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Nouveaux regards sur le handicap

De
281 pages
Ce nouvel ouvrage de J.-T. Richard continue à offrir une proposition de théorie et de clinique psychanalytique générale du handicap. Le propos est illustré de références à S. Freud et à ses principaux élèves, de situations cliniques mais aussi de commentaire sur la nouvelle science à la mode, la neuropsychanalyse. L'auteur continue à démontrer que la psychanalyse est la seule approche apte à comprendre et accueillir la souffrance de la différence et à défendre les prises en charge institutionnelles.
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AVANT-PROPOS

AVANT-PROPOS Par Sylvain GAGNERIE DE LA MARCHE Pédopsychiatre-psychanalyste en I..M.E et S.E.S.S.A.D

ans sa préface au précédent ouvrage de Jean-Tristan Richard, Psychanalyse et handicap, Gérard Zribi avait mis en exergue quelques unes des qualités de lauteur. Je ne peux ici que constater à nouveau leur présence. En premier lieu, lérudition. Les chapitres consacrés à la sexuation et à linhibition intellectuelle en attestent, avec toujours le plaisir de partager connaissances et analyses. Il convient aussi à cet égard de mentionner de nouvelles perspectives sur la tératologie. Le chapitre sur les hommes de Neandertal savère particulièrement original. En deuxième lieu, précisément, lindépendance desprit. Loin des habituels clichés freudiens, au-dessus des querelles de clochers, lauteur nous offre là encore un panorama personnel de la problématique du handicap. Tout cela nest pas que compilation théorique. En effet, si le précédent livre racontait quelques cures selon un triple point de vue (celui dune adolescente handicapée, celui dune mère dun enfant trisomique et celui dun adulte, enfant dune mère paraplégique), celui-ci nous présente, outre quelques remarques cliniques çà et là, trois autres récits: un adolescent atteint dune ambiguïté sexuelle, un enfant trisomique souffrant dune dépression enkystée dans un « faux self » et un adulte né avec une infirmité motrice cérébrale. On y voit à luvre le travail de pensée dun psychanalyste, toujours aux confins de ses assises théoriques et de sa découverte ici et maintenant de son patient unique. On retrouve encore cette indépendance desprit, non dénuée d'humour, dans le chapitre spécifiquement dédié à ce quon nomme désormais partout la neuropsychanalyse. Cette « nouvelle » science a aujourdhui le vent en poupe. Jean-Tristan Richard nhésite pas à relativiser son succès médiatique avec des arguments solides, notamment

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en recourant au complémentarisme de G. Devereux. Il retrouve là la sentence de Voltaire pour résumer sa relation au Créateur : « Nous nous saluons, mais nous ne nous parlons pas » ! En effet, pour notre auteur, S. Freud nest pas une curiosité dun autre âge. Malgré sa formation neurologique datée, il demeure un penseur unique pour nous fournir les instruments aptes à mieux comprendre le fonctionnement psychique et ses soubassements inconscients. Et cela reste vrai aujourdhui. Doù de riches commentaires épistémologiques et de nouvelles perspectives centrées sur des concepts connus. Ainsi croisera-ton ici lidentification, lhallucination, le traumatisme, le deuil et même le membre fantôme. Pour autant, Jean-Tristan Richard noublie pas limportance des facteurs sociaux et culturels. Sil avait présenté dans son livre Psychanalyse et handicap quelques sérieuses réserves quant à lintégration scolaire, au sein dune analyse très complète de ses obstacles, de même que quelques réflexions sur le travail de prévention dans un centre daction médico-sociale précoce, il défend là encore, au fil des chapitres, une perspective toujours globale, de façon quasi militante. Au-delà de leurs aspects compilatoires, comme le dit lui-même notre auteur, invitant là le lecteur à un petit effort - même si ce dernier est heureux de constater que pour nous il a « tout » lu, les approches de lidentité sexuelle et du travail de la pensée, que nous avons déjà mentionnées, nomettent pas cette dimension collective. De même, après avoir hier disséqué les représentations du « monstrueux » chez J. Bosch, H. Bellmer et D. Arbus, il les analyse ici chez A. Adler, lun des pionniers de la psychanalyse avant de faire dissidence et A. Masson, lun des plus grands peintres surréalistes ami de J. Lacan. Je suis persuadé que ce nouveau volume constituera aussi un complément indispensable à toutes les personnes qui ont à faire au handicap. Il comporte de fait le même sens pédagogique. Audelà, notamment en raison de son impressionnant matériel bibliographique, il constituera un outil indispensable pour tous les étudiants en sciences humaines. Ceux-ci seront alors à même de comparer la richesse et la complexité de lapproche

