//img.uscri.be/pth/7b31255c343df3339488a3e88a487b9db251ef38
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 16,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Nouvelles Technologies de Communication

De
272 pages
Au sommaire de ce numéro : Réunions à distance, la place du son, de l'image et des données, par Noël Château et Dominique Cardon ; Télévisions locales et de pays dans une paysage audiovisuel en mutation, par Guy Pineau ; Réseaux métropolitains, décentralisation et télécommunication. Les paradoxes des réseaux métropolitains par Alain Busson ; Du virtuel au réel, les charmes de la simulation par Gérard Dubey ; Le local sur Internet, enjeux de la mise en ligne de l'information : l'expérience Nord-Américaine par Rick Klinenberg, Jean-François Demers et Zélia Leal-Adghirni.
Voir plus Voir moins

Nouvelles technologies de communication
Nouveaux usages? Nouveaux métiers?

Collection Communication et Civilisation dirigée par Nicolas Pelissier
Comiré de lec(ure : Benoit d'Aiguillon, Olivier Arifon, Christine Barats, Philippe Bouquillion, Agnés Chauveau, Pascal Lardellier, Philippe Le Guern, Tristan Mattelart, Cécile Meadel, Arnaud Mercier, Alain Milon, Dominique Pagés, Paul Rasse. Design des couvertures: Philippe Quinton

La collection Communication et Civilisation, créée en septembre 1996, s'est donné un double objectif. D'une part, promouvoir des recherches originales menées sur l'information et la communication en France, en publiant notamment les travaux de jeunes chercheurs dont les découvertes gagnent à connaître une diffusion plus large. D'autre part, valoriser les études portant sur l'internationalisation de la communication et ses interactions avec les cultures locales, Information et communication sont ici envisagées dans leur acception la plus large, celle qui motive le statut d'interdiscipline des sciences qui les étudient. Que l'on se réfère à l'anthropologie, aux technosciences, à la philosophie ou à l'histoire, il s'agit de révéler la très grande diversité de l'approche communicationnelle des phénomènes humains. Cependant, ni l'information, ni la communication ne doivent être envisagées comme des objets autonomes et autosuffisants. Leur étude montre que toute société a besoin d'instances de médiation et qu'ils constituent des composantes à part entière du processus de civilisation. Or, à l'Ouest, à l'Est, au Nord et au Sud, ce processus admet des formes souvent spécifiques, parfois communes, mais toujours à découvrir. La collection "Communication et Civilisation" comporte deux séries spécialisées: "Communication et Technologie" et "Communication en
pratiques" .

Dernières parutions
Jacques LE BOREC, Les mythes professionnels des journalistes. L'état des lieux en France, 2000. Dominique PAGÈS, Nicolas PÉLISSIER (eds), Territoires sous influence,2000. Olivier LAÜGT, Discours d'expert et démocratie, 2000. Magali Lemeunier, Transmettre ou communiquer, 2000. Pierre GABASTON et Bernard LECONTE (textes réunis par), Sports et Télévision, 2000. Florent PAS QUIER, La vidéo numérique, 2000. Hélène ROMEYER, L'impossible formation à la communication, 2000. Fabrice BARTHÉLÉMY, Journalistes-enseignants: concurrence Olt interaction ?, 2000.

Textes réunis par Daniel THIERRY

Nouvelles technologies de communication

Nouveaux usages? Nouveaux métiers?

Séminaire organisé par: l'Observatoire des Nouvelles Technologies d'Information et de Communication et des Métiers, CRAP (UPRES-a 6051 CNRS), IEPUniversité Rennes-l le CRITT Électronique et Communication, Lannion/MEITO l'École Nationale Supérieure des Télécommunications Bretagne (ENSTB) l'Agence de Développement Industriel du Trégor (ADIT) le Musée des Télécommunications de Pleumeur-Bodou
L'Harmattan rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y 1K9 L'Hannattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

