pionnière et d’avant-garde, corriger une injustic
scientifique en valorisant les techniques de musicothérapie de
femmes komian, ces guérisseuses traditionnelles dont l
réputation, en matière de guérison des maladies estbien établi
en pays abouré et même hors des frontières de cette localit
ivoirienne située dans le département deGrandBassamau sud-
est lagunaire de la république deCôte d’Ivoire.
Les femmes komian du pays abouré - car il y a de même des
hommes komian – sont issues d’une chaîne ininterrompue de
traditions thérapeutiques mystiques à transmission initiatique
ésotérique ou secrète depuis des siècles. Elles sont par
conséquent dépositaires de connaissances traditionnelles
anciennes, à l’instar des nonkara de Fodonon en pays taguan
(localité de Katiola) au Centre-nord de la république de Côte
d’Ivoire. Cette recherche dont les résultats sont consignés dans
ce livre est à saluer : elle révèle au grand jour dans le cercle
scientifique universitaire ivoirien l’existence de cette tradition
thérapeutique séculaire en l’actualisant sur des base
scientifiques pertinentes. La musicothérapie de
femmes komianabouré deMoossou sortainsi de son empirisme
et du cadre de sa tradition secrète pour intégrer l’univers de l
rationalité épistémologique et de la validité scientifique.
C’est dire ici qu’avec la science médicale de
femmes komianabouré, l’anthropologie de l’irrationnel cède l
place désormais à la reconnaissance d’une phénoménologie
thérapeutique prouvée et affirmée comme valable pour servir
d’appoint à la thérapeutique des hôpitaux en se positionnant
comme une alternative efficace dans la recherche de solutions
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eaux nombreux problèmes de soins auxquels sont confrontés les
populations ivoiriennes.
Le livre du docteur GORAN Koffi Modeste Armand est ainsi
une initiative scientifique heureuse pour le monde médica
ivoirien et africain. Il peut et doit servir de base et de référenc
à un enseignement universitaire qui élargit le cadre de
disciplines de l’anthropologie médicaleavec :
-l’ouverture de structures de formation, de laboratoires sur l
culture et la santé en vue de rendre opérationnel, au sein de
l’Université de Cocody, le programme du CAMES de
valorisation de la médecineafricaine
-l’établissement d’une médecine intégrative articulant
psychodrame, psychothérapie, croyance et spiritualité pour l
valorisation de l’ethnoscienceafricaine.
Dans ce projet, l’implication de l’Université de Cocody et de
l’Organisation Mondiale de la Santé est indispensable puisque,
à terme, il s’agit de faire émerger une génération de
musicothérapeutes compétents ayant les pieds dans un
tradition de techniques thérapeutiques éprouvées par des siècles
d’usage et la tête dans une modernité médicale qui cherch
encore ses marques devant des phénomènes pathologiques qu
la dépassent.
DrADIGRANJean-Pierre
Spécialiste de civilisationsafricaines
Enseignant-chercheur à l’INSAAC
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lINTRODUCTION
L’une des raisons pour lesquelles il a été décidé de rendr
intelligible, pour ainsi dire, une techniquet hérapeutique
musicale qui semble réservéeà uneclasse particulière d’initiée
est en grande partie née des difficultés liées aux problèmes de
santé en Afrique. Difficultés que nous pouvons, somme toute,
résumer par le coût onéreux de la médecine moderne
occidentale, par le manque ou l’insuffisance des infrastructure
médicales, par le nombre réduit des praticiens de cette
médecine ainsi que parlafaiblesse des données culturelles
locales dans les programmes étatiques de santé. Nous pensons
qu’il est important d’expérimenter d’autres tradition
thérapeutiques en appointà la médecine occidentale modern
ou médecine officielle dans un projet commun de guérison en
Afrique. Dece point de vue, l’évocation d’une thérapi
traditionnelle peut constituer aujourd’hui l’une des modalités
importantes permettant d’exploiter les autres dimensions du
processus de guérison des malades.D’où l’intérêt que susciten
les recherches pouvant concourir à la luttecontre les fléaux qu
menacent la santé des populations.
