//img.uscri.be/pth/8a694e5f61b9c9c30d479478ca9d1307ce37f880
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 37,50 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Nos désirs font désordre

De
546 pages
Do it yourself ! Tu en es capable, fais-le toi-même ! Tu peux faire de ce livre la production de ton propre désir ! L'essentiel est de faire, faire passer Deleuze et Guattari ailleurs, d'en faire des passeurs : Allez de l'autre côté, sortir du tout fait, du prêt à l'emploi, du prêt à penser, aller là où les modèles s'épuisent, là où toute position d'autorité se renverse en l'ouverture vers l'hétérogène, l'inimaginable...
Voir plus Voir moins

Nos désirs font désordre
Lire L ’ A n t i - Œ d i p e Stéphane Vedel
You can do it ! Principe qu’on ne doit pas comprendre au sens
d’une opération mimétique mais au sens d’une capacité de tracer un
parcours de vie inédit. Do it yourself ! Tu en es capable, fais-le toi-
même ! Tu peux faire de ce livre la production de ton propre désir !
Le livre qui est ici proposé à lire n’est pas un livre sur Deleuze et
Guattari. Il ne leur rend pas hommage, ne cherche pas à les célébrer, Nos désirs
à ériger un monument culturel à leur gloire. Il ne cherche pas non
plus à restituer pieusement la vérité ultime de L’Anti-Œdipe. Depuis
longtemps, il s’est débarrassé de la position vertueuse du disciple font désordreangoissé à l’idée de déformer la pensée du maître. Deleuze et Guattari ?
Peu importe ! L’essentiel n’est pas d’avoir compris, mais de faire,
de faire passer Deleuze et Guattari ailleurs, autre part, d’en faire Lire L’ A nt i - Œ d ip e
des passeurs, comme pour le franchissement d’un col, d’un feuve,
d’une frontière : aller de l’autre côté, sortir du tout fait, du prêt à
l’emploi, du prêt à penser, aller là où les modèles s’épuisent, là où
toute position d’autorité se renverse en l’ouverture vers l’hétérogène,
le vide, le dehors, l’inimaginable, l’abstrait.
Stéphane VEDEL a exercé successivement les métiers de Professeur
de Mathématiques à Istanbul, cadre dans une imprimerie picarde,
Préface d 'Alexandre Zavadilmaçon dans une vallée des Alpes, aide/assistant aux handicapés dans
un établissement spécialisé. Ç à et là, au pied des montagnes autour
de La Mure (Isère), quelques escaliers, murs, voûtes sarrasines,
crépis d’église ont été assemblés de ses mains et résistent à l’hiver.
C’est un autre assemblage qu’il nous propose ici...
ogiq
50 €
ISBN : 978-2-336-29050-8
ueploulhsepulspooshhe
Nos désirs font désordre
Stéphane Vedel
Lire L’ A nti- Œ dipe
ogiq yc ogiq ycyc






NOS DÉSI RS FONT DÉSORDRE

Lire L’Anti-Œdipe


































Psycho - logiques
Collection fondée par Philippe Brenot
et dirigée par Alain Brun

Sans exclusives ni frontières, les logiques président au
fonctionnement psychique comme à la vie relationnelle. Toutes les
pratiques, toutes les écoles ont leur place dans Psycho - logiques.

Déjà parus

Sliman BOUFERDA, Le symptôme en tous sens, 2012.
René SOULAYROL, La spiritualité de l’enfant. Entre
l’illusion, le magique et le religieux (nouvelle édition),
2012.
Bernard GANGLOFF et Daniel PASQUIER, Décrire et
évaluer la personnalité : mythes et réalité, 2011.
Mady FERNAGUT, Yolande GOVINDAMA et
Christiane ROSENBLAT, Itinéraires des victimes
d’agressions sexuelles, 2011.
Louise TASSE, Les oripeaux des ados, 2011.
Anick LASALMONIE, Du procès social à l’eugénisme
moral, 2010.
Jean-Max FEREY, Parents à louer pour enfants fous.
Récits des « Familles-Thérapeutiques », 2010.
Patrick PIPET, Sauter une classe, Entre mythe social et
faille narcissique, 2010.
Jean CASSANAS, Les descriptions du processus
thérapeutique, 2010.
Michel LEMONNIER, Le Psychologue du travail. Un agent du
changement dans la société, 2010.
Samuel GONZALES-PUELL, L'Approche thérapeutique des
déficiences intellectuelles sévères et profondes. Perspectives
institutionnelles, 2010.
Huguette CAGLAR, Les familles monoparentales, 2010.
Frédéric BRISSAUD, Pour un renouveau de la psychothérapie.
Mutations, 2010.
Ahmed CHANNOUF, Les freins invisibles à l’égalité des
chances, 2010.
Stéphane VEDEL












RS FONT DÉSORDRE NOS DÉSI

Lire L’Anti-Œdipe






Préface d 'Alexandre Zavadil












































© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-336-29050-8
EAN : 9782336290508

Remerciements


Merci aux trois sœurs Brontë pour leurs relectures patientes et
persévérantes.
Merci à ceux qui, à divers titres, m’ont permis de mener à bien ce projet :
Alexandre, Alexandra, Anne, Sandrine, Sophie, Améï et Régis.
Merci également aux nombreux Stalker qui ont permis mon cheminement et
mes rencontres deleuziennes : Alexandre, Anne, Antonin, Bruno, Christian,
Eulàlia, Philippe, Sandrine, Thibaut.


Ce livre est dédié aux Trois Drôles de Dames !





LLe disque, le phonographe et l’acrobate
ou la machine rotative de la pensée


Un bord de mer. Une combinaison de dimensions éparses, sans centre de
gravité. La lumière solaire, aveuglante. L’eau, là-bas, vaste dehors, sans
détermination particulière, sinon de former un horizon ouvert, se recomposant
indéfiniment, véritable lointain abstrait, sans profondeur ni hauteur, tout en
surface. Ici, le sable. Un ruban blond, tout granuleux, sans plante, sans arbre,
simple grouillement de points balayé par les vents et étiré en une ligne
serpentine par le flux et le reflux des mouvements marins pour établir, souple et
fine, une frontière instable, sans rupture, entre la terre et l’eau. Rien à posséder.
Rien à bâtir. Aucune racine à faire pousser. Aucune terre inconnue à découvrir.
Juste glisser. Partir de n’importe où pour aller n’importe où. Non pas par
indifférence ou apathie, mais parce que rien n’oblige à aller par là plutôt que par
ici, parce que l’essentiel réside ailleurs, dans l’exploration d’un plan ramené à
l’immanence des accidents qui le caractérisent et avec lesquels il faut alors jouer
en rendant possibles des rapports inédits.

Pourrait-on concevoir un livre comme une machine à pédaler ? Un pédalo ?
Qui nous mette à l’eau, nous arrache à nos vies réglées socialement, mais pour
nous amener à nous transporter nulle part ailleurs qu’ici même, sans visée de
profondeur ni de hauteur ? Difficile de vouloir l’horizon pour l’horizon, sans
rien n’y mettre derrière, ni au-dessus. Difficile de faire de chaque pas, de chaque
page tournée, un mouvement d’avant en arrière, comme un coup de pédale, qui
nous enroule tout aussitôt à un lointain se développant sur tout son long en un
espace flottant de circulation. Et, pourtant, aller d’un point à un autre ne donne
qu’une illusion de déplacement. On transporte avec soi le même point de vue,
le point comme vue totale et unifiée sur le monde. On reste le même,
obstinément le même, et tout le reste n’est que le redoublement de soi, jusqu’à
satiété. Que serait un livre qui nous ferait sortir du point ? Pas tant un livre qui
multiplierait les points de vue qu’un livre qui déplacerait en permanence les
points de vue. Aussi, un livre sans centre ni périphérie. Un livre existant avant
tout à travers la possibilité donnée au lecteur de former des lignes multiples
comme autant de parcours aléatoires, tout en surface. Le point veut se
rapporter à lui-même sur le mode du cercle. Il veut domestiquer la ligne, en
faire la multiplication des points de vue sur soi-même, jusqu’à faire boucle avec
soi-même, en réunissant le commencement et la fin. Rêve d’auteur ? Rêve de
lecteur ? Quoi qu’il en soit, rêve bien triste, proche d’une quête dépressive
d’identité personnelle. Car un livre n’est pas là pour faire le point sur sa vie (se
représenter sa vérité, ou la vérité du monde, ou la vérité des choses), mais, ce
qui n’a rien à voir, pour tracer des lignes à partir de soi. Dès lors, pour
construire ici-même l’horizon d’un déplacement vers l’ailleurs comme mode
d’échappement de toute position établie sur soi-même. Sauf à l’arrêter, à arrêter
9sa course, à la ramener à un point de vue, une ligne est sans origine ni fin. Sans
secret à sortir de l’oubli, sans vérité à connaître avec le zèle du néophyte, elle ne
mène nulle part, ni en avant ni en arrière. Elle se tient tout entière dans le
mouvement métamorphique et illimité de sa réalisation, dans les multiples
flexions dont elle est capable en opérant des connexions entre des agencements
d’éléments étrangers à toute syntaxe préétablie socialement. En ce sens, passer
du point à la ligne, comme exercice à la fois d’écriture et de lecture, c’est
transformer le rapport à soi et aux autres. C’est vérifier qu’on n’est rien par soi-
même, ou qu’on n’est rien en soi, mais que son être n’a d’autre existence que
relationnelle, que le dehors ici-même de l’horizon est sa propre ouverture
relationnelle au monde comme mode d’invention d’une ligne flexible de vie, et
que cet ailleurs ici-même de l’horizon est toujours le lieu, atopique socialement,
donc abstrait, d’engendrement du désir. Désirer, c’est se vivre en devenir, dans le
dessaisissement de toute position identitaire fixe et immuable. C’est se prendre
soi-même avec les autres et les choses par le milieu, à partir de l’écart de l’entre-
deux, selon une ligne flexible sans origine ni fin, laissant retentir ici-même le
dehors de l’horizon comme puissance de décentrement et de mise en relation
différentielle et aléatoire. Tout est donc à inverser : le ciel et l’eau ne font pas
exister depuis toujours la course aléatoire du pédalo à la surface d’un plan
d’immanence illimité sur ses bords, c’est le pédalo, comme mode de
déplacement omnidirectionnel à la surface du monde, qui fait exister le ciel et
l’eau dans un rapport de complémentarité en glissant le long de leur frontière
mouvante pour y produire les lignes noueuses d’une tresse qui les enlace l’un à
l’autre. Du coup, ce n’est pas le livre qui fait exister le lecteur en lui prescrivant
autoritairement un sens à déchiffrer et une orientation à suivre (aller de ligne en
ligne selon l’enchaînement réglé d’une démarche hypothético-déductive), c’est
le lecteur qui fait exister le livre, en enclenchant à partir de son éclatement
discursif et signifiant une démarche en zigzag à distance à l’avance de la
position d’autorité d’un hypothétique auteur et en venant y extraire, à travers la
résonance d’un dehors historique, des lignes de vie inédites.
Il est clair aussi que la déception risque d’être grande pour celui qui
attendrait de la lecture de ce livre un commentaire érudit de L’Anti-Œdipe de
Deleuze et Guattari. Il ne s’agit pas d’un livre sur un thème, le désir. Pas plus
d’un livre sur un livre : L’Anti-Œdipe. La forme académique de l’exégèse est
autoritaire : elle prétend délivrer une vérité ou par redondance (nous dire ce qui
est dit) ou par explicitation (dégager de l’œuvre sa vérité ultime). Elle coupe le
désir ou le renverse en un désir stérile de reconnaissance (démontrer qu’on a
bien compris, qu’on est dans la position de maîtrise d’un spécialiste qui détient
les clefs d’une œuvre). Discourir à propos d’un thème donné est tout aussi
appauvrissant : on fait tout basculer du côté de la littéralité d’un sens désormais
consigné dans les lignes d’un texte ramené à une entreprise dérisoire et funeste
de taxidermie. L’œuvre citée n’est plus qu’une simple illustration : on la fait
parler, avec l’art consommé d’un ventriloque, pour qu’elle répète bien
docilement ce qui est affirmé sur le ton péremptoire d’une thèse. L’exaltation,
en revanche, est bien vite portée à son comble pour celui qui comprend que
10l’enjeu principal de ce livre pour le moins insolite, dont les désirs font désordre
pour toute personne pressée de retirer une plus-value culturelle de ses lectures,
consiste précisément à proposer au lecteur qu’il élabore personnellement un
parcours de lecture à partir de la mise en jeu de son propre désir. Faire de la
lecture la production d’une ligne de désir, sans origine ni fin, qui nous enlace à l’horizon ouvert
d’un dehors comme destitution de toute position d’autorité et qui mette en relation des
agencements d’énoncés et des modalités de vie historiques en dégageant les conditions critiques
d’un entre-deux différentiel, voilà l’essentiel. Rien à dire aussi sur L’Anti-Œdipe. Mais
tout à faire en y greffant un relais textuel comme un transformateur d’énergie,
comme un accélérateur de désir, comme un intensificateur de vie. En plus du
manque d’à propos d’une démarche érudite face à une œuvre qui a mis en
question toute approche essentialiste de type universitaire, il n’y aurait rien
d’autre que l’éradication pure et simple du désir à en rester à l’opération
classique de fermeture du texte sur une prétendue vérité désormais livrée pour
l’éternité à sa célébration culturelle. Par conséquent, il ne s’agit pas davantage de
dire ce qui a été fait par l’être bicéphale formé par Deleuze et Guattari, mais de
faire faire à partir de ce qui a été fait, comme la réponse d’un désir à un autre
désir, par un fonctionnement multipolaire et nomadisant du désir.

