Naître, vivre et mourir en pays Kongo

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Le nom "Kongo" reste une énigme sujette à de nombreuses interprétations. D'après l'une d'elles, il viendrait de kû ngo, "pays des panthères", l'animal totémique du clan, symbole de la force, du courage, et du pouvoir. Cet ouvrage nous plonge dans un univers complexe où la personne humaine est essentiellement une partie de la nature, et la nature une création divine. Dans l'imaginaire Kongo, la personne humaine ne meurt jamais. Elle quitte la vie terrestre pour renaître dans le monde des ancêtres. Ce livre est un véritable voyage dans l'inconnu.
Publié le : lundi 15 février 2016
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EAN13 : 9782140001796
Nombre de pages : 230
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Gaston M’BEMBANDOUMBA
Naître, vivre et mourir en pays Kongo
Regards anthropologiques
Naître, vivre et mourir en pays Kongo
Gaston M’BEMBA-NDOUMBA
Naître, vivre et mourir en pays Kongo
Regards anthropologiques
Du même auteur -Ces Noirs qui se blanchissent la peau : la pratique du « maquillage » chez les Congolais, L’Harmattan, Paris, 2004. -: ordre ou désordre socialLes Bakongo et la pratique de la sorcellerie , L’Harmattan, Paris, 2006. -La femme, la ville et l’argent dans la musique congolaise: regard sociologique sur l’imaginaire urbain, L’Harmattan, Paris, 2007. -Un coup de théâtre : histoire du théâtre congolais,L’Harmattan, Paris, 2008. -La folie dans la pensée Kongo,L’Harmattan, Paris, 2010. -Ma première colo,Ed. Bénévent, Nice, 2010. -Transports Urbains Publics et Privés au Congo : Enjeux et pratiques sociales, L'Harmattan, Paris, 2010. -La Gare d'Austerlitz dans les yeux d'un Africain,Ed. Bénévent, Nice, 2011. -L'Ecole d'expression française en Afrique: Histoire inachevée de domination et d'émancipation sociale, L'Harmattan, Paris, 2012. -Mes Toutes Premières Règles,Ed. Bénévent, Nice, 2012. -L’Ecureuil de Montréal,Ed. Bénévent, Nice, 2012.-Sociologie de la chanson congolaise : cours expérimental sur la Rumba congolaise,L’Harmattan, Paris, 2013. -Nous sommes des enfants de France,L’Harmattan Congo, Paris, 2014. © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06693-6 EAN : 9782343066936
A Gloria et Claire
AVANT-PROPOS
Au cours des cinq siècles écoulés, le peuple Kongo a suscité une multitude de témoignages, de qualité inégale, européens pour la plupart d’entre eux. Cette documentation, d’origine très diverse (récits de voyageurs, de missionnaires, de marchands, d’administrateurs), fait de ce groupe l’un des plus étudiés et des mieux connus du continent africain. Il s’agit d’en présenter ici les principaux traits culturels fondamentaux, ceux qui déterminent une personnalité originale, cohérente et complexe à la fois. Le nom même du groupe reste une énigme, sujette à de nombreuses interprétations. Dans les traditions vivaces en pays Kongo, bien souvent invérifiables dans l’immédiat, ce nom évoque néanmoins un territoire. D’après l’une d’elles, Kongo viendrait de «kû ngo» : « un pays des panthères », l’animal totémique de nombreux clans, symbole de la force, du courage et du pouvoir. Dans le proverbe suivant : «Lunguénia wa yélé kongo, fuki kwa ka sidi (Le caméléon arrive au marché à force de patience) », le terme Kongo désigne un lieu-dit où se tient un marché. Or, ce dernier représentait souvent l’espace économique par excellence dans les sociétés anciennes. L’aire actuelle des langues Kongo s’étire le long du cours inférieur du fleuve Congo, entre le Pool Malébo (Stanley Pool) et l’océan Atlantique, comprenant du Nord au Sud, la pointe de la foret de Mayombe, au Gabon, et l’extrême Nord Angolais. Un désaccord scientifique subsiste quant aux parlers à y intégrer. Ainsi, des inventaires exhaustifs ont donné une fourchette allant de vingt-huit à cinquante dialectes régionaux, sans toujours avancer les critères de différentiation. On peut raisonnablement retenir une quinzaine de parlers importants, selon l’espace occupé et le nombre de locuteurs kikongophones, comme quantité acceptable. Outre cette langue commune, la cohésion de l’ensemble repose aussi sur un système social, lignager et clanique, semblable à celui des autres Bantou. Il se fonde chez les Kongo sur la femme et confère à celle-ci un statut sacré car non seulement elle transmet la vie, mais elle légitime l’appartenance lignagère, familiale, permet la formation de la généalogie et garantit l’exercice de tout pouvoir. Un célèbre proverbe, peu apprécié des hommes, explique ainsi cette filiation matrilinéaire :
« Zébi tâta dia mwana, ni mâma kwa (seule la mère connaît le père de son enfant) ». Des explications équivalentes existent également dans la littérature orale sur les origines des différents peuples kongos. Néanmoins, elles n’en déterminent pas seules leurs personnalités. En effet, cette dernière est aussi constituée d’emprunts historiques multiples aux peuples Africains voisins comme aux Européens, créant une mosaïque de cultures régionales qui s’imbriquent à leur tour dans le grand ensemble continental Bantou.
