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Nouveaux espaces de partage des savoirs

De
222 pages
Le savoir n'est plus l'apanage d'une catégorie de la population mais le résultat d'une co-construction dans laquelle l'expertise naît de l'intelligence collective. Les réseaux sociaux et les plateformes construites à cet effet révèlent de nouvelles dynamiques s'inscrivant dans des politiques publiques appropriées. Cet ouvrage analyse ces différents réseaux, les dynamiques qui les sous-tendent et les politiques publiques sur lesquelles ils reposent.
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NOUVEAUX ESPACES DE PARTAGE DES SAVOIRS

























































© L’HARMATTAN, 2011
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56617-0
EAN : 9782296566170 Sous la direction de
Alain KIYINDOU et Rocio AMADOR BAUTISTA







NOUVEAUX ESPACES DE PARTAGE
DES SAVOIRS

Dynamiques des réseaux et politiques publiques







Avec les contributions de
Rocío Amador Bautista, Didier Bede, David Benmahdi, Amélie Fiorello,
Catherine Foucaud-Scheunemann, Fidelia Ibekwe-SanJuan, Sophie
Kennel, Alain Kiyindou, Anne-Marie Laulan, Françoise Morel-Deville,
Emmanuel Murhula A. Nashi, Widad Mustafa El Hadi, Loum Ndiaga,
Nathalie Pinède- Wojciechowski, David Reymond, Patrick Saerens,
Grégory Spiet, Lise Vieira








L’Harmattan Du même auteur


Cultures, technologies et mondialisation,
L’Harmattan, 2010.

Technologies de l’information et de la communication.
Enjeux et usages pour le développement,
Hermes Lavoisier, 2010.

Pays en développement face à la société de l’information,
L’Harmattan, 2009.

Fractures, fragmentations et mutation.
De la diversité des cultures numériques,
Hermes Lavoisier, 2009.

Communication et dynamiques de globalisation culturelle,
L’Harmattan, 2009.

La liberté d’expression face à
l’évolution économique libérale,
Bruylant, 2007.






 retrouvez tous les ouvrages d’Alain Kiyindou sur
http://www.editions-harmattan.fr
AVANT-PROPOS
ALAIN KIYINDOU, LABORATOIRE MICA, UNIVERSITÉ
BORDEAUX 3
Le Colloque international De la société de l’information
vers les sociétés du savoir, s’inscrit dans une réflexion amorcée
lors des colloques organisés en 2003, 2006 et 2007 à
Strasbourg, France, autour des problématiques du Sommet
mondial sur la société de l’information (Genève 2003 et Tunis
2005) et lors des colloques de Brazzaville (R. Congo) et
Kinshasa (RD. Congo) de 2006, de Jijel (Algérie) de 2008,
autour du rapport culture et communication en contexte de
mondialisation. C’est précisément à Jijel en Algérie, en mai
2008 que s’est développée l’idée d’organiser cette rencontre de
Mexico autour des questions liées à la connaissance et au
savoir. Cette problématique est à analyser au regard des deux
notions clés : société de l’information et sociétés du savoir