Aussi, avons-nous choisi d’explorer, dans cet ouvrage, les
1
techniques de musicothérapie chez les komian et plus
précisément chez les femmes guérisseuses traditionnelles en
2
pays abouré deMoossou pour porter un nouveau regard sur les
pratiques de guérison endogène ; pour nous intéresser aux
processus de guérison qui font un usage accru de la musique
afin d’épauler la médecine officielle à venir à bout de toute
1
L komian est connu dans la littérature religieuse française, sous l
désignation de vaticinateur ou de vaticinatrice selon qu’ils’agit d’un individu
de sexemasculin ou de sexeféminin. Tout au long de notre travail, nou
substituerons au termev aticinateur / vaticinatrice, celui de komian. Un
chapitre est réservéà l’étude ethnologique du komian.
2
Moossou est un village et un quartier de la ville deGrand-Bassam.Le term
Abouré « sert à désigner la langue et ses locuteurs » (BOGNY, 2001:191),
même si les Abouré se nomment Abou (ABLE, 1978 : 17).Pour Jean-Noël
LOUCOU, « c’est l’appellation Abouré qu’a retenue l’administration alors
que les ethnies voisines les identifient par les noms de Agoua et Compa »
(2002 : 129).
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eforme de pathologie. C’est le lieu de dire que l’existence des
thérapies musicales est un lieu commun dans toutes le
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culture . Cependant, en Côte d’ivoire, force est de constater
qu’aucune information officielle n’a trait à l’existence de soins
par la musique et pourtant, l’on a, en milieu non hospitalier,
souvent recoursà des pratiques thérapeutiques renforcées par l
musique. Cela est confirmé par la situation en vigueur au sein
de l’Université de Cocody-Abidjan et même du pays où
l’évocation de la musicothérapie se résume à un module
d’enseignementalors qu’elle devrait donner lieuà une véritable
formation débouchant sur des emplois dans les milieux
hospitaliers,éducatifs, sportifs, commerciaux, judiciaires, etc.
Par conséquent, ce travail fait office de pionnier dans le
domaine. Ce qui, bien entendu, lui imprime une spécificit
découlant de la dialectique entre les données positivistes dont l
science se fait le porte-voix et les donnéess urnaturelles qu
dépassent l’entendement humain.
L’intérêt que nous portons à la profession musicothérapeut
doublée de la notoriété de la thérapie des komian -bien qu’ell
4
soit un patrimoine propreaux kw - expliquent notrechoix pour
ce sujet tant lecaractère transculturel et l’utilité sociale decette
pratique plaide pour son exploitation, sa valorisation et s
promotion.Nous y reviendrons.Maisavant, il est utile de savoir
que la musicothérapieest une forme d’art-thérapie à médiation
musicale, qui fait appel à une approche sensorielle du son et de
la musique dans un but thérapeutique.Elle est « l’utilisation de
la musique, du son, du rythme dans une relation de
5
psychothérapi » .
3
En Occident, c’est après les deux guerres mondiales et la crise économique
de 1929 queces thérapies ont véritablement fait leurapparition dans l’univer
de la médecine moderne pour gagner leur lettre de noblesse dans les hôpitaux.
4
EnCôte d’Ivoire, les langues Kwa sont parlées par lesAkan.LesAkan sont
un groupe ethnolinguistique qu’on retrouve dans trois pays d’Afrique
occidentale : Togo, Ghana et Côte d’Ivoire. Les Kwaappartiennentàl
grande famille linguistique Niger-congo ou Niger-kordofanienne (BOGNY,
Op.cit. : 181).
5
(E)LECOURT,La pratique de la musicothérapi ,Paris,ESF, 1986, p.14.
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sLa musicothérapie est un mode de soins qui s’articuleautour de
trois approches que sont la musicothérapie réceptive, l
musicothérapieactive et les techniques de psychosynthèse.
En musicothérapie réceptive, le sujet est soumisà l’écoute d’un
programme sonore dont le contenu est élaboré selon l’âge, l
culture et la nature de la pathologie du malade. Le but
poursuivi, à travers ce programme, est de «supprimer les états
d’angoisse, d’anxiété, de nervosité, d’insomnie ainsi que de
6
traiter diverses maladies psychosomatiques » .
Par contre, en musicothérapie active, l’accent est mis«sur des
productions sonores pour faciliter la communication avec des
7
enfants psychotiques,autistiques ou des personnesâgées » .