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psychanalytique aux simplifications et réductions de lapproche neuro-cognitiviste et comportementaliste. Une dernière remarque. Je sais que Jean-Tristan Richard est un amateur averti de jazz et de blues, ces musiques, entre tradition et modernité, de revanche sur les humiliations et les souffrances. Je crois pouvoir dire que son travail théoricoclinique est de cet ordre. Réservé, soucieux des racines, connaisseur des standards, attentif au jeu des autres, sensible, ouvert et original.

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INTRODUCTION

INTRODUCTION

omme notre précédent ouvrage relatif à la psychanalyse et au handicap, le présent volume, qui le complète, ne développe pas des thèses, mais plutôt des hypothèses. Celles-ci visent modestement à continuer à témoigner que la psychanalyse demeure toujours une approche irremplaçable. Ses concepts théoriques comme son expérience clinique savèrent pertinents, féconds et profondément humanistes pour comprendre la situation de handicap. Bien évidemment, les sciences génétiques, biologiques et neurologiques sont aussi essentielles pour saisir les fonctionnements et dysfonctionnements de nos corps, de nos esprits et de nos comportements. Mais alors que semble émerger un nouveau courant de pensée tendant à unifier psychanalyse et neurosciences, nous sommes plutôt pour notre part enclins à défendre un point de vue complémentariste. En effet, nous voulons insister sur lavantage à conserver la spécificité du champ freudien (le concept dinconscient, le cadre de la cure, la relation transfert/contre-transfert, linterprétation, etc.), dune part, et lintérêt à posséder deux regards différents, dautre part, à linstar de ce que G. Devereux1 avait proposé quant aux rapports entre psychanalyse et ethnologie. Cest cette double lecture qui nous semble la plus heuristique pour témoigner de lexpérience vécue du handicap comme pour interroger lévolution des conceptions et des mesures sociales et politiques à son endroit. En dautres termes, il sagit là pour nous dune question épistémologique aporétique. Car, même si un psychanalyste et un neuroscientifique échangent, voire utilisent des notions identiques ou voisines et peuvent jubiler de quelques concordances, il demeure que lun descend pour aller vers les profondeurs de linconscient psychique et que lautre
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C

Cf. Devereux G. : Flammarion, 1972.

Ethnopsychanalyse complémentariste, Ed.

monte pour se diriger vers les comportements visibles à lextérieur. Lun utilise un langage subjectif et métaphorique alors que lautre manie un langage objectif et mathématique. En outre, lun va plutôt du général au particulier en se référant à la réalité psychique et lautre plutôt du particulier au général en inférant les bases génétiques, neurologiques et biologiques de la réalité comportementale. Bref, en létat actuel de nos connaissances, alors même que les neurosciences amalgament génétique, neurologie, biologie, cognitivisme et réflexologie comportementaliste, ce hiatus nous apparaît donc indépassable et devoir relever de la complémentarité entre la méthode psychanalytique et la méthode neuroscientifique, si lon ne veut pas faire disparaître le sujet même de lobservation, cest-à-dire lhumain. Il y aura donc deux points de vue toujours irréductibles sur une seule et même réalité. Cela constituera la matière dun chapitre de ce nouvel ouvrage, à partir de quelques maladies handicapantes relevant de la pédiatrie. Nous ne reviendrons pas ici sur la présentation sémiologique des différents handicaps et associations dhandicaps, autour de la Classification Internationale de lOrganisation Mondiale de la Santé établie par P. Wood en 1980, la célèbre « C.I.H », avec les catégories de la déficience, de lincapacité et du désavantage, présentation développée dans notre Psychanalyse et handicap. Il nest guère apparu de nouveau modèle depuis sa parution. La Nouvelle Classification du Fonctionnement du handicap et de la santé (la « C.I.F »), de lOrganisation Mondiale de la Santé, qui date de 2001 mais commence seulement à être vraiment appliquée dans notre pays, continue à proposer une conception bio-psycho-sociale en réalité centrée sur les interactions entre les facteurs personnels et les facteurs environnementaux, selon son inspiration principale, à savoir le modèle québécois du processus de production du handicap. La C.I.F articule ainsi les composantes fonctionnelles (systèmes organiques et structures anatomiques) avec les composantes dactivités et de participation de lindividu, en tant que personne et en tant quêtre social, ainsi quavec les facteurs dits contextuels (facteurs environnementaux et facteurs individuels).