La société de l’information est une société dans laquelle
l’information est, indépendamment du canal emprunté,
intensivement partagée pour le bien-être social, politique,
économique et financier des hommes. Cette définition pose
l’indépendance de la société de l’information vis-à-vis de tout
essor technologique et fait du partage et de la connaissance de
l’autre, un élément fondamental. En effet, l’information peut
être plus efficace, c'est-à-dire mieux comprise et acceptée en
utilisant des canaux moins complexes. L’essentiel étant d’être
en rapport (au sens d’Éric Berne) avec ses interlocuteurs. La
société de l’information devient donc celle qui se nourrit de ses
diversités et de ses capacités, c'est-à-dire qui s’inscrit dans un
mouvement dialogique. Toutefois, la société de l’information
reste très marquée par la technologie. En effet, les technologies
de l’information et de la communication bénéficient d’un quasi-
consensus sur leur rôle positif sur le développement individuel
et collectif. Cela n’est pas étonnant puisque l'évolution de la
technique (le progrès technique) a souvent été considérée
comme le moteur de l'évolution de l'économie et de la société.
7
Parmi les plus célèbres réflexions sur le rôle de la technique
figurent celles de Karl Marx, qui considère que l'évolution
technique entraîne celle de l'économie, ce qui forme
l'« infrastructure » de la société. De cette infrastructure
découlent des rapports de production et des rapports sociaux en
général, ainsi que des systèmes de valeurs associés, qui forment
la « superstructure » de la société.
À l’évidence, nous sommes passés d’une logique de
reproduction à une logique d’innovation, dans laquelle il ne
suffit plus de refaire ce qui s’est fait de mieux dans le passé ou
ailleurs et c’est dans cette logique que s’inscrit cet ouvrage qui
contribue à penser la technique et ses usages en tenant compte
de ce que De Certeau appelle les « arts de faire ». Les articles
rassemblés ici prennent en compte la question des retombées de
la technologie ou de la technique dans la circulation des savoirs.
Ceux-ci, comme le rappelle Jacques Ellul, « comportent trois
sortes d'effets, les effets voulus, les effets prévisibles et les effets
1imprévisibles ». Le discours des auteurs oscille entre les termes
« société de la connaissance », « société de l’information »,
« société des savoirs ».

L’Unesco explique sa préférence pour le concept de
« société des savoirs » par le fait que celui-ci apparaît comme
étant le résultat d’une réflexion sur le type de société dans
2laquelle nous souhaitons vivre. Il serait plus riche et
favoriserait davantage l'autonomisation que les concepts de
technologie et de connectivité, qui souvent sont au centre des
3débats sur la société de l'information . Celle-ci n’a de sens que
si elle favorise l'essor des sociétés du savoir et se propose pour
fin de tendre au développement humain fondé sur les Droits de
l'Homme. Dans les « sociétés du savoir », le modèle d’une


1 Jacques Ellul, La technique ou l'enjeu du siècle, Economica, 1990, page 407.
2 Jean Favier, « Avant propos », La société de l’information : glossaire
critique, La Documentation française, Paris, 2004, pp. 5-7.
3 Unesco, Vers les sociétés du savoir, Unesco, Paris, 2005.
8
économie globale comme paradigme d'organisation sociale à
partir du développement et l'expansion des TIC présuppose
l’existence de communautés et de réseaux sociaux pour l’accès
au savoir.
Aborder la question de la société des savoirs impose donc de
s’arrêter sur la notion de savoir que l’on considère généralement
4comme un ensemble organisé de connaissances. Ces
connaissances ne sont pas uniquement scientifiques, elles
concernent tout ce que nous pouvons apprendre et transmettre.
Le savoir n’est pas mécanique, « il requiert la mise à distance,
5l’établissement des priorités, de hiérarchisation ». La
transformation d'une information en savoir suppose un travail
6de réflexion . Elle souligne qu’une information n'est que donnée
brute, la matière première de l'élaboration d'un savoir. L’accès à
l’information reste donc inutile sans la capacité d’en
7comprendre et d’en utiliser la substance. Sven Ove Hansson
ajoute une autre dimension en considérant qu’il est d’abord une
espèce de croyance puisque ce que l’on ne croit pas ne saurait
être du savoir. En effet, pour qu’un objet puisse être considéré
comme un savoir, il faut qu’il soit assimilé dans le système de
croyances du sujet connaissant. Ici se pose la question de
l’internationalisation des savoirs véhiculés à travers les TIC.
Dans le domaine de la recherche et de la science, l’idée de
société de l’information a déjà fait l’objet de débats et de
8controverses aux alentours de 1970 . Qualifiée de postindustrie-
lle, la société de l’information a été au centre des préoccupa-