8
Inventé par Luigi Person , le concept de techniques de
psychosynthèsecombine « la musicothérapie réceptive ave
9
d’autres méthodes de relaxation » . Il peut s’agir de l
musicothérapie associée au training autogène de Schultz, de l
musicothérapie combinée au rêve éveillé dirigé de Desoille, de
la musicothérapie et du réflexe de relaxation de Benson, de l
musicothérapie et de la sophrologie, de la musicothérapie et de
la relaxation à inductions multiples de Michel Sapir, de l
musicothérapie et du yoga, de la musicothérapie et du massage,
etc.
Les techniques de musicothérapie se rapportent doncaux divers
modes d’utilisation du son et de la musique dans uncontexte de
psychothérapie. Elles ont pour finalité d’aider les malades
6
(J.) JOST,«Musicothérapie : de la recherche à la pratique » in Gestion
Hospitalières n°245,avril 1985, p.317.
On entend par états d’angoisse, la manifestation de symptômes
neurovégétatifs en tant qu’expression somatique d’un dérèglement de
l’appareil psychique.L’anxiété se rapporteà une peur sans objet ouà une peur
que l’on ressent dans l’attente imminente d’undanger imaginaire au point de
plonger son auteur dans un profond désarroi. Quant à la nervosité, elle se
rapporteà un état d’irritabilité de plus en plus permanent.L’insomnie désign
des troubles du sommeil, qui peuvent être dus, entre autres, à l’anxiété. Cec
étant, des informations complémentaires seront données sur ces pathologies
dans la deuxième partie decet essai.
7
(J.)JOST,art.cit. p.317.
8
CfBENCE (Léon)&MEREAUX (Max),Guide pratique de musicothérapi ,
ST-JEAN-DE-BRAYE (France),EditionsDangles, 1987, p.28.
9
BENCE (Léon)&MEREAUX (Max), idem., p.19.
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asurmonter les difficultés psychologiques, les nombreux troubles
somatiques et psychosomatiques, d’une part, et ceux souffrant
de troubles psychiques, névrotiques et psychotiques, d’autr
part. Par ses techniques, la musicothérapie se présente comme
« une thérapie privilégiée pour les personnes qui ont des
10
difficultés de communication » ou qui souffrent d’isolement.
11
Ce qui en fait uneauthentique psychothérapi .
Cette recherche, par lebiais de la thérapie des komian vise don
à montrer que la corrélation entre la musique et la guérison est
connue et pratiquée enCôte d’Ivoire et enAfrique.
Autrement dit, cette étude se propose de mettre en lumière,
partir de l’exemple du komian, l’existence d’une thérapeutiqu
africaine des procédés musicaux.
12
Concernant l’état de la question, les travaux deDUCHESNE
13
et ESSAN ont, tout autant, abordés l’histoire, l’organisation
et la fonction sociale duculte komianbien qu’ESSANE soitallé
plus loin en présentant, dans une problématique de l’ethnologie
de l’initiation,cecultecomme un système ésotérique équivalen
aux écoles ésotériques occidentales. Cela dit, ces deux auteurs
ne traitent pas dans leurs ouvrages, des rôles et des effets de l
musique dans la thérapie des komian sibien queces travaux ont
servi dans la présentation des fondements et descaractéristique
decette thérapie.
La question de la thérapeutique des procédés musicaux a déj
fait l’objet de plusieurs travaux qui remontent aux littérature
antiques égyptiennes et grecques ; elle est même contenue dan
divers textes religieux et sacrés. Le pouvoir des sons et de l
musique sur la santé de l’homme étant connue depuis les
origines de l’humanité, il serait superfétatoire de relayer ici
toute cette littérature fournie qui a connu ses heures de gloir
)(
(J.)JOST,art.cit. p.317.
11
(J) VERDEAU-PAILLÈS, «Parmi les psychothérapies:lamusicothérapi
et sa spécificité » in l’Encéphale,Vol.17, n°1, 1991, p.44.
12
(V.)DUCHESNE, Le cercle du kaolin.Boson et initiés en terre anyiCôt
d’Ivoir , Paris, Institut d’ethnologie, Musée de l’homme, Palais de Chaillot,
1996.
