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Nouvel aperçu sur l'Algérie - Trois nécessités en Afrique : conserver, pacifier, coloniser

De
191 pages

Conservons-nous l’Afrique ?

Au point où nous en sommes, cette question peut paraître étrange ; et cependant, ne savons-nous pas avec quelle facilité, l’indifférence succède chez nous à l’enthousiasme ? L’Algérie serait-elle le premier établissement que nous aurions perdu, faute de constance ? Et lorsque, journellement, nous voyons émettre à ce sujet tant d’opinions contradictoires, lorsque des hommes du mérite le plus distingué sont rangés parmi les adversaires de la colonie et l’attaquent avec énergie, lorsqu’un général qui a vu et étudié l’Afrique, assure qu’il faut quatre-vingts à cent mille hommes pour affermir la conquête.

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À propos deCollection XIX
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Léon Blondel
Nouvel aperçu sur l'Algérie
Trois nécessités en Afrique : conserver, pacifier, coloniser
PRÉFACE
Ceci n’est pas une brochure de circonstance ; c’est un ouvrage sérieux, au moins dans mes désirs et dans le but que je me suis proposé. Je n’ai pas la prétention de faire un livre ; rentré aujourd’hui en France, j’ai habité Alger pendant cinq ans : j’ai vu, j’ai étudié, j’ai conféré avec des Arabes : je raconte. Ce que je dis, beaucoup de personnes l’ont pensé ; mais, pour une grande partie du public, la question d’Afrique n’est pas encore suffisamment éc laircie, le doute existe encore ; je voudrais contribuer à le dissiper. Quelques personnes dont je serais fier de citer les noms, si je pouvais oublier que l’intérêt attaché à l’Algérie m’a seul donné quelque valeur à leurs yeux, ont bien voulu me questionner : leurs demandes m’ont fait prendre la plume ; leurs encouragements ont fait ma témérité, quand j’ai osé livrer au public cette esquisse d’un travail plus étendu, conçu d’abord dans la pensée de compléter et de développe r une première brochure publiée sur ce sujet en 1836. Pressé par le temps et mes occupations, j’ai cousu rapidement ensemble les notes recueillies sur les lieux, au milieu des événements , dans les conversations avec les indigènes. Je n’ignore pas combien il est facile d’argumenter sur les motssystème, but, moyens : chacun les emploie suivant le côté de la question qu’il envisage et le point de vue où il se place ; je les ai pris dans l’acceptio n la plus générale et je me suis moins attaché aux mots qu’aux idées. Fonctionnaire public, des devoirs m’étaient imposés par les convenances ; il est dans mes désirs de ne jamais manquer à aucune. Dans toutes les positions, dire la vérité, est toujours une obligation ; c’en est une plus grande quelquefois de savoir se taire, et j’aurais gardé le silence, si je n’avais pensé que chercher à fixer l’opinion c’est chercher à se rendre utile. Du reste, je n’avais pas à me préo ccuper de ces devoirs ; mes observations portent sur un passé qu’on peut dire fini et qui est tombé aujourd’hui dans le domaine de l’histoire, sur des événements que tout le monde connaît, sur des documents que j’ai recueillis dans le public. Convaincu que l’Afrique seule peut enseigner à juger l’Afrique, je marche appuyé sur les faits. J’ai interrogé le passé non pour y ramas ser une à une les fautes qui ont été commises, mais pour chercher dans l’ensemble et dan s les résultats les leçons que l’expérience peut donner. Si je me trompe dans les conséquences que j’ai tirées de mon examen, mon erreur est sans importance et ne peut faire tort qu’à mon jugement. Si j’ai bien vu, ce sont les faits qu’il faut accuser. Quoi qu’il en soit, bonne ou mauvaise, partagée ou non, l’opinion que j’émets n’est que la mienne ; je dois seul en porter la responsabilité. La question est trop grave et trop compliquée pour qu’on puisse la traiter complètement dans un cadre aussi étroit : je me borne à en indiq uer quelques points : ce sont des jalons jetés sur le chemin pour les esprits méditatifs qui ne connaissent point