Objet transitionnel et objet-lien

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L'originalité du présent ouvrage tient en ce qu'il confronte autant qu'il articule les perspectives en matière d'objets et de liens venant de différentes disciplines (sociologie, anthropologie, psychologie…) et selon divers paradigmes théoriques (systémique, psychanalytique, développemental…). Plus encore, cet ouvrage nous propose de considérer ces objets particuliers sous plusieurs angles et dans différents contextes et cultures. Il est l'aboutissement d'un processus de recherche mené à l'UCL.
Publié le : vendredi 1 juin 2012
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EAN13 : 9782296492813
Nombre de pages : 210
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Objet transitiOnnel et Objet-lien reGarDs crOisés P a   n M
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Objet transitiOnnel et Objet-lien reGarDs crOisés P a   n M
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ISBN : 978-2-8061-0026-9
D/2011/4910/24 © HARMATTAN-AcAdeMiA s.a. Grand’Place 29 B-1348 Louvain-la-Neuve
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Ce livre traite de manière remarquable de « l’objet transitionnel dans tous ses états ». De la psychologie clinique et du développement à l’ethnographie, de la psychopathologie à la religion, en passant par la sociologie, on ne peut mieux essayer de cerner de manière véritable-ment transdisciplinaire tous les enjeux, psychanalytiques, que D.W. Winnicott a ouverts avec « objets transitionnels et phénomènes transitionnels » 1 voilà plus d’un demi-siècle. À première vue, un tel trajet pourrait paraître bien déroutant, voire contradictoire. Là le chercheur se centre plus sur « l’objet », dans ses enjeux quasi marchands, ici il se centre au contraire sur « les limites du temps chronique qui est suspendu ». Chaque auteur garde pourtant une référence constante au problème winnicottien, ce livre diffracte ainsi des points de vue issus d’un même foyer. Nous sommes bien loin ici du Système des objets où Baudrillard 2 , dans une logique implacable, décortiquait en pionnier le système de la société de consommation, miroir déjà d’une production marchande généralisée. Nous sommes bien loin du livre de Perec, Les choses 3 , où il s’appuyait en quelque sorte sur les objets pour faire vivre au lecteur 1 D.W. W innicott  (1951-1953), « Objets transitionnels et phénomènes transitionnels », trad. fr. in De la pédiatrie à la psychanalyse , Paris, Payot, 1969, pp. 109-125. 2 J. B audrillard (1968), Le système des objets. La consommation des signes, Paris, Gallimard. 3 G. P erec (1965), Les choses, Paris, Julliard.
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Préface
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1) D.W. Winnicott repousse les limites de la psychanalyse. Sa pratique de pédiatre, qu’il a maintenue jusqu’à la fin de sa vie, l’a mis au contact de toute la complexité de centaines de consultations de mères avec leur bébé. Si M. Klein avait en quelque sorte ouvert la psychanalyse au monde infantile et à une conflictualité très précoce, antérieure à l’œdipe freudien, D.W. Winnicott a déplacé cette conflictualité sur la limite même entre le Sujet et son environnement. Ce pas de côté 5 pose la question de « l’aire transitionnelle » ou « espace potentiel » 6 . Il ne s’agit plus seulement des objets internes, du monde subjectif, il ne s’agit pas uniquement de l’ap-port externe des personnes autour du bébé, il s’agit de ce qui se joue « entre les sujets » et à un niveau non encore pleinement verbal. Ce livre explore continuellement les enjeux de l’intersubjectivité sur un mode qui n’exclut pas le langage mais qui donne tout son poids au sens issu de problématiques que l’on pourrait qualifier de « non-verbales ». Relation mère-bébé, triade parentale, relations avec les professionnels à la crèche, déni de la souffrance dans l’addiction, dispositif social, rite anthropologique ou lien religieux, dans chaque cas les liens intersubjec-tifs sont étudiés au niveau d’un partage, possible ou impossible, entre les perceptions, les sensations, les actes et les affects d’un autre et « de 4 r. K aes et coll. (1979), Crise, rupture et dépassement , Paris, Dunod. 5 En 1952, lorsque M. Klein rassembla des communications dans le numéro d’anniversaire de l’ International Journal of Psychoanalysis consacré à son œuvre, elle refusera d’intégrer sans modification cet article alors que D.W. Winnicott avait déjà exposé son contenu en 1951. Ce ne fut pas le cas de Bion, H. Segal ou M. Milner (Rayner, 1991). 6 D.W. W innicott (1971), Jeu et réalité. L’espace potentiel, trad. fr., Paris, Gallimard, 1975.