~L'Hannattan,2000 ISBN: 2-7384-9988-0

AVANT-PROPOS
Le développement des techniques d'information et de communication constitue un des phénomènes les plus caractéristiques de la tin du xx" siècle. Longtemps prophétisé comme une véritable mutation sociétale sans que l'on perçoive vraiment comment ce développement transformerait notre vie, les dernières années du siècle nous permettent de mieux apprécier \' ampleur des mutations qui commencent à s'accomplir. Les techniques de communication regroupent à la fois des méthodes de management des entreprises, des techniques de formation professionnelle et des techniques de pilotage de la vie sociale; ce sont aussi de nouvelles conceptions du savoir et de sa transmission qui émergent. L'information se substitue peu à peu à d'autres produits pour organiser une" nouvelle économie" mais aussi pour renouveler les emplois industriels qui disparaissent. Cependant, il ne saurait être question d'imaginer que les transformations auxquelles nous assistons nous fassent entrer dans une ère" post-industrielle ". Les produits industriels traditionnels ne disparaîtront pas pour autant, mais leur conception, leur fabrication et leur distribution s'hybrident de plus en plus avec de nouveaux savoirfaire fortement imbriqués avec l'informatique et la panoplie numérique qui les accompagnent. Si le développement des industries de la communication et de l'information a été trop hâtivement assimilé à des activités immatérielles, il augure toutefois une ère de grands travaux dont les

Avant-propos

infrastructures sont peu spectaculaires. Pas de paysages éventrés pour acheminer le fret ferroviaire ou routier, pas de grandes centrales énergétiques à bâtir, pas de révision de l'urbanisme; l'avancée de la société de l'information se passe de toute démonstration spectaculaire. Le monde se transforme sans altérer ses formes. Peut-être est-ce la cause de notre scepticisme? Cependant, après des années d'attente de la grande mutation, il semble que l'informatisation de la société annoncée dans le rapport Nora-Mine de 1978 commence à se manifester de façon perceptible. Cela se traduit par l'amp!cur d'un phénomène qui s'étend depuis une dizaine d'années: la multiplication des équipements numériques individuels. Si les ordinateurs domestiques, et à fortiori les ordinateurs communicants, restent encore assez rares, les supports de communication et leurs lecteurs deviennent de plus en plus numériques. La présence dans les foyers d'équipements de TV/HI-FI numériques et l'habitude d'utiliser dans son environnement domestique, professionnel et récréatif une multitude d'outils numériques manifestent clairement une nouvelle forme de consommation d'informations. Nous pouvons donc postuler raisonnablement que nous vivons, non pas dans une société de l'information, mais dans une société où la communication et l'information interviennent dans de nombreuses transformations en cours. Que deviennent les activités professionnelles face à ces transformations? Verra-t-on émerger de nouveaux métiers ou bien seuls les outils changeront-ils? Ces transformations ont-elles des incidences prévisibles sur l'avenir de secteurs d'activités? de régions? de systèmes de médias ? Ce foisonnement d'interrogations est traité et abordé avec des approches très différentes selon que l'on étudie les évolutions sociétales en cours, que l'on soit concerné par les transformations de son secteur professionnel ou bien encore que l'on conçoive les savoirs et les outils de demain. Les espaces dédiés à ces rél1exions abondent pour chaque catégorie d'acteurs, mais gravitent autour d'une problématique close par l'espace critique où s'engage la réflexion. L'ambition de ces séminaires est de s'ouvrir à des publics peu susceptibles de se rencontrer pour échanger leurs points de vues, leurs 6

Avant-propos

craintes mais surtout leurs projets. Chaque séminaire est conçu pour que divers acteurs de la transformation d'une région (chercheurs, usagers, industriels, etc.) échangent librement à partir de la réflexion d'un chercheur en sciences sociales et humaines. C'est la somme de ces réflexions croisées que nous vous invitons à découvrir dans cet ouvrage.

7

PROBLÉMATIQUE

DU SÉMINAIRE

En 1997-98, une première série de séminaires co-organisés par l'Observatoire des NTIC et des Métiers, le CRITI-Electronique de Lannion, l'Agence de développement Industriel du Trégor (ADIT) et le musée des Télécommunications de Pleumeur-Bodou avait ouvert une réflexion sur le thème de la transformation des métiers liée à l'émergence des NTIC. Il s'agissait alors de tester l'intérêt pour la Région Bretagne de mettre en place un espace, d'un genre nouveau, ouvert à une confrontation entre des acteurs de cette transformation. Partant du constat que les offres industrielles, mais aussi les services qui les accompagnent, sont de plus en plus liés aux technologies d'information et de communication (TIC) il semblait judicieux d'ouvrir un espace prospectif pour analyser les transformations, en cours ou futures, engendrées par ces TIC. Le projet de développement industriel de la région Bretagne étant très lié à ces activités et à l'économie qu'elle engendre, il parut important de s'attacher à 4 missions: . faire le bilan des compétences techniques qui s'exercent dans la région, capitaliser les travaux de recherches en sciences Humaines et Sociales portant sur ces sujets, . ouvrir une large réflexion sur les implications des usages de ces technologies, rendre publique cette recherche.