4 La notion de savoir fait également référence aux aptitudes reproductibles,
acquises par l'étude ou l'expérience.
5 Lucien Sfez, Information, savoir et communication, Centre Galilée, Paris,
2003 page 13.
6 Unesco, Vers les sociétés du savoir, Unesco, Paris, 2005.
7 Sven Ove Hansson, « les incertitudes de la société du savoir », Revue
internationale des sciences sociales n° 171, Unesco 2002, pp 43-51.
8 Bernard Miège, « La société de l'information : toujours aussi inconceva-
ble ? », Revue européenne des sciences sociales, tome XL, n° 123, Gallimard,
Paris, 2002, pp. 41-54.
9
9tions d’auteurs comme Alain Touraine (1969), Zbigniew
10 11 12Brzesinski (1971), Daniel Bell (1973), Yoneji Masuda
(1980) etc.
Ces auteurs insistent, en effet, sur le fait que le changement
social n'est pas uniquement le fait d'activités de communication
et rappellent la complexité des faits sociaux. En effet, face à la
réalité sociale, l’individu ne cesse d'intervenir, de ruser, de
s'accommoder, de transformer le réel, de changer les lois,
13d'inventer des règles, bref, de s'arranger avec la vie .
En tout cas, plus qu’hier, les espaces d’échange de savoir
envahissent notre quotidien même si de nombreuses
interrogations subsistent sur la qualité des savoirs diffusés. Ces
dispositifs se cristallisent autour de communautés, s’appuient
tant que faire se peut sur des politiques publiques plus ou moins
explicites ainsi que sur des logiques ou des pratiques qui
peuvent tout aussi être individuelles ou collectives, privées ou
professionnelles. Toutefois, le rapport établi entre la société et
l’information ou entre société de l’information et société des
savoirs, suscite quelques interrogations :
De quel(s) savoir(s) parle-t-on ? Quels en sont les modèles
de référence, les modalités de partage, les logiques, les réseaux,
les acteurs ? Quel est l’impact de la généralisation des TIC dans
les universités ?
Comment l’organisation des communautés et réseaux
contribue-t-elle à l’accès au savoir dans le système éducatif et
dans les entreprises ? Quel est le rôle des professionnels de


9 Alain Touraine, La société post-industrielle, Denoël, Paris, 1969.
10 Zbigniew Brzesinski, La révolution technétronique, Calmann-Lévy, Paris,
1971.
11 Daniel Bell, Vers la société post-industrielle, Laffont, Paris, 1976, (version
anglaise publiée en 1973).
12 Yoneji Masuda, The information Society as post-industrial Society, Institute
for the Information Society, Tokyo, 1980.
13 Michel de Certeau, L’invention du quotidien, Union générale des éditeurs,
Paris, 1980.
10
l’information ? Le web 2.0, bouleverse-t-il vraiment les
pratiques d’enseignement et de recherche ?
De quels retours d’expérience dispose-t-on concernant
l’introduction des TIC dans l’éducation et le travail ? Quels
changements peut-on observer dans la coopération interuniver-
sitaire, la gouvernance des universités et des entreprises ?
Peut-on considérer la connaissance comme une marchandise
comme toutes les autres ?
Cinq pistes de réflexion se dégagent très nettement à savoir :
- politiques publiques et construction des sociétés du savoir,
- réseaux et communautés de partage,
- logiques, pratiques et contraintes socio-économiques
relatives au partage des savoirs,
- diversité culturelle, dispositifs technologiques et partage
des savoirs,
- formation, télétravail et enseignement à distance.
Ils constituent le socle de cet ouvrage.