l’Afrique. Lorsque nous avons la témérité d’élever la voix, nous autresbureaucrates,comme on nous appelle, laborieux ouvriers que les puissants du monde écrasent sans façon quand ils nous rencontrent sur leur chemin, on est fort t enté de nous repousser dans la poussière de nos cartons : on ne suppose pas qu’il nous soit permis de porter la vue au-delà de l’horizon d’un bureau ; à peine si l’on nou s croit un cœur occupé aussi des intérêts de la France... Cela n’est pas juste ; dan s ce temps de liberté, le droit de se tromper ne peut être un privilége. On traite assez habituellement les partisans de la colonie, de visionnaires,
d’enthousiastes irréfléchis, de spéculateurs intére ssés : c’est une triste manière d’argumenter. La question est assez grave pour qu’elle occupe l’attention, assez difficile pour que les esprits soient partagés ; discutons, ne nous accusons pas. Je me trouve souvent en opposition avec des hommes éminents par leur mérite comme par leur rang. Quelque déférence que je porte aux qualités qui les distinguent, quelque confiance qu’inspire leur savoir, je n’ai p as trouvé encore de motifs suffisants pour changer une opinion fondée sur l’étude, et dans laquelle d’ailleurs je marche sur les pas de personnes non moins habiles que nos adversaires. Toutes les opinions émises sur Alger me paraissent se résumer à celles-ci : l’abandon immédiat et complet, ou la conservation en colonisant. Là seulement en effet se trouve la raison ; honneur aux adversaires de la colonie qui posent ainsi nettement la question, et savent avoir le courage de leur opinion. Mais il ne suffit pas d’énoncer une proposition ; il faut la démontrer. Les partisans de la colonie, en disant que la conservation est une néce ssité, que la colonisation en est la conséquence obligée, indiquent aussi comment on peu t parvenir à ce résultat. Les colons font plus, ils prouvent par les faits ce que les autres essayent de démontrer par la théorie. Quant aux adversaires, ils écrivent bien qu’il faut abandonner ; mais ils ne disent pas comment on pourrait le faire, ni quelle puissance devra recueillir notre héritage. Puissé-je n’être pas resté trop au-dessous du sujet , puissent les habitants de la colonie, représentants naturels des intérêts français que j’ai servis en Afrique, trouver ici l’expression de ma reconnaissance pour la bienveillance dont ils m’ont honoré, et dont il m’est doux de les remercier d’une manière plus sentie, aujourd’hui que je vais retrouver en France mes fonctions habituelles et une position plus douce et moins difficile.
er Chapitre I
Introduction
Conservons-nous l’Afrique ? Au point où nous en sommes, cette question peut paraître étrange ; et cependant, ne savons-nous pas avec quelle facilité, l’indifférenc e succède chez nous à l’enthousiasme ? L’Algérie serait-elle le premier é tablissement que nous aurions perdu, faute de constance ? Et lorsque, journellement, nou s voyons émettre à ce sujet tant d’opinions contradictoires, lorsque des hommes du m érite le plus distingué sont rangés parmi les adversaires de la colonie et l’attaquent avec énergie, lorsqu’un général qui a vu et étudié l’Afrique, assure qu’il faut quatre-vingts à cent mille hommes pour affermir la conquête... est-il extraordinaire de demander si l’intérêt réel de la France ne réclame pas l’abandon, si, par lassitude ou par conviction, l’ardeur de conservation ne s’éteindra pas bientôt pour faire place au découragement, si ce n’ est pas nous, défenseurs de la colonie, qui sommes dans l’erreur ? Il faut en convenir, l’histoire des premières années ne conduisait que trop à ce doute fatal qui mène à l’abandon par le découragement. Est-ce à l’Afrique, est-ce à nous qu’il faut attrib uer l’état précaire dans lequel nous étions encore, lorsque la chute de Constantine a ma rqué, par un succès éclatant, politique et militaire à la fois, le commencement d’une ère nouvelle ? Reconnaissons-le, parce que la vérité seule est féconde ; les plus grandes difficultés ne sont ni dans le climat, ni dans le