C’est la force du présent livre d’élever à un niveau de complexité
supplémentaire la puissance désirante de L’Anti-Œdipe (à notre avis encore
beaucoup trop tributaire de la conception du livre comme unité signifiante à
recréer à partir du lecteur comme intériorité pensante) : inventer un nouveau
principe de lecture qui ne repose plus sur le couple auteur/lecteur. Il aurait été tellement
plus facile de dire : voilà ce que vous pouvez faire, je vais vous l’expliquer, à
vous de voir. Mais la voie suivie ici est autrement plus radicale. Elle n’est pas
démonstrative, pédagogique, théorique, mais performative. Véritable coup de
tonnerre dans le ciel olympien de ces grandes constellations culturelles qui
cherchent toujours à placer autoritairement le lecteur dans la position d’un
adorateur béat, elle consiste à transformer la lecture en une pragmatique du désir.
En ce sens, elle subvertit de l’intérieur l’acte de lecture au sens traditionnel
(prendre connaissance ou commenter) en le rattachant à la réalisation ici et
maintenant d’une opération productrice : faire en lisant, et, en faisant, se faire,
c’est-à-dire se défaire de tout ce par quoi on se laisse le plus souvent prendre au
piège des visées imposées institutionnellement de capitalisation symbolique. Du
coup, destitution de la position d’auteur oblige, lire L’Anti-Œdipe passe par un
travail de réécriture. Réécrire L’Anti-Œdipe comme acte de lecture, c’est le
détacher de toute position d’autorité, actuelle ou projetée, pour le faire
fonctionner comme une machine désirante à partir du devenir généré par le
relais textuel de la position performative de lecteur. Toute écriture est une
réécriture (se fait à plusieurs mains) ; et toute lecture, dès lors qu’elle ne se
ramène pas à un exercice de célébration institutionnelle (engendrer l’illusion
d’une intégrité signifiante), est la relance de la réécriture d’où procède le texte
pour le faire travailler en dehors des effets de maîtrise induits illusoirement à
partir de la position institutionnellement garantie d’auteur. Côté lecteur
11 maintenant. Si le livre est toujours à venir (n’est jamais réductible à sa littéralité
signifiante), ce n’est pas pour acquérir sa vérité ou sa réalité à travers l’acte
démiurgique d’une lecture, c’est pour ne résider nulle part ailleurs que dans la
capacité dont il dote le lecteur de faire retour sur soi pour déplier à partir de soi
et par-delà soi une ligne de vie. Lire, c’est s’ouvrir à un devenir. C’est opérer une
traversée de soi jusqu’au retournement de son désir fatigué de reconnaissance
(comprendre et retirer un bénéfice symbolique en termes de prestige social) en
désir actif de vie (produire une ligne évolutive inédite). La lecture comme
pragmatique du désir prend aussi le contre-pied de l’attribution au lecteur d’un
rôle, du beau rôle, du rôle-titre, celui d’auteur. Le livre comme machine
désirante n’est pas celui d’un lecteur passé entre-temps de l’autre côté de la
barrière culturelle et se voyant inopinément doté de la toute-puissance divine
que les modèles institutionnels dominants ont toujours voulu reconnaître à
l’auteur. Pas de transfert ou de délégation de compétence. Pas la promotion du
lecteur en lieu et place d’un auteur porté défunt pour la bonne cause et,
finalement, faisant retour par le biais d’une subjectivation de l’acte de lecture.
Sinon, rien n’aurait changé : le désir se retournerait une nouvelle fois de façon
sinistre en désir de piété. Et tout cela ne serait qu’une supercherie de plus, la
même illusion de souveraineté signifiante désormais étendue à l’ensemble de la
série ouverte des lecteurs. Est-il pertinent de continuer à parler de livre ? En
tout cas, si on entend par là un principe de fermeture, d’encadrement textuel
avec des bords aux limites assurées contre toute intrusion extérieure ? Est-il
judicieux même de maintenir le mot de lecteur ? En tout cas, si on envisage par
là une position subjective de totalisation du sens ? Passer de l’un au multiple ne
doit pas correspondre à la multiplication de l’un, mais à la soustraction de l’un
de l’acte de lecture. C’est une telle soustraction que réalise dans la chair même
de L’Anti-Œdipe (par son bâti textuel encore trop soucieux d’orthodoxie, encore
trop œdipien) la lecture qu’en fait l’anti-livre qu’est à bien des égards le présent
ouvrage ; c’est une telle soustraction que réalise celui-ci dans la chair même du
lecteur en le rapportant à l’horizon ouvert du désir dont l’exploration implique
la traversée de soi pour faire advenir ici-même l’ailleurs dépaysant comme
enclenchement d’un devenir. Double capture, double nomadisation, quand le
livre est restitué à une textualité plus large et ouverte sur un processus général
de transformation, quand la lecture, détachée de tout réquisit culturel
autoritaire, est avant tout l’aventure du désir, le principe d’activation d’une
transformation personnelle.
Mais ne dira-t-on pas qu’on fait beaucoup de bruit autour de ce qui n’est
rien d’autre qu’un immense montage de citations ? Le lecteur est prévenu : la
moitié de L’Anti-Œdipe est citée. Un doute s’installe : qu’apprend-on de plus
d’un texte qui ramène la lecture à la multiplication boulimique d’emprunts
citationnels ? Du coup, n’est-il pas plus avisé de se détourner de ce qui prend
l’allure disgracieuse d’une copie, servile et appauvrissante en son principe, pour
aller à la rencontre de la splendeur signifiante de l’original ? Tout cela serait bien
vrai si la citation n’était qu’un simple procédé de transfert d’informations ou un
simple procédé de mise en exergue d’un passage jugé significatif. Citer n’a rien
12 de redondant. Ce n’est pas plus faire le décalque d’un élément emprunté à un
tout qu’attirer l’attention sur un moment d’un cheminement intellectuel
considéré comme déterminant par sa valeur métonymique. Citer c’est avant
tout ouvrir un texte de l’intérieur à sa propre nomadisation. C’est en extraire
une ligne de désir qui vient affoler toute position identitaire et toute
souveraineté signifiante par la multiplication illimitée des connexions possibles
à partir de la production en droit tout aussi illimitée de nouveaux contextes
d’énonciation. Non seulement la citation n’a rien d’extérieur au texte à travers
lequel elle se produit (elle est inhérente à son propre mode de production
signifiante), mais elle fait référence à la citationnalité impliquée dans toute
lecture. Lire, c’est, par une opération de prélèvement, faire surgir une séquence
textuelle dans un contexte inédit, celui composé par l’horizon de vie du lecteur,
pour la doter d’une nouvelle signification. C’est, par conséquent, d’ores et déjà
contester l’autosuffisance du texte et sa fermeture signifiante en l’introduisant
dans un processus de transformation à partir de son déplacement vers de
nouvelles conditions d’actualisation. Quelque chose de nouveau advient,
irréductible à la valeur signifiante du passage cité, car indissociable des
conditions énonciatives de l’acte opératoire de citer. En ce sens, faire fonctionner un
texte comme une machine désirante, c’est multiplier à son endroit les modes opératoires
impliqués dans tout acte de lecture : décontextualiser pour recontextualiser, découper pour
déplacer, extraire pour réagencer dans un contexte inédit d’utilisation. Il n’y a pas, d’un
côté, des énoncés en position de stricte auto-référentialité par leur teneur en
vérité (la supposée originarité du supposé original) et, de l’autre, des énoncés
citationnels, simple reprise redondante en position déchue de secondarité : il y a
une citationnalité générale que la lecture réalise en ouvrant de l’intérieur le texte à
un devenir par la répétition créatrice de ses séquences signifiantes dans de
nouveaux contextes énonciatifs. La lecture comme pragmatique du désir a pour
corollaire l’affirmation du caractère décisif de l’opération énonciatrice dans la
production de la valeur signifiante des énoncés. Sauf à le placer sous l’autorité
de procédures institutionnellement réglées (sociales, universitaires,
économiques), un énoncé ne prescrit pas à l’avance son contexte d’utilisation.
Réitérable par principe, il échappe à tout contexte qui se voudrait coextensif à
ses conditions d’utilisation et interdit à l’avance de donner une réponse unique
et définitive aux questions relatives à ses modalités opératoires : en quelles
circonstances ?, en quel lieu ?, vis-à-vis de quelles personnes ?, à quelle date ?.
Un énoncé articulé dans un ouvrage y trouve un contexte d’actualisation, mais
en étant d’entrée de jeu déplaçable, réutilisable ailleurs, connectable avec
d’autres agencements énonciatifs, en étant toujours par là en mesure d’acquérir
de nouvelles valeurs signifiantes qui invalident à l’avance la volonté de le figer
dans un sens à l’orthodoxie irréprochable ou (au sein même du texte dans
lequel il est intégré) de le situer à un emplacement définitif de la chaîne
signifiante. Par conséquent, la citation entrave si peu un texte dans ses
modalités énonciatives qu’elle renvoie en fait à sa citationnalité constitutive. Et
c’est pourquoi elle n’est pas un fragment (bout de texte, lambeau de
signification) d’une totalité absente (le livre comme unité organique sans faille),
13 mais (nous faisant passer de la relation tout/parties à la logique nomadisante de
la multiplicité signifiante) l’ouverture d’un devenir, un mouvement de
déterritorialisation qui nous arrache à la nostalgie de tout sens en position
d’origine fondatrice. Dès lors qu’une autre fois est inscrite constitutivement
dans la première fois, l’événement signifiant d’un énoncé correspond non pas à
la transmission d’un contenu de vérité, mais à la subversion de toute position
d’autorité. On le comprend, ce qui fait événement pour le lecteur dans la lecture
nomadisante qui nous est proposée ici de L’Anti-Œdipe, ce n’est pas de sortir de
son ignorance, de bénéficier d’un enrichissement culturel, de pouvoir dire
maintenant avec assurance et sur un ton docte des « choses » sur L’Anti-
Œdipe, mais de s’engager dans un processus de transformation personnelle en
se vivant soi-même selon les modalités étranges d’une machine citationnelle.

Si le mode d’énonciation implique un sens qu’on ne peut d’aucune façon
dériver de l’énoncé lui-même, c’est qu’il faut reconnaître également que la
valeur signifiante d’un énoncé n’est jamais totalement déterminable et
maîtrisable, qu’elle échappe à toute visée consciente et délibérée qui s’en
prétendrait la source première et dernière. Lire L’Anti-Œdipe, du coup, c’est
laisser jouer le sens dans tous les sens. C’est multiplier à l’avance les conditions
d’énonciation, par prélèvement, déplacement, retournement, comme conditions
de réalisation de valeurs signifiantes inédites et, par l’activation d’un inconscient
textuel, imprévisibles par définition. Le texte comme machine citationnelle
fonctionne à la manière d’un espace ouvert, qui n’a de valeur signifiante que par
rapport au cheminement toujours personnel et singulier qu’il rend possible. Si,
par des renvois citationnels, des indications sont données pour connecter tel
passage à tel autre passage, rien n’interdit de s’y prendre tout autrement et de
sauter d’un endroit du texte à un autre endroit en créant sa propre
déambulation textuelle selon ses préoccupations du moment ou, plus
simplement encore, selon la page ouverte par hasard. Pas de quête du Graal,
pas de case miracle avec, à la clef, l’entrée dans le Saint des Saints, la révélation
de la vérité toute nue, mais un cheminement aléatoire entièrement immanent,
c’est-à-dire se créant au fur et à mesure de son accomplissement, comme une
marche qui construirait la route qu’elle emprunte à chaque pas qu’elle réalise.
Ne jamais s’arrêter aussi, toujours s’élancer dans une autre direction, en
s’interdisant de rester à sa place ou de constituer des places. Fuir, au contraire,
toute place. Ou, plutôt, déplacer les places socialement et culturellement
déterminées. Car tout désormais se joue dans l’activation d’une circulation
permanente du sens. De sorte que chaque arrêt devient une ouverture aléatoire,
répondant avant tout à l’orientation de son propre désir. Parcours étoilé qui
s’ouvre à chaque fois en direction des quatre points cardinaux, selon un espace
omnidirectionnel, où tout est affaire d’accélération, où tout retour en arrière est
un nouveau départ, où toute entrée se fait par le milieu d’un dispositif textuel
sans origine ni fin.

On est proche ici du mode d’agencement et de fonctionnement du cerveau
14 selon Bergson : « C’est un carrefour, où l’ébranlement venu par n’importe
quelle voie sensorielle peut s’engager sur n’importe quelle voie motrice » (La
conscience et la vie). La machine citationnelle est un livre cerveau. Elle n’a pas de
centre, pas d’unité. Elle est une courroie de transmission, une plaque tournante,
un convertisseur d’énergie. Bref, « un carrefour ». Avec elle, il ne s’agit pas
d’être maître du sens, mais de faire passer, de faire traverser, de se charger d’une
énergie pour la redistribuer, pour l’ouvrir sur une pratique, sur un mode de vie.
Comme le dit si bien Bergson : de sorte que « l’ébranlement venu par
n’importe quelle voie sensorielle peut s’engager sur n’importe quelle voie
motrice ». Une machine citationnelle est une machine sans auteur en position
de souveraineté signifiante. En laissant le texte aller son chemin, partir dans des
directions inattendues, se transformer en un espace de traversée, elle multiplie
les auteurs. Autrement dit, elle active le processus nomadisant et transformateur
de la lecture. Dans un livre traditionnel, tout se hiérarchise. Chaque unité
signifiante est intégrée dans une unité signifiante de rang supérieur, selon un
principe d’enchaînement et de répartition linéaire qui fait tenir ensemble tous
les éléments à partir d’un sommet. C’est le livre comme belle totalité organique,
articulé à partir d’un commencement et d’une fin, d’une fin qui fonde le
commencement, le justifie en le plaçant dans la perspective de son
accomplissement, de sa fécondité, de sa vérité, et d’un commencement qui
appelle à l’avance la fin, la justifie à son tour en l’enracinant dans une origine
première. Ici, rien ne circule, puisque tout élément introduit est préarticulé dans
une unité de rang supérieur qui lui donne à l’avance sa place, son rang et sa
signification. Livre cathédrale, où le lecteur est installé immédiatement dans la
position d’une brebis égarée, c’est-à-dire d’un ignorant, qu’il s’agit de mettre
autoritairement, donc pédagogiquement, en route vers un centre, un foyer, une
hauteur, un point de totalisation et d’unification (l’autel liturgique) qui vaut
comme accès à la vérité, comme ouverture transfiguratrice vers un principe en
position fondatrice.


Toutefois, le livre comme machine désirante n’est pas le simple
renversement du livre comme totalisation hiérarchisante. Il impulse une autre
modalité d’organisation, par association, par résonance, par emboîtement
ponctuel et réversible. Les points de connexion n’étant pas établis à l’avance, ni
intégrés dans une totalité signifiante, il est construit à partir de la multiplication
de points pivotants, omnidirectionnels, répondant à un autre mode
d’enchaînement, celui du désir, aléatoire et créatif. Avec lui, la circulation du
sens n’est plus orientée et hiérarchisée. Elle n’est plus liée à un travail de
recomposition, de déchiffrement, de décodage, mais à un travail de
prolifération, d’exploration, de retournement, de débordement, d’infiltration, de
décentrement, de diffusion aléatoire. Le livre cerveau, c’est un livre qui ne se
pense plus comme organisme (belle totalité), comme totalité signifiante (vérité
absolue), comme expression d’un sujet (vouloir dire sa vérité personnelle). C’est
un livre qui ne consiste plus à signifier, à dire, mais à faire, à produire. C’est un
15 livre qui n’est plus intellectuel, qui ne trouve plus son siège dans une pensée
abstraite s’exerçant souverainement dans l’idéalité de chaînes de raisonnement
entourées autour d’une vérité-noyau, mais qui est la production d’un mode de vie
singulier par dispersion du sens et destitution de toute position signifiante maîtresse. C’est le
livre comme machine rotative, qui, à l’instar d’une toupie, fait tourner sur soi pour
envoyer dans des directions différentes, vers les quatre points cardinaux, en
faisant venir à soi l’horizon, c’est-à-dire en mettant en place un tracé d’horizon,
une distance, une amplification vitale.

La lecture de L’Anti-Œdipe prend la forme hautement instable et déroutante
d’une construction en tourniquet : on entre, on sort, et on ne cesse jamais de
faire et l’un et l’autre, d’osciller d’un dedans vers un dehors et d’un dehors vers
un dedans, selon un mouvement en spirale, sans origine ni fin. Duchamp a
inventé les Roto-Reliefs : « Il s’agissait d’une série de douze dessins à base de
spirale reportés sur des disques en carton. Placées sur le plateau d’un
phonographe, ils donnaient, quand la vitesse de l’appareil avoisinait 33 tours par
minute, l’impression de formes en expansion, tenant de la spirale, du cône ou
du tire-bouchon » (entretien de Duchamp avec James Johnson Sweeney, 1955).
« La rotation confère une troisième dimension » (ibid.) qui fait tourner sur soi
indéfiniment le plan d’immanence en multipliant à sa surface des lignes
spiralées comme autant de lignes désirantes sans début ni fin. Les renvois
illimités de la machine citationnelle et la construction de parcours aléatoires qui
en découle font naître un sens qui est irréductible au simple agencement
structural du dispositif textuel et qui advient à travers le lecteur (phonographe)
comme déclencheur et accélérateur de la vitesse de rotation de l’ensemble. C’est
à cette condition que le texte devient un espace mental de mise en jeu de soi. Il est un
texte à entrées multiples comme autant d’entrées en soi-même, mais aussitôt
renversées en autant de manières de sortir de soi. Il est un convertisseur, ou un
transformateur. Un livre sans modèle, qui n’existe pas dans un rapport à une
origine fondatrice, qui ne plonge pas des racines dans un passé, un livre
toujours à venir, à faire et, donc, se défaisant en même temps qu’il se fait, à la
manière de la toile de Pénélope. Et c’est en cela qu’il fait penser. Car penser,
c’est convertir, c’est inaugurer un comportement ou un mode de vie qui passe
par une libération, par une aptitude à se laisser investir par la puissance
nomadisante du désir. La pensée est voyageuse. Elle est une invitation au
voyage, à franchir les frontières, à déplacer les points de vue, à ouvrir des voies
inédites, à sortir du cadre culturel et identitaire qui est le masque que l’on porte
le plus souvent pour se protéger de son propre désir. Le livre comme machine
rotative, c’est le livre voyageur qui, sans modèle de référence, sans rapport
mimétique à une unité supposée du monde ou à une unité supposée de soi, fait
penser en donnant au lecteur, cet anonyme par excellence, la liberté de s’ouvrir
à un devenir.