11




PARTIE 1
GOUVERNANCE ET ESPACES DE FORMATION


LE RÔLE DE L'OBSERVATION ET DE L'ÉVALUA-
TION DES SITES INSTITUTIONNELS DANS LA
GOUVERNANCE DES UNIVERSITÉS
LISE VIEIRA, DAVID REYMOND, NATHALIE PINÈDE-
WOJCIECHOWSKI, LABORATOIRE MICA-GRESIC, UNIVERSITÉ
BORDEAUX 3
Stratégies et gouvernance
L'importance du support web en particulier dans sa
dimension hypermédia pour la communication des institutions,
n'est plus à démontrer. Quel que soit leur statut, qu'elles soient
ou non à but lucratif, les organisations s'appuient en effet de
plus en plus sur leurs sites pour valoriser leur image et déployer
leurs axes stratégiques de façon visible. De tout temps, les
universités assurent une mission de production et de diffusion
de savoirs ; aujourd'hui elles doivent faire face à une nouvelle
situation : au même titre que les institutions du secteur
économique, elles sont confrontées à un environnement
fortement concurrentiel mais n'ont pas toujours le recul
nécessaire pour prendre les décisions leur permettant d'ajuster
leurs actions. Il est donc important d'envisager la dimension que
les TIC sont en mesure de leur apporter pour l'adaptation de
leurs stratégies et la maîtrise de la gouvernance afin de
concevoir des changements organisationnels garants d'une
meilleure efficacité.
Aux origines art de la ruse dans le domaine de la guerre, la
stratégie se déploie aujourd'hui, dans la plupart des champs
d'activité. Toute action stratégique s'exerce selon deux axes :
l'un direct, visible, consiste à déterminer les actions dans
lesquelles l'organisation compte s'investir et à allouer les
ressources nécessaires à ce développement. L'autre axe,
indirect, impose que l'organisation garde une confidentialité sur
les projets à venir de façon à pouvoir se démarquer de la
concurrence ; il s'agit de se positionner favorablement face à ses
concurrents en gardant une longueur d'avance. Chandler montre
que la stratégie d'une firme dans le temps détermine sa structure
15
et que cette stratégie à son tour doit s'analyser comme la volonté
de cette firme d'utiliser ses ressources au mieux en fonction des
14possibilités du marché.
Le terme de gouvernance a une connotation fortement
politique mais s'applique plus généralement à toute organisation
mettant en œuvre un ensemble de moyens pour atteindre les
objectifs qu'elle s'est fixés, des ressources pour accomplir ses
finalités.
« La Gouvernance d'une entreprise ou d'une organisation,
publique ou privée, a pour but de fournir l'orientation
stratégique, de s'assurer que les objectifs sont atteints, que les
risques sont gérés comme il faut et que les ressources sont
15utilisées dans un esprit responsable. »
Cette définition nous permet de situer notre réflexion sur le
développement des structures universitaires qui sont désormais
gérées comme des entreprises avec obligation de résultat et dont
l'avenir, de ce fait, est étroitement lié à leur capacité de
concevoir des stratégies opérationnelles dont une grande partie
repose sur la pertinence de leurs dispositifs numériques.
Une situation paradoxale : le changement de paradigme
Les universités françaises dans leur ensemble se voient
aujourd'hui confrontées à une série de doubles contraintes dont
la plupart relèvent des logiques opposant centralisation et
décentralisation mais aussi du changement général induit par
l'apparition d'un nouveau paradigme social et informationnel.
Ce terme, issu de l'analyse classique des révolutions
16scientifiques a été initié par Khun qui définit ainsi les