.

.

Problématique

du séminaire

C'est ainsi que plusieurs acteurs de la vie scientifique et économique trégorroise se sont retrouvés autour de la réalisation du séminaire: Nouvelles technologies de communication: Impact sur les métiers. Cette première série de séminaires avait alors abordé les questions suivantes: Le télé-enseignement, ou la réorganisation pédagogique et physique de l'enseignement; Sylvie CRAIPEAU, Institut National des Télécommunications

.

.

La télévision numérique, ou les possibilités d'une offre de programme régionaliséelthématisée ; Jacques GUYOT, Université Rennes 2

. La presse locale assistée par ordinateur, ou l'intérêt d'un mode coopératif de production de l'information; Denis RUELLAN & Daniel THIERRY, IUT Lannion

. Les communications mobiles à l'hôpital, ou la redistribution de l'offre de soins; Sylvie TARROZI, C.N.E.T Grenoble
Le musée numérisé, ou le virtuel au service des visiteurs; Xavier PERROT, Université de Metz . Les arts numériques, ou quand les artistes rencontrent les nouvelles technologies d'information-communication; Fred FOREST, Université de Nice. Ces séances avaient alors rassemblé plus de trois cents participants entre le mois de novembre 1997 et avril 1998 démontrant ainsi l'intérêt de cette formule. Plusieurs de ces séances avaient suscité des rencontres et des prolongements informels, d'autres avaient ouvert des champs d'investigations demeurant inexplorés à l'issue de ces séances. Mais les quatre missions assignées à ces séminaires furent remplies avec la publication de l'ensemble des travaux conduits lors des six sessions tenues au musée des télécommunications de Pleumeur-Bodou!. Les interrogations issues du premier cycle de séminaires, non seulement demeurent sans réponses pour beaucoup d'entre elles, mais
1 - THIERRY Daniel (textes réunis par), Nouvella technologies de commullicatioll, impact sur les métiers, Paris, l'Harmattan, colI. "Communication", 1998,252 p. 10

.

Problématique

du séminaire

surtout les problématiques liées aux usages des TIC deviennent plus prégnantes encore lorsque la nouvelle économie nous interroge sur la pérennité des phénomènes observés. Les questions de la mutation des métiers, de la transformation des savoir-faire, de la réalité des usages ou bien encore des modèles économiques émergeants deviennent plus pertinentes encore. À l'évidence, il devenait impératif de réouvrir en 1999 ce chantier suspendu un an plus tôt. Tout en conservant la forme originale des sessions qui s'ouvrent à partir de l'exposé d'un travail de recherche en Sciences Humaines et Sociales, une nouvelle série de séminaires fut organisée en adjoignant la contribution dcs chercheurs de l'Ecole Nationale des Télécommunications de Bretagne à Brest. Certaines thématiques devaient être prolongées (la télé-médecine, la télévision locale) en tenant compte des évolutions techniques et/ou juridiques, d'autres s'enrichissent de nouveaux travaux (la transformation de la presse locale) alors que d'autres thématiques sont ouvertes (les techniques de réunions à distance, les réseaux métropolitains ou la simulation des espaces de travail). Nous avons cherché dans cette suite de séminaires à réévaluer le juste poids des TIC dans la constitution de nouveaux métiers et usages liés aux domaines abordés entre le mois de décembre 1999 et le mois de mai 2000. Les exposés et les confrontations avec les publics ont souvent fait émerger d'autres questions relatives à l'aménagement du territoire, à l'aménagement d'une nouvelle temporalité, à la fonction de l'information dans les organisations. Les NTIC servent efficacement les transformations des sociétés qui les promeuvent mais elles ne peuvent rien sans les usagers, rappellent avant tout, les participants à ces six nouveaux séminaires.

Réunions à distance, la place du son, de l'image et des données, par Noël CHATEAU et Dominique CARDON, chercheurs au C.N.E.T Cette session introductive a permis de faire le point sur les contraintes techniques qui conditionnent la réussite des réunions à distance. La parfaite maîtrise des outils technologiques est, bien évidemment un préalable, mais celui-ci ne saurait suffire. Les études présentées nous rappellent que la qualité de toute réunion dépend de la préparation, du 11

.