Objet transitionnel et objet-lien
les sentiments ambigus de ses personnages. Cet ouvrage pose sa marque entre ces deux bornes. L’objet transitionnel résiste à s’objectiver, tout comme il résiste à se réduire à un objet subjectif. C’est bien là le mérite de ces recherches, se tenir sur ce fil ténu de l’objet transitionnel, pour le faire parler, lui faire rendre ses tripes, le positionner comme éclaireur d’une conceptualisation que nous n’avons peut-être pas encore acquise malgré les précédents travaux sur la « psychanalyse transitionnelle » 4 . Dans cette préface je me propose de repérer les enjeux théoriques et pratiques qu’une telle position implique. Il s’agit pour moi d’un travail psychique spécifique avec une conflictualité qui implique les registres primitifs de l’intersubjectivité, avec ses propres processus dynamiques associatifs et rythmiques, sa stabilisation en enveloppe psychique dans le groupe et sa topique.
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Préface
plus d’un autre » selon l’expression de René Kaës. Ce partage ou cette « mise en commun » des psychés a des qualités qui peuvent osciller entre un état de fait salutaire, comme le « cadre » par immobilisation de Bleger 7 , et une réalisation commune, une circulation psychique dense et associative qui permet d’accepter la réalité.
2) D.W. Winnicott doit beaucoup à Marion Milner dans la découverte de cette « zone d’illusion » créatrice propre à la transitionnalité. Psychanalyste, Marion Milner était aussi peintre et avait fait des études d’anthropologie. Quand elle prend en charge le petit-fils de M. Klein, elle est immédiatement séduite devant la beauté et la qualité du jeu de l’enfant. « C’est mon imagination qui prenait feu » écrit-elle 8 . Résistant à l’injonction de tout interpréter verbalement, elle cherche à se faire « medium malléable » pour faciliter par cette attitude contre-transfé-rentielle le déroulement du jeu. Plutôt que de se centrer sur le contenu de ce qui est joué, elle souligne l’importance de l’expérience : son processus, sa beauté et sa richesse associative. C’est parce que le « doudou » de leur enfant est trop déchiré ou parce qu’il est perdu que des parents écrivent au fabricant de jouets pour récupérer « magiquement » le même objet, l’entreprise devrait pallier la défaillance de leur propre malléabilité. C’est parce que des personnes sont abîmées par la vie que le rite Mbwoolu est mis en place. Plongées dans le puits de l’informe, elles pourront retrouver forme et vie. Ce qui fait détresse ne se résout pas toujours par la simple récupération de l’objet perdu, car à ce stade la perte ne peut être pensée. C’est la peau du sujet qui est attaquée, c’est le « froissement » du sujet qu’il faudrait redéployer dans des liens d’associativité avec lui-même comme avec les autres, tant il est vrai que pour le petit d’homme la nourriture psy-chique est d’emblée dans une certaine rythmicité avec l’autre. L’objet peut devenir une médiation, un passage, qui soutient les mises en forme associatives qui transitent dans les processus thérapeutiques 9 .
7 J. B leger (1967), Symbiose et ambiguïté. Étude psychanalytique , trad. fr., Paris, PUF, 1981. 8 M. M ilner (1952-1954), « Le rôle de l’illusion dans la formation du symbole », in B. c houvier (dir.), Matières à symbolisation. Art, création et psychanalyse, Lausanne, Delachaux et Niestlé, 1998, p. 44. 9 B. c houvier et coll. (2002), Les processus psychiques de la médiation, Paris, Dunod.  c. v acheret (dir.) (2002), Pratiquer les médiations en groupes thérapeutiques , Paris, Dunod.