14 Alfred Chandler, Strategy and structure, Mass, MIT press, Cambridge,
1962 (trad Stratégies et structures de l'entreprise, Paris, Editions
d'Organisation).
15 Source "IT Governance Institute". http : //www.governanceinstitute.com/.
Site consulté le 21 septembre 2008.
16 Thomas Khun, La Structure des révolutions scientifiques, Flammarion,
Paris, 1983.
16
caractéristiques essentielles des paradigmes : « leurs
accomplissements étaient suffisamment remarquables pour
soustraire un groupe cohérent d'adeptes à d'autres formes
d'activités scientifiques concurrentes, d'autre part ils ouvraient
des perspectives suffisamment vastes pour fournir à ce nouveau
groupe de chercheurs toutes sortes de problèmes à résoudre ».
Pris au sens de principes fondateurs ou de schémas conceptuels
nouveaux, nous pouvons affirmer que les paradigmes
fondamentaux de nos sociétés sont en mutation profonde avec
l'avènement des technologies de l'information et de la
communication. Dans son ouvrage La Société en réseaux,
17Manuel Castells montre que les TIC ont une emprise sur le
fonctionnement même de la société et agissent sur l'information,
sur toutes les activités humaines. La logique en réseau est
particulièrement bien adaptée à la complexité croissante des
interactions, grâce à la souplesse des technologies numériques
qui sont modifiables et facilement adaptables.
Cependant, nous pouvons aller encore plus profondément au
cœur du concept de changement si nous nous référons à la
notion de structuration des organisations et des systèmes
d'information : depuis des siècles, le tissu social repose
traditionnellement sur le principe d'organisation hiérarchique
s'appuyant sur l'autorité d'une direction. Suivant cette logique,
les entreprises fonctionnent selon un schéma arborescent se
composant d'ensembles et sous-ensembles structurés (services,
sous-services). La mise en place de la circulation de
l'information s'est effectuée selon ce même schéma : la plupart
des médias classiques adoptent le principe d'une information
« descendante » (d'une source vers des récepteurs multiples) et
unidirectionnelle (l'effet retour ou feed-back restant dans ce
contexte relativement discret). La diffusion d'information dans
les entreprises et organisations lorsqu'elle se fonde sur
l'imprimé (notes de service, journal d'entreprise) fonctionne de
la même manière.


17 Manuel Castells, La société en réseaux, Fayard, Paris, 2006.
17
Nous nous trouvons donc dans une situation typique de
double bind ou double contrainte puisqu'avec le déploiement
des technologies numériques, on passe du schéma arborescent
au schéma réticulé, celui de la circulation en réseau de
l'information. Or il y a cohabitation entre le modèle
hiérarchique et le modèle réticulé. Au fil des années l’évolution
interne a naturellement conduit à une organisation réticulaire.
Mais la logique hiérarchique demeure au niveau de la
gouvernance car l’acceptation d’une organisation réticulaire
n’est pas facile et difficilement gouvernable ou pilotable selon
les logiques traditionnelles. Ainsi, au plan de la publication, la
zone éditoriale illustre ce décalage : elle est sous la
responsabilité législative de la hiérarchie mais se compose pour
partie de nombre de sous-zones de publication décalées au plan
de l’image véhiculée mais aussi des contenus, stratégies et
finalités de communication et d’information. Nous proposons
ici d’illustrer ce décalage, cette étude s’inscrivant dans un
programme qui vise à déterminer les points clés, des indicateurs
ou des modèles, satisfaisant à une communication orchestrée
(ou communautaire, identitaire) tout en conservant cette
organisation réticulaire qui s’oppose à tout pilotage ascendant.
Dans le cas des sites web des universités, on trouve des
informations institutionnelles (organigrammes, répartition des
différents services, contenus des enseignements, modalités
d'examens…), mais aussi des espaces de publication dédiés aux
acteurs et usagers (plateformes, environnements numériques de
travail, publication des articles scientifiques). Traditionnelle-
ment détentrices et dispensatrices de savoir, les universités se
trouvent depuis le déploiement des TIC dans une situation
complexe : elles doivent en effet perpétuer et valoriser à la fois
leur rôle de vecteur dans la transmission des connaissances tout
en mettant à la portée d'une multiplicité d'acteurs (enseignants,
chercheurs, étudiants, personnels administratifs, techniciens),
des espaces d'expression. Loin de leur ancienne image de « tour
d'ivoire », les universités sont des agents majeurs de
l'innovation sociale. Leur rôle, pluriel, est à la fois de favoriser
la publication de ressources fondées sur le développement du
numérique, visant à s'approcher le plus possible des besoins de
leurs usagers et de leur donner une autonomie de plus en plus
18
grande tout en s'efforçant de garder une unité qui leur permette
de garder une identité forte susceptible de les démarquer par
rapport aux autres institutions.
Ces contradictions apparentes peuvent être sinon résolues du
moins maîtrisées si on adopte la logique intrinsèque des réseaux
en tant qu'espace ouvert : « La seule organisation capable de
croissance indéterminée ou d'apprentissage indépendant est un
réseau. Toutes les autres topologies limitent ce qui peut se
produire : un réseau/essaim est tout en arêtes et par conséquent
ouvert quel que soit l'endroit où on y accède (…) En fait il n'y a
que dans un réseau qu'une pluralité d'éléments vraiment
divergents peuvent rester cohérents. Aucun autre dispositif-
chaîne, pyramide, arbre, cercle, axe- ne peut contenir une
18diversité véritable fonctionnant comme un tout. » Pour
s'adapter à ces nouvelles logiques et pouvoir agir en s'adaptant
au réel complexe, les institutions ont besoin d'avoir une vue
claire de leurs espaces de publication ; notre étude se propose
d'y contribuer en faisant converger les approches qualitatives et
quantitatives de la production web des universités.
La dimension stratégique du web
Actuellement, la portée des dispositifs web pour les
institutions universitaires est incontestable. Pour nos
établissements, déployer un système dynamique de
communication interne et externe a constitué un enjeu majeur
de modernisation des services d’information en phase avec la
19construction des environnements numériques de travail . Ainsi,
la communauté universitaire a été confrontée à ces modèles et a
fait évoluer, pour de multiples raisons, les sites web de première
génération vers de véritables portails susceptibles de donner


