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Mythe des origines du byere fang

De
201 pages
Le byere (ou byeri) est le plus important rite initiatique des Fang du Gabon, de Guinée Equatoriale, du Congo et du Cameroun. Mitsim à la quête du byere paternel est un récit étiologique, qui raconte l'histoire de son origine. Récit mythique autant qu'initiatique, Mitsim semble codifier une pratique qui ne pouvait s'offrir que dans le rituel de l'initiation. La sémiotique permet de mettre en exergue ce qui est manifeste et latent, conjoncturel et permanent, superficiel et profond dans ce texte issu d'une culture souvent mal connue.
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MYTHE DES ORIGINES
DU BYERE FANG

Sémiotique du texte

Nicolas Mba-Zué

MYTHE DES ORIGINES
DU BYERE FANG
Sémiotique du texte

Suivi de Entretien avec Tsira Ndong Ndoutoume

Préface de Grégoire Biyogo

L’HARMATTAN

© L'HARMATTAN, 2010 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12751-7 EAN : 9782296127517

A celle qui partage avec moi la passion des Lettres, Genevieve MBA-ZUE A tous mes enfants et petits-enfants.

Pour la mise en forme du présent document, nous tenons à remercier le Pr Ambroise EDOU MINKO, M. Simon-Pierre MVONE-NDONG, chercheur au CENAREST, et Mlle Nadège ABEGHE OBIANG.

L’école de Libreville : Nicolas Mba-Zué et le renouvellement du discours sémiotique moderne Préface de Grégoire Biyogo 1. Présentation L’ouvrage que vient de commettre Nicolas Mba-zué, est une contribution décisive aux recherches sur la sémiotique textuelle. L’analyse est appliquée au texte fondateur de la spiritualité des Fang du Gabon, de Guinée Equatoriale, du Cameroun et du Congo, Mitsim à la recherche du byere paternel, suivi de Entretien avec Tsira Ndong Ndoutoume. Le pari était audacieux et pour le moins incertain. Pourtant, dans ce travail dont l’intérêt est autant pédagogique que technique, le lecteur est invité à rentrer dans un récit tensionnel, traversé d’obstacles redoutables, qui mettent l’instance onomastique à l’épreuve du sens, dans un jeu de progression diégétique qui rend le texte comparable à un opéra, voire à une comédie musicale. Etiologique, le récit de byere a été étudié en 1984 par Fidèle Okoué Ngou qui en a fourni une traduction littéraire, laquelle est reprise par l’auteur dans le cadre de cette recherche. Après avoir écrit une thèse de III ème Cycle en France, à l’Université Paul Valéry de Montpellier qui était une lecture sémio-narrative de l’œuvre romanesque de Tchicaya U T’amsi, le sémioticien gabonais a été recruté à l’Université Omar Bongo, où il dispense deux enseignements majeurs, en l’occurrence la narratologie et la sémiotique textuelle - d’inspiration greimassienne. Il a contribué à la formation de plusieurs étudiants, dont certains se sont spécialisés aujourd’hui en sémiotique.