Le livre, en ce sens, n’est pas une graine à planter dans l’esprit des lecteurs
pour qu’un arbre se mette à pousser en eux et leur assure un ancrage fort dans
16 une histoire continue. Il doit bien plutôt leur permettre d’arracher les arbres
qu’ils ont toujours déjà dans la tête pour faire pousser à la place les herbes folles
de lignes de vie nomadisantes. La machine citationnelle n’est pas assimilable à
un processus mémoriel d’archivage, de construction pierre à pierre d’une
identité historique sans faille. Elle ne fait pas naître la représentation d’une unité
synthétique de soi et du monde ou du lecteur et du livre. Elle produit des
connexions sans origine ni fin, par accouplement entre des éléments
hétérogènes, détachés de toute histoire commune, de toute identité partagée, à
la fonctionnalité aussi improbable et aussi incongrue que celle de ce parapluie et
de cette machine à coudre qui s’accouplent monstrueusement sur une table de
dissection (cf. Lautréamont, Les Chants de Maldoror). À distance de toute
mémoire familiale soucieuse d’établir le partage entre des lignages en termes de
pureté identitaire, le lecteur, par l’opération énonciative du renvoi citationnel
illimité, est appelé à se régler sur une mémoire courte, qui ne s’enracine pas dans le
temps long de la filiation, avec une origine première et un ancrage identitaire
infaillible. Il lui faut lire en oubliant, non pas pour annihiler tout souvenir, mais
pour faire de la mémoire l’écho d’un lointain, selon la logique temporelle
paradoxale de l’après-coup. Le temps achronique de la lecture par le jeu
pluralisant des renvois citationnels illimités est celui nomadisant de connexions
aléatoires avec un dehors à contre-courant de tous les modèles sociaux de
formation identitaire. Il est sans généalogie, sans retour nostalgique à une terre
vierge de la vérité, sans projection vers l’avenir radieux d’une vérité identitaire
enfin conquise. Il ne fait pousser aucune racine généalogique, ni dans le passé ni
dans l’avenir. Par l’absence de tout ancrage dans un processus de filiation
identitaire (« tel père, tel fils »/« telle mère, telle fille »), le lecteur-opérateur n’est
pas appelé à se découvrir une ascendance, à être un « enfant » de L’Anti-Œdipe,
à être un deleuzien, un guattariste, ou quoi que ce soit qui se déclinerait en isme.
Orphelin à bien des égards, sans père ni mère, il est mis dans la position d’un
autodidacte. Autodidacte : celui qui se conduit lui-même, ou par lui-même, celui
qui part de lui pour revenir à lui, pas en s’enfermant dans une vérité
personnelle, pas en cherchant à être pour lui-même une origine absolue (son
propre géniteur), mais en mettant en jeu son existence, en s’ouvrant à la
possibilité de se transformer en dehors de tout modèle social établi.
Autodidacte est par conséquent celui qui met en échec la mémoire longue des
filiations identitaires à échelle collective pour s’ouvrir à la mémoire courte des
alliances contre nature avec l’hétérogène. Celui qui ne cesse de traverser les
frontières, d’emprunter des voies de traverse, de détourner, déplacer, subvertir
tous les ordres établis, les hiérarchies garanties et célébrées institutionnellement.
Bref, celui qui part de soi, mais, principe d’effacement de toute identité
subjective, en se laissant conduire par l’horizon ouvert et nomadisant du désir.

Il y a une bonne naïveté. Celle qui amène à se décharger d’une culture bien
vite trop asphyxiante par la lourdeur et l’inertie identitaire de ses modalités de
fonctionnement institutionnelles. Rien de plus terrible que de renoncer à soi-
même pour répondre à la supposée splendeur d’une tradition culturelle placée
17 dans les hauteurs célestes d’une autorité transcendante (la civilisation, la nation,
le chef-d’œuvre, le génie). La lecture de L’Anti-Œdipe comme machine
citationnelle court-circuite à l’avance toute lecture savante, qui adopte le point
de vue sentencieux et pontifiant de l’expert, qui fige, arrête, place sous le
contrôle de la police de la pensée. Il ne faut pas crouler sous le poids du passé,
entrer dans une piété culturelle en cherchant compulsivement à saturer son
entreprise de signes d’allégeance à un modèle d’écriture supposé assurer sa
reconnaissance par les détenteurs attitrés du pouvoir institutionnel. Il est bien
de devenir pour soi-même un principe de croissance, en refusant de se laisser
fasciner par les formes reconnues de savoir, en ne cherchant pas à solidifier une
position, à lui donner un aspect inébranlable, intouchable, en ne se retournant
pas pour vérifier si l’on reçoit à chaque pas que l’on fait l’approbation des
représentants de l’ordre établi, en n’acceptant pas non plus, et inversement,
d’annihiler le présent au profit d’un futur prestigieux. Il y a un moment où il
n’est plus important de comprendre, d’expliquer, de justifier, mais où il s’agit de
faire fonctionner. On ne doit pas avoir peur aussi de passer par un ensauvagement
de la pensée. Cela n’a rien à voir avec l’absence de toute cohérence ou la
promotion d’un subjectivisme exacerbé. C’est la pensée à l’état brut, en son
moment inaugural, un étonnement face à l’étrangeté de sa propre situation dans
le monde, une façon de redevenir enfant, de se mettre en présence de soi, de
son aptitude à se tourner vers l’ailleurs, un oubli actif, joyeux, qui, par un
décrochage de tout modèle culturel établi, rend disponible pour accueillir le
singulier, l’hétérogène, c’est-à-dire la singularité et l’hétérogénéité du désir.
L’autodidacte ne reprend pas, il prend. Il est un appareil digestif, mais cette fois
de la pensée. Il transforme en faisant sien tout ce qu’il touche, c’est-à-dire en
faisant de tout ce qu’il touche la production d’un écart avec toute position
assurée culturellement. Il est un transformateur de vie. En ce sens, c’est un
marcheur : il visite, regarde, scrute, tâte, renifle, lance un regard sur le côté et
repart, en se laissant emporter vers de nouveaux lointains, c’est-à-dire en
emportant toute chose vers un devenir pluralisant. C’est lui qui nous aide à
comprendre que le réel ne se laisse jamais enfermer, pas plus dans le langage,
dans une proposition, que dans une matière brute, que c’est au contraire ce qui
empêche que tout reste à sa place, se fige, entre dans l’inertie d’une positivité
sans faille. Lire L’Anti-Œdipe, c’est accepter de retrouver la naïveté de
l’autodidacte. Du coup, c’est faire de la machine textuelle dans son
fonctionnement nomadisant un principe de contestation de toute position
culturelle autorisée.

Décidément, rien d’inoffensif ni de rassurant dans l’acte de lire, en tout cas
quand il devient l’acte même du désir dans sa capacité de subversion de toute
position identitaire. Si le livre ne se situe pas dans une position de dérivation
généalogique vis-à-vis de son auteur (il n’y a pas à remonter du livre à l’auteur
comme instance subjective de production du sens : d’où le renvoi fréquent de
citations de L’Anti-Œdipe à des citations d’ouvrages d’autres auteurs, voire de
l’encyclopédie sans auteur Wikipedia !) et si le lecteur ne trouve pas dans le livre à
18 titre de vérité écrite le principe de la lecture qu’il en fait (le cheminement est
multidirectionnel, du coup sans début ni fin assignables), c’est que la
transformation du livre, au sens de totalité signifiante, en machine citationnelle,
au sens de multiplicité textuelle, lui confère un fonctionnement anarchique. Sans
arkhê (« principe fondateur »), sans centre, sans hiérarchisation, sans
capitalisation, sans linéarité, il est un livre anti-autoritaire. Un livre anti-œdipien.
Le livre par excellence de l’anti-méthode. Non seulement n’importe quel
endroit de la machine textuelle peut être connecté avec n’importe quel autre,
mais « tout est fait » pour qu’il ne puisse en aller autrement. Comme il nous est
dit : « chaque paragraphe est un carrefour ». Livre aussi qui conteste avec une
joie évidente la méthode hypothético-déductive, où l’on opère la mise en ordre
d’une diversité par un enchaînement orienté de façon contraignante, avec un
début et une fin posées autoritairement, de sorte que le début fasse boucle avec
la fin, qu’il soit immédiatement dans une relation de circularité complète avec
chacun des chaînons logiques qui assurent son orientation forcée vers ce point
culminant situé en position de conclusion qu’est la fin, le tout selon un
processus cumulatif de production du sens à titre de vérité dernière. Mais livre
également qui multiplie les liaisons entre des éléments sans communauté
d’origine ni de nature (articles, ouvrages, cas vécus, films…). Livre, par
conséquent, qui ne va pas du même au même, mais de l’autre à l’autre, en
faisant entrer en communication des éléments prélevés à des sources différentes
et relevant de régimes énonciatifs différents (ce qui est accentué par la mise en
vis-à-vis des deux modes d’écoulement de l’écriture avec, à côté du dispositif
citationnel principal, le texte en marge, hors texte, qui subvertit une nouvelle fois
toute unité signifiante et installe d’entrée de jeu le lecteur sur la marge par un
déplacement et un retournement de l’ordre traditionnel de lecture). Dès lors,
chaque pas du lecteur dans le texte implique un contre-pas, une manière de
bifurquer, selon un style chorégraphique qui fait du bond le retrait de l’assise,
du sol, du fondement. On avance vers rien, sinon vers le recul, le décentrement,
le retournement. Il ne s’agit pas par là d’égarer le lecteur, de le déstabiliser par
une sorte de jeu pervers. C’est tout l’inverse. Lui offrir la possibilité d’une
lecture palinodique et kaléidoscopique, c’est détruire le livre comme fatum,
comme destin de lecture irrévocable. C’est placer le lecteur dans la capacité de
décider par lui-même, de ressaisir la contingence de sa propre démarche, de sa
propre vie, que rien pour lui n’est écrit à l’avance, qu’il est en mesure de
desserrer l’étreinte des modèles dominants. Ici, pas de quête d’une vérité ultime,
pas d’énigme à résoudre, pas de sens à déchiffrer, mais un livre sans secret, ou
dont le secret ne se trouve nulle part ailleurs que dans les modalités
énonciatives de la lecture comme marche, arpentage, cartographie, dont le
secret se livre aussi à chaque pas, dans la découverte de sa propre aptitude de
lecteur à construire un parcours, à être un lecteur-opérateur. Non pas faire ce que
l’on veut, mais faire ce qui donne de la liberté vis-à-vis des autres et de soi-
même. Non pas passer par une soumission, un agenouillement devant un
modèle intellectuel de haut niveau, mais faire du texte un révélateur de ses
propres positionnements sociaux et culturels. Non pas se présenter devant le
19 livre comme un ignorant en se mettant servilement dans la position de l’élève
face au maître, mais aller chercher dans le livre les conditions de sa propre
autonomie. Ainsi, que le livre devienne un exercice de liberté, de libération de
tout modèle. Qu’il mette en crise la relation maître/élève, savoir/ignorance,
vérité/erreur, plénitude/manque, commandement/obéissance. Qu’il soit un
relais, au sens d’un transmetteur, mais également d’un transformateur, qu’il
place l’individu-lecteur dans l’aptitude à initier un parcours de vie, à tracer une
ligne nomadisante, à multiplier les connexions, à entrer dans un devenir selon
un mouvement de déterritorialisation.

You can do it ! Principe qu’on ne doit pas comprendre au sens d’une
opération mimétique : je l’ai fait, donc fais-le à ton tour, imite-moi ! Mais au
sens d’une capacité de tracer un parcours de vie inédit. Do it yourself ! Tu en es
capable, fais-le toi-même ! Tu peux faire de ce livre la production de ton propre
désir ! Tu peux faire de ce livre une machine désirante qui te permette de
machiner ta propre existence, de découvrir en toi ton aptitude à explorer tes
propres conditions de vie, ton ancrage historique, social, économique pour
créer la possibilité d’une fuite, d’un échappement, et donc la construction d’une
ligne de résistance qui ne réponde à aucun mot d’ordre, ni à aucun mode
d’emploi ! L’agencement anarchique de la machine citationnelle transforme
l’acte de lecture en un acte de liberté en dotant le lecteur d’une capacité de
transformation personnelle. En dehors de tout modèle établi, anarchiquement, il
permet d’emprunter des séquences textuelles pour les rejouer dans sa vie
comme mise à distance de soi, comme démystification de tous les processus de
fixation identitaire qu’imposent à chacun les modes dominants d’intégration
sociale. Par conséquent, si le texte comme espace désirant omnidirectionnel est
au départ du mouvement de déterritorialisation du lecteur, c’est en se laissant
lui-même emporter, déplacer, décadrer par le lecteur vers un devenir
imprévisible. Le dehors historique avec lequel se connecte la machine textuelle
passe par le lecteur dont la position énonciative n’est jamais fixée et
déterminable à l’avance. Le lecteur est la variable aléatoire qui en se greffant sur
le texte assure son fonctionnement nomadisant et permet alors l’enclenchement
et l’élaboration d’une ligne de fuite vers un dehors historique. Il est ce qui fait
fuir le livre, dans les deux sens du terme, aussi bien en le faisant sortir de lui-
même, en le faisant déborder vers le monde, en l’inscrivant dans un « devenir-
monde », qu’en le vidant de l’autorité avec laquelle il prétendrait encore être le
maître du jeu. On le sait, la ligne comme assemblage de points selon la logique
aléatoire de sa propre flexion est en rupture avec le point comme symbole de
rassemblement, de concentration et d’identité à soi-même. La ligne, c’est le
point en folie, sa dissémination. Le lecteur n’est pas un point, un point de vue,
un point de totalisation ou de déchiffrement global (centre de perspective,
centre d’unification signifiante), il est le déplacement du point par un effet de
prolifération qui le transforme en une ligne d’écriture au développement aléatoire. La
multiplicité textuelle est à penser par rapport au lecteur qui, en opérant la
construction d’un agencement non saturable à partir de séquences citationnelles
20 à renvois multiples, induit un changement d’échelle et un changement de nature
qui reconfigurent et bouleversent à chaque instant la disposition d’ensemble du
texte. Rien n’est fixe. Selon la construction au départ à claire-voie de la machine
citationnelle, le texte est inscrit d’entrée de jeu dans une logique instable de la
catastrophe (bouleversement/retournement). Il est fait pour bouger, pour se
laisser emporter, altérer, transformer. En étant reversé dans la vie par la
position énonciative du lecteur, ce n’est pas seulement sa valeur signifiante
ponctuelle qui est modifiée, c’est sa capacité signifiante d’ensemble. Panta Rei
(Héraclite). Tout coule, s’écoule, se fluidifie, se rend flexible à la manière d’une
ligne sinueuse sans origine ni fin. En étant sa modalité d’ouverture vers une
extériorité sociale non-dérivable, le lecteur fait fonctionner le texte dans de
nouveaux contextes énonciatifs qui en dynamisent et en transforment le sens
initial. Il opère de nouvelles connexions qui ne sont à référer à aucun modèle
établi à l’avance. Il procède aussi de façon non directive, de façon anarchisante
au sens fort du terme, invité qu’il est à créer de l’inédit dans sa propre vie en se
retrouvant dès le départ placé dans un espace de circulation à entrées et sorties
multiples, noué sur tout son long à la manière d’une tresse ou d’un anneau de
Möbius, selon la topologie paradoxale des espaces non euclidiens du
dessinateur Escher.

Il ne peut y avoir ici un lecteur-auteur. Si la machine textuelle fonctionne en
produisant une destitution de toute position de maîtrise, elle le fait jusqu’au bout,
c’est-à-dire en affectant du même coefficient de nomadisation la position de
lecteur. Dans un livre au sens traditionnel du terme, le lecteur doit se mettre à la
place de l’auteur à travers un rapport mimétique d’identification. C’est ainsi qu’il
dispose d’une position de surplomb, d’un point de vue central et entièrement
totalisant par rapport au sens dont le livre est la réalisation rigoureuse et
méthodique à titre de vérité. Il est un auteur de substitution, un auteur sur le
mode du comme si. Mais il ne l’est pas seulement en fonction d’un code culturel
de déchiffrement du livre comme unité signifiante qui vaut comme le
déploiement progressif et total de la vérité. Il l’est également en permettant la
reproduction en l’état d’une relation de pouvoir avec laquelle, en réalité, se
confond l’acte pédagogique de transmission de la vérité. Le lecteur placé par
décision culturelle dans la position subalterne de déchiffreur d’un sens d’ores et
déjà inscrit dans le texte par l’auteur est le point d’appui de la constitution de la
position de maîtrise du producteur attitré du sens qu’est l’auteur. C’est toujours
le lecteur qui fait l’auteur. Car l’auteur est l’image grimaçante du désir de
soumission du lecteur. Servitude volontaire du lecteur qui ne peut rêver de rien
d’autre sinon d’être à son tour dans la position de maîtrise de l’auteur et, donc,
de reconduire à son avantage la relation de pouvoir qui structure socialement et
culturellement le mode d’utilisation des œuvres supposées majeures. C’est ce
couple auteur/lecteur que fait voler en éclats la machine textuelle en inscrivant
le lecteur dans un devenir-écriture qui induit une circulation ouverte du sens, un
mode de positionnement de soi par subversion de toute position d’autorité.

