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Notre jeunesse de France et d'Israël

De
257 pages
Comment se construit une conscience politique et s'oriente un engagement existentiel ? Ce récit est celui d'un jeune français d'origine juive animé, dans les années soixante, par le désir intense de tout changer. Pour des raisons personnelles et familiales qu'il décrit avec une minutie douloureuse, il nous dévoile le chemin qui l'a conduit à rejoindre le kibboutz en Israël. En même temps qu'une interrogation sur le sens d'une identité juive laïque et du sionisme aujourd'hui, ce récit autobiographique constitue une forme de témoignage sur une génération dont la conscience politique s'est formée dans la décennie 60.
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Notre jeunesse de France et d’IsraëlL’intime et le politique (1949-1974) Récit
Michel Bilis
Notre jeunesse de France et d’IsraëlL’intime et le politique (1949-1974) Récit Préface par Shlomo Sand
© L’HARMATTAN, 2017
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-13592-2 EAN : 9782343135922
à Irène
Préface par Shlomo SAND A propos d’une génération qui a perdu ce qu’elle devait perdre. ? Ce terme revêt il-une significationQu’est-ce qu’une génération historique consistante ? Le débat, ouvert par Lucien Febvre, l’historien des « Annales », dans un article fameux publié en 1929, n’est toujours pas définitivement tranché. Quoi qu’il en soit, le concept a été amplement sollicité au cours des dernières décennies, avec notamment : « la génération de 68 ». Qui faudrait-il inclure dans cette génération ? S’agirait-il de tous ceux qui, nés dans la décennie immédiatement postérieure à la seconde guerre mondiale, se trouvaient, en 1968, entre l’adolescence et l’âge adulte, ou bien uniquement de ceux qui ont éprouvé une sensibilité et un attrait intellectuel pour les grandes utopies qui flottaient dans l’air du temps ? Il n’y a pas de réponse univoque ; il est toutefois possible d’affirmer que la notion de « génération » s’applique à des individus ressortissant aux mêmes tranches d’âge et qui ont partagé les mêmes références d’ordre politique, social ou culturel. C’est ainsi que l’on a parlé d’une « génération du feu » (de la première guerre mondiale), d’une génération de la crise économique du début des années 1930, et, bien entendu, de la génération qui a subi les secousses de la seconde guerre mondiale ; plus proche de nous, on évoque la génération X (ceux nés entre 1960 et 1979). L’occasion m’est donnée, dans cette courte préface au livre de Michel Bilis de formuler quelques observations générales et personnelles sur une fraction non marginale de la génération en question, de 68. Une des caractéristiques de cette génération protestataire de la fin des années 1960 et du début de la décennie de 1970, aussi bien en France que dans d’autres pays occidentaux, fut le nombre relativement élevé, en son sein, de jeunes d’origine juive. Les enfants d’immigrés juifs figuraient en nombre, non seulement parmi les dirigeants des mouvements protestataires, mais aussi dans la foule des manifestants, à San-Francisco comme à Paris. Ces fils et ces filles de première ou de seconde génération d’immigrés se sont joints, nombreux, aux luttes contre la ségrégation des noirs aux Etats – Unis, contre le colonialisme, contre la guerre au Viêt-Nam, et aussi, pour davantage d’égalité et de justice dans la société. Certains chercheurs ont relié cette sensibilité à la transmission en héritage d’une « éthique juive ». Depuis les prophètes antiques jusqu’à Emmanuel Levinas, il existerait, parmi les juifs, une propension particulière à l’éthique,
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abreuvée aux sources du monothéisme humaniste auquel ils se sont attachés : il n’y a eu ni croisades sanglantes juives, ni inquisition juive, et les juifs n’ont pas cherché à imposer à d’autres leur religion …
Le talon d’Achille de ce discours, sa faiblesse historique, résident en ce que la transmission de la foi juive s’est très peu nourrie de l’enseignement universaliste des prophètes : Isaïe, Jérémie ou Zacharie n’étaient pas enseignés dans les écoles talmudiques. Le Talmud a toujours occupé une place centrale dans la tradition juive, là où le Pentateuque demeurait plutôt en marge. Ces deux corpus livresques, au contraire des Livres des prophètes, ne comportent pas de messages universels significatifs, et leurs concepts moraux sont, le plus souvent, problématiques. Si une sensibilité particulière à la justice et à l’égalité s’est manifestée parmi les juifs et leurs descendants, cela est à mettre en rapport, principalement, avec leur statut de minorité religieuse ayant dû subir le pouvoir hégémonique d’autres religions dominantes, puis aux difficultés rencontrées pour obtenir leur intégration en période d’émancipation.