Esprit sobre et méthodique, cet enseignant-chercheur fait partie des lecteurs avisés de l’évolution du discours sémiotique aujourd’hui. A l’instar de toute une génération d’enseignants recrutés à l’Université Omar Bongo autour des années 1980 à 1989, il a été assailli par le bégaiement de l’Histoire du Gabon qui allait alors écrire sa séquence la plus révolutionnaire, avec des grèves qui, parties de cette institution, vont embraser tout le pays et contribuer à la tenue de la Conférence Nationale de 1990. Mba-Zué allait donc s’engager en politique à la faveur de cet événement dont le philosophe Eboussi-Boulaga a dit qu’il était le plus significatif pour l’Afrique1, aux côtés de l’opposition. Avec son homologue Fortunat Obiang, critique littéraire gabonais2, Moussirou Mouyama, sociolinguiste et essayiste, il prend part aux débats fructueux et subversifs du Café littéraire, qui vont être organisés pour la première fois dans l’institution universitaire et poser le problème de la libéralisation du discours critique, ainsi que celui subséquent de la circularité de l’activité de la contestation au sein d’un système alors largement emmuré dans le monopartisme doctrinaire. L’auteur est Maître-Assistant CAMES au département de Lettres Modernes - de la Faculté de Lettres de Libreville - qui compte déjà plusieurs publications et se caractérise par le décloisonnement des champs de recherche et des programmes pédagogiques, allant de la théorie à la poétique, de la critique à l’herméneutique et de la sémiotique à la pragmatique. Nous sommes ici au cœur
Eboussi Boulaga (Fabien), Les Conférences nationales en Afrique Noire, Une Affaire à suivre, Paris, Karthala, 1993, p. 7. 2 Obiang (Fortunat), Les registres de la modernité dans la littérature gabonaise, préface de Grégoire Biyogo, 2 volumes, Paris, L’Harmattan, Coll. “Recherches et pédagogie”, 2006. 10
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d’une révolution paradigmatique silencieuse et encore inavouée que je nomme l’Ecole de Libreville. C’est à la vérité autour de ce mouvement d’idées littéraires et philosophiques qu’il convient de configurer et de réévaluer l’ouvrage de Nicolas Mba-Zué afin d’en repérer le parcours même éloigné, la pertinence et bientôt l’audace théorique. 2. L’Ecole de Libreville : état des lieux. Composé d’un ensemble d’enseignants-chercheurs, de critiques, de théoriciens, de philosophes et d’universitaires travaillant chacun dans sa direction, ce qu’il est convenu d’appeler l’Ecole de Libreville est une orientation de recherche où l’on définit et pense la lettre comme discours critique, signe linguistique, trauma, épistémè et comme poème de l’être. L’école est en cela un horizon de sens où quelque chose de l’ordre d’un nouveau paradigme se met en place, dont le lieu phare est le département de Lettres Modernes, suivi de l’Institut de Recherches en Sciences Humaines (IRSH). La notion d’Ecole, il convient de le noter, ne réfère pas nécessairement ici à son acception classique stricte, celle d’une communauté de chercheurs qui se reconnaîtrait par l’unité intrinsèque de ses définitions, ses méthodes, ses thèmes de prédilection, ses objets et plus généralement, son parcours critique et théorique. Elle n’invite pas davantage à l’identité profonde de ses axes méthodologiques, ses perspectives de recherches ni même à l’unité des résultats escomptés. Ni contraignante, ni unilatérale, l’Ecole tient du rapport de plus en plus critique et épistémologique aux méthodes de lecture des textes et à la portée des savoirs en jeu, avec le souci de la théorisation de l’objet littéraire et de sa mise en réflexivité. Ses relectures philosophiques.

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Ce travail se double de la décision de décloisonner les recherches littéraires, les ramenant, à partir de plusieurs directions, aux grands débats des sciences du langage et de l’homme. L’Ecole ne s’apparente donc pas à un lieu fixe, à une organisation rigide, faite d’accords et de conciliations entre les chercheurs, qui observeraient des normes prédéterminées, des doctrines pour ainsi dire pré-élaborées ou même des desseins épistémologiques communs et à l’avance établis et pointés. Ce n’est point une institution figée, celle-là même qui stériliserait l’engouement et l’ardeur à la recherche, dans l’exploration d’un champ de recherche complexe, diverse et différentiel. Ce qui fait école ici, c’est la lisibilité d’un horizon littéraire mouvant, travaillé par des figures multiples gardant leur altérité, par des rencontres imprévisibles, de nouveaux désirs de connaître, de jeux de langage pour dire autrement le sens et décrire avec plus de complexité la vérité, en explorant l’itérabilité de l’écriture, des méthodes transversales, dont le point d’invariance est indiscutablement la théorisation du champ global des productions littéraires et la relecture philosophique subséquente de l’aventure des lettres comme la demeure où éclôt le nouveau matin du sens. De la sorte, l’école de Libreville se donne comme le lieu heuristique d’un triple partage : D’abord, le premier axe de recherche est celui de la théorie et de l’épistémologie. Cette orientation heuristique - sans doute la plus connue - marque un intérêt d’ordre philosophique et épistémologique. La littérature n’est jamais son objet véritable, mais le sol à partir duquel se pense la littérarité, l’évaluation des méthodes et la description complexe du sens. C’est le lieu d’une réflexion philosophique et de l’élaboration des concepts, des