21Par conséquent, le lecteur-opérateur ne vient pas terminer un processus
d’écriture qui aurait été interrompu par la bonne grâce de l’auteur. Il ne vient
pas combler les blancs, remplir les vides, rétablir la continuité là où une rupture
de la linéarité discursive aurait été produite délibérément et habilement.
L’auteur ne passe pas la main, ou la plume, pour que l’œuvre s’achève, se
conclut à travers un processus de délégation qui institue le lecteur en position
de légataire. Pas de relation testamentaire entre l’auteur et le lecteur. Autrement
dit, pas de relation œdipienne. Le livre à venir n’est pas, l’âme joyeuse, en quête
d’un auteur, d’un père, qui enfin lui donne une plénitude ontologique sans faille
et le hisse ainsi définitivement à la dignité de livre. Il n’est pas non plus un livre
en kit : voilà les pièces, voilà le mode d’emploi, tu n’as plus qu’à monter toi-
même l’ensemble ! Sinon, il ferait du lecteur ce prisonnier pitoyable qui
construit lui-même sa cellule. Mais il n’est pas plus le livre interactif, qui cherche
à donner l’illusion d’un renversement du passif en actif en faisant faire sur un
mode participatif, ludique, convivial, ce qui refuse habilement de se présenter
sous les traits autoritaires d’un ordre inflexible. Sinon, il ne serait rien d’autre
que le relais de cette nouvelle société consensuelle, où le pouvoir se diffuse
partout, interpelle chacun le sourire kleenex de l’hôtesse sur les lèvres en
cherchant à faire tenir chacun à sa place, .à la bonne place, celle de l’individu à
l’employabilité sociale sans limites. Mais il ne cherche pas davantage à
transformer le lecteur en héros de sa propre vie par une identification
enchanteresse à un modèle standard et idéologiquement douteux de puissance,
de toute-puissance. Il n’y a pas, le temps d’une lecture, à entrer dans la
dimension virtuelle d’un héros imaginaire et, par le coup de baguette magique
d’un auteur adroitement dissimulé derrière le texte, à se projeter dans le rôle
séduisant du maître du jeu, du maître du sens, du maître de sa destinée, pour,
tout de suite après, l’air déconfit, retrouver sa petite place d’employé modèle
d’un système productif prédateur. Il n’y a pas à s’imaginer en ceci ou cela, mais,
selon la belle formule de Nietzsche, à devenir ce que l’on est. Deviens ce que tu
es, toi lecteur, c’est-à-dire mets-toi en capacité de produire une ligne de vie en te
raccordant à ce qui en toi te fait l’étranger de ce monde, le dehors, sans image,
sans signifiance, sans subjectivation, sans identité. Ne sois pas aussi le héros en
papier d’un jeu, mais prends-toi au jeu, fais que le jeu devienne pour toi une
aventure sans héros, sans événements référables à des modèles sociaux dominants
d’identification. Deviens un anti-héros. Partant, ne cherche pas être tout-puissant,
mais rends-toi imperceptible en traçant une ligne désirante qui implique toujours
un effacement de soi, la possibilité de se connecter à des flux impersonnels, à
des modes de présence décentrés, à des modes d’intervention transversaux.

Le livre comme machine textuelle n’est pas le miroir de Narcisse, la
projection glorieuse de soi dans une image assurée et rassurante, puisque
indexée sur des modes collectifs de formation identitaire. Iconoclaste, il détruit
les images que la société nous renvoie de nous-mêmes et dans lesquelles nous
cherchons le plus souvent à nous immobiliser. Anti-œdipien, il est anti-
narcissique. Il ne traîne pas derrière lui une imago parentale, l’imago d’un homo
22 socius construit de part en part par la loi autoritaire et hiérarchisante du collectif.
Il amène tout au contraire à désimaginer le rapport à soi en se défaisant des
identités toutes faites que la société nous impose pour entrer dans un devenir-
monde en développant une nouvelle énergétique, une rythmo-énergétique (quelque
chose de dansant, de musical), une aptitude à capturer les courants de vie qui
circulent, à les lancer dans des directions inattendues, à faire de la lecture une
navigation, quand tout est affaire de vent, de courant marin, pour avancer, se
déplacer, se raccorder, résister, rompre, refuser, traverser, circuler, sauter vers
l’ailleurs. Voilà aussi l’essentiel : ne pas se construire sur un mode œdipien, mais
désœdipianiser le rapport à soi et aux autres. Du coup, ne pas être dans une
relation d’engendrement, mais d’alliance, lorsqu’il y a rencontre, prélèvement,
capture, greffe, hybridation, rapport à l’autre, à l’étranger, à l’hétérogène.
Difficile tâche : aller chercher dans le monde ce qui n’est plus assimilable à des
positions identitaires, ce qui échappe à une relation d’identification par
intériorisation mimétique de l’instance sociale de contrôle. Bref, sortir de toute
position ou de toute quête identitaire, dans la mesure où une identité (A=A) est
toujours liée à une hiérarchisation des rapports (A+ différent de B-), à un
dédoublement intérieur, miroir de Narcisse aidant, où l’on intériorise le regard
de la société, où l’on se voit tel que la société nous voit, ou tel que l’on croit
qu’il faut être vu par la société pour être « bien vu ». Loin de toutes les parades
culturelles orchestrées institutionnellement avec la majesté des grands jours de
gloire, loin également de la position docte de l’érudit ou de l’expert attitré, le
fonctionnement nomadisant de la machine textuelle débouche sur un nouveau
mode de vie qui vaut comme libération : ne plus être dans un souci de
reconnaissance (désinvestir la position œdipienne), ne plus rien avoir à prouver
(ni à soi-même ni aux autres), aller jusqu’à ce point maximal d’usure où la
distance ironique vis-à-vis de soi-même indique qu’il ne s’agit plus de se
prouver à soi-même que l’on sait, que ce que l’on fait est bien, où il n’est plus
question d’être l’élève du maître ou le maître de l’élève, mais de sortir de toute
relation entre maître et élève. Ainsi se noue un autre rapport à soi et aux autres,
où, justement, le devenir-monde induit par le fonctionnement nomadisant de la
machine textuelle fait aller chercher au-dehors des courants de vie créatifs en se
rapportant à soi-même sur un mode impersonnel.
Qu’est-ce que lire aussi L’Anti-Œdipe ? Certainement ne pas se prendre pour
un auteur. Certainement pas non plus entrer dans un processus de
reconnaissance, que ce soit en cherchant à se reconnaître soi-même, à se
donner un visage aux traits fixés une fois pour toutes, ou que ce soit (ce qui est
la même chose) en cherchant à être reconnu par les autres en leur demandant
d’être les témoins de sa propre réussite identitaire. C’est créer de nouvelles
conditions d’existence, de nouvelles proximités et de nouveaux lointains, et vis-
à-vis de soi-même et vis-à-vis des autres. C’est faire de l’espace à entrées et
sorties multiples de la machine textuelle le mode opératoire de la mise en jeu de
son propre désir. Du coup, c’est se rapporter à l’horizon nomadisant du désir
comme écho d’un enlacement insolite du proche et du lointain qui déjoue à
l’avance toutes les identités établies et nous fait passer ailleurs, de l’autre côté
23 des frontières sociales et culturelles, du côté d’un espace ouvert de vie. Par
conséquent, lire, lire L’Anti-Œdipe, ne veut pas dire extraire un sens, comme un
puisatier de la vérité, ni entrer en communication avec un auteur en se mettant
dans la position humble et bienveillante de l’élève ou de l’interlocuteur
potentiel. C’est faire pousser des herbes folles entre les lignes du texte. C’est à
chaque renvoi citationnel créer les conditions d’une improvisation, d’un pas de
côté, d’une tresse inédite avec ses propres lignes de vie nomadisantes. Quoi
qu’il en soit, c’est toujours partir du milieu, aux deux sens du terme, au sens de ce
qui forme un entre-deux et déjoue à l’avance le système de partage et de
hiérarchisation dichotomiques lié aux grandes constructions culturelles, mais
également au sens de ce qui renvoie à un espace illimité, sans origine ni fin, où des
rencontres deviennent possibles en dehors des systèmes de communication
homologués et garantis socialement, où le rapport à soi et aux autres acquiert
cette fluidité si particulière en ne se monnayant plus à travers les cadres sociaux
préétablis. En un mot, c’est accepter d’entrer dans un devenir pour se
transformer, se métamorphoser.
Devenir, quel beau mot ! « Ce qui arrive. » Ce qui, arrivant, fait qu’un
changement survient, qu’on ne se reconnaît plus comme le même, ni dans le
même contexte ni dans la même situation. Une mue s’opère, de sorte qu’on se
ressaisit soi-même dans cette capacité de changement, capacité exceptionnelle
de devenir autre que soi-même, de se rendre étranger à soi-même. Car devenir,
ce n’est pas vivre un simple écoulement du temps. Ce n’est pas rester le même
en plus vieux, avec une durée qui se serait augmentée d’une nouvelle portion de
temps. Devenir n’est pas de l’ordre du quantitatif, mais du qualitatif. Ou, plutôt,
c’est une transformation quantitative qui se traduit immédiatement par une
différence qualitative. Ou, inversement. C’est : que t’est-il arrivé ? Qu’est-ce
qu’il y a de différent ici et maintenant pour toi ? C’est la modalité verbale d’une
différence comme différenciation, comme écart ou écartement entre soi et soi-
même, de même qu’entre soi et un certain état du monde qui prétendrait se
reproduire à l’identique indéfiniment. Devenir, en ce sens, ce n’est pas mieux
ou plus s’appartenir, c’est, inversement, s’ouvrir à la possibilité de ne pas rester
le même. C’est entrer dans une ligne évolutive qui implique une transformation
de son rapport à soi-même, aux autres et au monde. Il n’y a pas ici une
croissance par verticalisation en fonction d’une hauteur transcendante valant à
titre de modèle, mais une croissance par efflorescence horizontale en fonction
de l’horizon ouvert et nomadisant du désir. Car ce qui arrive n’arrive pas en vue
d’autre chose que de permettre que cette arrivée se produise ici et maintenant
dans les termes d’un couplage avec ce qui correspond pour soi à l’hétérogène,
au différent. La société n’arrête pas de présenter des objectifs, de persuader les
individus qu’ils doivent cesser d’être quelque chose pour être autre chose, d’être
enfant pour être adulte, d’être élève pour être maître, d’être apprenti pour être
employé, d’être célibataire pour être marié. Elle multiplie les formes
d’identification en indiquant le mode de liaison à soi-même et aux autres à
partir de fins qui renvoient à des modèles dominants de conduite et d’évolution.
Il faut toujours être autre chose que ce que l’on est, mais par rapport à ce qui
24 définit une norme, un modèle standard de vie, auquel il s’agit de s’identifier en
se vivant sur le mode idéalisant et homogénéisant de l’avoir à être, en refusant
aussi d’être autre chose que ce qui obtient à l’avance l’aval de la société. Au
contraire, l’homme qui s’ouvre à un devenir ne part en quête de rien. Il vit un
rapport en fonction duquel il se situe dans ce qu’il fait. Il habite son propre acte
comme une façon de se rendre étranger à lui-même et aux modes de vie
dominants, de devenir.
S’il y a une politique de la lecture, c’est bien dans la mesure où il s’agit pour
le lecteur de rattacher sa vie à l’acte de lecture pour que, quittant le livre, il en
prolonge l’expérience dans la suite de sa vie. Vivre avec le livre, vivre en lecteur,
c’est vivre avec la possibilité de se transformer à travers la réalisation ici et
maintenant d’un devenir qui redessine son rapport au monde en pluralisant ses
modes d’être, en créant des connexions inédites entre soi et l’hétérogène. Pas
d’échappée aussi, le temps d’une lecture, vers une dimension imaginaire
apaisante ou dépaysante. Pas non plus l’acquisition salvatrice d’un savoir qui
nous arracherait résolument à une ignorance supposée. Lire, ce n’est pas oublier
qui l’on est pour faire un voyage imaginaire dans un pays extraordinaire ou,
avec l’émoi du néophyte, s’ouvrir à une vérité impersonnelle. C’est se rapporter
à sa situation ou à sa position dans le monde pour en redéployer l’horizon dans
le sens d’un devenir nomadisant et subvertir alors, par un mouvement interne,
les principes hiérarchisants qui en assurent innocemment la solidité sociale.
Inventer un mode d’écriture permettant d’opérer l’épuisement de toute unité et
de toute totalité (la machine textuelle comme machine désirante sans origine ni
fin dans une position de maîtrise signifiante), c’est donc bien rendre possible
une autre lecture, qui ne soit plus tributaire des fonctions sociales habituelles
d’évasion imaginaire ou d’enrichissement culturel. L’autre lecture, c’est alors la
lecture à partir de l’autre, à partir de ce qui rend actif l’écart différentiel vis-à-vis
des modes collectifs de formation identitaire. C’est la lecture comme
agencement nomadisant dans l’hétérogène à partir de l’horizon ouvert et
disséminant du désir. On ne reproduit pas en lisant (un texte, un sens,
l’intentionnalité d’un auteur), on produit des différences par son entrée dans un
espace anarchique de circulation du sens à entrées et sorties multiples. On
quitte aussi l’opération conservatrice à laquelle les grandes instances culturelles
cherchent toujours à assujettir l’aspirant au savoir : décalquer. L’élève décalque
le cours du maître. Le lecteur décalque le livre. Ils sont l’un et l’autre voués à
une entreprise de célébration de l’ordre en place et, à leur insu, transforme le
livre en un instrument de domination, de leur propre domination. Lire n’est plus ici
que la triste histoire d’une soumission. De phrase en phrase, de paragraphe en
paragraphe, de chapitre en chapitre, une seule et unique chose est répétée : tu
lis, toi lecteur, ton propre assujettissement à une histoire qui te tourne vers le
moment ultime de la délivrance d’une vérité avec laquelle doit se confondre le
sens même de ton existence. Le livre comme objet culturel est l’histoire mise en
livre ou se déroulant à la manière d’un livre. Saturation complète : passé,
présent et avenir sont liés ensemble pour former une trame continue et se
conclurent par l’apothéose de l’avènement d’une vérité en position de fondation
25 première et dernière du cours de l’histoire des hommes. Subversion aussi
complète de la lecture quand lire c’est faire pousser entre…, entre les lignes, les
mots, les phrases, quand c’est rouvrir le texte par l’effraction décontextualisante
qu’opère la citation pour faire abonder l’herbe folle, quand c’est ouvrir un
devenir en laissant advenir des lignes de vie, des lignes d’écritures
nomadisantes.
Le livre qui est ici proposé à lire n’est pas un livre sur Deleuze et Guattari. Il
ne leur rend pas hommage, ne cherche pas à les célébrer, à ériger un monument
culturel à leur gloire. Il ne cherche pas non plus à restituer pieusement la vérité
ultime de L’Anti-Œdipe. Depuis longtemps, il s’est débarrassé de la position
vertueuse du disciple angoissé à l’idée de déformer la pensée du maître, d’offrir
une pâle copie, bien misérable et imparfaite, de la grande œuvre des maîtres
maintenant disparus. Deleuze et Guattari ? Peu importe ! L’essentiel n’est pas
d’avoir compris, mais de faire, de faire passer Deleuze et Guattari ailleurs, autre
part, d’en faire des passeurs, comme pour le franchissement d’un col, d’un
fleuve, d’une frontière : aller de l’autre côté, sortir du tout fait, du prêt-à-
l’emploi, du prêt-à-penser, aller là où les modèles s’épuisent, là où toute
position d’autorité se renverse en l’ouverture vers l’hétérogène, le vide, le
dehors, l’inimaginable, l’abstrait. Bref, où nos vies deviennent enfin concrètes,
libres, légères comme l’air, fluides comme l’eau, les entre-deux par excellence,
qui ne connaissent les partages identitaires que pour les traverser allégrement.
Une seule chose à dire aussi au lecteur : E la nave va ! Et vogue le navire !

à Stéphane

Alexandre Zavadil, Valbonnais, Juin 2012


26 IIntroduction


Ancêtre du jeu de rôle papier ou plateau, puis vidéo, le livre dont vous êtes le héros
est apparu en France dans les années 80. Il s’agissait de se construire un
personnage en quantifiant aléatoirement certaines de ses compétences puis de
lui faire vivre une ou plusieurs épopées. Le livre était divisé en paragraphes
numérotés, comme c’est le cas présentement. Le paragraphe 1 posait votre
personnage dans une situation quelconque et se terminait par un choix. Chaque
possibilité correspondait à une proposition de continuation de lecture dans un
paragraphe dont on vous soumettait le numéro :

Si vous décidez de plonger dans le chaos de gouttes, allez au
paragraphe 237. Si vous décidez de l’unifier en un tout organisé et
cohérent, allez au paragraphe 101. Enfin, si vous désirez gagner du
temps et observer les différents flux qui coulent ou sont coupés,
continuez au paragraphe 2.

