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Numerica Ficta

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Une œuvre, un programme, un livre numérique pour être reçu doit nécessairement correspondre à un imaginaire déterminé. Celui qui compose un partage essentiel à son intelligibilité : à savoir celui qui à l'origine transige avec les possibilités esthétiques que la matérialité du support permet - esthétique au sens de la sensation, de la perception de l'interface qui donne accès au contenu numérique choisi ; et ce qui, d'autre part, vient ravir, surprendre au-delà du possible l'appréciation générale des intervenants qui communiquent sur un support donné.
Dans ce schéma, même ce qui n’est pas prévu parmi les différentes éventualités propres au domaine de l'échange fait partie de l’imaginaire singulier de celui qui regarde. La surprise comble l'amateur de machines. Elle ravit le lecteur sur écran. Elle lui procure l’intérêt suffisant à la continuation de son plaisir d'esthète dans l'usage de son propre device.

Cependant, ce à quoi l'on ne s'attend absolument pas vient à part.
Il est l'inimaginable comme tel.
Il sort du domaine réservé au sens et à la signification purement esthétique de l'image numérisée.

Et pourtant, il est indispensable à la réalisation littéraire, au plaisir qui se crée dans la découverte du projet le plus complet.


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Avant-Propos

Une œuvre, un programme, un livre numérique pour être reçu doit nécessairement correspondre à un imaginaire déterminé. Celui qui compose un partage essentiel à son intelligibilité : à savoir celui qui à l'origine transige avec les possibilités esthétiques que la matérialité du support permet − esthétique au sens de la sensation, de la perception de l'interface qui donne accès au contenu numérique choisi ; et ce qui, d'autre part, vient ravir, surprendre au-delà du possible l'appréciation générale des intervenants qui communiquent sur un support donné.

Dans ce schéma, même ce qui n’est pas prévu parmi les différentes éventualités propres au domaine de l'échange fait partie de l’imaginaire singulier de celui qui regarde. La surprise comble l'amateur de machines. Elle ravit le lecteur sur écran. Elle lui procure l’intérêt suffisant à la continuation de son plaisir d'esthète dans l'usage de son propre device.

 

Cependant, ce à quoi l'on ne s'attend absolument pas vient à part.

Il est l'inimaginable comme tel.

Il sort du domaine réservé au sens et à la signification purement esthétique de l'image numérisée.

 

Et pourtant, il est indispensable à la réalisation littéraire, au plaisir qui se crée dans la découverte du projet le plus complet.

 

*

NUMERICA
FICTA

Téléphonie spéculative
des textes virtuels

Jean-Philippe Pastor

©MOONSTONE, 2012 - ©Les Éditions du 38, 2016

Le textel d'après

 

Le textel envoyé sur la timeline apparaît d’un coup d’un seul sur l’écran.

Il tombe là par chance, comme par hasard sur l'écran connecté. Je ne projette pas d'en prendre particulièrement connaissance... Pour l'instant, je réponds à son appel "téléphoné", ne serait-ce que dans la lecture involontaire du seul intitulé qui s'impose. Chaque envoi paraît de facto comme un vrai fortune-telling tweet. Il agit à la manière d'une mention qui m'appelle contre ma propre attente, contre l'en-cours de mes activités antérieures ! Me voilà à coup sûr transformé en un dispositif d'écoute auquel je n'étais pas nécessairement préparé. 

J'appelle textel un texte numérique faisant l'objet d'un envoi, d'un jet programmé puis d'un partage inchaotif, sans cesse renouvelé sur les réseaux. Mais à quoi peut bien correspondre un tel hasard ? Comment comprendre cette apparition soudaine, balisée, induite dans le flux continu des listes accueillant le message  -  et le dépassant aussitôt dans le Grand Oubli de la Mémoire collective des réseaux d’Internet ?