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théories et de nouvelles formes de diction du vrai, de visitation du sens. Ce premier courant de théorie et d’épistémologie écrit ses propres politiques de lecture, redéfinies comme un travail constant de désaccords méthodologiques et théoriques autour de l’événement de la rencontre féconde autant que controversée de la littérature, de la philosophie et de l’épistémologie. Ce courant examine le statut de la fiction, réarticule aporéticité et savoirs ouverts à la différance. Activé par la théorie et par la poétique, par les philosophies de la différence et par l’herméneutique, cette séquence de l’Ecole s’attache à opérer des distinctions terminologiques, ou à élaborer et à arbitrer des querelles littéraires et philosophiques, examinant la nature des connaissances, la description du type de vérité en œuvre dans la théorie, les nouveaux paradoxes des notions, les problèmes herméneutiques soulevés par les usages des verbes lire et écrire ainsi que le mode dilemmatique de la résolution des problèmes. 1. C’est dans le sillage de ce paradigme épistémologique et herméneutique qu’il convient de situer les travaux de Grégoire Biyogo3, précurseur de la théorie et de l’épistémologie de la recherche, ainsi que d’une
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Lire la thèse de Grégoire Biyogo, L’Ecriture et le Mal, théorie du désenchantement. Contribution aux recherches sur la théorie littéraire, 4 tomes, Université Paris Sorbonne, Paris IV, 1250 p. Et sa dissertation d’Habilitation à Diriger des Recherches, La théorie en questions, Querelles actuelles, apories et résolution néo-sceptique des énigmes, Prolégomènes aux recherches sur la philosophie littéraire et l’épistémologie des sciences humaines, Université Paris XII, 4 tomes, 1000p. Se reporter aussi à deux de ses essais, Adieu à Jacques Derrida, enjeux et perspectives de la déconstruction, Paris, L’Harmattan Gabon, Coll. “Recherches et pédagogie”, 2006. et Méthodologie et épistémologie de la recherche, Paris, L’Harmattan Gabon, Coll. “Recherches et pédagogie”, 2006. 13

poétique d’inspiration derridienne en dialogue avec Nietzsche, Gadamer, Ricœur et Rorty. Il participe de l’élaboration d’une épistémologie des sciences humaines, qui naît de la rencontre de la littérature et de la philosophie. Son travail est une confrontation – en terme de querelles - de la déconstruction, du néo-scepticisme, de la sémiotique écolienne et du néo-pragmatisme, qui invite à se déprendre des illusions dont nous bercent les régimes d’une rationalité prétendument stable et unilatérale, auxquels il oppose l’aporéticité radicale du vrai. D’où son relativisme épistémologique et sa pensée des désaccords irrésolus (Derrida, Meyer, Rorty, Blanchot, Beckett, Miller, De Man). Ses recherches ont donné droit à un nouveau discours : la philosophie de la théorie, avec une réévaluation de la logique, avec la théorie de l’argumentation et à l’analyse des mondes possibles (Hintikka, Timmermans et Plantin). Les références générales du courant qu’il développe partent de la poétique d’Aristote au formalisme russe, en passant par le New criticism anglo-saxon, l’école morphologique et phénoménologique allemande, les poétiques d’inspiration linguistique et philosophique, jusqu’à la relecture ontologique du poème avec Heidegger, Nietzsche, Derrida et Rorty. Biyogo a produit une œuvre importante qui fait de lui une figure hardie de l’histoire de la poétique, de la philosophie et de la recherche modernes. Il enseigne à l’UOB et à Paris XII et dirige l’Institut Cheikh Anta Diop (ICAD). 2. Travaille aussi à l’élaboration de ce paradigme, Auguste Eyéné4, philosophe, sémioticien, auteur d’une
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Lire sa seconde thèse, Le Mythe, l’écriture et la technicité, De la brisure phonétique du signe à l’avènement du Gramme, de l’Archive et du phénomène moderne d’abstraction numérique du langage, Université Paris VIII, 2006. 14

