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Notes d'un voyage en Italie en 1857

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TURIN, 7 septembre 1857. — On m’avait toujours parlé de Turin comme d’une ville tellement monotone & sans caractère, que je n’ai pu me défendre, à son aspect, d’une impression agréable de surprise. Il y a, dans ses maisons, dans ses palais & ses monuments, un air de grandeur & de distinction qui annonce bien la grande ville.

Voilà bien ce que doit être une capitale, pensai-je en arrivant dans le quartier neuf que l’on trouve de suite à l’arrivée du chemin de fer de Suze, & cette impression a subsisté pendant les deux journées que j’y ai passées.

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Gaspard George

Notes d'un voyage en Italie en 1857

NOTES DE VOYAGES

TURIN, 7 septembre 1857. — On m’avait toujours parlé de Turin comme d’une ville tellement monotone & sans caractère, que je n’ai pu me défendre, à son aspect, d’une impression agréable de surprise. Il y a, dans ses maisons, dans ses palais & ses monuments, un air de grandeur & de distinction qui annonce bien la grande ville.

Voilà bien ce que doit être une capitale, pensai-je en arrivant dans le quartier neuf que l’on trouve de suite à l’arrivée du chemin de fer de Suze, & cette impression a subsisté pendant les deux journées que j’y ai passées. — Turin, comme du reste les principales villes d’Italie, ne présente pas, à son entrée, cet aspect peu flatteur & même bien souvent repoussant, qui frappe le voyageur arrivant dans la plupart de nos grandes villes de France, à Lyon par exemple, à Rouen, à Marseille, & à Paris aussi, si l’on en excepte la barrière de l’Etoile. Les faubourgs, Corpi santi, comme on les appelle dans le Nord de l’Italie, ne sont pas, comme chez nous, affectés spécialement à la demeure des classes ouvrières & aux établissements industriels. — Un certain air d’élégance & de propreté annonce plutôt que les classes distinguées, fuyant le mouvement tumultueux du centre, y ont cherché leur résidence.

Le trait caractéristique des rues de Turin, ce sont les portiques qui les bordent. Ces portiques sont, on ne peut se dispenser d’en convenir, très commodes pour protéger, soit de la chaleur souvent excessive dans ce pays, soit des pluies dont il n’est pas exempt. — J’avoue que ce motif, dont je redoutais fort l’aspect uniforme, me semble actuellement très bien approprié aux convenances ainsi qu’à la décoration de cette grande ville.

Les portiques sont très larges & laissent suffisamment passer la lumière, les rues étant elles-mêmes très spacieuses, & je trouve que les magasins n’ont point à en souffrir, les passants pouvant s’arrêter & en voir les étalages tout à leur aise. Ils y gagnent tout naturellement beaucoup pour les jours de pluie, où les portiques offrent un lieu de promenade permanent.

Ce que l’aspect des rues peut y perdre en pittoresque, il le gagne en magnificence, surtout quand les maisons sont belles ; car alors elles ne sont point déparées par les boutiques qui sont souvent très loin, & notamment à Turin, d’être d’un goût parfait. — Il ferait seulement à désirer que l’on donnât aux piliers des arcades un peu plus de légèreté ; c’est ce que l’on a essayé de faire en les perçant d’ouvertures en forme de portes, surmontées d’espèces de croisées s’ouvrant sur le portique même ; mais l’arrangement n’en est pas très heureux.

Tout a été dit sur la monotonie qui peut résulter de l’adoption des portiques, & je ne voudrais point paraître trop exclusivement architecte en les désirant partout ; loin de là, ils ne me paraissent à propos que dans les rues spacieuses & belles, comme dans les rues du Pô, de Dora-Grossa, &c., & ils me plaisent médiocrement dans les rues étroites de Bologne & de Padoue.

Mais je dis pourtant qu’à tout bien considérer, il est plus dans les convenances qu’une capitale soit plutôt belle & commode que pittoresque, & qu’après tout, on se lasse assez vite de ces rues étroites, tortueuses, aux maisons déchiquetées en pignons, en encorbellements & ressauts de toute façon. — Entre Rouen & Turin, au point de vue où je me place, de l’aspect convenable d’une capitale, je crois que personne n’hésitera.

Il y aurait bien à désirer un peu mieux, &, plus tard, Milan & surtout Florence & Sienne m’ont montré combien l’aspect monumental & grandiose était compatible avec le charme qu’a toujours pour l’artiste l’imprévu, le pittoresque & même le singulier. Mais j’en reviens à Turin, sur lequel je m’étends avec plaisir, parce qu’on y trouve déjà une foule de choses caractéristiques qui ne font que se reproduire plus tard, & aussi parce que c’est la première ville que l’on traverse en venant de France pour visiter ce beau pays d’Italie dont le nom sonne si fort dans le cœur des artistes, pays que deux fois j’ai vu déjà & que je voudrais revoir encore.

Les trottoirs, à Turin, comme à Milan & dans la plupart des autres villes, sont formés seulement par des dalles le long des maisons & placées de niveau avec le pavage. J’approuve fort le système employé pour le pavage de la chaussée, où l’on a disposé quatre larges bandes de pierres servant d’espèces de rails où glissent facilement les voitures, qui ont ainsi leur chemin tracé pour l’allée & la venue. — Ces bandes de pierres ont encore l’avantage d’assourdir sensiblement le bruit, en diminuant le cahotement du pavage ordinaire.

Les maisons sont, en général, de belle proportion, & les palais sont nombreux. Tout est construit en briques, comme cela est pratiqué, du reste, généralement, dans le Piémont & dans la Lombardie. — Le style de ces constructions correspondrait à peu près à notre Louis XIV & à notre Louis XV. — Les vestibules sont fort grandioses, ils rappellent ceux de Gênes ; — seulement le plâtre & la peinture y remplacent trop souvent la pierre & le marbre. Les colonnes pourtant ne manquent pas d’être tout en marbre & du plus beau.

Les églises sont nombreuses, comme toujours en Italie, & ont une grande richesse. C’est l’architecture des Jésuites qui y domine : richesse emphatique, pleine de détails exubérants & d’un goût assez douteux. C’est très loin de ce que je me rappelle avoir vu dans les autres parties de l’Italie que je vais revoir de nouveau.

J’ai oublié une très bonne idée relative aux portiques, & j’ai d’autant plus eu tort que c’est peut-être ce qui m’en a charmé le plus. C’est qu’ils se continuent, en beaucoup d’endroits, au travers des rues transversales, de manière à ne pas interrompre la circulation à couvert. Indépendamment de la commodité qu’on y trouve, cette disposition offre une perspective très agréable & très distinguée quand on les voit à distance formant des arceaux surmontés de terrasses & enjambant la rue.

J’ai, de l’hôtel Feder, en face de ma croisée, une délicieuse cour de palais que je ne me lasse pas de voir.

Dans le fond, cinq arceaux supportés par des colonnes d’ordre dorique, dont le fût est orné de cannelures interrompues par des fortes d’anneaux ou bracelets. — Ces arceaux, d’une belle proportion, plutôt légère que forte, laissent apercevoir, dans leurs entre-colonnements, un très beau vestibule.