Dans les mondes qui nous concernent, ceux peuplés de briques volantes,
d’œufs magiques, de DeGaT, de corps sans organes, d’espaces lisses ou striés,
chaque paragraphe est aussi un carrefour de parcours de lecture :
- Vous pouvez obliquer en cours de texte en suivant le chiffre noté 24 ou
97 173345 collé à un terme, de la manière suivante : multiplicité ou délires .
- Vous pouvez aussi faire votre choix en fin de paragraphe avec des
propositions du type :
Sexualité molaire / Sexualité moléculaire : 300
La mort vient du dehors : 282

Notre texte est basé sur ce livre d’aventures particulier qu’est L’Anti-Œdipe,
paru en 1972, œuvre commune du philosophe Gilles Deleuze (1925 – 1995) et
du schizo-analyste “feu d’artifice” Félix Guattari (1930 – 1992). Nous avons
pris leur livre et en avons fait autre chose. Nous l’avons interprété dans le sens
développé par Félix Guattari que nous citons au numéro 8 de notre livre, à
savoir comme une interprétation musicale.
Ainsi, « Nos désirs font désordre » est une réponse à la question :

« Comment je le joue, moi, L’anti-Œdipe ? »

Nous ne cherchons pas ici à démontrer ni à convaincre. Nous cherchons à
produire. « Le produit de notre rencontre avec L’Anti-Œdipe produit-il du
produire ? » C’est la question que nous posons aux futurs héros de ces
aventures.


27
Quelques précisions techniques :

Au moins la moitié du texte de l’œuvre originale est reportée telle quelle, mais
ordonnée de manière différente. Chaque passage apparaît alors en italique et se
termine par une inscription du type AO123 à traduire par : L’Anti-Œdipe,
éditions de Minuit, 2012, page 123.
Une vingtaine d’autres ouvrages sont également cités dans le texte. Ils sont
référencés de la manière suivante : IR34 ou QP101 (L’interprétation des rêves,
éditions PUF, page 34 et Qu’est-ce que la philosophie ? Editions de Minuit, 1991,
page 101). La liste des abréviations se trouve en fin d’ouvrage.
Le nombre accolé correspond au numéro de la page dont la citation est
extraite. Sont également cités les cours et séminaires enregistrés de G. Deleuze
et F. Guattari, des films, des cas vécus… Enfin, les passages tirés de L’abécédaire
du philosophe sont noté Ai ou Aa pour : Abécédaire, lettre i (idée) et lettre a
(animal) respectivement.
Vous trouverez aussi des passages de Wikipedia, mais ceux-ci ne prétendent
en rien remplacer les recherches que le lecteur pourrait mener par lui-même.


Sur la présentation générale du texte :

Chaque page est composée de deux colonnes : celle de gauche (écriture gras
italique) est une sorte de condensé du corps du texte constitué par la colonne
centrale.

Il n’y a pas de sommaire reprenant l’ensemble des titres des différents
paragraphes. Cet ouvrage n’est, en effet, ni un dictionnaire ni une encyclopédie,
il a besoin, nous semble-t-il, que l’on s’y promène et peut-être que l’on s’y perde
un peu.

Enfin, sachez que DeGaT est une fusion de Gilles Deleuze et Félix Guattari
dont nous n’avons pas cherché ici à préciser les différences, chacun d’eux étant
déjà plusieurs.

Bonnes aventures, bonnes découvertes, bonnes créations !


28












1 - Il y a un monde parallèle


1889, stage à Nancy : Freud en retire la conviction de
l’existence et de la puissance de mécanismes psychiques situés
en dehors de la conscience.
Il existe
Un sujet exécute, sans en avoir conscience, des ordres

préalablement donnés alors qu’il se trouvait sous hypnose (du un
type « lorsque tu entendras ce mot, tu feras tel geste »). C’est la inconscient.
preuve qu’un certain nombre de messages et d’actes échappent
à la conscience de l’individu pour se retrouver, selon la formule
du psychologue Fechner, « sur une autre scène ».



Ce qui compose cette autre scène :
o d’après Freud : 2
o d’après Gilles Deleuze et Félix Guattari (DeGaT) : 3
Le cheminement scientifique de Freud pour découvrir la
constitution de l’inconscient : 4
Formation de l’inconscient freudien chez l’enfant : 5

Jung découvre l’inconscient grâce aux complexes : 59
110 ans après, des exemples d’expériences scientifiques sur
l’existence de l’inconscient : 24






29
14-1522 - Freud : l’inconscient est constitué de pulsions refoulées

« Notre concept de l’inconscient nous vient de la théorie du
11refoulement . Le refoulé est pour nous le prototype de
Deux l’inconscient. Mais nous voyons qu’il y a deux types
inconscients d’inconscient : celui qui est latent, tout en étant capable de
devenir conscient, et le refoulé, qui est en soi, et, pour tout
dire, incapable, de devenir conscient. Le latent qui est
inconscient au niveau descriptif mais non au niveau
296dynamique, nous l’appelons préconscient . Quant au nom
d’inconscient, nous le réservons au refoulé qui est inconscient
MC249au sens dynamique. »
L’inconscient, lieu de stockage des moments forts, vécus ou
fantasmés, est considéré par S. Freud comme le moteur

principal du mental humain, c’est-à-dire de son psychisme. La
alimentés
mémoire serait alors un des fondements de l’inconscient. Que

cette mémoire concerne seulement la petite enfance, ou plus par la
largement la vie du patient, c’est un débat interne à la mémoire.
psychanalyse.
21« Le comportement de la mémoire dans les rêves est
certainement très significatif pour toute théorie de la mémoire.
Il nous apprend que rien de ce que nous avons possédé
IR27intellectuellement ne peut être entièrement perdu. »
Ainsi, l’inconscient est fait de tout ce que nous avons, à un
moment de notre vie, perçu ou fantasmé, et que la conscience
a parfois refusé.
Traumatisme : 22
Comment Freud aboutit à cette définition : 4
Comment se constitue l’inconscient freudien : 5

La position de G. Deleuze et F. Guattari sur le sujet : 3
Inconscient psychanalytique vs inconscient schizo-
analytique : 298
Inconscient de DeGaT vs inconscient de Freud : 42

Rien ne se perd de notre mémoire est une idée développée
par H. Bergson : 27
Pour celui-ci, la mémoire hante la perception en recouvrant le
171présent avec des images du passé, perturbant ainsi
127considérablement la sensibilité à la nouveauté . Ce principe est
repris par DeGaT : l’inconscient de la psychanalyse, tourné vers le
183passé, met un voile sur le présent, sur la production sociale réelle et
175sur la réceptivité à la rupture .


30
33 - L’inconscient selon DeGaT

En premier lieu, l’inconscient produit. Il n’est pas archiviste.
Un 26Il prend dans la réalité , pour dégager des choses, puis croise,
inconscient
transforme, mélange, donne, fait sortir, régurgite en
transformant. « …l’inconscient fait des machines qui sont celles du qui produit,
désir. [...] L’inconscient ne dit rien, il machine. Il n’est pas expressif ou
AO217représentatif, il est productif. »
171qui est L’inconscient est donc actuel . Il n’a rien à voir avec la
au présent mémoire, aussi trompeuse pour appréhender le passé que pour
161comprendre les rêves . Il n’est pas tourné vers notre petite
2enfance (position de S. Freud ), ni vers l’histoire de l’humanité en rapport
25avec (position de C. Jung ). Il est une usine qui fonctionne dans le
présent, traversé par des choses au riche passé (les civilisations,
les grands les figures marquantes de l’Histoire, les grandes guerres, les
noms asservissements, etc.), mais qui restent des éléments du
de l’Histoire présent : quelle est la conséquence actuelle de ces grandes
civilisations, dans le fonctionnement social quotidien, dans les
rapports de classes, le rapport à la richesse, la façon de
communiquer, de penser, etc. ? Quels sont les éléments de et les
puissances l’Histoire qui fonctionnent encore dans le présent ? Quel est le
de la nature. rôle de l’esclavage, des guerres mondiales, des chasses aux
sorcières dans les inconscients actuels, dans la société
(technique, droit, habitudes, modes de vie, …) ? Enfin, l’autre
part de l’inconscient, après l’Histoire (homo-historia), est en
166rapport avec la nature (homo-natura) : les flux du corps et
ceux de la nature, des animaux, du climat, le rapport à la
98température, aux vents, ... Les délires des schizophrènes
L’inconscient donnent de nombreuses pistes pour percevoir le
traite fonctionnement de l’inconscient.
la violence
« On délire sur les races, sur les grands noms de l’histoire, sur
du présent
Adles climats, sur les déserts. »
Bref, l’inconscient est en relation directe avec le présent. Il
en
215 26-30subit la répression du présent et produit du réel dans le reproduisant
165présent. Il est multi-connecté avec l’actuel, et ne contient les des intensités
données du passé que dans le sens où elles ont encore une
en résonance résonance, un sens, des liens avec le présent. La position de
avec le passé. DeGaT est ainsi à l’opposé de celle de S. Freud lorsque celui-ci
6fait appel au complexe d’Œdipe : « On ne délire pas sur son
Adpère et sa mère. On délire sur le monde entier. »
Inconscient de DeGaT vs inconscient de Freud : 42
Non-œdipien
Les différents arguments contre Œdipe : 230 et
43« …il ignore la castration non moins qu’Œdipe, comme il ignore les parents, les impersonnel
66 204 AO74-75dieux, la loi , le manque … »
31
Au risque de nous répéter, pour DeGaT, l’inconscient, c’est
Inconscient
du réel et réciproquement. Ils ont la même forme et les mêmes et réalité
types de fonctionnements, c’est-à-dire qu’ils sont constitués :
163sont de la - de machines qui font couler et qui coupent,
166même forme : - de flux qui coulent ou sont coupés,
70- de corps sans organes improductifs, sur lesquels les flux
coulent,
87- de codes . multiples
L’inconscient se compose de substances plus ou moins plutôt que
fluides et productrices, de champs intensifs, de gradients, de triadiques,
zones plus ou moins comprimées ou en extension. À la triade
12Moi -Surmoi-Ça freudienne, DeGaT opposent une multitude
de strates interconnectées et dynamiques.
abstraits « …il n'y a pas de matériel inconscient, si bien que la schizo-analyse
(non n'a rien à interpréter. Il n'y a que des résistances, et puis des machines,
figuratifs),
102 AO378machines désirantes . »
Faire une schizo-analyse : 76 non
Faire une schizo-analyse revient à trouver les machines représentables
désirantes : 291
Schizo-analyse vs Psychanalyse : 290

140L’inconscient est abstrait comme on dit qu’une peinture est
abstraite : “abstrait” dans le sens “non figuratif” mais pas dans non-
interprétables le sens “non réel”, contraire au réel. L’inconscient est abstrait
227car il ne représente rien, ni père ni rien d’autre. C’est un
195produire (une peinture veut produire quelque chose chez le
spectateur) et un produit de la société (Warhol, les collages de Les machines
de Kurt Schwitters, les mouvements picturaux de l’époque, ...).
l’inconscient « Penser, ce n’est pas, pour Deleuze et Guattari, représenter.
247 Si bien qu’il s’agit non de représenter le désir, mais de le
ne sont pas 137penser. En ce sens, dans L’Anti-Œdipe, penser s’adresse
identifiables profondément à un inconscient, c’est-à-dire à un non
représentable. Or, rappelons que, précisément, Deleuze et
à celles
Guattari reprochent à la psychanalyse d’avoir simplement
du vécu,
247transporté les représentations dans l’inconscient. C’est-à-dire
d’avoir peuplé l’inconscient de quelque chose qui concerne la aux machines
forme même de la conscience, à savoir la représentation. Au techniques.
contraire, si pensée inconsciente il y a, elle réclame un critère
114spécifique, d’où la logique moléculaire , etc. Autrement dit, la
137pensée s’adresse directement à un inconscient. Quant à la
163machine , il s’agit de l’engendrer dans la pensée, et non de se
la représenter. » François Zourabichvili, séminaire 2005
32
« Il n'y a pas de fouille ou d'archéologie dans l'inconscient, il n'y a pas
de statue : rien que des pierres à sucer, à la Beckett, et autres éléments La cruauté
AO408machiniques d'ensembles déterritorialisés. » anthropo-
morphique « …ne prête-t-on pas à l’inconscient des horreurs qui ne peuvent être que
celles de la conscience, et d’une croyance trop sûre d’elle-même ? Est-ce
exagéré de dire que, dans l’inconscient, il y a nécessairement moins de
est plutôt cruauté et de terreur, et d’un autre type, que dans la conscience d’un
dans la héritier, d’un militaire ou d’un chef d’État ? L’inconscient a ses horreurs,
raison
mais elles ne sont pas anthropomorphiques. Ce n’est pas le sommeil de la

raison qui engendre des monstres, mais plutôt la rationalité vigilante et
insomniaque. L’inconscient est rousseauiste, étant l’homme-nature. Et que
AO136que dans de malice et de ruse dans Rousseau. »
l’inconscient, Principe fondamental sur lequel S. Freud et DegaT se
107rejoignent : l’inconscient, donc les désirs et leurs intensités ,
sont le moteur principal de la vie.
moteur L’inconscient structuré comme deux langages : 240
principal Lacan écrit que l’inconscient est structuré comme un langage.
de la vie. L’inconscient est formé d’objets partiels : 71
La reproduction de l’inconscient : 244
L’inconscient est moléculaire : 114
L’inconscient et la mort : 294
« L'expérience de la mort est la chose la plus ordinaire de l'inconscient,
142précisément parce qu'elle se fait dans la vie et pour la vie, dans tout passage ou Manifeste/
65 AO398tout devenir, dans toute intensité comme passage et devenir . » latent

contre Contre l’inconscient freudien : 2
21 21 « À la distinction du contenu manifeste et du contenu latent , à la distinction
11Schizo/ du refoulant et du refoulé , nous devons substituer les deux pôles de l’inconscient :
102 181parano la machine schizo-désirante , et l’appareil paranoïaque œdipien, les
AO471Appconnecteurs du désir et les répresseurs. »
56 Libérer l’inconscient par la schizo-analyse : 47
Inconscient et libido : 40
Même s’il n’y a pas identité entre inconscient et libido, la libido est Répression
forcément inconsciente. et
L’inconscient n’est pas anthropomorphique. Il ne connaît libération
pas les personnes : 216
La sexualité est aussi, au fond, non-humaine : 287

« S’il y a un intérêt à procéder à une lecture deleuzienne de
l’inconscient, c’est simplement parce que l’inconscient n’est pas
216quelque chose qui relève de mon individualité privée .
L’inconscient est quelque chose qui montre comment ma
183 185subjectivation est d’emblée sociale . Donc avec Marx , et
163contre Lacan, le concept de machine doit remplacer le
335concept de structure car la structure reste de l’ordre des
33
idéations, reste de l’ordre d’une concaténation formelle. La
structure est de l’ordre du système clos. Elle est de l’ordre de
l’arrangement systématique des places. À cette conception qui
L ’inconscient reste une conception idéale, Deleuze et Guattari opposent le
produit concept de machine. S’il y a structure, elle est le résultat de la
du réel, machine. Et ce qui compte dans la manière dont du social
du social. produit des sujets individuels, ce sont ces éléments
machiniques de production qui font que la structure doit
s’ouvrir sur le monde économique et social. […] Grâce au
concept de machine, l’analyse freudienne et l’analyse
lacanienne sont versées dans quelque chose qui est une
Il est aussi, effectivité des luttes sociales et qui permet à Guattari de
63lui-même, proposer une théorie de l’agencement d’énonciation qui nous
68produit permet de concevoir les sujets humains comme étant la
par la société. production complexe et mesurée de dispositifs sociaux qui les
dépassent intégralement. Avec Guattari, la question n’est plus
26 sociale, la celle de savoir si je puis m’émanciper de la réalité
question devient celle de savoir comment agir sur les processus
de subjectivation. Il faut alors penser que, et en rupture avec le
Comprendre
structuralisme, ce qui crée des individus sociaux, ce n’est pas
comment
une opération de langage, ni une opération de communication. il est produit
Ce qui crée un individu social, c’est une sorte de manufacture par le
de subjectivité, de telle façon que la subjectivité doit être capitalisme,
conçue comme sociale, et doit être conçue comme un
agencement qui procède d’un certain type observable et
attestable de relations et de forces sociales, de telle manière que
cette critique de la subjectivité doit s’entendre comme une
c’est 105critique du capitalisme . […] Avec cette critique du
commencer capitalisme, vous en venez à une critique des mutations
une critique
subjectives qui doit nous permettre de concevoir, et, pour
du
demain, quelque chose qui soit à la fois une observation capitalisme.
clinique des processus sociaux de consolidation et de création
des subjectivités. Analyse clinique qui doit déboucher sur une
AS68critique. »