Avec le recul de la religion et la montée des nationalismes judéophobes en Europe, de Paris à Kiev, des juifs, désormais en voie de laïcisation, s’engagèrent dans les luttes politiques modernes aux côtés des opprimés et des dominés. De Bernard Lazare l’anarchiste français, à la révolutionnaire polonaise Rosa Luxemburg, en passant par les narodniks, les menchéviks et les bolchéviks, les descendants des juifs ont toujours marqué significativement par leur présence, les rangs des révolutionnaires et de ceux qui aspiraient à un monde meilleur. Il en ira de même, au vingtième siècle, dans le monde arabe : du Maroc à l’Irak, en passant par l’Egypte ou l’Algérie, on trouvera souvent des patronymes juifs sur le front des luttes de libération sociale. Il importe, cependant, de souligner que l’engagement dans le combat pour l’égalité et la justice avait été corrélatif ou consécutif à une prise de distance avec l’héritage religieux. Les intellectuels organiques du monde spirituel juif : les rabbins ou les étudiants de « yéshiva », ne se sont guère impliqués dans les luttes publiques réformatrices ou révolutionnaires. Les juifs qui devinrent des démocrates radicaux, anarchistes, socialistes ou communistes, avaient totalement rompu avec le judaïsme.
Tout semble montrer que cet héritage radical est soldé, dans une large mesure, avec la défaite (ou la victoire ?) de la génération de 68. L’antisémitisme politique a quasiment disparu du monde occidental, tout comme se sont perdus les reliquats de culture juive ou yiddish. Nombre des rebelles d’autrefois, la plupart fils ou petit fils d’immigrés, ont connu une intégration culturelle, identitaire et sociale et sont devenus partie intégrante des classes dominantes, dans le champ matériel ou intellectuel. Ministres ou
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conseillers du prince, bien implantés dans les médias et dans l’édition, les contestataires d’hier campent aujourd’hui dans les allées du pouvoir. Une telle mutation interroge sur la nature de leur révolte et sur ses contenus : notamment au vu du fait que les fractions les plus autoritaires de l’extrême gauche, ceux qui vénéraient le plus la puissance du pouvoir émanant de la capitale de la Chine populaire, font, maintenant, étalage de sensibilités politiques des plus conservatrices et des plus conformistes. Il convient, certes, d’éviter la généralisation et l’on trouvera toujours quelques infirmations, mais d’André Glucksmann à Pierre Victor (Benny Lévy), et de Bernard-Henry Lévy à Alain Finkielkraut, (pour ne citer que les plus « en vue »), combien d’anciens gauchistes ont remplacé Pékin d’hier par Jérusalem d’aujourd’hui ! Ils s’identifiaient hier avec ce qui leur apparaissait comme les futurs vainqueurs, ils se reconnaissent aujourd’hui dans le pouvoir dominant. Et s’il leur avait fallu, jadis, recourir à une logomachie se réclamant du marxisme-léninisme, pour justifier les violences des gardes rouges, à présent une logique sioniste et de « choc des civilisations » sert à légitimer l’occupation israélienne d’une part, et les interventions et occupations militaires américaines et européennes, en Afghanistan et en Irak d’autre part. S’agissant de l’Etat d’Israël, sa politique, contraire aux principes républicains et qui serait véhémentement récusée par tout démocrate si elle était appliquée en France, est légitimée lorsqu’elle est mise en œuvre dans « l’Etat des juifs ». Un régime d’occupation très dur, accompagné du pillage des terres et des ressources naturelles au profit de colons, la domination exercée sur un autre peuple depuis plus de cinquante ans bénéficient d’une indulgence de la part des anciens-nouveaux philosophes ou des « nouveaux juifs », selon l’auto-identification de certains. Il semble que pour les fils des victimes d’hier, tout soit permis dès lors que les victimes sont : les nouveaux étrangers, des musulmans et des arabes. Le lecteur a en mains un livre qui est aussi le récit d’un jeune français d’origine juive (ou israélite) animé, dans les années soixante, par le désir intense de tout changer. Mais le jeune Michel Bilis n’a pas choisi de s’affilier aux « maos » durs, ni aux trotskystes sophistiqués qui battaient le pavé à Paris : pour des raisons personnelles et familiales qu’il décrit avec une minutie douloureuse, il nous dévoile le chemin et les stations qui l’ont amené à rompre avec le Paris bourgeois pour rejoindre le kibboutz en Israël. Vers la fin des années soixante, Israël apparaissait encore, beaucoup, comme une sorte de pays socialiste, indemne dictatoriale si caractéristique des Etats d’Europe de l’Est et Tiers-Monde. Israël donnait l’image d’un Etat ou fonc
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aux yeux de de la tache des pays du tionnent des