Le lecteur tombe dessus à la manière d’une chute qui vient à se produire. Dans les messageries, il y a toujours ce petit effet de surprise et de plaisir à la fois au moment où le message apparaît sur la page. L'écriture est une affaire d'appel... Un peu à la façon d’une association très connue d’une partie de la science moderne par exemple, inaugurée par la fameuse pomme de Newton et sur laquelle la plupart des grandes découvertes scientifiques à l’ère moderne se sont finalement produites… 

C’est à la faveur de ce support à la fois volontairement exhibé et en même temps totalement crypté (l’intégralité du textel ne figure jamais dans la mention : il n’y a souvent que le titre et l’adresse internet écourtée permettant d’y accéder) qu’une certaine signification des choses se promet au lecteur. Mais avant d’en venir à la teneur du message et a fortiori du message lui-même, c’est la vérité du système de communication permettant l’envoi qui se révèle à "l'utilisateur" : la vérité du textel comme crypté sur mon téléphone mobile (le secret confiné dans l’envoi va s’ouvrir une fois le textel déchiffré), le cryptage apparaissant en somme comme la vérité de l’envoi (la vérité pour l’instant dans la mention se présentant sur la timeline comme indéchiffrable dans son contenu total). Et cet envoi programme un appel auquel nous sommes enjoints de répondre !

Faute ou excès d’adresse, l’envoi sur le réseau se prête ainsi à tomber sur tous les écrans, à apparaitre sur la page de toute la communauté adressée, il tombe finalement dans tous les dispositifs de lectures fixes ou mobiles possibles ou inimaginables. Même si ce que j’ai à dire à quelqu’un en particulier est tout à fait indéchiffrable pour tous les autres…Le textel mentionné réunit ici cryptage et déchiffrement, secret et vérité, en son support glacé, furtif, léger…

Le textel affiche la vérité de ce qu’il contient (en général ce que nous lisons dans le titre du tweet correspond à ce qui est promis une fois que nous cliquons sur le lien) et, en même temps, il garde cette vérité dans une sorte d’oubli bientôt totalement avéré. Il reste ensuite comme le rappel incessant d’une reproduction possible du dilemme initial (j’ouvre ou j'ouvre pas ?) ; mais cette mention du textel bientôt passée dans la liste des messages ne pourrait subsister qu’à la condition de correspondre au moins à la bonne adresse, au bon cryptage (imaginez un peu si ce que je vous dis dans le textel est un message personnel entre vous et moi, un contenu que  nous serions les seuls capables de déchiffrer à terme…). Il faudrait encore pour que le contenu soit totalement compris que l’adresse de l’envoi sur votre timeline inconsciente soit retenue – ne serait-ce que pour venir vous demander plus tard, à vous, et à vous seuls, ce que finalement le message initialement personnel contenait.

Au final, la destination ou la détermination de la vérité du textel ne vient pas : il y a sans cesse un autre textel, un autre tweet pour remplacer le précédent, en avance sur le temps d’apparition du prochain, annulant le temps de lecture de chacun comme si le projeté en savait toujours davantage que celui dont on déchiffre maintenant les signes. L’anticipation détourne alors le sens du message initial. Contenu qui à son tour et en son temps avait lui-même déjà gravé cette anticipation dans son écriture secrète, et ainsi de suite…En toute logique, il n’y a donc pas de communication possible. Il n’y a même pas la possibilité d’un seul envoi - car un textel dans son unicité ne pourrait pas exister de manière indépendante, en toute autonomie. Il y a plutôt des communications ou des envois, dirons-nous. Il n’y a même pas le pluriel comme vérité du textel (non pas une multiplicité de multiplicités mais des multiplicités de multiplicités d'envois successifs). Le message est toujours déjà mis dans le « ainsi de suite » du textel à venir, celui que le précédent avait déjà imprudemment commis.

 
______________________________________________
 

Textels suivants...