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Le tout est présenté dans un langage uniformisé destiné à créer un cadre pouvant servir comme outil statistique, outil de recherche, outil clinique et outil de politique sociale. Se référant dabord aux états de santé, le handicap est envisagé selon trois axes : la déficience fonctionnelle, la limitation dactivité et la restriction de participation. En dautres termes, on retrouve peu ou prou lapproche précédente de la C.I.H de lO.M.S de 1980 et son travers majeur : la normologie médicale. Toutefois, la lecture des revues spécialisées et des textes législatifs nous semble annoncer une nouvelle équation, celle entre handicap et dépendance. Ainsi, les handicapés seraient assimilés aux personnes âgées ou aux toxicomanes et inversement. Or, la notion de dépendance ne relève daucun véritable substrat théorique. Le sens commun sait bien que nous sommes tous plus ou moins dépendants au fil de toute notre existence. Le discours savant sur les toxicomanes et les addictions révèle quil y a, au-delà des conduites, une problématique beaucoup plus complexe et variable. En outre, lexpérience clinique témoigne que nombre de personnes dites handicapées ou âgées sont plus indépendantes que nombre de personnes reconnues non-handicapées ou jeunes. Ainsi, pour nous, définir le handicap par la dépendance souffre dune généralisation simplificatrice abusive qui ne saurait perdurer. De même, croire à la possibilité déradiquer le handicap en supprimant le terme même et proposer de parler de « personnes autrement capables », comme le demandent certains militants radicaux, relèvent à nos yeux dun même processus de déni. Rappelons quaux yeux (et aux oreilles) du psychanalyste, même si le fonctionnement inconscient et ses bases pulsionnelles sont universels, ce qui importe cest lindividu singulier : son histoire, ses expériences, ses mots, tels quils les métabolisent ou non dans sa psyché et dans ses relations à autrui. Nous avons montré dans notre Psychanalyse et handicap que cétait dans la vie et luvre de S. Freud lui-même que lon trouvait la justification de ce point de vue. Nous ny reviendrons pas ici. De même, nous ne reviendrons pas sur les représentations de la différence, physique et mentale, selon lépoque et le lieu. Chacun sait maintenant que cest au Moyen