4 - Freud aboutit à sa définition de l’inconscient
Tiré de E.U., Marthe Robert

Freud naît en 1856. Lorsqu’il devient médecin, il se trouve
confronté aux malades appelés « nerveux » :
Des troubles « Ces gens qui encombraient les consultations narguaient la
sans origine doctrine officielle puisque leurs troubles étaient exprimés à
physiologique grand bruit et accompagnés de souffrances variées, mais sans
aucun lien avec une lésion organique assignable.
34 L’enseignement de Charcot à la Salpêtrière l’avait fortifié dans
cette certitude que l’observation, fût-elle appliquée aux faits
cliniques les plus déroutants, est la seule voie qui conduise à
voir clair dans les choses encore inexpliquées. “Les médecins
savaient sur l’hystérie des choses dont ils parlaient volontiers
entre eux, mais qu’ils passaient unanimement sous silence en
public, de sorte qu’elles étaient exclues de leurs travaux et de Le sexe :
leurs congrès.” (S. Freud).
très présent Les médecins sont donc confrontés à plusieurs types de
dans les préjugés :
troubles - Ils n’arrivent pas à admettre qu’ils exercent une influence
sur la maladie de leurs patients nerveux dont certains sont
et les délires
amoureux de leur médecin comme Anna O. avec M. Breuer
hystériques.
ou les patients du docteur Charcot.
- Le sexe était clairement à l’origine de certains troubles,
mais ils n’osaient l’évoquer ouvertement.
- L’origine physiologique de ces maladies semble
inexistante.
Bien que passant pour quelqu’un qui s’éloignait du
positivisme scientifique et penchait du côté du charlatanisme,
Freud ne faisait qu’appliquer les fondements de la méthode
scientifique dénuée de préjugés :
Conserver
“1) Rendre à l’observation son sens plein, en recueillant
des méthodes
indistinctement tous les faits et en s’abstenant de les préjuger. scientifiques
2) Confronter les résultats avec les artefacts produits par la
situation thérapeutique, en demandant compte à l’expérience
elle-même de ses réussites, de ses déviations inattendues et
surtout, de ses échecs (tenter d’isoler ce qui n’est dû qu’au
rapport avec le médecin et qui ne vient donc que se rajouter à La parole
E.U.la maladie originelle)” (Freud). » atténue
les troubles. Et puis c’est le déclic. La première brique de ce qui
constituera la méthode psychanalytique est découverte : le
caractère curatif de la prise de parole.
« Lorsqu’un collègue aîné de Freud, Breuer, laisse sa patiente,
Anna O., lui raconter en détail les circonstances dans lesquelles
La catharsis apparaissaient ses multiples symptômes, les troubles, dont elle
souffrait au moment même, avaient cessé d’un coup : c’est le
55début de la méthode de “catharsis ” ou méthode Breuer-Freud
E.U.ou “ramonage de cheminée” d’après Anna O. »
L’hypnose et la suggestion amènent à penser que le malade Les
associations possède les clés pour se guérir. Mais ces méthodes ne
libres fonctionnent qu’à court terme et ne permettent pas de sortir
définitivement de la maladie. Freud met alors en place la
18technique des associations libres . Dans les analyses, les
patients remontent systématiquement à leur petite enfance et
35 évoquent leur sexualité. Ils font également état de leurs rêves.
Retour
Freud apprend alors à interpréter les rêves. sur la
Interprétation des rêves selon Freud : 21 petite enfance
9 Comment une interprétation peut-elle aider un patient ?
o Fonctionnement d’une analyse : 19
o Exemples d’interprétations : 23
Complexe d’Œdipe : 6
La sexualité enfantine évoquée par les patients prouve l’existence
d’une sexualité prépubère, ce qui n’était pas encore admis à l’époque.

Freud découvre une zone où « l’oubli n’est pas vraiment
L ’inconscient l’oubli, où ce qui n’est pas accessible à la conscience garde
n’oublie pas. cependant une remarquable vivacité ». Cette zone, il la
2-3baptisera inconscient
Comment se forme l’inconscient freudien : 5


5 - Le processus de formation de l’inconscient freudien :
le Surmoi et le Ça

2-3Un enfant n’a pas d’inconscient , pas de gardien de la
moralité, de la survie psychique. S. Freud développe l’idée
selon laquelle « chez l’enfant de trois ans : penser, dire et faire
sont une seule et même chose ». En découvrant l’interdit, celui-Intériorisation
ci va petit à petit se fabriquer un gendarme intérieur. Il va de la
intégrer et faire sienne la censure qu’il subit, venant du monde
extérieur. Il va s’identifier à la figure de l’autorité, c’est-à-dire,
figure le plus souvent, à la figure du père. « C’est la première et la plus
paternelle, importante des identifications de l’individu. [...] C’est une
identification directe, immédiate, plus précoce que tout
41 MC270investissement d’objet. »
Cela découle naturellement de son envie de limiter le rapport
conflictuel avec les figures de l’autorité et en particulier celle du donc de
227 31père . Ce gendarme intérieur sera appelé Surmoi et tout élan l’autorité :
de l’enfant vers quelque chose qu’il sait lui être défendu sera
traité par cette instance de la manière suivante :
- s’il s’agit d’un interdit mineur (manger un bonbon avant
formation le repas), alors son action sera limitée : l’enfant sera tout au
du Surmoi. plus saisi d’angoisse ou de honte (symptômes de l’action du
Surmoi).
- s’il s’agit d’un interdit majeur comme « tuer son petit
frère » ou « avoir un rapport sexuel avec un parent », alors
le Surmoi efface de la conscience de l’enfant ce désir qui
subsiste pourtant, mais enfoui dans son psychisme. Il est dit
36
11“refoulé ”. L’ensemble de ces désirs refoulés constitue la
majeure partie de ce qui est appelé inconscient. Le Surmoi
est D’autre part, l’efficacité du Surmoi peut être telle que, non
inconscient. seulement le désir n’émerge pas dans la conscience, c’est-à-dire
12le Moi , mais le Surmoi lui-même reste inconscient. Ainsi,
nous sommes ignorants à deux niveaux : d’une part de nos
14pulsions sexuelles, c’est-à-dire les pulsions de vie et les
15pulsions meurtrières , et d’autre part de l’action d’un gardien
qui étouffe et cache ces pulsions. Conclusion : le Moi reste
13ignorant du Ça et, le plus souvent, ignorant du Surmoi.
214Remarque : Dans son premier système, dit première topique ,
S. Freud introduisait les termes de conscient-préconscient-
214Première inconscient. Dans un second temps (deuxième topique ), il
et deuxième introduit les termes : Moi-Surmoi-Ça.
topiques Comment se manifestent les pulsions inconscientes ?
Comment émergent-elles malgré tout dans la vie
quotidienne : 16
Que devient une pulsion refoulée saisie par la
conscience ? : 19
Généralisation du Surmoi : 31
Il est formé de l’intériorisation de toutes les formes d’autorité
auxquelles se heurte l’individu.


6 - Le complexe d’Œdipe

« De très bonne heure, [l’enfant] déploie pour sa mère un
Désir investissement d’objet (un désir d’être avec) qui prend son
“d’être avec”
départ au sein maternel. […] Du père, le garçon s’empare par

identification (un désir d’être pareil que). Les deux relations
subsistent un moment côte à côte, jusqu’à ce que, par le Désir
renforcement des désirs sexuels envers la mère et la perception “d’être
que le père est, pour ses désirs, un obstacle, se produise le comme”
complexe d’Œdipe (le désir d’être “pareil à” devient le désir
d’être “à la place de”). L’identification au père prend alors une
Désir 20teinte hostile, elle tourne au désir d’écarter le père et de le
“d’être à la
remplacer auprès de la mère. Dès lors la relation au père est
place de”
ambivalente ; c’est comme si l’ambivalence contenue depuis le
MC271début dans l’identification était devenue manifeste. » .
9Freud tire ainsi, de l’œuvre de Sophocle, l’interprétation
Œdipe suivante : « Si les modernes sont aussi émus par Œdipe-roi que
les contemporains de Sophocle, cela vient non du contraste
implique entre la destinée et la volonté humaine, mais de la nature du
matériel qui sert à illustrer ce contraste. [...] Sa destinée nous
émeut parce qu’elle aurait pu être la nôtre, parce qu’à notre
37
naissance, l’Oracle a prononcé cette malédiction. Nous nous
épouvantons à la vue de celui qui a accompli le souhait de
pulsions notre enfance, et notre épouvante a toute la force du
5-11sexuelles refoulement qui, depuis lors, s’est exercée contre ces désirs.
et 6Le poète, en dévoilant la faute d’Œdipe, nous oblige à
pulsions regarder en nous-même et à y reconnaître ces impulsions qui,
meurtrières
bien que réprimées, existent toujours. [...] La légende de
Sophocle est issue d’une matière de rêves archaïques (uralt) et a
pour contenu la perturbation pénible des relations avec les
parents, perturbation due aux premières impulsions étouffées
IR230sexuelles. » par le
complex e Ce complexe est alors refoulé. Il renferme les deux pulsions
14de originaires : la pulsion sexuelle interdite envers la mère, la
15 11castration. pulsion meurtrière interdite envers le père. Ce “refoulement
10-31originaire” fonde le Surmoi . La peur de l’interdit parental
prend la forme, d’après S. Freud, d’une angoisse de la
43castration chez le jeune garçon. C’est un complexe qui
s’accompagne de l’oubli des pulsions meurtrières qui lui ont
Œdipe donné naissance. Freud résume ce mécanisme de la façon
suivante : « Tandis que le complexe d’Œdipe du garçon rentre
donc en contradiction avec le complexe de castration, celui de la fille

est rendu possible grâce au complexe de castration. » [La fille
complexe
remplace le désir de pénis par le désir d’avoir un enfant avec de castration
son père, nda.]
« Chez le garçon, l’Œdipe “vole littéralement en éclats sous le donc
choc de la menace de castration”. Puis, un peu comme celui
Surmoi qui construit sa maison avec les pierres éparses d’un édifice en
12ruine, le petit garçon incorpore dans son propre Moi les
vestiges du complexe, lesquels viennent à former le noyau du
Fvie597Surmoi. »
Ces pierres sont plutôt issues de la menace de castration, elles
s’identifieraient alors aux puissances qui ont détruit la maison
et serviront à l’enfant pour se construire un Surmoi,
incarnation intérieure de la menace de castration.

Comment Freud a-t-il abouti au complexe d’Œdipe ? : 7
Œdipe selon DeGaT : 230
La famille et Œdipe noyés dans le champ social : 226
L’A nti-
Œdipe et la colonisation : 269
Œdipe
La schizo-analyse défait Œdipe : 246
Œdipe et l’Œdipe : 283



38
77 - La constitution du complexe d’Œdipe

19Dès les premières analyses mises en place, Freud constate
que les patients remontent systématiquement à leur petite
Un inceste enfance et évoquent leur sexualité. « À quarante ans, alors qu’il
est marié, déjà père de cinq enfants, Freud entreprend de
remettre en cause ce qu’il pense et croit savoir de lui-même, en
21analysant ses rêves avec la même neutralité que s’ils ne
venaient pas de lui. [...] Il avait commencé cette auto-analyse en
grande partie pour surmonter les conséquences d’une grave
illusion théorique dont il prenait vaguement conscience, sans
toutefois parvenir à se l’expliquer. Se fiant à de nombreuses
informations recueillies lors de ses cures, il avait soutenu que la
48 réside dans la séduction précoce de l’enfant cause de l’hystérie
par un adulte du sexe opposé (le père ou un éducateur pour la
fille, la mère ou une gouvernante pour le fils) ; or, une fois
cette thèse publiée, il s’était avisé qu’une circonstance aussi
particulière pouvait difficilement avoir une portée universelle, à
moins d’admettre le fait incroyable que tous les pères et toutes
les mères eussent un comportement incestueux. Pourtant les
faits étaient là, tous les témoignages de ses malades théorique
concordaient ; comment était-ce possible ? Pourquoi s’y était-il
fourvoyé si longtemps, et jusqu’à quel point sa théorie en était-
elle infirmée ? Pendant plusieurs années, ces questions le
laissèrent dans le plus profond désarroi, et c’est seulement
lorsque l’analyse de ses propres rêves lui eût permis de
reconstituer des faits datables de son enfance qu’il put
remonter jusqu’à la source de son erreur. Influencé comme il
l’était par le processus d’identification propre à la situation
227 (c’est-à-dire aussi au sien) la analytique, il imputait au père
responsabilité de la séduction, mais en cela il masquait les
désirs incestueux de l’enfant (c’est-à-dire aussi les siens pour sa
mère). [À l’époque, l’idée d’une sexualité prépubère étant tout à
fait nouvelle, ce fut un obstacle supplémentaire pour parvenir à
admettre qu’un enfant peut volontairement chercher à séduire
sexuellement un adulte, nda]. Ainsi l’observateur prétendument
impartial partageait les mêmes illusions que ses malades : il
207prenait leurs fantasmes pour des faits, et les ruses de
2-3l’inconscient pour l’expression de la vérité. En s’apercevant
que l’enfant séduit n’était qu’un mythe dissimulant l’enfant
séducteur, prêt à tuer son père pour posséder une mère
ardemment convoitée, il comprit d’un coup le drame fatal de
toute enfance qu’il nomma : complexe d’Œdipe. » M. Robert, E.U.
Freud donne de nombreux exemples de rêves de ses patients
(l’homme aux loups, l’homme aux rats) qui n’évoquent pas
39 directement la sexualité infantile. C’est alors par l’interprétation
6que Freud retrouve Œdipe .
L’interprétation selon Freud : 9
L’interprétation selon DeGaT : 8
Œdipe selon DeGaT : 230


8 - Contre l’interprétation freudienne : G. Deleuze et F. Guattari

9 88Il n’y a pas d’interprétation en tant que telle. Le rêve ne
Interpréter signifie rien ; les actes non plus (acte manqué ou autre). Le
74régime du signifiant enferme et ne permet que de répéter ce
implique 142qui existe déjà. La vie est ailleurs. Elle est dans le régime de
158l’assignifiant. Tout créateur produit des choses qui ne réduire,
signifient rien, mais ont un sens, un écho, sont en résonance retourner
26avec des réalités . Le rêve est une création hors du régime du à du
“déjà connu”, signifiant, sauf lorsque le rêveur va rabattre son rêve sur un
pouvoir nommé “interprétation” ou “signification”.
se couper L’opération consiste alors en la réduction du merveilleux
de toute matériel des songes en quelques figures qui existent toujours
possibilité 6déjà dans le triangle d’Œdipe .
de production 25« Jung raconte à Freud qu’il a rêvé d’un ossuaire. Et Freud
nouvelle.
ne comprend rien ! À la lettre ! Il lui dit : “Si vous avez rêvé
d’un os, c’est la mort de quelqu’un.” Jung lui répète alors : “Ce
n’était pas un os, mais un ossuaire”. Freud ne comprend pas la
A gencements, différence entre un os et un ossuaire. Un ossuaire c’est cent os,
106 97multiplicités, mille os. Ça, c’est un agencement . Ça, c’est une multiplicité .
positions Je me promène dans un ossuaire. Qu’est-ce que c’est ? Par où
de désir 32 passe le désir ? Le désir, c’est toujours un collectif. Où passe
mon désir parmi ces mille crânes, ces mille os ? Quel est mon contre
désir dans la meute ? Quelle est ma position dans la meute ?
Est-ce que je suis hors de la meute ? À côté de la meute ? Dans interprétation
unitaire la meute ? Au centre de la meute ? C’est ça les phénomènes de
freudienne, désir. […] La psychanalyse est tellement fixée aux animaux
familiers ou familiaux, aux animaux de la famille, que tout
et contre thème animal, par exemple dans un rêve, est interprété par la
227psychanalyse comme une image de père , de mère ou d’enfant
la réduction 6-319(Œdipe ). C’est-à-dire l’animal comme membre de la famille.
familiale,
Je ne supporte pas. Il faut penser à deux chefs-d’œuvre du parentale.
Douanier Rousseau : le chien dans la carriole qui est vraiment
le grand-père, l’image du grand-père à l’état pur, et puis le
Adcheval de guerre, qui, lui, est une véritable bête. »
Il faut retrouver la bête réelle qui est dans la production.
Ainsi que les liens avec la géopolitique : le cheval de guerre. Le
40
père est une multiplicité de choses, de lignes dynamiques. C’est
Pour la
73un agencement qui produit, il est donc dit machinique . schizo-
DeGaT proposent une autre façon d’aborder le rêve qu’ils analyse :
noient dans un ensemble d’éléments compris sous ce terme
d’agencement dont voici quelques exemples : la vie est
composée - Vie quotidienne/désirs/société,
d’agencements. - Institution/marginal/drogue,