thèse de philosophie et d’une autre en communication, où il examine, entre autres axes heuristiques, le problème de la lecture moderne des textes, et celui du statut complexe de la vérité dans la perspective d’une épistémologie des désaccords qui, elle-même, ruine l’unilatéralité de la Raison et l’invite à une incessante complexification. D’où l’importance de la référence à la philosophie du langage et à l’herméneutique ricœurienne, et la modernité poétique franco-allemande et américaine. Il enseigne à l’Ecole Normale Supérieure et est directeur-adjoint de l’ICAD. 3. Il convient de signaler aussi les travaux importants d’Auguy Makey5, philosophe et écrivain, spécialiste de la question du rien de l’existence, lequel entrouvre un vitalisme ontologique qui met vigoureusement à l’épreuve l’humanisme métaphysique de l’existentialisme sartrien et l’essentialisme platonico-hégélien. Contre tout anthropocentrisme, le philosophe rompt avec la tyrannie du monde comme représentation de l’ego cogitans, et tente une désosbtruction de la pensée en la laissant être sur le mode de la tension précaire et aléatoire. Il a écrit une œuvre forte, dissidente et qui compte aujourd’hui parmi les plus significatives de nos sciences philosophiques. Il est chercheur à l’ICAD et enseigne au Lycée Léon Mba. 4. Il en est de même de Steeve Renombo, théoricien littéraire et poéticien, spécialiste de la question de l’itinérance de l’écriture - et du sens - qu’il a élaborée

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Auguste Makaya, L’homme, le sublime zéro, Paris, L’Harmattan, Coll. « Recherche et pédagogie », 2008, lire aussi de lui La question philosophique en Afrique – Enquête sur les ambiguïtés d’un discours, Paris I, 1988. Lire du même auteur, L’homme, le sublime zéro, Paris, L’Harmattan, 2007. 15

dans sa thèse6. Il pointe leur assignation à étirer l’interrogation vers un horizon non conclusif et aporétique. La nouveauté de sa proposition iténérantielle est à chercher au lieu où il repense l’Absolu littéraire comme une intensité au sens deleuzien, propulsant un mouvement sans archè ni telos, mais se déployant par une force discontinue, par plis tensionnels. D’où la référence à la sémiotique des passions, à l’énigmaticité du sens de Jean Bessière et à la dénégation des équivoques propre à Antoine Compagnon. Il est enseignant à l’UOB et est chef de département de Lettres Modernes. 5. Puis, Max-Médar Eyi7, poéticien et poète, à qui l’on doit une thèse publiée sur la lecture du tragique nietzschéen à travers l’œuvre romanesque balzacienne. Sa référence la plus constante est le nihilisme et son objet est le rejet de la réduction du tout de Balzac au réalisme, à quoi il oppose une espèce d’anti-réalisme, un néo-réalisme qui excède tout vérisme. Enseignant au département de Lettres Modernes et chercheur à l’ICAD8. Le second horizon de recherche est celui de la critique, qui témoigne de l’expérience d’une conscience de plus en plus aiguë du langage, entendu comme un ensemble de
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Le titre de sa thèse de théorie est : L’Ecriture du voyage, Approches de l’itinérance. Contribution aux travaux sur le comparatisme et la théorie littéraire, Université Paris-Sorbonne, Paris IV, 2 volumes. 7 Lire sa thèse, Tragique et néo-réalisme dans l’économie romanesque balzacienne. Essai d’herméneutique nietzschéenne autour du Père Goriot, Université Paris XII, 2005, publié sous le titre Lire Balzac avec Nietzsche. Introduction à la poétique néo-réaliste de Balzac autour du Père Goriot. 8 Tous ces chercheurs, poéticiens, philosophes et épistémologues travaillent dans le cadre d’un centre de recherche : l’ICAD, qui a délimité ses thèmes, ses motifs et ses visées heuristiques autour de l’événement de la lecture des textes et la réflexion sur la raison des désaccords du vrai et du sens. 16

