Numerica Ficta - Volume 1

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Une œuvre, un programme, un livre numérique pour être reçu doit nécessairement correspondre à un imaginaire déterminé. Celui qui compose un partage essentiel à son intelligibilité : à savoir celui qui à l'origine transige avec les possibilités esthétiques que la matérialité du support permet - esthétique au sens de la sensation, de la perception de l'interface qui donne accès au contenu numérique choisi ; et ce qui, d'autre part, vient ravir, surprendre au-delà du possible l'appréciation générale des intervenants qui communiquent sur un support donné.

Dans ce schéma, même ce qui n’est pas prévu parmi les différentes éventualités propres au domaine de l'échange fait partie de l’imaginaire singulier de celui qui regarde. La surprise comble l'amateur de machines. Elle ravit le lecteur sur écran. Elle lui procure l’intérêt suffisant à la continuation de son plaisir d'esthète dans l'usage de son propre device.



Cependant, ce à quoi l'on ne s'attend absolument pas vient à part.

Il est l'inimaginable comme tel.

Il sort du domaine réservé au sens et à la signification purement esthétique de l'image numérisée.



Et pourtant, il est indispensable à la réalisation littéraire, au plaisir qui se crée dans la découverte du projet le plus complet.


Publié le : vendredi 25 mars 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782374530345
Nombre de pages : 122
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Le textel d'après
Le textel envoyé sur la timeline apparaît d’un coup d’un seul sur l’écran.

Il tombe là par chance, comme par hasard sur l'écran connecté. Je ne projette pas d'en prendre particulièrement connaissance... Pour l'instant, je réponds à son appel "téléphoné", ne serait-ce que dans la lecture involontaire du seul intitulé qui s'impose. Chaque envoi paraît de facto comme un vrai fortune-telling tweet. Il agit à la manière d'une mention qui m'appelle contre ma propre attente, contre l'en-cours de mes activités antérieures ! Me voilà à coup sûr transformé en un dispositif d'écoute auquel je n'étais pas nécessairement préparé. 

J'appelle textel un texte numérique faisant l'objet d'un envoi, d'un jet programmé puis d'un partage inchaotif, sans cesse renouvelé sur les réseaux. Mais à quoi peut bien correspondre un tel hasard ? Comment comprendre cette apparition soudaine, balisée, induite dans le flux continu des listes accueillant le message  -  et le dépassant aussitôt dans le Grand Oubli de la Mémoire collective des réseaux d’Internet ?

Le lecteur tombe dessus à la manière d’une chute qui vient à se produire. Dans les messageries, il y a toujours ce petit effet de surprise et de plaisir à la fois au moment où le message apparaît sur la page. L'écriture est une affaire d'appel... Un peu à la façon d’une association très connue d’une partie de la science moderne par exemple, inaugurée par la fameuse pomme de Newton et sur laquelle la plupart des grandes découvertes scientifiques à l’ère moderne se sont finalement produites… 

C’est à la faveur de ce support à la fois volontairement exhibé et en même temps totalement crypté (l’intégralité du textel ne figure jamais dans la mention : il n’y a souvent que le titre et l’adresse internet écourtée permettant d’y accéder) qu’une certaine signification des choses se promet au lecteur. Mais avant d’en venir à la teneur du message et a fortiori du message lui-même, c’est la vérité du système de communication permettant l’envoi qui se révèle à "l'utilisateur" : la vérité du textel comme crypté sur mon téléphone mobile (le secret confiné dans l’envoi va s’ouvrir une fois le textel déchiffré), le cryptage apparaissant en somme comme la vérité de l’envoi (la vérité pour l’instant dans la mention se présentant sur la timeline comme indéchiffrable dans son contenu total). Et cet envoi programme un appel auquel nous sommes enjoints de répondre !

Faute ou excès d’adresse, l’envoi sur le réseau se prête ainsi à tomber sur tous les écrans, à apparaitre sur la page de toute la communauté adressée, il tombe finalement dans tous les dispositifs de lectures fixes ou mobiles possibles ou inimaginables. Même si ce que j’ai à dire à quelqu’un en particulier est tout à fait indéchiffrable pour tous les autres…Le textel mentionné réunit ici cryptage et déchiffrement, secret et vérité, en son support glacé, furtif, léger…

Le textel affiche la vérité de ce qu’il contient (en général ce que nous lisons dans le titre du tweet correspond à ce qui est promis une fois que nous cliquons sur le lien) et, en même temps, il garde cette vérité dans une sorte d’oubli bientôt totalement avéré. Il reste ensuite comme le rappel incessant d’une reproduction possible du dilemme initial (j’ouvre ou j'ouvre pas ?) ; mais cette mention du textel bientôt passée dans la liste des messages ne pourrait subsister qu’à la condition de correspondre au moins à la bonne adresse, au bon cryptage (imaginez un peu si ce que je vous dis dans le textel est un message personnel entre vous et moi, un contenu que  nous serions les seuls capables de déchiffrer à terme…). Il faudrait encore pour que le contenu soit totalement compris que l’adresse de l’envoi sur votre timeline inconsciente soit retenue – ne serait-ce que pour venir vous demander plus tard, à vous, et à vous seuls, ce que finalement le message initialement personnel contenait.

Au final, la destination ou la détermination de la vérité du textel ne vient pas : il y a sans cesse un autre textel, un autre tweet pour remplacer le précédent, en avance sur le temps d’apparition du prochain, annulant le temps de lecture de chacun comme si le projeté en savait toujours davantage que celui dont on déchiffre maintenant les signes. L’anticipation détourne alors le sens du message initial. Contenu qui à son tour et en son temps avait lui-même déjà gravé cette anticipation dans son écriture secrète, et ainsi de suite…En toute logique, il n’y a donc pas de communication possible. Il n’y a même pas la possibilité d’un seul envoi - car un textel dans son unicité ne pourrait pas exister de manière indépendante, en toute autonomie. Il y a plutôt des communications ou des envois, dirons-nous. Il n’y a même pas le pluriel comme vérité du textel (non pas une multiplicité de multiplicités mais des multiplicités de multiplicités d'envois successifs). Le message est toujours déjà mis dans le « ainsi de suite » du textel à venir, celui que le précédent avait déjà imprudemment commis.
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