Napoléon. Empereur de l'île d'Elbe

De
Publié par

Paris occupé, le 2 avril 1814. Alexandre Ier, tsar de Russie, reçoit le général de Caulaincourt. Les deux hommes s’entretiennent de l’abdication de Napoléon Ier et du lieu qui accueillera son exil. Quelques jours plus tôt, lâché par ses maréchaux, l’Empereur a été vaincu et la Grande Armée balayée par les armées des Coalisés. Le 3 mai 1814, il débarque à l’île d’Elbe. Durant trois cents jours, il règnera en maître absolu sur cette île d’à peine 224 km², située entre la Corse et la Toscane, qu’il s’emploiera à moderniser. Perpétuellement en mouvement, il s’active sans relâche, visitant chaque recoin de l’île, lançant de nombreux projets, veillant au moindre détail. Loin des grandes batailles qui ont forgé sa réputation, c’est aussi un homme qui tente, malgré les dimensions dérisoires de son «royaume d’opérette», de reconstituer le cadre impérial, avec son organisation, son étiquette, sa cour et son armée. Mais surtout, c’est depuis Elbe qu’inlassablement il prépare son évasion et son retour en France.
À partir des mémoires, de la correspondance officielle et de multiples témoignages de compagnons d’exil, Marie-Hélène Baylac fait revivre avec brio le séjour de Napoléon à l’île d’Elbe, de son arrivée sous bonne escorte à son départ secret dans la nuit du 26 au 27 février 1815. Entre intrigues et manœuvres, s’agitent les partisans et fidèles de Napoléon, mus par un désir fervent de voir l’Empereur régner à nouveau sur l’Europe.
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791021001893
Nombre de pages : 336
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
VU MÊME AUTEUR
Le Sang des Bourbons, Paris, Larousse, coll. « L’histoire comme un roman », 2009. Les Objets racontent l’Histoire, Paris, Larousse, coll. « La mémoire de l’humanité », 2000 (en collaboration avec J. Garrigues).
MARIE-HÉLÈNEBAYLAC
NAPOLÉON EMPEREUR DE L’ÎLE D’ELBE avril 1814-février 1815
TALLANDIER
Éditions Tallandier – 2, rue Rotrou 75006 Paris www.tallandier.com
© Éditions Tallandier, 2013 pour la présente édition numérique
www.centrenationaldulivre.fr
Réalisation numérique :www.igs-cp.fr
EAN : 979-1-02100-189-3 epub2.ade-ibooks.fr_extract_v0.1
LES PRINCIPAUX PERSONNAGES
er ALEXANDRE I : tsar de Russie depuis 1801, allié à la Prusse, à l’Autriche et à l’Angleterre dans la sixième coalition formée contre la France en 1813, c’est lui qui dirige les pourparlers pour l’abdication de Napoléon en avril 1814. Il joue un rôle majeur dans le choix de l’île d’Elbe. ALI : de son vrai nom Louis Étienne Saint-Denis, d’abord petit clerc de notaire, il est entré en 1806 aux équipages de la Maison de l’Empereur. En 1811, il est passé au service intérieur de Napoléon. Coincé à Mayence à la fin de la campagne de France, il a décidé de rejoindre Napoléon à l’île d’Elbe. Âgé alors de vingt-six ans, il y remplit la fonction de premier chasseur. BERTRAND, Henri-Gatien, comte et général : aux côtés de Napoléon Bonaparte dans toutes les grandes batailles depuis 1797, il est devenu grand maréchal du palais en 1813 à l’âge de quarante ans. Il suit sans hésitation l’Empereur dans son exil, entraînant son épouse Fanny et leurs enfants. À l’île d’Elbe, il dirige la Maison impériale. BRUSLART, Louis-Guérin : fervent royaliste, ancien chouan, il est nommé gouverneur militaire de la Corse par le gouvernement de Louis XVIII. Aucun texte ne prouve qu’il ait été missionné pour faire enlever, voire assassiner l’Empereur, mais un faisceau de présomptions vont dans ce sens. CAMBRONNE, Pierre-Jacques-Étienne, vicomte : sa bravoure et sa hardiesse en font une figure de légende avant même qu’il ne prononce (ou pas !) la fameuse phrase à Waterloo : « La Garde meurt et ne se rend pas ! Et merde ! » Bien que mal remis d’une blessure, Cambronne décide de suivre Napoléon dès qu’il apprend son abdication. Le 13 avril 1814, l’Empereur le nomme major du bataillon de la Vieille Garde désigné pour le suivre à l’île d’Elbe. Il y débarque le 26 mai et reçoit le commandement de Portoferraio. CAMPBELL, Neil, commissaire anglais chargé d’accompagner l’Empereur déchu jusqu’à l’île d’Elbe, il y demeure, sans titre officiel, tout à la fois représentant des Alliés et espion. Il apparaît comme le jouet de Napoléon, qui profitera de l’une de ses absences pour quitter l’île d’Elbe sans difficulté. DROUOT, Antoine, comte et général : remarqué dès la période révolutionnaire pour ses dons d’artilleur, il prend part à toutes les grandes batailles de l’Empire et devient aide de camp de Napoléon en 1813 à l’âge de trente-neuf ans. Quand l’Empereur abdique, il décide de le suivre, pensant ne demeurer à l’île d’Elbe que jusqu’à l’arrivée de la Vieille Garde. Il restera gouverneur de l’île jusqu’au retour en France. LOUIS XVIII : frère de Louis XVI, émigré en juin 