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Age, dans les villes, que les infirmes, estropiés, nains, lépreux et autres mendiants ont commencé à avoir un statut reconnu, celui davoir droit de faire laumône, parfois grâce à une « lettre de mendicité », et à être soignés, le plus souvent aux frais de leurs familles, dans les rares cas où celles-ci pouvaient être mises à contribution. Ainsi, si certains peuvent vivre auprès des cours des rois et des princes, la plupart rejoignent les vagabonds, les brigands et les sorcières et survivent dans la misère. Ce nest quà partir des philosophes des Lumières que les concepts dégalité et de dignité commencent à émerger. La compassion et lassistance peuvent alors sorganiser. Lexclusion et lenfermement perdent peu à peu du terrain, en particulier à partir des premières découvertes scientifiques au XIXème siècle. Dès lors, lhandicapé va quitter son image « romantique » dêtre à aider et à réparer pour accéder à celle « juridique » de citoyen à part entière. On pourrait résumer ce chemin en disant quà lindividualisme a succédé la solidarité. Ainsi était-il logique quau XXème siècle la psychanalyse rencontre le handicap. Nous avons donc évoqué cette lente transformation des représentations du handicap dans notre ouvrage précédent sans quil soit nécessaire dy revenir ici davantage. Cependant, à partir des découvertes archéologiques de squelettes néandertaliens handicapés, nous nous hasarderons à un chapitre de paléonto-psychanalyse, avant de rapporter quelques nouvelles histoires de tératologie. Au-delà des figures mythologiques, où se mêlent dieux, humains et animaux, réels et imaginaires, et, au Moyen Age, des chimères et autres coquecigrues2, des peintures anatomiques décorchés3, des
Les coquecigrues sont des animaux, notamment des oiseaux, imaginaires, plus ou moins archaïques et burlesques. Létymologie viendrait dun mot-valise associant coq, cigogne et grue. Rabelais utilise le terme dans Pantagruel. Le peintre dorigine russe et vivant en France, Chica, mi-naïf mi surréaliste, depuis 1950, en expose régulièrement des représentations. Par extension, les coquecigrues désignent des objets étranges, des balivernes et des sornettes, ainsi que des personnes niaises. 3 Les dessins, peintures et photographies décorchés, animaux et humains, vont de L. De Vinci à Gunter Brus, en passant, notamment,
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« monstres » exhibés, parfois avec trucages, dans des cirques et des foires, des croyances culpabilisatrices universelles sur le rôle du sperme des démons ou de fautes transgénérationnelles dans lapparition dun handicap, la tératologie contemporaine se réfère, du côté de la science, aux agents dysmorphogéniques altérant la gestation (radiations, infections, drogues, altérations métaboliques, délétions chromosomiques, etc.) et, du côté de la polis, aux meurtriers en série (de la réalité ou des polars), aux pédophiles et aux « sex-freaks » des films X4. Où lon pourrait voir la résurgence de la question de lidentité sexuelle au premier plan des préoccupations sociales, comme aux temps héroïques de la psychanalyse naissante. Ceci rend compte que nous consacrerons un nouveau chapitre à lhistoire des données issues de la tératologie et un autre à ce quil est désormais convenu dappeler la sexuation et les inter-sexualités. A chaque fois, nous devrons affronter la butée du roc de la castration. Nous aborderons également le vaste champ des inhibitions intellectuelles. On sait sans doute que lon rencontre celles-ci aussi bien dans la psychopathologie quotidienne que dans les tableaux névrotiques, pervers, psychotiques et limites. Nous insisterons sur le fait quelles interviennent également dans le cadre des déficiences cognitives innées en les majorant et que derrière linsuffisance, linculture et la « bêtise », au-delà de la pensée empêchée, il existe toujours un sujet humain. En dépit de laspect compilatoire de notre exposé qui ne devra pas décourager le lecteur féru de connaissances, il démontrera une
par P. Aertsen, H.V.J. Rembrandt, J. S. Chardin, J.A. Houdon, le Dr. T. L. Auzoux, A. Masson, C. Soutine et F. Bacon. On consultera à ce sujet les deux numéros consacrés aux « Corps extrêmes » de la revue « Champ psychosomatique », N°s 34 et 35, Ed. Lesprit du temps, 2004. 4 Il sagit là de lexploitation voyeuriste et financière danomalies, le plus souvent dorigine génétique, telles que le double pénis, le pénis démesuré, le clitoris surdimensionné, les lèvres vulvaires géantes, lhypertrophie mammaire, etc. venant toujours faire écho au complexe de castration de chacun et chacune.