- Drogue/peinture/Indiens,
- Accidents/famille/guerre du Moyen-Orient.
Non pas : Un agencement se vit, s’étudie, se modifie. Aider quelqu’un,
le “soigner”, ne consiste pas à le décoder, à l’étiqueter, mais
quitter plutôt à lui faire emprunter, voire produire, des agencements
la situation
qui lui seront plus favorables par rapport à la situation dans familiale
laquelle il se trouve. Il est possible d’infléchir un mouvement en place
cyclique mortifère et d’en initier un autre, de faire en sorte que
des issues émergent. Ce mode de fonctionnement, cette pour une
47situation pratique, DeGaT la baptisent : schizo-analyse .
familiale « Je pense à l’image du petit Hans. C’est un enfant sur lequel
formatée Freud donne son avis. Cet enfant assiste à la chute d’un cheval,
dans la rue, avec le charretier qui lui flanque des coups de
fouet, et le cheval qui rue, qui donne des coups de pieds, etc.
Ça devait être quelque chose pour un gosse qui assiste à ce mais plutôt :
spectacle pour la première fois. Ça devait être une émotion !
C’était l’arrivée de la rue, l’arrivée dans la rue. C’est quitter
l’évènement de la rue. Et puis on entend les psychanalystes qui une situation
sociale parlent d’une image de père. Mais c’est dans leur tête que ça ne
globale va pas bien. “Un cheval meurt dans la rue”, mais c’est un
106 agencement fantastique pour un gosse. C’est troublant
pour Adjusqu’au fond. »
une autre « La satisfaction du bricoleur quand il branche quelque chose sur une
conduite électrique, quand il détourne une conduite d’eau, serait fort mal
peut-être
expliquée par un jeu de “papa-maman” ou par un plaisir de meilleure.
AO15transgression. »
Un exemple donné par Félix Guattari : « J’ai rêvé cette nuit
que je marchais dans la rue. J’ai buté sur le trottoir. Il y a une
moto qui est passée, qui a failli m’écraser. Là-dessus, réflexe du
psychanalyste, mais surtout le réflexe maintenant banal : Comment
“Qu’est-ce que ça cache ?” ; “Qu’est-ce que ça veut dire ?” ; traiter
“Qu’est-ce qu’il y a derrière ?” ; “Alors, comment c’était ? Sur la réalité
quel trottoir ? Et puis cette moto...” Bon. Donc il y a l’idée que
grâce derrière le texte manifeste qui est raconté, il y a un texte secret.
au rêve ? Il y a des significations latentes. Il y a des clés. Il y a des objets
11refoulés qu’on pourrait attraper par la queue comme ça,
quelque part. Ce qui compte, ce n’est pas qu’il y ait un langage
41 avec un dictionnaire pour savoir ce que sont les bons mots
Travailler
qu’il faut mettre à la place des mots que l’on a, ou bien une sur un rêve
grammaire qui permettrait de comprendre, derrière la syntaxe
de ce texte, derrière les idées qui sont articulées, quelle est la
bonne structure qui est mise en jeu. Est-ce qu’il y a une pulsion
ce n’est pas 15de mort ? Un rapport du sujet au signifiant ? Un complexe de
le décoder, 44castration ? Etc. Ce qui renverrait donc toujours au système
de clé.
Un rêve, c’est quelque chose de tout à fait différent. Tous les
textes de l’Antiquité nous montrent combien le travail du texte,
mais plutôt le travail du rêve, étaient quelque chose de tout à fait
travailler fondamental, y compris pour prendre la décision d’une bataille.
avec lui. Les grands chefs, au moment de déclencher l’offensive,
consultaient leurs spécialistes. Ce qui compte ne se trouve pas
derrière le texte. Ce qui compte, c’est le fait que l’on met en jeu
une production de textes différente. Ça veut dire qu’il y a un
nouvel agencement d’énonciation qui ne découvre pas quelque
130chose mais qui, littéralement, invente, construit quelque
chose. C’est exactement comme Mozart, lorsqu’il prend des
C’est textes tout à fait insignifiants, par exemple Cosi Fan Tutte. C’est
produire dans la façon dont il va traiter ce texte un peu bête, […] qu’il
en le prenant va produire quelque chose d’une grande puissance. Toute
pour base, proportion gardée, c’est la même chose pour le récit d’un rêve.
On change les choses. Un rêve considéré par César au moment
de déclencher les offensives, ça engage des éléments tout à fait
gigantesques. […] Ce qui compte, ce n’est pas de considérer
qu’il y a une signification secrète cachée, mais bien plutôt que
comme une 63l’on change d’agencement d’énonciation . On ne traduit pas
interprétation un texte, on le transforme littéralement. On l’interprète mais
pas comme on interprète les rêves dans l’expression classique.

On l’interprète dans le sens musical du terme : on va faire un musicale.
127nouveau Faust. On va faire un nouveau Don Juan. On le
130 complètement autrement. Alors, ça devient une construit
3matière première. Et je dis : tous les éléments de l’inconscient ,
les éléments signifiants, les éléments de langage, ce n’est rien
d’autre. » F. Guattari, séminaire 1973
Viendra Le travail sur le rêve permet à César de comprendre son
alors propre état d’esprit et d’analyser le présent avec les données
s’y intégrer emmagasinées plus ou moins consciemment et qu’il doit
traiter. L’inconscient a compris, intégré des choses. Cette
ce qui nous compréhension réapparaîtra dans le rêve, c’est cela qu’il faut
travaille utiliser pour agir dans le présent. Dans la série Twin Peaks,

(David Lynch, 1990-1991), le détective utilise dans ses enquêtes
dans le
ses propres rêves comme s’ils faisaient partie de la réalité, présent.
comme s’ils étaient peuplés d’indices aussi tangibles que leurs
42 homologues concrets. Ce sont des outils supplémentaires pour
appréhender les situations dans leur actualité. Ce ne sont pas
des machines à voyager dans le temps, quel que soit le sens de
déplacement.
Interprétation selon Freud : 9
Le schizophrène face à l’Analyse : 312
Contre l’interprétation freudienne du délire de Schreber : 49
Le rêve selon Guattari : 88
Le rêve selon DeGaT : 161
9-21) Le rêve (et son interprétation selon Freud : 23


9 - L’interprétation selon Freud

« Tout ce à quoi nous rêvons :
- ou bien a une signification psychologique manifeste, [ce Signification
manifeste qui est le cas pour les rêves d’enfants : si un enfant veut des
20 fraises, il rêvera de fraises. Ici le but du désir , c’est-à-dire la
signification du rêve, n’est pas caché, nda]
Signification - ou bien est déformé et ne peut être jugé qu’après
cachée,
interprétation : on en aperçoit alors la signification
latente IR43cachée. »
23 Selon Freud, le rêve et son interprétation : 9 et 21

Le matériel à interpréter provient, au départ, des patients de
19Freud. Mais en faisant son auto-analyse , il admet que tout être
humain est susceptible de fournir des données à interpréter.
Elles peuvent avoir diverses formes :
- Le rêve
- Le discours de celui qui est analysé : pour Freud, ce
discours doit être le plus libre possible. Son moteur
Le matériel
18principal est l’association libre : une chose nous fait penser à interpréter
à une autre qui nous fait penser à une troisième... Et ainsi
de suite
48- Les symptômes particuliers des malades : l’hystérie , la
catatonie, les crises qui se produisent dans certaines
situations particulières, etc.
- Les lapsus
- Les oublis
- Et plus largement toutes les habitudes, manies, réactions
anormalement angoissées ou enthousiastes, etc. Bref, toute La pratique de
réaction qui semble inappropriée à la situation dans laquelle l’interprétation
elle se manifeste.
43
Comme nous le voyons, le choix du matériel à interpréter fait
339déjà partie de l’interprétation. Qu’est-ce qui est anormal ? À
Mise à jour partir de quel moment une réaction est-elle inappropriée ?
de souvenirs « Interpréter » consiste à trouver le sens caché de faits
traumatisants constatés, et plus précisément, de découvrir un désir caché
derrière le désir de façade. Après avoir constaté que la parole
du malade peut faire momentanément disparaître les
symptômes de sa maladie, Freud décide de chercher un sens à
ses paroles. La méthode scientifique le conduit tout
ou de
naturellement à chercher dans un premier temps l’origine du fantasmes :
trouble dans une situation vécue par le malade, en général dans
sa petite enfance, et qui l’aura traumatisé. La fréquence des souvenirs
évocations, par ses patients, de souvenirs à caractères sexuels inventés
dans la petite enfance lui font craindre une sorte de
généralisation des cas d’incestes dans la société. Cependant,
après avoir fait sa propre analyse, il découvre que les souvenirs, à structures
22 207, peuvent n’être que des fantasmes , des même traumatisantsœdipiennes.
images fabriquées par le désir et non par l’expérience vécue.
Enfin, il découvre une structure commune à tous ces
6fantasmes : le complexe d’Œdipe. À partir de cette
découverte, interpréter consistera à trouver la déclinaison du
complexe d’Œdipe propre à chaque patient. Les bases de sa
méthode d’analyse reposent sur des principes décrits dans
Introduction à la psychanalyse à propos de l’ “idée fixe”, mais que
nous pensons pouvoir généraliser à tout comportement
considéré comme anormal : comportement hystérique,
discours incohérent ou silence complet sur un sujet précis, etc. Différence
essentielle L’idée fixe sera souvent accompagnée d’ “action
16entre symptomatique ” qu’il faut déceler et dont il s’agit de “dégager
le sens ou l’intention, ainsi que leurs rapports avec un élément
inconscient faisant partie de la situation” et en relation directe
avec l’idée fixe.
le signifiant
Freud décrit de nombreux autres exemples
et d’interprétations : 23
Comment Freud aboutit à « Ce patient me dit ça, mais en
le signifié réalité, c’est autre chose qu’il veut me dire » ? : 28
Idée capitale de la théorie freudienne : la forme du message telle
74qu’elle apparaît, appelée signifiant , est fondamentalement différente
90du contenu réel du message, appelé signifié .

Interprétation selon DeGaT : 8
Tableau des interprétations œdipiennes : 248


44
110 - Dictature du Surmoi :
MC« Une des formes extrêmes, morbide, de la conscience morale. »

« Il y a des patients tels que, lorsqu’on leur donne espoir et
Le besoin
qu’on leur montre qu’on est satisfait de la situation du
inconscient
traitement, ils semblent insatisfaits et aggravent régulièrement
d’auto-
leur cas. [...] Ces personnes ne supportent ni d’être louées ni punition.
d’être reconnues. Elles réagissent aux progrès de la cure de
façon inversée. [...] Elles témoignent de ce qu’on nomme la
Le besoin
réaction thérapeutique négative. [...] Ce qui l’emporte chez ces d’être
personnes, ce n’est pas la volonté de guérir mais le besoin malade.
34d’être malade : [...] inaccessibilité narcissique , attitude
négative à l’égard du médecin et bénéfice de la maladie auquel
elle s’accroche. On en arrive finalement à l’idée qu’il s’agit d’un
33facteur pour ainsi dire “moral”, d’un sentiment de culpabilité ,
qui trouve la satisfaction dans l’état de maladie et ne veut pas
Le désir renoncer à la punition par la souffrance [cf. la danseuse du film
inconscient Les Feux de la rampe (C. Chaplin, 1952) qui ne peut plus marcher,

nda]. Mais ce sentiment de culpabilité est muet pour le malade,
produit
il ne lui dit pas qu’il est coupable : le patient ne se sent pas une maladie
MC292 coupable, mais malade. » …car le Surmoi est inconscient.
Il y a une résistance à la guérison du psychisme du
patient : 31 car le Moi
Le mécanisme exposé ici par Sigmund Freud est donc le refuse la
14suivant : le patient est travaillé par une pulsion sexuelle ou culpabilité
15 2-3 13 meurtrière inconsciente (dans le Ça ). Son gendarme
intérieur (le Surmoi), barre la route vers la conscience de cette
imposée par pulsion, en développant le sentiment, toujours inconscient, de
le Surmoi. la culpabilité. À la conscience, il reste quoi ? Une maladie
psychique : comportements étranges, dépressions, névroses...
20Ainsi, le désir inconscient produit une réalité : la maladie,
30l’appel aux soins. Cette idée d’un désir qui produit du réel
sera à la base de L’Anti-Œdipe de Deleuze et Guattari. Freud
48s’exprime ainsi : « Dans la névrose obsessionnelle (culpabilité
La violence à l’origine cachée), le sentiment de culpabilité s’exprime
du Surmoi 12bruyamment mais sans pouvoir se justifier devant le Moi . Ce
dernier se révolte donc contre l’allégation de culpabilité. Il
réclame alors du médecin qu’il vienne renforcer son propre
refus de ses sentiments de culpabilité. Il serait déraisonnable de
issue lui céder car cela resterait sans effet. L’analyse montre alors
de la violence que le Sur-moi est influencé par des processus qui restent
paternelle inconnus au Moi. On peut retrouver réellement les impulsions
5-11refoulées qui fondent le sentiment de culpabilité. Ici le Sur-
MC295 moi en a su plus long que le Moi sur le Ça inconscient. »
45
« Plus un homme maîtrise son agressivité, plus intense
31devient la tendance agressive de son Idéal de Moi (Surmoi)
contre son Moi. C’est comme un déplacement, un
retournement sur le propre Moi. Déjà, la morale commune ôtée de
normale a un caractère durement restreignant, cruellement l’amour
interdicateur. C’est bien là que s’enracine la conception de qui
MC299l’accompagne. l’Être Supérieur qui punit inexorablement. »
19L’analyse conduite par Freud ne consistera pas à combattre
la pulsion refoulée (c’est le rôle de la morale sociale) mais il
tentera, au contraire, de la mettre à jour en combattant le
Surmoi. Ce dernier agit de manière trop brutale et oppressive.
Freud explique ainsi ce comportement : « Le Surmoi, nous le
41savons, est bien né d’une identification avec le modèle
paternel. Toute identification de ce genre a le caractère d’une
désexualisation ou même d’une sublimation. Or il semble que
dans une telle transposition, il se produise une désunion
14 n’a plus, après la pulsionnelle. La composante érotique
Le Surmoi sublimation, la force de lier la totalité de la destruction qui s’y
devient
adjoignait, et celle-ci devient libre, pure tendance à l’agression
transcendant
et à la destruction. C’est de cette désunion que [le Surmoi]
tirerait son trait de dureté et de cruauté, celui du devoir et illimité,
MC300impératif. »
Ainsi, dans la constitution du Surmoi, l’enfant s’empare
exclusivement du versant autoritaire du père. Il laisse l’amour
paternel réciproque de côté. Le Surmoi devient un juge
transcendant incapable de compréhension pour l’humain et ses alimenté
14pulsions . Il n’est qu’autorité. « De même que l’enfant subissait par toutes
les formes la contrainte d’obéir à ses parents, de même le Moi se soumet à
MC292d’autorité l’impératif catégorique de son Surmoi. »
sociale. « Au cours du développement ultérieur, maîtres et autorités
ont continué le rôle du père ; leurs ordres et leurs interdictions
sont restés puissants dans le Surmoi, et, sous forme de
conscience morale, exercent désormais la censure morale. La
tension entre les exigences de la conscience morale et les
réalisations du Moi est ressentie comme sentiment de
33culpabilité . Les sentiments sociaux reposent sur des
identifications à d’autres, sur la base d’un même Idéal du
MC278Moi. »
Cette dictature du Surmoi face à un Ça beaucoup moins
cauchemardesque qu’il n’y paraît, est également dénoncée par
DeGaT qui se distinguent néanmoins de leur prédécesseur sur
6la question du complexe d’Œdipe. En effet, cet outil
fondamental de l’analyse freudienne, donc du travail de sape
du Surmoi, devient au contraire, pour DeGaT, un allié très
46 puissant de notre censure inconsciente et contribue à la
La violence trahison du désir.
du Surmoi
Le sentiment de culpabilité peut provoquer des actions

tendant à justifier a posteriori cette culpabilité : 31

L’essence du désir DeGaTien : 32 dépasse celle
Le clivage de DeGaT, « En tant qu’homme je comprends, du Ça.
mais en tant que père, je dois punir » : 35


11 - Le refoulé selon Freud

Le souvenir d’un événement vécu est refoulé lorsqu’il n’est
plus conscient, car insupportable, mais demeure cependant
Un souvenir 22dans le psychisme, caché. C’est un traumatisme . Ce qui est
vécu, prétendument oublié se situe en fait dans ce que Freud appelle
2-3 13l’inconscient , puis plus tard, le Ça qui renferme donc :
refusé
- Les souvenirs d’événements vécus traumatisants, par la
- Les désirs socialement bannis, ou simplement considérés conscience
comme particulièrement honteux par celui qui les éprouve.
Ils peuvent alors prendre la forme de souvenirs
ou une 207inconscients inventés, autrement dit de fantasmes .
pulsion, 20Le sentiment de honte qui accompagne certains désirs peut

être dû à des interdits établis au cours de l’histoire des
tombant sous
civilisations. Les ancêtres de l’individu auraient subi cet interdit
le coup
qui pourrait, paradoxalement, n’avoir plus réellement cours d’un interdit
171dans le présent . L’instance qui organise et assure l’oubli “de
présent ou surface” des éléments inassimilables par la partie consciente du
12 10-31ancestral. Moi , est le Surmoi . Il a trois fonctions :
- juger de ce qui est supportable ou non par la conscience,
de ce qui risque de perturber son équilibre. Or il abuse
régulièrement de sa position dominante, ce qui a pour effet
33de produire une culpabilité disproportionnée et Le Surmoi
destructrice ; protège
- produire un oubli forcé de ce qui est honteux ou amoral le Moi
en le refoulant dans les oubliettes du psychisme :
contre la mécanisme du refoulement ;
saturation - s’assurer que les prisonniers à perpétuité constituant le Ça,
émotionnelle, non seulement ne s’échappent pas, mais ne communiquent
avec l’extérieur qu’à la condition d’utiliser un langage codé,
secret. Cela se traduit, pour les personnes saines, par la mais il écrase
21production de rêves étranges, d’actes manqués, de lapsus et normalise.
et d’oublis ; pour les personnes malades, cela prend la
48 48 37forme d’hystérie , de névrose ou de paranoïa . Le
47
décodage de ce langage caché se fait par le travail de
21l’analyse : la remémoration, le commentaire des rêves , ...