18 Kelly Kevin, Out of control : The rise of neo biological civilization,
Addison-Wesley, Menlo Park- Californie, 1995, p 25-27.
19 Sylvie Lainé-Cruzel, « Documents, ressources, données : les avatars de
l'information numérique », Information-Interaction-Intelligence 4, n°1,
novembre 2004, pp.105-119.
19
accès aux nombreuses ressources d’information qu’elle génère
en continu.
La qualité, la richesse et la réactivité des ressources
proposées sert dès lors une dimension non plus seulement
informationnelle mais aussi communicationnelle, qu'elle soit
interne ou externe, à destination d’un public régio-
nal/national/international. Dans un contexte toujours plus
concurrentiel, la visibilité d'un établissement est un enjeu
essentiel pour, par exemple, afficher son offre de formation, la
valorisation de ses activités de recherche ou la richesse et la
diversité de ses relations nationales/internationales. À cette fin,
il est important de dispenser une image institutionnelle
cohérente permettant de trouver une véritable audience aux
plans individuel et collectif. Ainsi les sites web des
établissements trouvent-ils là un rôle clef dans la dynamique de
communication d'un établissement universitaire, en contribuant
à l'accroissement de la visibilité et de l'impact de chaque
structure ou composante. Cependant la notion même de « site
web » d'une université désigne en fait un ensemble de sites. Si
chacun de ces sites, individuellement, participe au rayonnement
de la composante ou structure dont il est l’émanation, il n’est
pas toujours aisé de l'inclure dans une évaluation collective de
l’établissement. L’enjeu stratégique est de pouvoir aujourd’hui
également les appréhender dans leur globalité par une politique
éditoriale en phase avec les mutations actuelles.
Par les qualités que leur confèrent leurs caractéristiques
techniques liées en grande partie aux énormes potentiels du
numérique, les sites web s’inscrivent pleinement dans la
gouvernance et la dynamique opérationnelle des organisations,
et s’affirment comme révélateurs de la stratégie d’information
et/ou de communication notamment pour les sites d’information
de type universitaire, voire comme élément d’une stratégie
20
20marketing . Avant d’être un acte de réalisation technique, la
conception de pages et de sites web est fondamentalement un
acte d’édition qui s’inscrit dans une dimension politique et
21stratégique .
Les études webométriques du laboratoire CybermetricsLab
(CCHS-CSIC Madrid)
Les logiques de classement actuelles sont en partie une
source d’inspiration possible pour le pilotage de la politique
web universitaire, logiques qu’il est nécessaire de prendre en
compte mais aussi de dépasser. Le laboratoire CybermetricsLab
applique des techniques infométriques dérivées de la
bibliométrie pour produire une évaluation comparative et un
classement de l'ensemble des sites d'établissements
22universitaires . Ainsi qu’il est rappelé, « le but original est de
promouvoir la publication web, pas de classer les établisse-
ments », soit de mesurer la politique d'engagement des
établissements en termes de publication numérique, notamment
scientifique. La notion d’indicateur permet d’extraire des
éléments de sens à partir d’une analyse statistique sur des
volumes de données conséquents et selon des critères de
pertinence. On est bien ici dans une logique de l’évaluation,
connue et pratiquée au plan de la recherche scientifique, et qui
tend aujourd’hui à s’étendre et s’imposer comme modèle et
cadre de régulation. Quatre indicateurs sont mis en place par le
laboratoire CybermetricsLab pour produire le score d'un
établissement :