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fois encore la complexité de labord freudien comparé à lapproche neuro-cognitiviste. Nous présenterons également de nouvelles vignettes cliniques issues de notre pratique et témoignant de lintérêt du recours à la psychanalyse auprès des personnes handicapées. Nous remercions évidemment celles-ci et leurs parents pour leur accord den relater ici le travail. Poursuivant notre galerie de portraits initiée dans notre précédent volume, nous rencontrerons deux figures aujourdhui quasi oubliées ou méconnues : Alfred Adler, un médecin dissident de S. Freud, créateur de la psychologie individuelle, dont lexistence et luvre tendent à faire de la vie infantile un paradigme du handicap et André Masson, le peintre surréaliste, lami dA.Breton et de J. Lacan, marqué à jamais, dans sa chair et ses tableaux, par son expérience des horreurs de la guerre. Si nous avions abordé dans le précédent livre les concepts de traumatisme, castration, narcissisme, envie, etc., et s'il est évident que nous les retrouverons ici, ces nouveaux chapitres nous permettront de revisiter nombre dautres concepts indispensables à la compréhension de la psyché handicapée : identification, hallucinatoire, sublimation, individuation, espace du secret, etc. Car, notre souhait reste de proposer un viatique pour tous les professionnels, les parents, les étudiants, etc., afin de les aider à la rencontre quotidienne avec tous ceux auxquels la nature ou la culture a apporté quelque désavantage. Ils sapercevront sans peine combien cette psyché handicapée éclaire la leur et lui ressemble. Enfin, avec ce nouveau livre, le lecteur pourra continuer à découvrir les différents chapitres dans lordre requis par ses besoins ou ses goûts et pourra continuer à disposer dun important matériel bibliographique.

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PARTIE 1

PARTIE 1 NOUVEAUX ELEMENTS DE TERATOLOGIE

n proposera ici de nouveaux aperçus sur la tératologie complétant la présentation générale de notre précédent livre. Ainsi, nous rencontrerons quelques autres personnages oubliés de lhistoire de cette « nouvelle science », comme Herman Fol et lanencéphale de Vichy, et nous exposerons ses avancées, depuis les travaux de David W. Smith jusquà la création de la Société Internationale de Tératologie. Mais nous commencerons par un chapitre relatif aux premiers cas de personnes handicapées connus par la paléontologie. Il sagit de nos ancêtres du Neandertal. Dans lesprit du sociologue anglais Roy Lewis5 et de lécrivain français C. Klotz6, en nous appuyant sur S. Freud et ses suiveurs, leur fréquentation nous conduira même à quelques hypothèses paléonto-psychanalytiques ! Mais avant cela, nous voulons rapporter que les grottes de Lascaux possèdent une représentation étonnante, si lon se souvient, dune part, de lidée de S. Freud7 du rêve comme réalisation de désir et de celle de G. Roheim8 du rêve comme érection destinée à retrouver lutérus maternel, et, dautre part, de la découverte moderne de M. Jouvet9 selon laquelle chaque dormeur lors de son sommeil paradoxal, cest-à-dire pendant ses phases de rêve, déclenche une érection pénienne. Il sagit donc dun dessin
Cf. Lewis R. : Pourquoi j’ai mangé mon père (1960), Ed. Pocket, 2000. 6 Cf. Klotz C. : Les innommables (1971), Ed. C.Bourgois, coll. 10/18, 1988. 7 Cf. Freud S. : L’interprétation des rêves (1900), Ed. PUF, 1967. 8 Cf. Roheim G. : Les portes du rêve (1952), Ed. Payot, 1973. 9 Cf. Jouvet M. : Le sommeil et les rêves, Ed. O. Jacob, 1992, Le château des songes, Ed. O. Jacob, 1992 et Pourquoi rêvons-nous ?, Ed. O. Jacob, 2000.
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vieux de dix huit mille ans montrant un homme rêvant quil chasse des bisons. Il est allongé, en érection, et on peut discerner son âme senvolant comme un oiseau.