Problématique

du séminaire

contenu et des enjeux pour les acteurs en présence mais surtout que les participants doivent préalablement avoir déjà eu des échanges en face à face pour optimiser les chances de succès de la réunion. Le succès des visioréunions est plus probable lorsque les protagonistes ont résolu les problèmes relationnels (l'ordre pour Gregory Bateson et l'école de Palo-Alto) car la communication est appauvrie des signes nonverbaux. Cette session nous a rappelé que les téléactivités n'ont pas pour objectif de se substituer aux activités sur site et, qu'en tout cas, elles ne peuvent guère se développer sans confrontation directe des interlocuteurs. Ce qu'une tradition de recherche sur les usages sociaux de la téléphonie a depuis longtemps mis en évidence, à savoir qu'il n'existe pas de substitution d'usages mais des déplacements partiels qui contribuent à renforcer les pratiques existantes, est corroboré par les études sur les nouvelles pratiques. Les offres techniques, en améliorant la qualité des transmissions et en abaissant très sensiblement les coûts, ne font qu'élargir une pratique de travail demeurée très confidentielle jusqu'à ce jour. En dépit des investissements technologiques, les désillusions des usagers risquent d'être cuisantes à défaut de prendre en compte les recommandations exprimées par ces deux spécialistes.

Télévisions locales et de pays dans un paysage audiovisuel en mutation, par Guy PINEAU, chercheur à l'Institut National de l'Audiovisuel (LN.A) Guy Pineau a interrogé, fort opportunément, le concept de local dont on ne sait trop que faire mais reste toujours propice à incarner les usages de technologies réputées immatérielles. Rappelant des propos de Chantal de Gournay, il souligna l'importance de convoquer le concept de local pour marquer l'ancrage dans le monde réel par rapport au monde des idées globales. Cette mise au point liminaire a souligné que toute pratique, fut-elle prétendument nouvelle, s'élabore toujours à partir du proche environnement des individus. La fenêtre sur le monde de la télévision ou de l'Internet s'ouvre avant tout sur la place publique de la cité. Curieux paradoxe de songer que, pour regarder vivre ses concitoyens les plus proches, on utilise des réseaux transitant par tous les canaux libres de la planète ou que la technologie de la 12

.

Problématique

du séminaire

télévision satellitaire sert aujourd'hui à diffuser les images locales. De nouvelles technologies, a priori" globalisantes ", permettent d'exploiter des micro-marchés alors qu'un" engouement enfaveur des médias dits de proximité ne cesse de se manifester dans notre pays ". Partant de ce constat, Guy Pineau a exploré les nouvelles perspectives pour les télévisions de proximité. La toute première perspective est celle de voir enfin se développer en France un discours appelant au développement de cette nouvelle forme d'expression locale en exploitant la technologie de la diffusion numérique hertzienne. Mais, il ne suffit pas de modifier le mode de diffusion pour changer les pratiques, dit Guy Pineau, il faudrait profiter de l'apparition de nouveaux moyens de diffusion pour réactiver la notion de tiers secteur de la communication et tenter de recentrer les médias vers une mission au service des expressions occultées par les grands médias. Mais beaucoup d'utopies ont succombé au " syndrome NRJ " faute d'une réelle prise en compte des conditions juridicoéconomiques dans lesquelles sont placés les médias revendiquant leur indépendance et leur différence.

. Réseaux métropolitains, décentralisation et télécommunication. paradoxes des réseaux métropolitains, par Alain BUSSON, délégué général de l'Observatoire Télécommunications dans la ville (O.T.V)

Les des

À l'instar de Guy Pineau, interrogeant les capacités des macrosystèmes de diffusion télévisuelle à réactiver les activités locales, Alain Busson rappela d'emblée que: "dans [un] contexte d'émergence du village global ", le local garde cependant toute son importance et s'affirme COl1uneun lieu d'enracinement et d'identité irremplaçable ". L'accompagnement du développement des nouveaux réseaux par les collectivités locales conditionne bien évidemment leur influence sur les pratiques et le développement de nouvelles activités économiques. La fonction politique d'accompagnement se trouve néanmoins fortement perturbée par les enjeux de l'économie de marché où ces réseaux offrent un fort potentiel de profit. L'autre difficulté est celle de la nouveauté du type de projets à mettre en œuvre. Ceux-ci sont à la fois innovants, globaux (multi-partenariaux) et nécessitent un management de l'innovation qui touche en premier lieu les structures 13

Problématique

du séminaire

qui les promeuvent. Les élus se trouvent donc au cœur d'une dynamique du secteur privé où l'accompagnement politique est déterminant pour assurer un développement économique et culturel. Mais cette situation est inédite car ils se retrouvent en présence de logiques fort peu localisées; ils découvrent les logiques de la pensée des réseaux. L'absence de centre, l'intelligence collective, les courts-circuits de l'information, le temps réel comme valeurs centrales constituent autant de bouleversements dans la culture des décideurs politiques locaux. L'absence de référence et d'expertise dans les choix d'équipement technologique constitue également une redoutable difficulté lorsque vient l'heure des arbitrages pour des édiles peu informés mais conscients de la nécessité de réagir promptement face à ce nouvel environnement.