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3) Après D.W. Winnicott, Didier Anzieu 10 a mis en relief l’impact des traumatismes précoces et la nécessité dans le soin d’aménager un cadre pour prendre en compte le degré de symbolisation du patient. Sa conceptualisation du Moi-Peau puis des enveloppes psychiques converge avec les résultats des travaux de W.R. Bion 11 sur les relations contenant-contenu et la peau psychique. Ce n’est pas un hasard, à mon sens, si le coup d’envoi de ce travail a pris place dans l’expérience de la crèche. Il témoigne dans les lieux d’accueil du problème crucial des bébés et des jeunes enfants où la séparation est précoce, comme en Belgique ou en France. À cet âge le bébé est en pleine construction de sa « peau psychique » et il est vital qu’autour de lui les adultes tissent des liens pour le porter, par tous les modes possibles de la communication, des plus primitifs comme ceux qui passent par le sensoriel, l’émotionnel ou l’acte, aux plus élaborés que permet la parole. L’acuité de ce problème des enveloppes résulte également du sens de la crèche dans notre société. Comment mieux caractériser la condition moderne des parents ? La crèche qui est née au temps des manufactures s’est depuis considérablement humanisée, mais elle s’inscrit dans une cosmogonie où l’homme se trouve face à la nature et aux objets qu’il produit. Dans d’autres cultures où ce rapport est différent, le bébé a des contacts constants avec sa mère ou une autre personne. L’objet ne « prend » pas, Hélène Stork 12 l’avait montré pour la culture indienne. Dans une société qui érige par contre le règne des objets, le « doudou » va pointer les limites de cette perspective, l’objet transitionnel résiste à la fétichisation. Le « doudou » devient le témoin d’un contact avec le sacré, à un niveau (transcendental ?) où l’homme n’est pas par essence radicalement séparé de la nature, à un niveau où le bébé n’a pas une identité différenciée et de son corps et de son groupe bien qu’il soit déjà « Sujet ». Le « doudou » prend place dans une certaine évolution de la « groupalité interne » 13 du bébé en rapport avec la réalité de ses groupes externes, sans doute comme double de son objet privilégié d’attachement. En ce sens, le « doudou » nous regarde tous.
10 D. a nzieu (1985), Le Moi-peau , Paris, Bordas.  d. a nzieu (dir.) (1987), Les Enveloppes psychiques , Paris, Dunod. 11 W. B ion (1962), « Une théorie de l’activité de pensée », Réflexion faite , Paris, PUF, 1983.  e. B icK (1968), « L’expérience de la peau dans les relations d’objets précoces », trad. fr. in D. M eltzer (dir.), Exploration du monde de l’autisme , Paris, Payot, 1980, pp. 40-244. 12 H. s torK (1986), Enfance indienne , Paris, Privat. 13 R. K aës (2007), Un singulier pluriel , Paris, Dunod.
Objet transitionnel et objet-lien
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4) Avec l’objet transitionnel D.W. Winnicott a introduit une véritable topique qui permet de penser structurellement les enjeux psychopa-thologiques, éducatifs ou culturels. René Roussillon 14 a poursuivi dans ce sens son travail en faisant de la transitionnalité le cœur même des possibilités de symbolisation du sujet. La suspension entre l’espace du perçu et la réalité externe devient ainsi le lieu où pourra s’effectuer la transformation d’une trace perceptive en une représentation de chose, une symbolisation primaire, préalable à toute possibilité de rêve (cf. les éléments alpha de Bion). Cet ouvrage donne au lecteur l’expérience d’un « espace potentiel »  entre l’interne et l’externe, le bébé et sa mère, le sujet et les autres, sa famille, son groupe et sa culture. J’ajouterai qu’il permet de penser toutes ces différences simultanément avec la différence entre « conscient et inconscient ». Cette dernière différence ne va pas de soi. L’inconscient est très souvent défini uniquement par le refoulement alors que nous voyons avec la transitionnalité se créer un inconscient profond, source de création comme origine également de failles narcissiques traumatisantes. La constitution de cette différence entre conscient/inconscient participe d’un processus de « double limite » dans la mesure où elle est consti-tutive des autres différences entre le dedans et le dehors de la psyché. L’inconscient acquiert une consistance et une profondeur même s’il résulte de la construction des enveloppes psychiques du sujet, comme celles de sa famille ou de sa communauté. Ce registre de l’inconscient, base de l’image du corps, devient la condition même du développement de l’appareil psychique et participe à ce qui est appelé, du côté des neurosciences, la mémoire procédurale ou implicite. La dynamique de l’objet transitionnel dit toute la complexité topique d’une construction de la psyché non réductible à l’intériorisation d’un mécanisme d’interactions. Cet aspect topique est souvent souligné comme celui des nouvelles pathologies et de leurs prises en charge, avec la prédominance du problème des limites, du narcissisme et de la reconnaissance par les sujets de leur propre souffrance.
Préface
14 R. r oussillon (2001), Le Plaisir et la Répétition , Paris, Dunod.  R. r oussillon (2008), Le transitionnel, le sexuel et la réflexivité , Paris, Dunod.
J’ai lu avec une grande avidité ce travail, curieux de voir comment chaque auteur se saisissait des objets et phénomènes transitionnels, les
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