 
[ Objet, sujet, trajet ]
[ Sciences du langage et hyper textualité ]
[ Technologie des objets textués ]

Le livre numérique

 

J’envoie maintenant sur le réseau une série déterminée de textels continument rédigés en un Grand Livre Disséminé, soit donc des milliers de textes et lexies travaillés, puis réécrits avec pour processeur général leur port d’attache, l'Hypertexte Principal  qui les lie et structure leurs rapports.

 

Ce qui m’intéresse dans cet exercice a priori arbitraire, c’est essentiellement l’organisation générale que tous ces textes créent spontanément sur le réseau au fil du temps. Non seulement comment il faut s’y prendre pour les rédiger mais aussi comment ils interagissent entre eux après envoi sur plusieurs années, comment ils transforment leur dissémination en une vaste opération d’écriture qui consiste principalement :

 

  • dans la rédaction puis l’envoi des textels, avec toute la mise au point de la rhétorique qui s’y attache ; c’est-à-dire par l’emploi des traitements de texte et différents applicatifs, robots, logiciels, bases de données (MySQL) qui les activent et font partie de l’acte d’écriture au même titre que la supposée « mise au point rédactionnelle initiale ».
  • dans la mise en relation de ces textels entre eux par la création continue d’hyperliens qui les tiennent ensemble - même si chacun de ces textels, au moment où ils sont lus, ne se situent absolument pas sur les mêmes supports de lecture (e-mails, blogs, sites institutionnels, newsletters, articles de presse, Livres-papier, ebooks, lecteurs de flux RSS , Google Reader, Netvibes, etc. ) les mêmes réseaux sociaux (Digg, Twitter, Facebook, FriendFeed, Delicious, … ), les mêmes applicatifs de lecture ( MS Reader, Mobipocket, EPub, Stanza, Adobe,..) qui les déchiffrent…
  • enfin dans la reprise et la modification incessante de leur ré-écriture, renouvelant leur sens selon le contexte et les préparant de nouveau à leur r-envoi dans un système d’écriture complexe, (de fait, pour qu’un textel soit proposé à la réécriture dans le Content Provider de la solution, il doit respecter un certain nombre de critères retenus par le Logiciel comme par exemple le nombre de critiques et de trackbacks auxquels il a été soumis, le temps qui le sépare de son dernier r-envoi, le nombre de liens qu’il a crée avec d’autres textels sur le réseau etc.)

 

Ce Cercle des textels obéit bientôt à un certain nombre de principes dont il est nécessaire de découvrir l’Axiomatique afin d’atteindre une mise en œuvre optimale du système. Ce n’est pas le lieu de développer ici en quoi cette Axiomatique consiste (voir son contenu développé dans l’Hypertexte Principal) ; mais il est utile d’en rappeler les principales thématiques pour se faire une idée de la forme qu’elle prend.

 

Ainsi, un de ces principes fondamentaux au sujet du Cercle consiste à  interroger le sens que l’on attribue à la lecture en ligne dans le cadre renouvelé d’une rhétorique de l’hypertexte : afin de pouvoir lire un textel dans toute la rigueur de son contenu, puis le lier à tous les autres de façon panoptique, il apparait qu’il faut être à la fois dans son texte et dans un autre, sortir de soi et de la page occurrente pour pouvoir y regarder adéquatement; comme par un mouvement de réflexion dans la construction progressive de la lecture en cours. 

L'Hypertexte n'est Texte (dans la stricte idéalité du Livre impossible auquel il aspire) que dans la différence qui se créée entre les textels se liant progressivement entre eux. Cependant, le Texte Général ne peut rester à la disposition d'une lecture cohérente des textels sans nécessairement s'inscrire dans un texte précis, un fragment choisi parmi tous les autres possibles… 

Il s'agit là d'échapper à toute dévaluation programmée de l'écriture, trait commun de toutes les métaphysiques de la présence unifiée et entière du Texte (j'ai le le livre dans la main, je sens sa "main" comme disent les imprimeurs). Il s'agit de contrer l'abaissement systématique du textel qui s'institue toujours au nom de l 'Unité idéale du Livre; déboulonner le manuaire de la Lettre hypostasiée en Littérature du Temps Présent, celle qui s'adosse pieusement à nos sacro-saintes "Humanités" et leur Histoire "classique".