figures signifiantes, elles-mêmes ouvertes aux différentes grilles de lecture des textes modernes entrouvertes par le décloisonnement actuel du champ littéraire et des sciences humaines. Ce courant s’attache à lire les œuvres individuelles, en recourant aux grilles de la critique moderne : les sociologies littéraires, les psychanalyses littéraires, les herméneutiques littéraires, les courants thématiques, la critique d’inspiration structurale et poststructurale, les courants d’inspiration herméneutique et d’histoire littéraire. Il est question d’un travail général de réflexivité et de questionnement mené autour de l’objet littéraire, entendu comme le lieu d’un nouveau parcours critique complexe dialoguant avec l’herméneutique du texte. 6. C’est ici qu’il convient de situer les travaux du philosophe et critique Bonaventure Mvé Ondo, spécialiste des questions herméneutiques, lecteur averti d’Augustin, de Nietzsche et de Ricœur. Il a été recteur de l’UOB, Directeur régional de l’Aupelf/Uref. Actuellement, il est vice-recteur à la régionalisation au Québec. Ces travaux en ont fait le précurseur en Afrique de l’herméneutique des textes oraux9. Il enseigne aux Universités de l’UOB et de Québec. 7. Il en est ainsi des travaux de Fortunat Obiang, père de la critique littéraire au Gabon, auteur d’un ouvrage inaugural en deux volumes10 et de la première thèse de

Lire Sagesses et initiation à travers les légendes et les mythes fang, Libreville, CCF/Sépia, 1991 et L’Owani et le songo, deux jeux de calcul, Libreville, CCF/Sépia, 1993. 10 Obiang (Fortunat), Les registres de la modernité dans la littérature gabonaise, 2 volumes, préface de Grégoire Biyogo, Paris, L’Harmattan Gabon, Coll. “Recherche et pédagogie”, 2006. 17

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critique francophone, présentée à l’Université de Montpellier. Sa question de prédilection est de repenser le champ littéraire comme lieu de production de nouveaux savoirs, mais aussi dans le double héritage sartrien du sujetanalogon, et de Ricœur, avec l’idée de la reconfiguration du récit comme attestation de soi et du temps. Il enseigne au département de Lettres Modernes et dirige un centre de recherches et d’études francophones : le CREDUF. 8. Puis les publications de Ludovic Obiang, critique, écrivain, poéticien du roman, qui a écrit une thèse remarquable à Paris IV11. Son hypothèse de travail tient que les actants des récits oraux, loin d’être conservateurs, se caractérisent par la rupture, la dénégation des systèmes clos. D’où la notion de terribilité, par quoi il nomme cette insoumission et déjuge le prétendu héritage traditionnel des systèmes antidémocratiques africains. Chercheur à l’Institut de Recherches en Sciences Humaines (IRSH) il est directeur du Musée National du Gabon et dispense des cours au département de Lettres Modernes. 9. On peut aussi citer Bellarmin Moutsinga, critique et poète, qui est l’auteur d’une thèse publiée, présentée à l’Université Paris-Sorbonne, Paris IV, sur les interférences de l’oralité et de l’écriture dans la poésie gabonaise moderne. Sa poétique est nommée par l’Absolu poétique que chaque poète entend ré-orthographier. Ce que réussit à faire son magnifique recueil de poèmes, Equatoriales12. Il enseigne à l’UOB.