1791, il a pris le titre de roi de France après la mort du dauphin au Temple en 1795. Les défaites de Napoléon réveillent l’idée – qui semblait devenue chimériqued’une Restauration. L’appui de l’Angleterre et les intrigues de Talleyrand lui permettent d’être proclamé « roi des Français » par le Sénat le 6 avril 1814. MADAME MÈRE, Letizia Bonaparte : née à Ajaccio en 1749 (ou 1750), la mère de l’Empereur a élevé avec énergie ses huit enfants, menant une vie difficile, surtout après la mort de son époux Charles-Marie Buonaparte en 1786. L’ascension fulgurante de Napoléon et les richesses dont il l’a comblée n’ont pas entamé son sens de l’économie et sa rigueur. Elle débarque à Portoferraio le 2 août 1814 et entoure son fils d’une affection qu’il lui rend sans partage. MARCHAND, Louis Joseph Narcisse : entré dans la Maison impériale en 1811, à l’âge de vingt ans, comme « garçon d’appartement » il est devenu premier valet de chambre de l’Empereur. Il rejoint l’île
er d’Elbe le 1 juin 1814. Sa proximité avec l’Empereur en fait un témoin de premier ordre. MARIE-LOUISE, l’impératrice : mariée à Napoléon le 11 mars 1810, à l’âge de dix-neuf ans, la fille de l’empereur d’Autriche, élevée dans la haine de la France, a rempli pendant quatre ans avec dignité son rôle d’impératrice des Français et a donné à son époux le fils qu’il espérait. Mais, de caractère faible, elle s’en remet à son père au moment de l’abdication de Napoléon, qui attendra en vain qu’elle le rejoigne à l’île d’Elbe. MARIOTTI : nommé consul de Livourne par le gouvernement de Louis XVIII avec mission de surveiller Napoléon et l’île d’Elbe, Mariotti met en place un réseau d’espionnage serré, dont l’homme clé est « le marchand d’huiles ». Trompé par la rumeur et manquant de moyens, il ne réussit pas à empêcher le départ de Napoléon le 26 février 1815. MURAT : devenu dès 1796 premier aide de camp de Bonaparte, qui le marie à sa sœur Caroline en 1800, puis le fait roi de Naples en 1808, Joachim Murat a trahi l’Empereur après la défaite de Leipzig, négociant avec l’Autriche un traité par lequel, en 1814, il a mis son armée à la disposition de la coalition antifrançaise en échange de son maintien sur son trône. L’installation de Napoléon à l’île d’Elbe ouvre la voie à leur réconciliation. NAPOLÉON : au terme d’une carrière fulgurante (Premier Consul en 1799, empereur des Français en 1804), l’homme qui a étendu sa domination sur la plus grande partie de l’Europe doit reculer à partir de 1813 sous l’avancée des armées prussienne, russe et autrichienne coalisées contre lui. Le 6 avril 1814, à l’âge de quarante-cinq ans, il est contraint d’abdiquer sans condition. Le traité de Fontainebleau lui assigne pour résidence l’île d’Elbe. PAULINE BONAPARTE : la sœur préférée de Napoléon, de onze ans sa cadette, mariée en secondes noces au prince Camille Borghèse, est réputée pour sa beauté, mais aussi sa frivolité. Elle est pourtant la seule de la fratrie à rejoindre l’Empereur dans son exil. Grâce à elle, la petite cour impériale connaît un certain éclat. PEYRUSSE, Guillaume-Joseph-Roux : entré au service de l’Empereur en 1805 comme employé du Trésor de la Couronne, il a suivi Napoléon dans ses campagnes comme payeur, un poste pivot aux armées. C’est un Méridional, gros travailleur, consciencieux et habile, dévoué à son maître au point de le suivre dans son exil comme trésorier général. PONS DE L’HÉRAULT, André : administrateur des mines de fer de Rio – la principale richesse de l’île d’Elbe – depuis 1809, fervent républicain, il accueille Napoléon avec une certaine réticence, puis devient l’un de ses plus fervents admirateurs. ROI DE ROME : né le 20 mars 1811, le fils de Napoléon et de Marie-Louise est emmené par sa mère à Vienne après l’abdication de l’Empereur, qui a tenté, en vain, de renoncer à son trône en sa faveur. Durant son séjour à l’île d’Elbe, Napoléon ressent son absence comme une blessure. TALLEYRAND, Charles-Maurice : ancien évêque rallié à la Révolution, ancien ministre des Affaires étrangères de Napoléon. En avril 1814, le prince de Bénévent met une fois de plus en pratique sa devise « Ne point élever d’obstacle entre l’occasion et moi, me réserver pour elle » : il convainc les Alliés d’installer Louis XVIII sur le trône de France. Durant les mois qui suivent, il intrigue pour que Napoléon soit déporté dans un lieu plus éloigné du continent que l’île d’Elbe. WALEWSKA, Marie : appartenant à une grande famille de l’aristocratie polonaise, Marie est devenue la maîtresse de Napoléon en 1807, à l’âge de vingt et un ans. De leur amour est né en 1810 un fils, Alexandre
Florian Joseph Colonna Walewski . Après l’abdication de l’Empereur, elle se précipite à Fontainebleau, n’est pas reçue, mais fait le voyage à l’île d’Elbe, notamment pour garantir l’avenir de son enfant.