sol, ni même dans la population ; celles que nous avons rencontrées, c’est nous, en grande partie, qu i les avons faites ; nous avons entassé les montagnes devant nos pas et nous nous s ommes plaints de ne pouvoir marcher ! Sans les fautes commises, on aurait peu d’arguments à présenter contre la colonie ; nous avons donné des armes à ses adversaires. C’est chose triste à voir, en effet, que les résult ats des sept premières années comparés aux sacrifices. On ferait deux où trois be lles colonies avec tout ce qui a été dépensé, à propos de l’Algérie, en habileté, en savoir, en dévouements de tout genre, en hommes et en argent. Qui a mieux servi que cette armée d’Afrique si brave, si dévouée, et toujours placée, si l’on peut s’exprimer ainsi, entre une guerre sans combats et une paix sans repos ? Qui a mieux décrit les avantages politiques, les mœurs et la constitution du pays que MM. Laurence, Seymerie et Charles Dupin ? qui a mieux p arlé de la colonisation, de l’agriculture et du commerce que MM. Reynard et Lap insonnière ? de la guerre, de l’armement et de l’équipement des troupes que M. le général Bugeaud et le colonel Marey, auteur d’un mémoire trop peu connu ? qui a m ieux indiqué les erreurs de notre politique que M. Thiers et quelques au-très députés ? qui a mieux fait connaître l’organisation sociale et le caractère des Arabes que MM. Brossard et Pélissier ? Ainsi les avis, les enseignements, les dévouements n’ont pas manqué ; les difficultés les plus graves ne sont pas particulières à l’Afrique... Qui donc faut-il accuser ? serait-ce les autorités, les chambres, le gouvernement ?.. ah ! ne nous accusons pas ; il n’est pas bon d’étaler ses misères ; chercher quelques fautes individuelles là où peut-être il était impossible de ne pas en faire, c’est une occupation aussi pénible qu’elle est stérile et mieux vaut signaler la place des écueils, que parler des navires qui ont touché. C’est la cause de nos fautes qu’il faut chercher.
Cette cause on ne peut l’attribuer aux personnes, n i aux autorités locales qui manquaient tantôt de directions, tantôt d’autorisations, tantôt de moyens d’agir ; ni au gouvernement qui avait une immense responsabilité d evant les chambres ; ni aux chambres qui n’étaient pas et ne pouvaient pas être suffisamment éclairées. La faute, elle est à tous, à notre caractère national, aux circonstances politiques, à la nature même de notre gouvernement, dont la mobilité, les luttes perpétuelles, les révolutions de majorité, sont un obstacle à des créations qui exig ent avant tout l’unité des vues, lé temps et la persévérance. Les fautes sont à l’opini on publique divisée, tiraillée entre toutes les incertitudes, et ces incertitudes, personne ne pouvait y échapper, personne ne pouvait en éviter les conséquences. Dans ce conflit des opinions, un doute universel a plané sur la colonie et nous a conduits jusqu’en 1837, à un état voisin du découragement. Les chambres doutaient de l’Afrique ; Le ministère doutait des chambres ; Le public doutait à la fois des chambres et du gouv ernement ; et comment fonder l’avenir quand on ne croit pas au présent ? Ce défaut de confiance nous paraît trop important p our qu’il ne fixe pas un moment notre attention : avant de penser à guérir la plaie, il faut la sonder. Comme il arrive souvent, le mal avait été senti avant qu’on n’en comprît parfaitement la cause ; pressées par le besoin d’inspirer cette con fiance sans laquelle il n’est pas d’avenir, quelques personnes en indiquaient les moyens. Les unes demandaient que la colonie fût réunie à la France ; les autres réclamaient au moins une déclaration officielle du gouvernement ; d’autres enfin croyaient qu’il suffirait de planter un drapeau. « L’Angleterre, disait-on, n’a pas déclaré au monde qu’elle érigeait la Nouvelle- Galles en colonie, elle y a planté son drapeau, voilà tout. » Planter son drapeau ne nous paraît pas chose suffis ante dans les conditions où se trouve l’Algérie. Quand l’Angleterre a occupé la Nouvelle-Galles, son désir de la