.

Imagerie médicale et télé-médecine, évolution et perspectives, par Anne STRAUSS, chercheur au Groupe de Recherche en Imagerie Biomédicale (GRIB), Université Pierre et Marie CURIE Paris-6. Forte de son analyse de multiples situations où la télé-médecine a été expérimentée, Anne Strauss pallia, lors de ce séminaire, l'absence d'études significatives des implications de la télé-médecine. Après avoir utilement souligné combien les choix technologiques conditionnent la réussite ou J'échec des utilisations de la télé-médecine dès lors qu'ils ne servent pas les attentes des utilisateurs, l'auteur mit en évidence les projets organisationnels sous-jacents. Ainsi, la hiérarchie peut être renforcée ou allégée mais, surtout, la télémédecine élargit significativement les groupes soignants aux nonmédecins et aux non-hospitaliers. Élargir de la sorte le collectif de travail dans le domaine de la télémédecine crée inévitablement de nombreux troubles alors que tend à s'instaurer un nouveau régime de visibilité là où le colloque singulier médecin/patient sur-valorisait le savoir médical. Les fondamentaux de la pratique médicale de ville ou hospitalière pourraient être fortement modifiés et conduiraient à reconsidérer les critères actuels de la responsabilité et de la rétribution des acteurs de la santé. L'apport du travail d'Anne Strauss dépasse le seul champ des pratiques professionnelles pour s'intéresser à cet oublié perpétuel: " la personne 14

Problématique

du séminaire

malade". " La télé-médecine a pour effet de sortir le patient de son isoloir médecin-malade" indique l'auteur de cette communication en rappelant que les NTIC, dont Internet, permettent des communications informelles entre patients qui comparent alors librement les thérapies, les établissements de soin ou même les praticiens. Cette contribution s'acheva en formulant plusieurs principes dont on s'étonnera que la limpide évidence ne soit pas apparue plus tôt à tous les acteurs de la télé-médecine.

Du virtuel au réel, les charmes de la simulation, par Gérard DUBEY, chercheur au C.E.T.C.O.P.R.A université Paris I Les travaux présentés par Gérard Dubey prolongèrent d'une certaine façon la réflexion engagée lors du séminaire sur la télé-médecine. Ils interrogeaient la relation entretenue entre l'apprentissage de pratiques professionnelles utilisant les TIC et ce qui constitue la complexité du collectif de travail. Si les savoir-faire techniques se prêtent assez aisément à la simulation dans des contextes de formation initiale ou de perfectionnement, on se tromperait lourdement en essayant de les réduire à une représentation élémentaire. Les modèles informatiques utilisés sont, par nature, désincarnés et, en dépit de travaux tels que ceux rapportés par Stéphane Donikian, le modèle ne saurait se confondre avec le réel. Alors que l'usage des écrans entre l'univers du travail et le monde réel se banalise et que les" cyberactivités " gagnent de nouveaux espaces de notre vie, Gérard Dubey vient rappeler qu'un environnement professionnel est avant tout pétri de liens sociaux. L'activité professionnelle s'exerce autant en fonction d'un environnement social qu'en référence à un protocole d'exécution aussi strict soit-il. L'environnement de l'aéronautique civile longuement exploré par ce socio-anthropologue révèle combien la maîtrise des procédures ne saurait résumer l'activité d'un pilote de ligne. La confrontation de l'exposé de ses recherches avec la pratique de formateurs ou d'industriels concepteurs de simulateurs a souligné le bien-fondé de cette démarche limitant très étroitement l'activité de simulation à des espaces-temps réduits aux primo-apprentissages ou au perfectionnement de procédures très limitées.

.