D’où viennent les Kongo ? Les récits d’origine des différents peuples de la langue Kongo représentent autant, voire plus, que l’idiome « Kinkongo » (le nom de la langue des Kongo) lui-même – outil incontournable d’identification – un socle sur lequel ils se rejoignent. En effet, une quinzaine de sous-groupes se prétendent descendants du «Kongo dia Ntotéla», (le pays du roi), à commencer parles Solongo, Woyo,Yombé etVili,tous plutôt côtiers, suivant un axe Sud-Nord. Vers le Pool Malébo, on rencontre les communautés Ndibu, Manianga, et Kongo du Bas-Congo. Ensuite, aux confins septentrionaux du territoire, on trouve les Ntandu de la République Démocratique du Congo, les Lâri et les Sundi. Il faut y ajouter les populations Hângala, Bêmbé, Kamba, Dôndo et Kuni du Congo-Brazzaville. Appélé aussi parfois « Nsi ya Kongo », (pays de Kongo), l’ancien royaume de Kongo serait le berceau réel ou supposé de tous. Ce prestigieux état provient-il vraiment d’un foyer unique dont le modèle aurait ensuite essaimé un peu plus loin, surtout après les XVII ème et XVIII ème siècles ? Les thèses classiques et la tradition orale l’ont suggéré pendant longtemps. Pourtant, les travaux sur les ethnies – perçues maintenant comme processus sociaux, historiques, voire idéologiques et non pas en tant qu’entités figées – les font dorénavant apparaître sous un jour complexe, au cœur d’un jeu subtil et inexplicable, en perpétuelle évolution, qui mêle la conscience de soi et la perception par l’autre. Les traditions de cette société proposent même une riche et remarquable allégorie sur les origines des Kongo, élaborée à partir de « Nkodia » (L’escargot). En effet, par les spirales de sa coquille, ce mollusque anodin et insignifiant incarne physiquement la conception Kongo de l’origine du monde. Il en suggère aussi les différents
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éléments constitutifs et comporte plusieurs notions importantes : d’abord l’idée de l’unité de l’ensemble à partir des cercles de taille variable, ensuite celle de sa diversité, enfin la reconnaissance du décalage spatial entre un centre et une périphérie. Tout cela peut se lire géographiquement dans l’espace territorial occupé par le groupe. En outre, le symbole de l’escargot traduit des éventuelles pérégrinations des sous – groupes Kongo, dont les membres se déplacent en permanence pour plusieurs raisons, tout en restant néanmoins enracinés dans un territoire et une identité. Le système de pouvoir politique, du moins sa conception théorique, s’y trouve aussi, puisque les spirales illustrent la succession tournante. Quant au mode de reproduction de l’escargot, il évoquerait le premier être humain « Mahunga », créature bisexuée comme lui. Dans ce travail il sera question de l’ethnie kongo, l’un des peuples qui ont le plus influencé l’histoire, les civilisations et la vie e économique du Bassin du Congo depuis la fin du XV siècle. Les Kongo peuplent aujourd’hui le nord de l’Angola, le Bas-Zaïre (RDC) et le sud de la République du Congo. Mes recherches ne concernant pas ce territoire aussi vaste, pour des raisons pratiques et d’objectivité j’ai travaillé sur les Kongos de la République du Congo, précisément ceux de la région du Pool qu’on appelleles Bakongo. Pour éviter toute confusion terminologique je précise que le terme Bakongo est utilisé pour désigner plusieurs Kongo. Le préfixe Ba marque le pluriel ; associé au terme Kongo, l’ensemble donne Bakongos ; c’est-à-dire : plusieurs Kongos. Et le singulier de celui-ci Mukongo Mu = un et Mukongo c’est une personne Kongo).
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