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CHAPITRE 1 : LES PREMIERS HANDICAPES NEANDERTALIENS

homo sapiens est apparu en Europe il y environ 40 000 ans. Il aurait même rencontré deux espèces voisines en voie dextinction, les Cro-Magnons et les Néandertaliens. Ces derniers auraient dabord migré vers le Sud (Portugal et Espagne) et le Sud-Est (Croatie, Russie). Ensuite, leurs pas auraient conduit leurs survivants vers les actuels pays arabes retrouvant quelques autres néandertaliens arrivés là plusieurs milliers dannées avant. Ils auraient mal supporté les très fortes variations de température, avec des chutes et des hausses de plusieurs degrés pendant plusieurs décennies. Ils auraient dû partager leurs territoires avec dautres hominidés plus avancés en matière darmes, outils, etc. Il est probable que des guerres inter-espèces, des maladies épidémiques, des difficultés pour se nourrir, une forte consanguinité eurent raison de leur survie. Pourtant, les Néandertaliens avaient constitué pendant environ 30 000 ans un groupe très solide et très actif. On a calculé quils avaient représenté environ 1500 générations. Leur nom dérive dune vallée du Rhin, près de Dusseldorf, où des travailleurs dune carrière retrouvèrent en 1856 quatorze morceaux dun squelette préhistorique. Trente ans plus tard, en Belgique, un deuxième squelette identique fut découvert. Dautres sortirent dexcavations en Israël, au Kurdistan et à Java. Mais cest en France quon a mis à jour le plus grand nombre de restes de Néandertaliens. Selon H. Cuny10, qui synthétise une vingtaine détudes, les caractéristiques de cette population sont un front dégagé, une boîte crânienne aplatie avec un occipital en forme de « chignon », malgré un volume moyen au moins égal au nôtre, une quasi absence de menton, des dents nettement humanoïdes
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Cf. Cuny H. : L’espèce humaine, Ed. Albin Michel, 1972.

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même si elles restent dune massivité simienne. Pour R. Pigeaud11, qui résume une dizaine dautres études, le Néandertalien est un être petit (en moyenne 1,65m) et trapu, avec des membres courts. Sa mâchoire est proéminente, ses incisives particulièrement développées et son nez très gros. Son pouce est fort. Nous savons peu de choses sur le mode de vie de lhomme néandertalien : sédentaire plus que nomade, chasseur et cultivateur, anthropophage mais créateur de sépultures, porteur de colliers de dents et de coquillages, utilisateur du feu et de colorants, cuisinier et potier émérite, connaisseur en plantes médicinales, utilisateur du langage oral. Létonnant pour nous réside dans la concomitance du traitement du handicap chez les Néandertaliens. En effet, sur des sites différents et très éloignés les uns des autres, les ossements retrouvés témoignent dune similitude. Nous ne parlons pas des signes de maladies virales, de pneumonies, de caries, de malnutrition, de fractures liées à des accidents de chasse ou de lutte, mais bien de handicaps. Les premières fouilles à La Ferrassie, près dEyzies et de Savignac, en Dordogne, ont été réalisées en 1896 par Louis Capitan et Denis Peyrony suite à des travaux de terrassement pour aménager une route. Dautres suivirent jusquen 1922, puis de 1968 à 1975. Elles permirent dexhumer huit squelettes datés entre 75 000 ans et 60 000 ans. Il sagit dun site constitué dune grotte, dun petit abri et dun grand abri. On y a retrouvé notamment un corps dadulte âgé de 40-45 ans présentant une usure inhabituelle des dents - avec des traces de sédiments jaunâtres - que lon suppose due au fait quil les utilisait pour tanner les peaux. Un autre individu, de sexe masculin, avait souffert de rhumatismes et présentait une arthrose du bassin, ainsi quun traumatisme sur le fémur et une fracture du coude. Un autre individu, féminin, âgé dune trentaine dannées, révélait une ostéomyélite (infection de los, due le plus souvent à un staphylocoque doré) du péroné droit datant de son enfance.
Cf. Pigeaud R. : Sur les traces de Neanderthal , dans la revue « Sciences Humaines », 2007, N°187, pp. 46-51.
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A côté de ces trois adultes qui ont donc pu survivre à leur handicap, il a été successivement retrouvé dans différentes fosses aux allures de sépultures un corps denfant, dune dizaine dannées, un autre, âgé de trois à cinq ans, un corps de nouveauné, de moins dun mois, et deux restes de ftus, lun à terme, lautre de sept mois. Cest en 1908 que les abbés Amédée et Jean Bouyssonie avec leur frère Paul ont découvert la sépulture dun Néandertalien handicapé à La Chapelle aux Saints, un petit village de Corrèze. Ils ont dabord cru quil sagissait dun homme des cavernes qui avançait courbé, en traînant les pieds. Par la suite, il a été établi quil présentait une déformation de la hanche gauche, un doigt de pied écrasé et une côte brisée. En outre, il souffrait dune arthrite sévère au niveau des vertèbres cervicales et, probablement, dune surdité. Lhomme avait vécu vers 80 000 ans. Les experts pensent là encore que cest grâce à la solidarité de son entourage quil a pu vivre. Sur le site de Shanidar, au Kurdistan, dans le nord-est de lIrak, on a retrouvé un Néandertalien datant de 60 000 ans qui était borgne et manchot, avait une jambe droite malade, de sorte quil devait boiter; il serait mort à un âge relativement avancé pour lépoque, autour de 40 ans. Surnommé « Nandy » par ses découvreurs de la Columbia University, conduits par Ralph S. Solecki et son épouse Rose en 1956, cet hominidé avait subi ses blessures longtemps avant de mourir. Il est même probable que la perte de lavant-bras et de la main ait pu être dorigine congénitale ou résulter dune maladie infantile ou dune amputation. Le bras atrophié avait cependant guéri. Pour les paléontologistes qui ont étudié Nandy, il ne fait aucun doute quil est le premier handicapé, qui plus est âgé, à avoir bénéficié de soins et dassistance. Le crâne de Pierrette, une néandertalienne retrouvée dans les Charentes Maritimes, à Saint Césaire, près de Saintes et datant de 36 000 ans, porte les traces dun coup violent porté par un objet pointu. Mais la fracture a été cicatrisée et elle a survécu. Cela signifie quelle a dû rester alitée quelques semaines et être soignée et nourrie par son groupe. Telle est la déduction effectuée par les archéologues qui lont découverte en 1979 près de « la roche à

