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Normes et discrimination(s)

De
197 pages
Cet ouvrage questionne les rapports complexes entre la production des normes et les dynamiques discriminatoires. Ce premier volume consacré à la discrimination envisagée d'un point de vue sociolinguistique affirme la nécessité sociale et politique de penser le phénomène sous son angle le plus critique : pourquoi, de toutes les discriminations envisagées par le légiste, la discrimination liée aux langues (la plus récurrente et efficiente qui soit) est-elle la seule à échapper à la loi ?
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N°4 2013
Cahiers Internationaux de Sociolinguistique
Normes et discrimination(s) Frontières, espaces et langues
Sous la direction de Thierry Bulot
CAHIERSINTERNATIONAUX DESOCIOLINGUISTIQUEDirigés par Philippe BLANCHET et Thierry BULOT Comité de rédaction (par ordre alphabétique) Armstrong Nigel (Université de Leeds, Royaume-Uni), Bertucci Marie-Madeleine (Université Cergy-Pontoise, France), Blondeau Hélène (Université de Floride, Gainsville, USA), Boudreau Annette (Université de Moncton, Canada), Calvet Louis-Jean (Université de Provence, Aix, France), Erfurt Jurgen (Université de Frankfort sur le Main / Allemagne), Feussi Valentin (Université François Rabelais, Tours, France), Francard Michel (Université Catholique de Louvain, Belgique), Gadet Françoise (Université Paris X, France), Hambye Philippe (Université Catholique de Louvain, Belgique), Heller Monica (Université de Toronto, Canada), Huck Dominique (Université de Strasbourg, France), Jones Mari C. (Université de Cambridge, Royaume-Uni), Diao-Klaeger Sabine (Université de Bayreuth, Allemagne), Ledegen Gudrun (Université Rennes2-UEB, France), Lounici Assia (Université d’Alger, Algérie), Marcellesi Jean-Baptiste (Université de Rouen, France), Messaoudi Leila (Université de Kénitra, Maroc), Moussirou-Mouyama Auguste (Université de Libreville, Gabon), Pöll Bernhart (Université de Salzburg, Autriche), Rispail Marielle (Université Jean Monnet, St Etienne, France), Robillard Didier de (Université François Rabelais, Tours, France), Singy Pascal (Université de Lausanne, Suisse), Telmon Tullio (Université de Turin, Italie), Tirvassen Rada (Université de Maurice), Tsofack Jean-Benoît (Université de Dschang, Cameroun), Vicente Angeles (Université de Saragosse, Espagne). Ligne éditoriale Les CAHIERSINTERNATIONAUX DESOCIOLINGUISTIQUEont pour vocation première de rendre compte des recherches et réflexions en cours sur la pluralité linguistique, notamment – mais pas exclusivement – dans l’espace francophone (en y incluant le territoire français) et d’assurer, par la confrontation des modèles théoriques et des méthodes diverses dans le champ, la rencontre des différents courants constitutifs de la sociolinguistique contemporaine. Sans que cela soit exclusif, les travaux publiés doivent permettre de faire valoir la pertinence des approches qualitatives en sociolinguistique et de structurer la discipline en proposant systématiquement de questionner les théorisation(s), méthodologie(s) et cadre épistémologique de la recherche présentée et leur pertinence pour la connaissance des situations et phénomènes observé(e)s. La langue de diffusion privilégiée des CAHIERSINTERNATIONAUX DE SOCIOLINGUISTIQUEest le français (orthographe recommandée ou non), mais des textes dans les autres langues de diffusion scientifique sont effectivement attendus (sous réserve des compétences linguistiques des membres du comité de rédaction). Les CAHIERSINTERNATIONAUX DESOCIOLINGUISTIQUEdes numéros publient thématiques une à deux fois par an sous la responsabilité scientifique d’un-e ou plusieurs chercheur-es qui en assurent également le travail de coordination.