 

Pour qu'il y ait liaison effective du Texte Général en une nouvelle Idéalité d’une lecture cohérente qui lui corresponde (c’est-à-dire couture des différents textels en un Hyper_texte significatif), il faut donc deux choses à la fois :

 

  • à savoir séparation du Texte, coupure et fragmentation raisonnée dans la dissémination qui s’ensuit ;
  • et d’autre part, dans le même mouvement,  liaison collaborative des contenus dispersés, hyper-textualisation optimale des textels dans une Base commune.

 

Il y a d'un côté la nécessité du Cercle de la lecture compréhensive du Texte sur le réseau - et simultanément brisure de ce même Cercle des textels disséminés sur le net.

 

L'Hypertextualité doit pouvoir se réaliser dans l'Idéalité d’un Texte général ainsi créé.

 

L’Idéalité, c’est-à-dire le « Livre irréalisé » au sens de Mallarmé, le Texte complet doit pouvoir être visé. Pour établir une Idéalité de ce Livre fantasmé, on devrait pouvoir disposer d’un Texte unique et non pas d’un seul textel possible parmi tant d’autres. Le Texte, pour être idéal, devrait pouvoir se passer de tout calcul des possibles dans la signification qu’il recouvre.

 

Cependant, en établissant de cette façon-là les conditions de possibilité du Texte ou de l’Idéalité convoitée, en leur posant la question du signifié ultime qu’elles convoient, on les condamne ce faisant à se constituer dans les seules possibilités du langage, c’est-à-dire à s’exprimer comme des possibles parmi tous les autres.

 

L’a priori des liens créés entre deux textels définit déjà quelque chose d’essentiel dans le Texte conjoint ainsi créé : il crée une espèce de tautologie dans la signification ; mais une tautologie qui consiste en ceci que la pertinence du lien est à chaque fois remise en cause en vue de sa transformation. Si bien que la vérité de la tautologie elle-même reste sans cesse interrogée et susceptible d’être remise en question en une vaste métabole.

 

La Ronde des textels se constitue dans sa circularité dans et par la brisure de la Figure métabolique qu’elle dessine.

 
______________________________________________
 

Textels suivants...

 
[ Calcul d'objets sur le réseau ]
[ Statut mixte des objets textués ]
[ Économie de l'objet textué sur le réseau ]

L'esthétique et ses possibles

 

   La modernité est esthétique pour Kierkegaard au sens où elle  cherche à confondre systématiquement le possible et la vie telle que nous la vivons. Tout est possible pour un moderne. Nécessairement du point de vue politique comme l'affirme au siècle suivant Walter Benjamin... 

   A l’esthétique du sublime distinguant encore la belle apparence de l’œuvre placée sous le signe de la représentation, succède le besoin de compenser le vide contemporain né de la perte de l’aura par la technologie. C’est le tournant révolutionnaire de l’esthétique devenue politique: le possible prend une valeur ontologique maximale. Surtout lorsque la mémoire qui les répertorie accède au rang de faculté spirituelle majeure pour des sociétés techniquement administrées ayant épuisées, pensent-elles, leurs ressources internes. L’esthétique, remarque Kierkegaard, en reprenant les thèses d’Aristote au début de la Poétique, s’occupe de ce qui est possible, là où l’éthique s'attache à la vie de l’individu, c’est-à-dire à son existence : « Par rapport à la réalité, du point de vue poétique et intellectuel, la possibilité est supérieure […] ». Du point de vue éthique, la réalité est pourtant plus haute que la possibilité. L’éthique veut précisément détruire le désintéressement de la possibilité en faisant de l’existence l’intérêt suprême. La tension entre esthétique et éthique réside donc le fait qu’en s’occupant davantage de ce qui est possible que de...

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