13
(S.) ESSANE, l’Initiation royale chez les Agni, Thèse de Doctorat d’Etat,
UniversitéPaulValerydeMontpellier 3 (France), 1980.
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edurant l’Antiquité (égyptienne, grecque, romaine) et l
Renaissance.
Retenons que lesbases de la médecine psychosomatique se sont
bâties sur le binôme son/être humain. Ce binôme en tant qu
complexe estau départ de la modernisation des liens unissant l
14 15
musiqueà la thérapieavecHELMHOLTZ etSTUMP .
Aujourd’hui, en effet, le complexe son/être humain est devenu
l’essence même de la musicothérapie en tant que thérapie se
servant des procédés musicaux ou des éléments constitutifs de
la musique pour ouvrir les canaux de communication
spécifiques au sujet. C’est pour cette raison que la musique es
utilisée dans la médecine et plus particulièrement dans ses
16
ramifications psychologiques et psychiatriques .
Parler des liens entre la musique et la guérison dans la thérapie
des komian renvoie généralement à la danse et à la transe en
tant que techniques psychophysiques à caractère thérapeutique.
Cette conception est certainement due au fait qu’en plus des
croyances locales, les travaux réalisésjusque-là et présentés pa
17
ROUGE , ont été orientés vers la dimension thérapeutique
des techniques psychophysiques en tant que contribution de
génies - entités métaphysiques - au processus de guérison.
D’ailleurs, ces techniques sont perçues par la conscienc
14
Cf: La théorie physiologique du son cité par (L.) BENCE et (M.)
MERAUX, Guide pratique de musicothérapi , Saint-Jean-de-Braye (France),
EditionsDangles, 1987, «Coll.Santé naturelle », p.11.
15
Cf:La psychologie du son cité par (L.)BENCE et (M.)MERAUX, idem.,
p.11.
16
(J.) ARVEILLER, Des musicothérapies, Issy-les-Moulineaux (France),
Editions Scientifiquese t Psychologiques, 1980, «Coll. Psychologiee
pédagogie de la musique ».
17
(G.)ROUGET,La musique et la transe, 2 édition,Paris,Gallimard, 1990.
(A.) ZEMPLENI,«La dimension thérapeutique du culte des rab, ndöp, tuuru
et samp : rites de possession chez lesLebou et Wolof » in Psychopathologi
II-3, 1966, pp. 295-439.
(G.)COSSARD,«Musique dans leCandomblé » in La musique dans la vi ,
Paris,Ed.T.Nikiprowetsky,O.C.O.R.A., 1967, pp. 159-207.
(M.) LEIRIS, La possession et ses aspects théâtraux chez les Ethiopiens de
Gonda ,Paris,Plon, 1958.
(R.)BASTIDE,Le candomblé deBahia (Rite nagô),Paris,Mouton, 1955.
(J.) MONFOUGA-NICOLAS, Ambivalence et culte de possession, Paris,
EditionsAnthropos,1972.
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acollective comme le fondement de cette thérapie puisque ces
études ont plutôt fait ressortir le structuralisme relationnel entre
la transe, la danse et la guérison tout en faisant des première
les signes manifestations de ces entités.A ce titre, elles servent
de techniques de divination, d’indications thérapeutiques et
d’indicateurs de guérison. Même dans les cas de fausse
18
possession ou possession négative, comme dans le ‘‘Ndöp ’’
desWolofauSénégal, la danse et la transe sont perçuescomme
vecteurs de libération et de guérison si l’on se réfère aux
travaux deZEMPLENI et deCOSSARD.Elles permettentainsi
de diagnostiquer l’origine du mal, de donner des indications
thérapeutiques et de repousser les mauvais esprits.
Danscette perspective, la musique est présentéecomme moyen
d’induction, et parfois même,comme la dimension sonore de l
manifestation présentielle des génies. Qu’elle soit vocale,
instrumentale ou vocale accompagnée, la musique assure
symboliquement des fonctions dont l’efficacité semble réglé
conventionnellement : elle caractérise l’adresse faite aux
divinités et permet ainsi de déclencher la communion et l
communication avec les génies, à travers les techniques
psychophysiques. La musique se présente dès lors, comme une
prière des hommes en direction des génies et un indicateu
manifestatoire de leur présence.