Les CAHIERSINTERNATIONAUX DESOCIOLINGUISTIQUEacceptent des articles isolés relevant de la discipline qui paraissent dans la rubrique «Varia »ainsi que des comptes-rendus d’ouvrages et/ou de livraison de revue. Ces textes sont soumis au Comité de rédaction pour proposition de publication. Les CAHIERSINTERNATIONAUX DESOCIOLINGUISTIQUErenvoient pas les ne documents envoyés de manière isolée en cas de non-publication. Précédents volumes BULOT Thierry (Dir.), 2011,Normes et identité(s) en rupture. Migrance, plurilinguisme et dégrégation dans l’espace urbain,Cahiers Internationaux de Sociolinguistique 1,L’Harmattan, Paris, 190 pages. BLANCHET Philippe, KEBBAS Malika, KARA Attika Yasmine (Dirs.), 2012, Pluralité linguistique et démarche de recherche. Vers une sociolinguistique complexifiée,Cahiers Internationaux de Sociolinguistique 2,L’Harmattan, Paris, 122 pages. LEDEGEN Gudrun (Dir.), 2013,Nommer la ségrégation en sociolinguistique urbaine. Les dimensions socio-spatiales du processus,Cahiers Internationaux de Sociolinguistique 3,L’Harmattan, Paris, 124 pages.
Sous la direction de THIERRYBULOT
NORMES ET DISCRIMINATION(S) FRONTIÈRES, ESPACES ET LANGUES
Cahiers Internationaux de Sociolinguistique 2013 Maquette de couverture : Pierre du Guiny Secrétaire de rédaction : Vanessa Delage
Mis en page sous la responsabilité des Cahiers Internationaux de Sociolinguistique © L'HARMATTAN, 2013 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02078-5 EAN : 9782343020785
DISCRIMINATION SOCIOLINGUISTIQUEET PLURALITÉ DES NORMES IDENTITAIRES
1 LINGUICISME DE RÉFÉRENCE ET LINGUICISME DACTION
1INTRODUCTION.ÉLÉMENTS DE CONTEXTUALISATIONETPRÉSENTATION1.1SégrégaTion, nOrmes et discRImination Le volume fait état des premiers travaux du séminaire STORI 2 (SégrégaTion, nOrmes et discRImination(s)) qui se sont tenus à Rennes entre 2011 et 2012. Le programme d’appui à ce séminaire pose les pratiques langagières dénominatives comme l’un des éléments central pour la compréhension de la migrance, des altérités complexes, d’une urbanisation plus ou moins subie (et donc en lien avec la mobilité voire la motilité) et inscrit les analyses sociolinguistiques comme devant être situées dans l’intervention (et entre autres dans la sociolinguistique prioritaire) ; il s’agit bien de percevoir en quoi les espaces urbains de référence se constituent en normes non seulement socio-spatiales mais encore en vecteurs/facteurs des normes langagières, et, partant, des processus discriminatoires, des 3 dynamiques comparées de frontiérisation . Le programme propose alors, par une approche interdisciplinaire, de confronter des situations urbaines (la ville étant construite comme une matrice discursive produisant les normes de référence) diversement organisées quant à la migrance, l’organisation socio-spatiale, la politique linguistique, les mono/plurilinguisme(s) où une part des pratiques discriminantes / ségrégeantes passent par des pratiques langagières de tous ordres dont les discours épilinguistiques et métalinguistiques.
1 Thierry Bulot, PREFics EA 4246 Université de Rennes 2, PRES Université Européenne de Bretagne, GIS Pluralités Linguistiques et Culturelles, thierry.bulot@univ-rennes2.fr 2 http://www.sociolinguistique-urbaine.com/spip.php?article132. 3  Ceciexpliquant le titre de cette livraison des Cahiers Internationaux de Sociolinguistique.