conserver était assez attesté par l’expédition même qui avait été préparé e dans ce dessein, par l’accord de tous les pouvoirs, par les habitudes constantes de la politique anglaise. Nous, Français, nous sommes venus à Alger par suite d’une guerre qu i avait un autre but que la conquête, nous y sommes restés par une sorte de sac rifice à l’esprit national, nous y restons malgré des contestations qui retentissent e ncore, malgré des opinions puissantes qui font autorité dans les chambres, qui ne voient dans l’Algérie qu’une charge onéreuse et sans gloire, et qui, chaque année, en demandent l’abandon, au nom même des intérêts de la France. Dans cet état de choses, est-ce assez d’un drapeau qui flotte sur les remparts ? est-ce assez d’une déclaration déjà renouvelée plusieurs fois et qui semble toujours oubliée ? serait-ce assez d’un acte législatif qu’un acte semblable pourrait annuler ? L’honneur est tranquille quand le papillon est debout, mais tout puissant qu’il soit, son ombre ne suffit pas pour protéger tous les intérêts, rassurer toutes les timidités, dissiper tous les doutes. La réunion à la France, les déclar ations officielles, quelque avantage qu’elles puissent avoir, ne suffiraient pas davantage ; ce sont des mesures qui peuvent occuper les journaux et amuser les esprits spéculatifs ; mais l’agriculture, le commerce et les capitaux, demandent, pour prospérer, des garanties moins solennelles peut-être, et plus efficaces. Malgré les déclarations qui, plus d’une fois, ont r etenti à la tribune, malgré les faits, bien plus positifs encore puisqu’ils engagent l’ave nir, malgré les trois couleurs qui
s’élèvent sur toutes les côtes, depuis Oran jusqu’à Bône, le mal subsiste toujours, la confiance ne s’établit pas encore ; on comprend qu’ il manque quelque chose, quelque chose qu’on ne peut définir, mais qui existe ; qu’o n ne découvre pas, mais qui se fait sentir partout, et paralyse à la fois le pouvoir, d ans ses opérations, l’agriculture et l’industrie dans les entreprises qu’elles projettent. L’opinion générale se prononce hautement, il est vrai, pour la conservation ; mais, en France, cette opinion est plutôt un sentiment qu’un raisonnement ; on recherche, on accueille avec empressement tout ce qui arrive d’Af rique ; chacun comprend que la question est grave, mais qu’elle n’est pas résolue ; on cherche à soulever le voile qui la couvre, à en pénétrer le secret. Vous rencontrez de s partisans de la colonie qui demandent si réellement on peut en faire quelque chose ; vous trouvez des adversaires qui affirment qu’on en aurait tiré parti en suivant les indications qu’ils donnent ; on n’est d’accord que sur un point, c’est que, jusqu’à présent, nous n’avons pas réussi. En Afrique, bien que l’idée de la conservation soit mieux affermie, elle repose plus encore sur un besoin particulier que sur une étude approfondie de la question dans l’intérêt de la métropole. De part et d’autre, ce sont des sentiments sans con viction, ou des convictions sans bases suffisantes. D’où vient cela ? N’est-ce pas que la question n’a pas encore été généralement comprise dans sa partie la plus importante : les intérêts réels ; qu’elle n’a pas encore été posée dans toute sa vérité ; que, partisans ou adve rsaires, personne n’est assez convaincu des avantages ou des inconvénients attach és à la colonie ? Que les uns, frappés d’abord des difficultés et des dépenses, se ntent néanmoins que l’abandon est chose grave, et qu’il faut bien examiner avant de se décider ? Que les autres, entraînés par une sorte d’instinct, plus habile quelquefois q ue la science, et qui prescrit la conservation, ne savent pas encore s’expliquer bien positivement pourquoi, dans quel but, par quel moyen il faut conserver. Il y a lieu de le croire, notre plus grand mal c’es t le défaut de confiance, le défaut de confiance c’est l’ignorance où nous sommes de tout ce qui touche à l’Afrique. Les lieux, les hommes, les choses, les véritables intérêts de la France, rien encore n’est assez généralement connu.