Au regard des croyances populaires et de l’état des travaux, il
ressort que la musique semble ne pas avoir d’impac
thérapeutique si ce n’est à travers les techniques
psychophysiques quand bien même que l’interaction musique/
thérapie remontre à la nuit des temps comme le dit si bien
ALPERSON, « la musiquea une part importante dans les rites
magiques employés par les hommes préhistoriques dans leur
19
lutte contre la maladi »
bien plus, nous ne pouvons que
constater que les techniques psychophysiques ne peuvent, d’une
manière générale, se réaliser sans qu’il n’y ait production
musicale. Le caractère dynamogénique et même thérapeutique
18
Le ‘‘Ndöp’’est un culte de possession sénégalais dans lequel la musique
viseà déclencher la transe.
19
(P.)ALPERSON,«Harmonie et santé : perspectives philosophiques sur le
relations entre musique et médecine » in l’InformationPsychiatrique,Vol.67,
n°1, janvier 1991, p.36.
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sde la musique est donc induit, puisqu’onlui reconnaît d’êtreà l
base de leur manifestation et de la survenue des génies si l’on se
réfèreaux travaux susmentionnés.
Aujourd’hui, la scientificité de l’influence thérapeutique de
l’Art d’Euterpe est largement admise comme en témoignent l
mise en place de tests projectifs de type musical, l
réhabilitation de disciplines comme la mélothérapie et l
musicothérapie, jusqu’alors qualifiées de para-sciences.L’usag
de la musique dans la médecineclinique n’est plus unecuriosité
même si son domaine de prédilection reste la psychiatrie.
Si enOccident et enOrient, la relation entre la musique
et la guérison n’est plus à démontrer, dans le contexte
traditionnel ivoirien, aucune étude scientifique à proprement
parler, n’a porté sur l’efficacité thérapeutique de la musique.
C’est pour combler ce vide que nous avons décidé de nous
servir de la thérapie desKomian.
Issue de l’aire culturelle Akan, cette forme de soins y assum
une fonction de contrôle, de régulation de l’ordre social et de
l’ordre religieux par le canal des génies et des ancêtres ainsi
qu’une fonction de thérapie par la musique. Dans cette
perspective, elle permet decomprendre et de structurer le socia
à travers les liens entre Dieu, la création, les Hommes et l
musique. Dans sa phase opératoire, cette thérapie, à l’instar de
bien d’autres en Afrique, est marquée, du début à la fin, par l
réalisation des techniques psychophysiques sous induction de l
musique.
Dans ce protocole en effet, la musique endosse une posture
thérapeutique fondamentale, puisqu’elle est utilisée dans l
prise en charge de personnes souffrant de maladiesm entales
comme les névroses et les psychoses. Par là, elle fait ressortir
l’universalité de son influence thérapeutique. Elle montre ainsi
comment l’homme subit cette influence sur le plan organique
par le truchement de la transformation des vibrations sonores en
pensée, en vision, en expression corporelle et même en
impressions cénesthésiques comme le révèlent les tests
20
projectifs de type musica .
20
(J.) VERDEAU-PAILLÈS, Le bilan psycho-musical et lapersonnalité,
Courlay (France),Ed.J.M.FUSEAU, 1981.
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aAussi, s’agit-il, par cette étude, de montrer dans quelle mesure
les modalités d’utilisation de la musique telles qu’évoquées
s’appliquent dans la thérapie desKomianainsi que les maladies
qu’elle peutaiderà soigner.
En somme,ce travail, viseà mettre en lumière les mécanismes,
et les méthodes par lesquels la musiquecontribue à l’effectivité
de la guérison. Telle que présentée, la perspective théorique de
cette recherche permet de dégager un intérêtanthropologique et
un intérêt médical.
Le premier, en rapportavecanthropologie médicale, est d’ordr
théorique et a une visée épistémologique : montrer le
fondements et la démarcation de la thérapie desKomian d’avec
la musicothérapie occidentale, on ne peut évoquer lamédecine
négro-africaine sans faire référenceaubinômeNature/Culture.