15

Problématique

du séminaire

enjeux de la mise en ligne de l'information: l'expérience Nord-Américaine, par Eric KLINENBERG, Northwestern University de Chicago (USA), Jean-François DEMERS Université Laval à Québec (Canada), Zélia LEAL-ADGHlRNI, Université de Brasilia (Brésil). Ce dernier séminaire a ouvert une lecture un peu particulière des phénomènes de transfonnations de la société auxquels nous assistons. C'est à partir des paroles croisées de chercheurs et de professionnels des médias qu'il invita à observer comment l'information, au cœur de toutes les sessions précédentes, est en train de changer de régime de consommation. Valeur précieuse et rare à l'ère des rotatives de la presse traditionnelle, l'infonnation a pennis l'édification de l'économie industrielle des groupes multimédias, mais elle a aussi constitué un espace public normatif capable de donner du sens à l'informel, de le constituer en territoires. L'information locale est ainsi devenue depuis quelques décennies le monopole de la presse quotidienne régionale (PQR) sans être nullement menacée par des médias dits alternatifs (" radios libres ") ni par les nouvelles technologies de diffusion (télévision de proximité par câble). Ce séminaire a montré que ces espaces publics normatifs perdent beaucoup de signification dès lors que la territorialisation de l'information est mise à mal par de nouvelles technologies. Trois territoires sont malmenés, expliquèrent les chercheurs présents. Le

.Le local sur Internet,

régime de temporalité Il refroidie Il qui fondait le territoire temporel de
la presse écrite s'efface au profit du temps réel au Brésil, souligne Zélia Léal-Adghirni. Au Canada, en particulier, le territoire de

diffusion des Il journaux-papier Il perd toute pertinence au profit d'une
recomposition des groupes de presse grâce à l'Internet, remarque

François Demers. Enfin le territoire Il professionnel Il du journaliste de
la presse écrite n'existe plus dans la rédaction multimédia du Chicago Tribune dépeinte par Eric Klinenberg. Après avoir souligné combien ces trois certitudes fondatrices de l'identité des journalistes sont remises en cause, le séminaire a permis d'écouter la voix de quelques-uns des acteurs les plus représentatifs de cette nouvelle économie de l'information de proximité. Une certitude: tous font face à une ère inconnue en essayant de tirer parti au mieux de leurs savoir-faire respectifs. Néanmoins, le cap demeure incertain. Denis Ruellan situa les mutations observées dans l'espace 16

Problématique

du séminaire

local/régional français en présentant les éléments les plus significatifs émergeant d'une étude internationale menée au sein de l'ONTICMCRAP Université Rennes l. Cette présentation s'avéra fort utile pour essayer de discerner où, et en quoi, cette agitation autour de l'information locale en ligne est sous-tendue par des enjeux qui vont très au-delà d'une recomposition économique d'un secteur des industries culturelles.

17

PROFESSIONNELS

INVITÉS AU SÉMINAIRE

Les sessions du séminaire s'enrichissent de la participation active de professionnels discutant les problématiques à partir de leur point de vue en prise directe avec l'état d'un marché et les pratiques des utilisateurs. Les professionnels intervenant lors du séminaire furent: Réunions à distance Franck BARTHÉ, société Presscom

.

.
.

Télévisions locales et de pays Jean-Michel Le GUENNEC, directeur de TV Rennes . Bernard LEROUX, Rédacteur en chef de FR3 Iroise Rozenn MILIN, TV Breizh Réseaux métropolitains Imagerie médicale et télé-médecine Drs Méhu et Michielini, Centre Hospitalier Interrégional de Cornouailles ProBESSON, Dr.Da Mieu (service de neurochirurgie du CHU de Brest) Dr. CONAN, CHU de Brest) . Pro CLEDES (CHU de Brest) Pierre TRAINEAU, secrétaire du CATEL

.

. .

Du virtuel au M. PIERRE, M. SARAH, M. COUDÉ,

.

. . .
.

réel Directeur de la technologie Faros (Lannion) Directeur commercial Faros (Lannion) sTÉ ICARE (Morlaix)

Information locale en ligne Jean-Yves CHALM : Directeur délégué du Télégramme de Brest Alexandre DREYFUS: PDG de Web-City Olga IRASTORZA : Département Multimédia de Radio France Roland GRACIANETTE : Directeur du Journal de Millau Olivier GRANDIN: Webmaster de "maville.com" (groupe Ouest-France) . William BUSNEL : responsable du service Internet de la ville de Caen Denis LAFOURCADE : Représentant du portail" Voilà-Régions"

. . . . .

de France Télécom Multimédias et services.

CHAPITRE I

RÉUNIONS

À DISTANCE

la place du son, de l'image et des données

Noël CHATEAU et Dominique CARDON C.N .E.T.

