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Négocier la place de l'islam chinois

De
258 pages
A travers l'exemple de l'islam, cet ouvrage nous plonge dans les interactions concrètes entre l'Etat et le religieux en Chine. Cette étude montre que le lien entre Etat et communauté religieuse n'est pas un simple rapport de contrôle et de répression. Ainsi, en analysant les liens personnels des dirigeants associatifs et cadres de l'Etat-parti, il montre comment les associations islamiques peuvent développer leur autonomie vis-à-vis des autorités et augmenter leur poids économique par des activités culturelles, touristiques et commerciales.
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Jérôme DOYON
NÉGOCIER LA PLACE DE L’ISLAM CHINOIS
Les associations islamiques de Nankin à l’ère des réformes
Négocier la place de l’islam chinois
Collection « Inter-National » dirigée par Denis Rolland, Joëlle Chassin et Françoise Dekowski Cette collection a pour vocation de présenter les études les plus récentes sur les institutions, les politiques publiques et les forces politiques et culturelles à l’œuvre aujourd’hui. Au croisement des disciplines juridiques, des sciences politiques, des relations internationales, de l’histoire et de l’anthropologie, elle se propose, dans une perspective pluridisciplinaire, d’éclairer les enjeux de la scène mondiale et européenne. Série Premières Synthèses – jeunes chercheurs (dernières parutions) : Marine BOURGEOIS,Gérer au quotidien l’attribution des logements sociaux. Enquête ethnographique dans un organisme HLM, 2013. Concours Sciences-Po 2011-2012. Camille BOULLENOIS,La révolution culturelle chinoise sous le regard des Français (1966-1971),2013. Concours Sciences-Po 2011-2012. Victoire DEWAEGENEIRE,La photographie humanitaire en question. Entre éthique du photographe et loi du tapage médiatique, 2013. Concours Sciences-Po 2011-2012. Stéphanie TRILLE,La coopération territoriale en Europe. L’exemple de la frontière franco-espagnole, 2013. Concours Sciences-Po 2011-2012. R. FATHI, Représentations muséales du corps combattant de 1914-18. L'Australian War Memorialde Canberra etl'Historial de la Grande Guerre de Péronne, 2013. Concours Sciences-Po 2011-2012.Flore LEMOINE-GOUÉDARD,: droits deLe Mexique et l’Europe l’homme et coopération, 2013.Clara BAMBERGER,Femmes et médias: une image partiale et partielle, 2012. Concours Sciences-Po 2011-2012. Fanny PARENT,Le feng-shui en France. Aménagement de l’espace, aménagement de soi, 2012. Concours Sciences-Po 2011-2012. Louis-Marie BUREAU,La pensée de Fethullah Gülen. Aux sources de l’islamisme modéré, 2012.Damien LARROUQUÉ,Le plan Ceibal en Uruguay. Un exemple de bonne gouvernance ?, 2012. Concours Sciences-Po 2011-2012.
Jérôme DOYON Négocier la place de l’islam chinois Les associations islamiques de Nankin à l’ère des réformes Préface deFrançoise Mengin
© L’HARMATTAN, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-29929-7 EAN : 9782336299297
SOMMAIRE
Préface .......................................................................7
Notes Préliminaires.................................................11
Introduction............................................................. 12
L’association islamique de Nankin :une agence étatique de gestion des mosquées ? ........................49
Impliquer l’administration plutôt que la communauté musulmane...................................... 103
Plateforme de l’adaptation mutuelle de l’islam et du socialisme ..........................................................151
Au-delà du culte, le « travail sur les minorités nationales »............................................................. 181Conclusion ............................................................. 217Lexique des termes chinois ..................................225Glossaire des sigles................................................227Références bibliographiques................................229Table des matières ................................................246
PREFACE Premier critère d’évaluation de toute recherche, la production de connaissances propres justifierait, à elle seule, que des mémoires de master de qualité soient publiés pour mettre ces travaux universitaires à la disposition du public. Celui soutenu par Jérôme Doyon en juin 2011 à l’Institut 1 d’Études Politiques de Parisne se limite pas à livrer des données empiriques inédites et il est exceptionnel qu’un étudiant puisse produire, dans le délai d’une année, un travail aussi abouti: une recherche fouillée et rigoureuse, exemplaire d’un point de vue méthodologique, portant sur un objet heuristique pour mieux comprendre la Chine des réformes. Si l’islam est l’une des cinq religions autorisées en Chine, aux côtés du bouddhisme, du taoïsme, du protestantisme et du catholicisme, Jérôme Doyon n’a pas centré son questionnement sur la liberté de croyance. Délaissant toute approche normative et téléologique, il a privilégié les institutions encadrant les communautés de croyants, en l’occurrence les associations islamiques. De fait, seul un État de droit serait à même de garantir la liberté religieuse même si celle-ci a été inscrite dans la Constitution de 1982. Certes, les associations chargées de gérer chaque religion opèrent sous l’étroite tutelle des Départements des Affaires religieuses et du Front uni, soit l’État et le Parti communiste. Mais en se faisant les relais des attentes des communautés, elles contribuent à asseoir leur légitimité auprès des croyants. Dans ce rôle d’interface, la tension entre le contrôle idéologique et l’impératif de stabilité sociale ne saurait se réduire au binôme manichéen oppression/liberté. L’organisation pyramidale du réseau associatif, la présence au sein des associations d’anciens bureaucrates locaux ou encore la marge de manœuvre laissée par les textes régissant l’activité religieuse renvoient à l’interpénétration entre l’Église et l’État, complexifiant par là 1 Programme doctoral Science politique, spécialité Politique comparée – Asie.