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Pierrot », doù elle tire son nom. A Bau de lAubesier, dans le Vaucluse, cest un autre néandertalien qui a été exhumé. Il serait encore plus vieux, puisque les experts le situent vers 170 000 ans. S. Lebel et ses collègues ont en effet retrouvé en 1987, à huit mètres de profondeur, un squelette caractérisé par sa mandibule. Celle-ci présente des lésions et une parodontite (maladie bactérienne entraînant quasi inévitablement un déchaussement des dents) qui ont fait que son propriétaire naurait pu survivre longtemps si ses congénères ne lui avaient donné à manger une nourriture molle sous forme de bouillie. Là encore les paléontologistes estiment que lattention des individus les uns pour les autres remonte à très loin. Les Néandertaliens nétaient donc pas des brutes épaisses et cannibales situées quelque part entre les simiens et les humains. A notre connaissance, aucun scientifique na proposé une autre hypothèse, à savoir que les adultes de La Ferrassie, Nandy, lAubesier, lhomme de La Chapelle aux Saints et Pierrette étaient peut-être des anciens grands chefs ou des sorcier(e)s. Il est possible dadmettre quen ces temps originaires les tribus vivaient selon des schémas matriarcaux ou, à tout le moins, centrés sur la Terre-Mère. Les imagos maternelles archaïques et les traits hystériques dominaient. Nous émettrons lhypothèse paléonto-psychanalytique12 que les femmes étaient sans doute
Une telle proposition nous semble poursuivre lesprit de S. Freud dans Totem et tabou (1912-13) à propos de la horde primitive (Ed. Payot, 1970), de S. Ferenczi dans Thalassa (1924) à propos de la Mère originelle (Ed. Payot, 1966), de E. Jones dans Psychanalyse, folklore et religion (1964) à propos des rites des sociétés dites primitives (Ed. Payot, 1973), de G. Roheim dans Psychanalyse et anthropologie (1950) à propos de lunité du genre humain (Ed. Gallimard, 1969), de G. Mendel dans Anthropologie différentielle (1972) à propos des Dogons (Ed. Payot, 1972), de J-P. Valabrega à propos de la reconstruction anthropologique et des mythes dans divers articles pour la revue « Topique » aux éditions EDT/PUF (Cf., notamment, celui intitulé « La psychanalyse est une anthropologie »/ 2001, N°75), et, last but not least, de G. Devereux dans Ethnopsychanalyse complémentariste (1940-1972) à propos des liens entre culture, identité et inconscient (Ed. Flammarion, 1972) et de E.
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