Coordination et animation: Michel CARTIER Ingénieur des télécommunications C.N.E.T de Lannion

Introduction
Michel CARTIER

RÉUNIONS

À DISTANCE

L'idée d'un séminaire sur les réunions à distance n'est pas étrangère à la préparation d'un numéro spécial de l'Echo des Recherchesl qui rassemblait treize articles consacrés aux téléconférences (l'Echo des Recherches est une revue du CNET, devenu depuis France Télécom Recherche et Développement). Elle a pris forme lors d'une discussion avec Philippe Dupuis, Directeur du CRITT électronique et communication de Lannion. Nous nous interrogions sur l'évolution des techniques et des usages des systèmes de télécommunication et constations que malgré les progrès des tec'hnologies, les insuffisances ergonomiques et les difficultés des utilisateurs persistent, qu'elles proviennent de la complexité de systèmes changeant sans cesse ou des difficultés inhérentes à des situations de communication telles que celles rencontrées dans les téléréunions, où se pose la question de savoir dans quelle mesure on peut (mais le doit-on? ) s'approcher au mieux des conditions d'une réunion" classique". La gestion des images dans une visioconférence constitue un exemple caractéristique des défis que doivent relever les concepteurs. Il a toujours paru naturel d'afficher à l'image le visage de la personne qui parle. Effectivement, l'identification de celui ou celle qui vient de
I - L'Echo des Recherches, spéciale téléconférence, vol. I (2'metrimestre 1998, n° 171) trimestre 1999, n° 173). et vol. II (1" et 2emo

Réunions à distance

prendre la parole, si elle n'est pas facilitée par J'animateur de la réunion, se fera aisément si la prise de vues et l'affichage sont asservis au son. Mais est-il opportun de garder la caméra fixée sur le locuteur ? Des travaux déjà anciens montrent qu'il n'en est rien: les signaux visuels échangés par les autres participants (approbation, contestation, demande de parole, etc.), portent une information utile à la structuration du dialogue. Autre interrogation liée à l'image: lors d'un travail commun sur un fichier partagé via un réscau local, chacun a les yeux fixés sur son écran, lequel peut montrer un" tableau blanc ". Dans ces conditions, que vaut notre interrogation précédente? Dernier sujet d'interrogation: alors que le commerce électronique se développe à grande vitesse, que le téléphone mobile connaît une croissance inespérée et que les chaînes de télévision numérique inondent la planète, la visioconférence, service déjà ancien, ne suscite pas l'engouement que prévoyaient ses promoteurs. Le service ne répond-il pas aux attentes, les contraintes de transmission réduisent-elles trop la qualité des signaux restitués? Qu'apporte l'image animée dans une réunion à distance? Comment utiliser au mieux les produits existants ? Quel est l'avenir des équipements spécifiques? C'est pour répondre à ces questions qu'a été organisé ce séminaire. Une démonstration d'un équipement spécifique a été présentée par Eric Sauteraud (Mob' Activ) : Ie " Mobshow " rassemble dans un meuble fonctionnel tous les appareils nécessaires à l'établissement d'une visioconférence via le RNIS (Numéris) : un écran, une caméra, un microphone, des haut-parleurs, divers supports multimédias, les circuits de raccordement et une interface homme-machine dont l'ergonomie a fait l'objet d'un soin particulier. Les questions d'ordre industriel et économique, ainsi que les problèmes liés au(x) réseau(x), ont été présentés par Franck Barthé (Prescom). Nous y reviendrons plus loin, à l'occasion de notre brève conclusion. Les deux textes publiés reprennent respectivement J'exposé introductif de Noël Chateau et l'intervention de Dominique Cardon (deux chercheurs de France Télécom). Le premier, centré sur les conditions qui favorisent l'efficacité de l'image animée, analyse les dimensions cognitives et perceptives des réunions à distance. Le second met en relief l'importance des interactions dans les téléréunions et montre que la communication est tout autre chose que la simple juxtaposition des signaux sonores et visuels. 24

Noël CHATEAU

LA PLACE DE L'IMAGE DANS LES RÉUNIONS À DISTANCE

Depuis les années 70, le décollage du marché de la visioréunion est régulièrement annoncé, mais force est de constater qu'il se restreint encore aujourd'hui à quelques niches bien ciblées. Ce fameux décollage est de nouveau d'actualité en s'appuyant cette fois-ci sur le déploiement massif des réseaux et services basés sur l'IP (Internet Protocol) et l'avènement prochain de l'UMTS (Universal Mobile Telecommunication Standard). Demain, en effet, les terminaux associés à ces réseaux (Le. les PC communicants, les téléphones mobiles et les mini-ordinateurs mobiles de poche ou PDA - Personnal Digital Assistant -) seront autant de terminaux potentiels de communication audiovisuelle à distance. Est-ce que cette nouvelle donne permettra de voir réellement se développer massivement les offres de services de visioréunion et leurs usages? Cet article n'a pas la prétention de répondre à cette question. Il tente simplement d'éclairer l'avenir en reconsidérant les " fondamentaux" de la visioréunion et notamment en abordant le problème essentiel de la place qu'y tient l'image.