La pertinence de la médecine négro-africaine réside dans l
«corrélation entre la nature comme réceptacle de médicaments
et support physique d’une part, et la culture comme ensemble
21
des valeurs sociales, d’autre part » , alors que celle de l
médecine occidentale ramène son efficacité à la biochimie et
lachirurgie.
Avec la colonisation, l’on a oublié que les processus
thérapeutiques de tout peuple priscomme données de la culture
etcentre placentaire desbesoins religieux, sont un indicateur du
niveau d’harmonie existant entre lui et son milieu. Ils se
présentent même comme un avatar de l’idéal religieux, comme
une pertinence et uneconservation de l’identitéculturelle.
Par là, il devient possible d’inscrire la thérapie des komian dans
l’horizon du possible en tant que capacité qu’elle offre
assumer toute seule un procès de guérison. Ainsi, l’idéologie
thérapeutique komian pourra résister comme «une actualité
culturelle dans l’attitude et le comportement de l’homme
22
africain faceàlamaladie » puisqu’aucune idéologie de
domination « ne saurait créer [… ] une vision nouvelle du
monde qui constitue une rupture radicaleavec tout ce quiavait
21
(F.) KOUAKOU N’GUESSAN,«Pour une anthropologie médicale
africaine»i n Annales de l’université d’Abidjan, série F, tome VII,
ethnomusicologie, 1978, p.93.
22
(S.) ESSANE, Une sociologiede l’université en Afrique, Abidjan, PUCI,
2001, p.167.
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été expriméj usqu’alors » s’il ne tient pas compte du pass
culturel du peuple en question.
Le second intérêt, en rapport avec la médecine officielle, es
d’ordre pratique et vise lacréation d’un institut universitaire de
formation et de recherche en musicothérapie.
La première, intitulée Fondements et caractéristiques de l
thérapie des femmes komian ou guérisseuses traditionnelles
comprend deuxchapitres.
La deuxième partie nomméeRituels thérapeutiques,art-thérapie
et processus de guérisonchez les femmes komian estconstituée
de deuxchapitres.
La troisième et dernière partie, titrée Réceptivité musicale et
guérison dans la thérapie des femmes komian, vise à démontrer
l’influence thérapeutique de la musique au travers d’un tes
projectif.Elle possède elle-aussi, deuxchapitres.
23
Cf : (L.)GOLDMANN (1978)cité par (S.)ESSANE, idem., p.133.
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éPREMIERE PARTIE
FONDEMENTSETCARACTERISTIQUE
DELATHERAPIEDESKOMIA
La thérapie des komian, à l’instar de bien d’autres du pays et
même du continent, « se présente idéologiquement comme une
conception générale de l’univers, de la vie et de l’homme, une
24
totalité cohérent » . Etudier cette thérapie ne peut donc se
faire que sous la forme « d’une cosmologie comportant une
cosmogonie, une théologie, une anthropologie, d’une ontologi
et d’une psychologie, d’un corps de techniques et de
spéculations ‘‘physiques’’,d’une éthique et d’une organisation
25
sociale, d’une littérature et d’unart » .
En d’autres termes, cette thérapie est tributaire de
représentations de laVie et de l’Homme dans lacultureabouré.
Or, évoquer cette culture revient à aborder la cosmologie de c
peuple. C’est dire qu’on ne peut étudier les fondements et les
caractéristiques de lathérapied es komian sans se référer
l’ensemble de leurs savoirs théoriques et de leurs pratiques qui
rendent compte de leur conception de la Création et des lien
entre l’Homme et l’Univers. Au regard de cette perspective,
nousavons organisécette partie en deuxchapitres.
Le premier, intitulé ‘‘ondF ements de la thérapie des komian’’,
porte sur les savoirs et les pratiques thérapeutiques de ces
guérisseuses, qui se présentent comme une explication
totalisante de laCréation tout en faisant ressortir l’utilité sociale
de l’institution komian.
Le second, titré ‘‘résP entation de la thérapie des komian’’,vise
à montrer les dimensions et les caractéristiques de cette
thérapie,ainsi que les modes de traitement dont elle fait usage.
24
(H.)MEMEL-FOTEcité par (M.D.)GADOU,«Conception dida de la vie
et de l’homme » inL’Arca dit,N°5/2003, p.20.
25
(H.)MEMEL-FOTEcité par (M.D.)GADOU, idem., p.20.
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