Le refoulement selon DeGaT : 247
14-15 Une pulsion refoulée parvient à se manifester grâce au
corps : 16
L’Analyse : 19
Faire émerger une pulsion refoulée ou un traumatisme qui devra être
acceptée par la conscience.


112 - Le Moi, d’après Freud puis DeGaT

Pour S. Freud, au départ, le jeune enfant n’a pas d’interdit,
D’abord 20 107seulement des désirs qui varient en intensité et en degré de les désirs
39satisfaction. Plongé dans la réalité , certaines de ses pulsions
restent inassouvies. Il découvre la frustration, mais aussi la
puis tactique et la diplomatie. Pour obtenir de la reconnaissance ou
l’autocensure un supplément d’affection de la part de ses parents, sa gestion
impliquant 11des priorités lui fera refouler dans la zone aveugle du
un refoulé : 2-3psychisme, l’inconscient , une part de ce qu’il éprouve et en
le Ça.
particulier : le désir sexuel pour l’adulte de sexe opposé et la
jalousie meurtrière pour celui qui fait obstacle à son désir. C’est
6le complexe d’Œdipe. La machine qui va, d’une part,
Le Moi
apprendre à trouver dans le monde extérieur une partie de ce produit
13 17que le Ça revendique, au nom du principe de plaisir , et, le Surmoi.
d’autre part, s’efforcer de limiter les prétentions du Ça en
fonction des contraintes expérimentées dans le monde réel, au
39nom du principe de réalité , cette machine se nomme le Moi.
Entre réalité
Celui-ci, pour dompter les pulsions du Ça, va rapidement
et désir :
produire une seconde machine, reproduction intérieure des le Moi.
10-31interdits ayant cours à l’extérieur : le Surmoi . Freud : « La
perception joue pour le Moi le rôle qui, dans le Ça, échoit à la
14pulsion . Le Moi représente ce qu’on peut nommer raison et En tant que
bon sens, par opposition au Ça qui a pour contenu les passions. plongé dans
[...] Le Moi a coutume de transformer en action la volonté du la réalité,
Ça, comme si c’était la sienne propre. [...] C’est comme si se
le Moi, trouvait démontré ce que nous avons dit précédemment du
MC264c’est le corps. Moi conscient : il est avant tout un Moi-corps. » Dans le
sens où c’est lui qui est au contact de la réalité, qui souffre de la
résistance des choses. Il est en première ligne.
Enfin, il y a un deuxième mouvement qui se produit : le En tant que
34renforcement du Moi grâce au narcissisme et le renforcement travaillé par
du Surmoi par le développement de son modèle : l’Idéal du les désirs,
32Moi . L’individu tente de se construire en s’identifiant à ce
48
qu’il désire, c’est-à-dire à ce vers quoi tend le Ça et en
40particulier la libido qu’il émet. « À l’origine, toute la libido est le Moi
accumulée dans le Ça, alors que le Moi est encore en cours de est une
tendance formation […]. Le Ça envoie une partie de cette libido sur des
41dirigée investissements d’objets érotiques, et ensuite le Moi, qui a
pris de la force, cherche à s’emparer de cette libido d’objet et à
s’imposer au Ça comme objet d’amour. Le narcissisme du Moi
vers
MCp289est donc un narcissisme secondaire, retiré aux objets. »
une image
L’enfant aime les objets extérieurs avant de s’aimer lui-même. idéale.
Le passage à l’amour de soi est une des phases principales de la
constitution du Moi.
Les défenses du moi (rêves, ...) : 38
Les expériences du Moi pourraient se transmettre
héréditairement et devenir des éléments du Ça : 4
Le Moi en analyse transactionnelle : 92
États du Moi (d’après l’analyse transactionnelle) : 108
L’analyse transactionnelle décompose le Moi en trois positions
DeGaT :
différentes : le parent, l’adulte et l’enfant, qui correspondent aux
rabattu
d’états dans lesquels nous nous mettons, volontairement ou non,
par Œdipe,
pour aborder une situation, une personne.

Pour DeGaT, tout se fait en même temps. Il n’y a pas un
le Moi reçoit
219enfant muni de ses pulsions qui, ensuite (par-après ) découvre de lui ses
la réalité. Réalité, pulsion, désirs, frustration sont coexistants et coordonnées.
coextensifs.
Le sujet : 68
l’identité : 202
98« Le Moi, c’est comme papa-maman, il y a longtemps que le schizo n’y croit
AO32 plus. »
Le Moi
253est une « Le règne des images , telle est la nouvelle manière dont le
105 270 166image : capitalisme utilise les schizes et détourne les flux : des images
composites, des images rabattues sur des images, de telle façon qu’à l’issue
de l’opération, le petit moi de chacun, rapporté à son père-mère, soit

vraiment le centre du monde. Beaucoup plus sournois que le règne l’image que
211souterrain des fétiches de la terre ou le règne céleste des idoles du l’on a de soi,
212despote , voilà l’avènement de la machine œdipienne-narcissique : “Plus
de glyphes ni de hiéroglyphes, ... nous voulons la réalité objective, réelle, ...
c’est-à-dire l’idée-Kodak ... Pour chaque homme, chaque femme, l’univers
l’image que n’est que ce qui entoure son absolue petite image de lui-même ou d’elle-
l’on a du même ... Une image ! Un instantané-kodak dans un film universel
monde. d’instantanés.” (D.H. Lawrence, Art et moralité, Éros et les chiens.)
Chacun comme petit microcosme triangulé, le moi narcissique se confond
AO320avec le sujet œdipien. »
Le Moi, pour les Anglais, est une “habitude” : 321
49
Les événements sont plus fondamentaux que les
Des individus (événementuation) : 197
événements
État intensif et individuation d’un nom propre, d’un champ

historique : 196 plutôt que
Le processus d’individuation chez Jung et la formation du
Moi profond : 61 des individus
unifiés.
D’après P. Montebello, la libido libre, qui est ensuite captée
34par le Moi dans le narcissisme secondaire, sert de base à la
notion de “corps sans organes” : 70


13 - Le Ça d’après Freud

Le Ça est d’abord l’ensemble des pulsions, c’est-à-dire des
Le Ça 41désirs d’investissement d’objet. Chez le jeune enfant, le Ça est
devient conscient et remplit tout son psychisme. Il n’est mû que par le
inconscient
17principe de plaisir . La confrontation au monde (le principe de avec l’âge.
39 11réalité ) lui fera bientôt refouler dans une partie du
psychisme inaccessible à la conscience toutes les pulsions
interdites ou impossibles à satisfaires dont le fondement est le
6complexe d’Œdipe . Ces pulsions étant des dérivées des deux
Pulsion
pulsions fondamentales : de mort
14- pulsion de mort (de soi, des autres, de destruction en et pulsion
de vie : général)
15- pulsions de vie (sexuelles)
214 L’inconscient (première topique ), baptisé par la suite le
Ça (deuxième topique) est constitué de pulsions refoulées : 2 les deux
piliers La constitution du Ça : 5
du Ça. Les différences inconscient/Ça et les apports de la
deuxième topique : 44
Une partie du Ça pourrait se transmettre de génération en
génération : 42
10 Un Surmoi inconscient implique des forces de culpabilité
sous-jacentes très puissantes et incomprises par ceux qui les
subissent : 33
12« Le Moi est une partie du Ça qui a subi une différenciation
particulière. Il semble que les expériences vécues du Moi se
perdent tout d’abord dans le patrimoine héréditaire, mais que,
Il y a
si elles se répètent avec une fréquence et une force suffisantes
une hérédité
chez de nombreux individus, se succédant de génération en du Ça.
génération, elles se transposent, pour ainsi dire, en expériences
vécues du Ça, dont les empreintes sont maintenues par
hérédité. De la sorte, le Ça héréditaire héberge les restes des
50
existences d’innombrables Moi, et, lorsque le Moi puise son
Sur-moi dans le Ça, peut-être ne fait-il que remettre au jour des
MC280figures du Moi plus anciennes, et les ressusciter. »
Origine du terme : « Ça » (Es en allemand) vient du livre de
Georg Groddeck (Le livre du Ça, 1923). Il correspondait alors à
ce qui, chez Freud, est le psychisme tout entier.


14 - Pulsions de vie, pulsions sexuelles, pulsions du Moi

« Par pulsion, nous désignerons le représentant psychique
d’une source continue d’excitation provenant de l’intérieur, que
Pulsion : nous différencions de l’excitation extérieure et discontinue. »
cri intérieur (Freud). La confrontation entre un désir continu (principe de
17continu. plaisir ) et un monde extérieur qui répond de manière
39discontinue (principe de réalité ) entraîne la formation du
12Moi -conscient. Les pulsions de vie constituent, avec la
15 13pulsion de mort , la forme majeure du Ça . Elles sont la
40source de l’impulsion sexuelle baptisée libido par Freud. Les pulsions
« Elles tendent à créer des ensembles toujours plus vastes ; leur de vie
activité est essentiellement de rassemblement, d’unification, de
tendent conjonction. » A. Green E.U. pulsion.
à assembler.
Cheminement intellectuel : Pulsion de vie et pulsion
sexuelle se confondent. La libido est la quantité de pulsions Pulsions
sexuelles produites à un moment donné. Quant aux pulsions de vie
du Moi, elles rejoignent aussi les pulsions de vie, mais Freud ne
= l’a établi que dans un deuxième temps : « Freud avait
longtemps laissé entendre - et explicitement dégagé en 1910 -
Libido qu’il concevait les pulsions humaines comme départagées en
deux classes distinctes : les pulsions du Moi et les pulsions
sexuelles. Aux premières incombe l’autoconservation de
l’individu, et elles n’ont rien à voir avec le domaine de
l’érotique. Les secondes tendent à la satisfaction érotique et à
la conservation de l’espèce. Mais si le Moi est lui-même doué
de propriétés sexuelles, les pulsions du Moi participent dès Érotisation
Fvie393lors, elles aussi, de la sexualité. » des pulsions
du Moi La pulsion du Moi, c’est-à-dire, l’instinct de survie (ou de
(Narcissisme) conservation) est le résultat d’un amour de soi, de
34. L’individu est son propre objet de désir, l’objet narcissisme
de sa pulsion sexuelle. Mais Freud tient à conserver le principe
d’une dualité dans les pulsions. Il y a eu un cheminement dans
l’idée de cette dualité :
- pulsion sexuelle / instinct de conservation, puis
51 - libido d’objet / libido du Moi (abandonnée), et enfin
Histoire - pulsion de vie (Éros) / pulsion de mort (Thanatos).
de la Freud travaillera beaucoup afin de « comprendre les pulsions.
Elles se situent aux confins du psychique et du physique : de
Fvie394 dualité l’énergie transformée en désir. »
des pulsions.
Remarque : La pulsion sexuelle est multiple, somme de
petites pulsions plus ou moins contradictoires : « Certaines
personnes ne peuvent être comprises que si l’on admet la
convergence de plusieurs motifs. Ceci nous indique que la
Multiplicité pulsion sexuelle elle-même n’est peut-être pas faite d’une seule
des pulsions pièce, mais qu’elle est assemblée à partir de composantes qui se
93 détachent à nouveau d’elle dans les perversions . La clinique
aurait ainsi attiré notre attention sur des fusions qu’on ne
TESX75remarque plus dans l’uniformité de la conduite normale. »
« La pulsion freudienne n’est pas conçue comme un instinct,
mais comme une poussée non-programmée, qui n’est pas
codée ; elle est relativement indifférenciée et relativement
Une pulsion malléable. On peut néanmoins la définir par quatre éléments :
peut émerger
sa source ; son but ; son objet ; son mode d’expression » F.
dans la
Guat. Sém. 09/12/80
conscience,

Une pulsion émerge involontairement mais elle est
modifiée, masquée : 16 et dans
la réalité. Une pulsion émerge volontairement, l’analyse : 19
Schéma freudien pulsion - désir - plaisir : 52
34Le narcissisme est un détournement de la libido : initialement
dirigée vers les objets, elle prend le soi comme nouvel objet exclusif.
12Le Moi s’empare de la Libido.

Pour DeGaT, il n’y a pas de signifié universel correspondant DeGaT :
32 56aux désirs. Il n’y a pas de signifié du tout. Tout désir libre est
90 74tout désir une pulsion, c’est-à-dire ni un signifié ni un signifiant : un
178libre est processus sans objet et sans but. « La pulsion est réprimée et
247une pulsion la représentation est refoulée » dit F. Gattari. Tout désir subit
une répression car il remet toujours en question un équilibre
précaire en place. Cette répression provoque un refoulement et sans but
une déformation, un dévoiement du désir. Ce qui est refoulé ni objet.
est alors une fausse image du désir, une représentation, c’est-à-
232dire un désir œdipianisé .





52
115 - Pulsion de mort (ou instinct de mort) selon Freud

D’après Freud, « tout sentiment d’amour est, virtuellement,
Toute pulsion
ambivalent et contient en puissance des composantes de vie
agressives et hostiles. Mais de sa rage envers lui-même, de sa s’accompagne
33haine de soi, le mélancolique tire des jouissances sadiques. [...]
Des années avant de faire de l’agressivité une pulsion, au même d’une
40pulsion titre que la libido , Freud appréhende déjà clairement la nature
de mort de cette violence, dirigée, en l’occurrence, contre le sujet lui-
Fvie428même. »
= pulsion de « L’activité des pulsions de mort ou de destruction est
destruction essentiellement de séparation, de désagrégation, de disjonction.
[...] Il leur revient de représenter le caractère fondamenta-
= pulsion de
lement conservateur de toute pulsion. La compulsion de
séparation
répétition devient l’expression de la pulsion de mort, agissant
alors comme un “au-delà du principe de plaisir” : toute pulsion
= pulsion de cherche à rétablir un état antérieur indépendamment de sa
circularité,
qualité agréable ou désagréable. Si Freud parle à ce sujet de

retour à la matière inanimée, il s’agit d’une comparaison de répétition
extrême et métaphorique. L’essentiel est de bien marquer que à l’infini.
la destruction est pour lui essentiellement interne, l’agressivité
n’étant que la manifestation au-dehors des pulsions de
destruction. Ainsi le masochisme (destruction) devient-il pour
lui premier ; il n’est plus le résultat de l’opération par laquelle le
Fvie460sujet retourne le sadisme contre lui-même (agressivité). »
Ainsi, Freud demeure fermement attaché à une
représentation dualiste pour des raisons tant cliniques et
Envie théoriques, qu’esthétiques et logiques. Son hypothèse
de destruction (confirmée par des cas) : toute activité psychologique est de
60 331de soi. (et binaire , d’après F. Guattari). Qui nature conflictuelle
5-11plus est, le concept même de refoulement , cette pierre
angulaire de la théorie psychanalytique, présuppose une
division fondamentale des opérations psychiques. Freud
Dans le distingue les énergies à l’œuvre dans le refoulement, du
psychisme : 10-31 13matériel refoulé en lui-même (évidemment, Surmoi et Ça ,
bien que ces termes soient encore anachroniques). « Le
tout est phénomène des affrontements dramatiques des contraires
conflit,
semblent avoir donné à Freud un sentiment de satisfaction et

Fvie456de complétude. » tout est dual,
« L’impression s’impose à nous que les pulsions de mort sont
pour l’essentiel muettes et que tout le bruit de la vie provient tout est
intriqué. surtout de l’Éros. » Cette phrase de Freud est explicitée de la
manière suivante par André Green : « La pulsion de mort ne se
révèle jamais à l’état pur, mais intriquée avec les pulsions
53