25

Réunions à distance

LA PERCEPTION MULTIMODALE EN CONTEXTE DE COMMUNICATION Les primitives de communication
Ces vingt dernières années, le champ de la communication s'est considérablement élargi à travers une expansion et une diversification de l'activité de divers acteurs socio-économiques, tels que les opérateurs de télécommunications (fournisseurs de services de communication sur réseaux fixes ou mobiles), les médias (presse, radio, télévision) ou encore le monde de l'Internet. Cette formidable expansion brouille un peu les cartes: tout est communication. Les hommes communiquent entre eux, avec des machines, directement ou à travers des réseaux et en employant toutes sortes de terminaux. Communiquer n'est plus seulement l'acte de transmettre et recevoir des informations, c'est aussi la manière de réaliser cet acte: le contenu et le contenant. La diversité du champ de la communication souligne en fait la richesse des modalités de communication qui peuvent exister. On peut communiquer par la parole, les sons, le texte, les images, mais aussi par les odeurs, le toucher... Dans le cadre de la relation hommchomme, la parole est généralement considérée comme le vecteur principal de communication. Pourtant, des études ont montré que dans une telle situation, 65 % des informations transmises étaient non verbales (Argyle, 88J. Les fonctions non verbales qui transmettent l'information dans des situations réenes sont, selon [Benford et al., 97J, au nombre de sept: 1. la présence: c'est la perception que quelqu'un est dans l'environnement; 2. la localisation: c'est savoir où est cette personne; 3. l'identification: c'cst reconnaître qui est l'interlocuteur; 4. le point de vue: c'est la façon que l'on a de considérer l'interlocuteur; 5. le point d'action: il concerne la désignation, la sélection et l'action sur un objet de l'environnement relatif à la communication; 6. le degré de présence: il concerne l'état dans lequel peuvent 26

Noël CHATEAU

se trouver les interlocuteurs (rêveur, excité, lymphatique...) ; 7. expressions et gestes: ils concernent toutes les mimiques, les haussements de sourciJs, les moÙvements des bras, etc. que peuvent effectuer les interlocuteurs. L'analyse de ces primitives indique qu'en dehors du canal auditif, le canal visuet est particutièrement important pour ta transmission et la réception d'informations lors d'une communication. Un autre exempte de ta contribution du canal visuel à ta communication peut être tiré des études portant sur l'intelligibilité de la parole. [Sumby & Pollack, 54] ont réalisé une série d'expériences où des personnes devaient tenter de comprendre des séries de mots prononcés par des locuteurs en présence de bruit à différents niveaux. Dans un cas, les locuteurs étaient directement visibles, dans l'autre, leur visage était caché. Les résultats de cette étude ont montré que pour de grandes listes de mots, le simple fait de voir les locuteurs permettait d'améliorer le pourcentage de compréhension des mots de près de 40 % aux forts niveaux de bruit. Cette contribution de la vision à l'intelligibilité de la parole a fait l'objet de nombreuses études par la suite. Celles-ci ont mis en évidence que les détails de la bouche (position des lèvres, des dents et de la langue) étaient très utiles à l'intelligibilité alors que les mouvements des yeux ou des sourcils étaient davantage reliés à la prosodie [Summerfield, 79]. Comme on le voit, Je canal visuel constitue un compagnon complémentaire important au canaJ auditif dans la communication, tant au niveau de la compréhension de la parole qu'au niveau des informations non verbales transmises par le locuteur. Ce constat constitue sans aucun doute l'un des principaux arguments défendant la pertinence de l'apport de l'image par la visioconférence. Nous verrons toutefois par la suite que, s'il induit des distorsions importantes aux canaux auditifs et visuels, l'ajout de l'image peut être remis en question.

La cohérence perceptive des événements audiovisuels
Comme nous venons de la voir, la communication hommehomme est essentiellement audiovisuelle. Un système de 27