Les Enfants terribles, thèse doctorat Nouveau Régime de l’Université de Paris -Sorbonne, Paris IV, 2 volumes, 1998. 12 Moutsinga Bellarmin, Equatoriales, Paris, L’Harmattan, 2006. 18

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Le troisième horizon de recherche - le plus récent en termes de publications - est sémiotique, qui relit le texte comme des signes linguistiques et prolonge, à travers des analyses sémio-narratives, le travail de la théorisation qu’offre une telle orientation d’inspiration diverse (Greimas, Courtès, , Fontanille, Genot, Henault, Imbert). 10. Sont lisibles dans cette orientation heuristique, les travaux de Georice Madébé, sémioticien et critique, chercheur; auteur d’ouvrages qui explorent la sémiotique énonciative et discursive, avec une application aux œuvres romanesques à la fois africaines et gabonaises13. Les notions d’utopie ou de transparence qu’il accole à l’onomastique et plus encore au sens travaillent à tracer une mutation paradigmatique porteuse de promesses dans la recherche sémiotique au Gabon. Héritier de l’école sémiotique de Limoges, il est chef de département à l’IRSH ; il donne des enseignements au département de Lettres Modernes. 11. Présentons enfin les travaux de sémiotique de Nicolas Mba-Zué14, et qui sont à localiser dans les récits oraux et sacrés, articulés aux analyses sémiotiques et narratologiques. Sa question axiale est de mettre en relief la complexité du sens à travers un ordonnancement de plus en plus ouvert à la focalisation (Bal, Genette), à la formalisation et à la modélisation (Greimas, Courtès, Fontanille, Genot, Henault, Imbert). Nous lui devons une thèse remarquable de sémiotique et de narratologie
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Madébé (Georice), Utopies du sens et dynamiques du langage dans la littérature africaine, Libreville, Les éditions du Silence, 2006. Lire aussi le magnifique De Viko à Ngal, La transparence énonciative, Paris, L’Harmattan, 2006. 14 Mba Zué (Nicolas), Mitsim ou la quête du byere paternel, suivi de Entretiens avec Tsira Ndong Ndoutoume, L’Harmattan, Coll. « Recherches Pédagogiques », 2008. 19

consacrée à l’œuvre romanesque du grand poète et écrivain congolais Chicaya U Tam’si. Il est héritier de la linguistique cartésienne de Greimas, dont le programme de recherche lui donne des résultats qui pourraient faire de lui un grand spécialiste au niveau du continent africain. Il enseigne au département de Lettres Modernes. En somme, on rencontre trois grands paradigmes à l’école de Libreville. D’abord celui théorique et épistémologique, celui critique et herméneutique et celui linguistique et sémiotique. Ces recherches dessinent subrepticement les enjeux de l’interférence de la lettre du sens et de la politique de ses lectures au Gabon. Sans doute cette taxinomie ne doit-elle pas être exclusive ni radicale. Car on peut identifier par endroits des croisements méthodologiques, et des bifurcations d’ordre thématique, allant d’un paradigme à un autre. Ainsi leurs différents discours en prescrivent la singularité et l’unité relatives. Ils ont en commun de redoubler autrement la lecture des œuvres, de décrire autrement les identités narratives, et de reporter sans cesse les métamorphoses de la vérité - en s’appuyant sur des outils performants de lisibilité du sens (herméneutique épistémologique) et de confrontation des points de vue et des positions (heuristique des querelles). Peut-être trouve-t-on d’autres représentants au sein de l’école de Libreville, entendue au sens large, venant par exemple d’autres territoires épistémologiques, réaménagés par les premiers HDR de notre Faculté de Lettre de Libreville, dans l’ordre des sciences de l’homme comme les sciences du langage (Moussirou Mouyama), la psychologie (Boussougou), l’histoire (Mengue)… Citons entre autres le sociologue Fidèle-Pierre NzéNguéma, qui a écrit par ailleurs sur l’imaginaire15, le
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Nzé-Nguéma (Fidèle-Pierre), Modernité tiers mythe et bouc hémisphère, Paris, Publisud, 1989. Il est professeur titulaire CAMES. 20