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même les relations de pouvoir qui se nouent autour du champ religieux. C’est à restituer cette complexité que s’est attelé Jérôme Doyon en centrant son analyse sur une étude de cas, celui des associations islamiques de Nankin. Le choix de cette localité était judicieux à plus d’un titre. Les musulmans de Nankin appartiennent à l’une des dix nationalités (minzu) pratiquant l’islam, tout en étant de langue chinoise :lesHui. Ils sont donc les seuls pour lesquels la variable de l’identité culturelle, qui dans le cas des Ouïgours du Xinjiang va jusqu’à engendrer des revendications séparatistes, ne joue pas dans leurs rapports avec les autorités. En outre, les Huide Nankin, bien que très minoritaires dans la population de la métropole, sont les héritiers d’une intelligentsia musulmane qui s’était formée sous les Qing et c’est dans cette ville qu’ont été créées, sous l’ère républicaine, les premières associations islamiques dont le régime communiste devait s’inspirer en 1953, avant de rapidement réprimer toute pratique religieuse jusqu’au lancement des réformes en 1978. Très attentif à l’historicité des reconfigurations politiques et sociales, Jérôme Doyon peut donc restituer, dans ce cas précis, le poids des legs, qu’ils soientimpérial, républicain ou communiste, comme les processus d’emprunt ou de réappropriation à l’œuvre dans la gestion du culte et le développement de la pensée islamique. Enfin, par son statut, le choix de Nankin est également pertinent. La cité se démarque de Pékin où l’orthodoxie idéologique est plus prégnante, mais en tant que capitale du Jiangsu elle abrite deux échelons administratifs – la province et la municipalité– et, partant, deux niveaux d’associations islamiques, ce qui permet d’attester ou non de la pesanteur des relations hiérarchiques et d’établir de fructueuses comparaisons en termes de ressources, de réseaux ou de loyautés. L’enquête de terrain menée par Jérôme Doyon est la plus fouillée qu’il eût été possible de conduire dans le délai imparti. Outre un corpus conséquent d’entretiens menés au sein de la communauté et des associations, comme avec des dignitaires religieux, des employés des mosquées, des cadres locaux et des universitaires, la démonstration s’appuie sur des sources écrites allant de textes législatifs et réglementaires aux travaux produits par les associations islamiques. Et l’analyse est enrichie par
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l’attention minutieuse prêtée aux lieux de culte, à leurs usages religieux et non religieux –les activités d’ordre éducatif ou touristique, par exemple–, ou aux commerces implantés aux abords immédiats des mosquées. Au-delà de toutes ces données factuelles, la portée de cette recherche résulte de son ancrage serré dans les sciences sociales et de la diversité des outils conceptuels mobilisés. Grâce à de puissantes qualités de synthèse, Jérôme Doyon relie ses questionnements, ses hypothèses et ses analyses non seulement à la littérature spécialisée sur la Chine, mais aussi à la sociologie des religions et, plus généralement, à la sociologie politique, n’hésitant pas à emprunter des concepts forgés sur d’autres objets et terrains. De même, d’utiles parallèles sont tracés avec le Conseil français du Culte musulman ou l’Église orthodoxe russe. Fort de tous ces appuis –l’empirie, la théorie, le comparatisme –,Jérôme Doyon tire de son étude de cas des conclusions fermes, mais nuancées. À partir des positions de pouvoir occupées par les différents acteurs, des négociations entre l’Association islamique de Nankin et l’administration locale pour élargir l’espace du culte, des stratégies de chevauchement entre sphères administrative et religieuse, des logiques de compromis, voire d’autocensure, des dispositifs inventés par les associations pour pallier le déficit de politique publique à l’égard des migrants, cette recherche rend compte des multiples processus qui concourent au quotidien, et dans toute leur contingence, à la formation d’un État. Françoise Mengin, Directrice de recherche, Sciences Po, Centre d’Études et de Recherches Internationales
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