20 Monnoyer-Longé, M-C, Lapassousse-Madrid, C., « Intégrer les sites web
dans les stratégies. Concept et modèle », Revue française de gestion, n° 173,
2007, pp. 141-155.
21 Nathalie Pinède-Wojciechowski, David Reymond, et Lise Vieira. « Intérêt
stratégique d’un observatoire des sites web en sciences de l’information et de
la communication », Actes du 16e congrès de la SFSIC, Compiègne 11-13
juin 2008.
22 http : //www.webometrics.info
21
- visibilité et impact des pages publiées (Visibility V)
(principe de citation de liens externes),
- taille de son site (Size S) identifiée à partir du nombre de
pages recensées sur 4 moteurs de recherche Google, Yahoo
Search !, Live Search et Exalead,
- évaluation de la publication scientifique par le nombre de
23fichiers riches (Rich files R) ,
- le nombre de documents et citations recensées dans la base
Scholar Google.
L’ensemble de ces indicateurs étant pondéré sur la base
respective de 50 % - 20 % - 15 % - 15 %.
Partant de ces indicateurs, on ne peut que faire le constat des
24performances médiocres des sites de nos institutions aux plans
international et européen. Évidemment, on peut identifier des
risques possibles liés aux dimensions de l’évaluation et à la
notion d’indicateur. Tout d’abord, les instruments utilisés et les
mesures quantitatives produites revendiquent une neutralité qui
peut se révéler plus subjective qu’il n’y paraît, car nécessaire-
ment dépendantes de choix initiaux. D’autre part, on peut
mentionner la dérive possible de la perception de la notion
d’indicateur, à l’origine outil d’aide à la compréhension de
phénomènes, éventuellement à la décision, vers une
instrumentation purement assertive associée à la mise en œuvre
unilatérale d’actions. Il s’agit donc toujours de garder le recul et
la mise en contexte nécessaires pour nuancer un certain
réductionnisme induit par les chiffres et statistiques qui sont
aussi la seule voie à l’appréhension de la volumétrie


23 Fichiers Adobe Acrobat (.pdf), Adobe PostScript (.ps), Microsoft Word
(.doc) et Microsoft Powerpoint (.ppt).
24 Cette notion se réfère ici à une politique de diffusion web clairement
affichée ou nécessaire. La diversité des institutions au plan des objectifs et des
missions de ces dernières sont des paramètres qualitatifs à prendre en compte
avant tout jugement concernant les classements. Par exemple une activité
culturelle ciblant des communautés mal desservies par le web imposera
d'autres canaux de diffusion... le classement du site web n'a dans ce cas que
peu de sens.
22