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Thierry BulotCahiers Internationaux de Sociolinguistique Le présent texte constitue ainsi un des éléments du cadrage théorique issu 4 du projet. Nous proposons ainsi de définir la discrimination sociolinguistique non seulement en regard avec la terminologie actuellement en cours et les recherches publiées (y compris dans les disciplines voisines attentives aux discours) mais encore en considérant les effets, dans ses acceptions et usages scientifiques possibles, de l’introduction du paradigme de recherche relatif à la spatialité. Pour cela, nous avons organisé notre propos en quatre temps: 1. une analyse des rapports entre stigmatisation sociale et spatialisation; 2. un point sur les liens entre discrimination et ségrégation en sociolinguistique(ces deux premiers points permettant de percevoir l’intérêt de penser le paradigme de la spatialité dans les approches sociolinguistiques présentes); 3. une réflexion centrée sur la pertinence à conceptualiser la discrimination en sociolinguistique; et, enfin, pour terminer, une définition de la discrimination sociolinguistique pensée en cohérence avec le « spatial turn », c’est-à-dire incluant la prise en compte de la pluralité des normes identitaires. 1.2Des situations complexes Éminemment politique et évidemment polémique, le terme discrimination interrogeen sociolinguistique la complexité des situations sociales (minorations de populations eu égard au genre, au sexe, à la religion, …),des situations sociolinguistiques (minorations multiples des langues, des plurilinguismes et, partant, de leurs locuteurs et locutrices,de la détestation auto- et hétéro-produite des langues et des personnes qui les 5 pratiquent ou sont censées le faire…), des situations urbaines(minoration des espaces, ségrégation active et assumée, compartimentation des espaces de référence et exclusion de l’espace public…) et culturelles (assignation à une altérité dépréciée, attributions de compétences négatives…).
4  D’unpoint de vue méthodologique, un questionnaire a été collaborativement élaboré pour notammentenvisager la frontiérisation via l’évaluation des patronymes perçus comme étrangers. Les patronymes (pour reprendre la terminologie légale) sont l’une des entrées possibles pour étudier la discrimination via les langues, discrimination – linguistique – absente des textes légaux français (article 225-1 en vigueur le 08 août 2012, par exemple). Ces enquêtes sont actuellement (deuxième trimestre 2013) en cours ou en dépouillement. (Rennes, Lausanne, Tarragone, Brno…). 5 Au sens immédiat de ‘ce qui concerne la ville telle que chaque communauté de locuteurs et locutrices se la représente’.
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Discrimination sociolinguistique et pluralité des normes identitaires… Toute active qu’elle soit, la réflexion sur les discriminations de toute espèce et leurs effets sociétaux, les considérations tant théoriques que 6 méthodologiques voire interventionnistes ou militantesne peuvent prétendre, dans le domaine francophone pour le moins, à la nouveauté du 7 questionnement .Il suffit, pour s’en convaincre, de se référer à la somme présentée par Richard Bourhis et Jacques-Philippe Leyens (1994) et à l’abondante bibliographie qu’elle fournit par ailleurs. Plus récemment, et dans un contexte évidemment spécifique – socio-didactique – mais transposable à d’autres situations sociolinguistiques de minoration, les travaux deRoxane de laSablonnière, Esther Usborne & Donald M. Taylor (2011) annoncent d’une certaine manière la publication en ligne d’une Grande Leçon de l’Université Ouverte des Humanités (Tisserand et Bourhis, 2013) particulièrement pertinente pour ce qu’elle donne à lire et à entendre non seulement sur le phénomène lui-même mais aussi sur ses épistémologie, conceptualisations, dynamiques et effets sociaux. 2STIGMATISATION SOCIALE,DISCRIMINATION ETSPATIALISATION2.1Stigmatisation sociale et sociolinguistique 8 Des travaux et des enquêtes d’envergurepubliés existent certes au Canada depuis le début des années 2000 (voir Bourhiset alii–2007- pour un compte-rendu de ce travail), en France également certaines publications font y font largement écho (Archibald et Galligani, 2009), en revanche la sociolinguistique générale française ne s’empare effectivement du sujet en tant que terrain et surtout du terme-concept que depuis récemment. En effet, elle s’intéresse davantage et initialement aux processus idéologico-discursifs menant considérer la hiérarchisation des langues et de leurs diverses
6  Pourévoquer un terrain peu investi par les chercheur-s que le champ intéresse, voir le site de l’association Défense et Promotion des Langues d’Oïl (DPLO) (http://www.languesdoil.org) qui produit un texte dénonçant, selon elle, «la double discrimination » des locuteurs et locutrices de langues d’oïl en France ! 7 Voir également la Déclaration de Fribourg (cf note 21) attribuée à la société dite civile. 8  Nousn’entrons pas dans des distinctions disciplinaires inutiles. Selon les systèmes académiques, telle ou telle recherche relève de la sociolinguistique, de l’anthropologie sociale, de la psychologie de la communication… dès lors que les langues et leurs usage(r-e)s sont impliqué-es / concerné-es, la dimension (de notre point de vue) sociolinguistique est prégnante.
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