Chapitre premier
L’INÉVITABLE EXIL
Paris, le 2 avril 1814. Dans l’après-midi, le général de Caulaincourt, duc de Vicence, ministre des Relations extérieures de Napoléon, arrive rue Saint-Florentin. Il franchit le porche de l’hôtel Talleyrand et monte au premier étage, où trois jours plus tôt, quand les troupes de la coalition contre la France sont er entrées dans la capitale, Alexandre I , tsar de Russie, s’est installé. « L’abord de l’empereur Alexandre me glaça, m’atterra. Il me déclara qu’aucune puissance ne voulait traiter avec l’empereur Napoléon, l’abdication de l’Empereur pouvait seule mettre un terme à la guerre et aux malheurs qui pesaient sur la France. » Pourtant, le tsar ajoute qu’il fera « tout ce qui dépendait de lui pour que l’Empereur eût un 1 établissement convenable ; il en prenait avec moi l’engagement le plus formel ». Caulaincourt pousse son interlocuteur à préciser sa pensée : qu’est-ce qu’un « établissement convenable » ? La conversation continue jusqu’à « amener l’Empereur [de Russie] à prononcer le nom de 2 l’île d’Elbe ». Dans la tourmente des jours suivants, l’idée va s’imposer ; c’est cette île de la Méditerranée, à peine deux fois plus grande que l’actuel Paris intra-muros, que l’homme qui a régné sur la moitié de l’Europe va recevoir en contrepartie de son abdication. Le nom de l’île d’Elbe aurait surgi dans l’entretien entre Caulaincourt et Alexandre au terme de ce que l’on pourrait qualifier de réflexion par élimination. « L’empereur Alexandre offrit pour l’empereur Napoléon tout ce qu’on voudrait comme revenus et indemnités pécuniaires mais, comme séjour, ni la France ou l’Italie, ni le continent. On paraissait désirer qu’il passât les mers ou qu’il s’établit en Autriche ou en Russie s’il voulait y habiter. Partout ailleurs sur le continent, la présence de l’empereur Napoléon paraissait 3 dangereuse, surtout près de la France ou de l’Italie . » De son côté, Caulaincourt repousse « toute idée d’habitation aux colonies à cause du climat et présente l’Italie comme la seule proposition à faire ». Le tsar refuse « vivement » cette possibilité : ce serait donner à Napoléon « une existence et une situation qui le 4 mettraient à portée de tout ressaisir et qui créeraient par ce voisinage de nouveaux embarras à l’Europe ». La discussion prend alors la tournure d’un « bavardage » jusqu’à « amener l’Empereur à prononcer le nom de l’île d’Elbe ». Le ministre de Napoléon propose à son tour « la Corse, la Sardaigne, Corfou si on n’admettait point son séjour sur le continent ; mais ces établissements paraissaient un État au lieu d’un asile. Il me fut facile de voir qu’on ne voulait accorder qu’une indépendance de nom et aucune puissance réelle. Ne pouvant ni ne voulant faire acte d’acceptation ou de refus, je discutai peu la nature des offres, je cherchai principalement à les multiplier afin de savoir jusqu’où pourrait s’étendre l’indépendance de mon 5 malheureux maître ». Habileté de Caulaincourt ? Peut-être, mais surtout légèreté du tsar (Elbe n’est qu’à une quinzaine de kilomètres des côtes italiennes), une légèreté peut-être due au souci de ne pas désespérer son interlocuteur. Car si en ce 2 avril 1814 Napoléon est défait, il n’est pas encore totalement hors de combat.
Ménager Napoléon
Le 31 mars, à deux heures du matin, les forces du maréchal Marmont, qui défendait les abords de Paris, 6 ont capitulé. « Quelle lâcheté ! » se serait écrié l’Empereur en l’apprenant. C’était faire peu de cas de l’infériorité numérique des Français et de l’absence d’ouvrages militaires pour défendre la capitale alors que les colonnes prussiennes, wurtembergeoises et, pis, les redoutés Cosaques convergeaient vers la capitale. La situation paraissait si désespérée que se conformant à une lettre de son frère lui enjoignant de ne « permettre que, dans aucun cas, l’Impératrice et le roi de Rome tombent entre les mains de l’ennemi », Joseph Bonaparte avait convaincu le gouvernement de faire partir Marie-Louise et son fils pour Rambouillet. Il avait réussi sans grande difficulté à vaincre les réticences de la jeune femme, inquiète de quitter le cocon des Tuileries mais qui, craignant de subir le sort de sa lointaine grand-tante devenue reine
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.