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On m'appelait Jeannine

De
138 pages
Ce récit retrace le parcours d'une famille juive de six enfants sous l'occupation nazie. Le 16 juillet 1942, jour de la rafle du Vel d'Hiv', ils seront tous arrêtés, tôt le matin par la police française, à leur domicile à Troyes, en Champagne, et conduits dans un lieu de rassemblement où d'autres Juifs les auront précédés. Peu de temps après leur arrivée, les enfants seront enlevés à leurs parents et placés dans une institution catholique. Ils y resteront plusieurs mois avant d'être internés à Paris dans les maisons de l'UGIF (Union Générale Israëlite de France), contrôlées par le régime de Vichy. Certains d'entre eux garderont un souvenir amer de leur famille d'accueil.
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On
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Jeannine
Graveurs de mémoire
Michel LAPRAS,Culottes courtes et bottes de cheval «C’était comment la guerre ? »2011. BéatriceCOURRAUD,Non je n’est rien oublié… Mes années 2011. ChristineBELSOEUR,Une vie ouvrière Un demisiècle de parcours militant, 2011. Jean-René LALANNE,Le canard à bascule, 2011. Louis NISSE,L’homme qui arrêtait les trains, 2011. DanièleCHINES,Leur guerre préférée, 2011 JacquesFRANCK,Achille de Mantes à Sobibor, 2011. PierreDELESTRADE,La belle névrose, 2011. Adbdenour Si Hadj MOHAND,Mémoires dun enfant de la guerre Kabylie Algérie : 9 – 9, 2011. Émile MIHIÈRE,Tous les chemins ne mènent pas à Rome, 2011. Jean-Claude SUSSFELD,De clap en clap une vie de cinéma Récit, 2010. ClaudeCROCQ,Une jeunesse en HauteBretagne 99, 2011. Pierre MAILLOT,Des nouvelles du cimetière de SaintEugène, 2010. Georges LE BRETON,Paroles de dialysé, 2010. SébastienFIGLIOLINI,La montagne en partageDe la Pierra Menta à l’Everest, 2010. Jean PINCHON,Mémoires dun paysan 99, 2010, Freddy SARFATI,LEntreprise autrement, 2010. ClaudeATON,Rue des colons, 2010 Jean-Pierre MILAN,Pilote dans laviation civile Vol à voile et carrière, 2010. Emile JALLEY,Un franccomtois à Paris Un berger du Jura devenu universitaire, 2010. André HENNAERT,Dun combat à lautre, 2010. Pierre VINCHE,Àla gauche du père, 2010, Alain PIERRET,De la case africaine à la villa romaine Un demisiècle au service de lÉtat2010.
On
Rachel Samuel
m appelait
Jeannine
(1939-1945)
L’HARMATTAN
5-7 ,
rue
de
© L'HTTAMNAAR, 2011 l'École-Polytechnique;75005
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-54121-4 EAN : 9782296541214
Paris
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Avant-propos
Ce livre raconte le parcours de sixenfants juifs, frères et sœurs, qui furent arrêtés à leur domicile à Troyes en Champagne par la police française le 16 juillet 1942 et conduits dans un lieu de rassemblement de tous les Juifs, nommé les Hauts-Clos. Je suis l’une de ces enfants et j’ai décidé de raconter notre histoire comme tant d’autres l’ont fait avant moi. Le temps passe, les sou ni ’estompent peu à peu, néanmoins, ve rs s certains restent gravés à tout jamais. En évoquant tous ces souvenirs si lointains et pourtant tellement présents, ma plume se met à courir sur le papier, poussée par une force surnaturelle que nul ne saurait arrêter. Car il faut savoir que la douleur qui nous habite (les enfants cachés), est un mal enfoui au plus profond de notre être, une blessure difficile à cicatriser qui se rouvre à la moindre occasion. Le traumatisme causé par cette terrible guerre à nulle autre pareille est incommensurable, nos cœurs et nos esprits ne ’ is malgré le temps qui passe. Chaque enfant a peuvent s apa er vécu sa propre histoire mais tous ont été fortement traumatisés. Tous ont éprouvé la peur, l’angoisse et la douleur quand ils furent séparés de leurs parents, seuls êtres à pouvoir les soutenir et les consoler dans les moments les plus difficiles. C’est pourquoi je pense que chaque histoire mérite d’être connue parce que toutes ont leur importance. De nombreuses années se sont écoulées avant que je ne retourne dans la ville de Troyes, en Champagne où nous avions vécu de 1939 à juillet 1942 et où s’était déroulé ce drame de notre enfance. Au mois de juillet 1997, ma sœur
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aînée, Suzanne, et moi avons décidé d’ypasser unweek-end. Arrivées à la gare, nous nous sommes rendues à pied au centre ville dans l’espoir de reconnaître, chemin faisant, les lieuxparcourus autrefois, mais en vain, trop d’années s’étaient écoulées depuis notre départ. Néanmoins, arrivées place de la mairie, des souvenirs enfouis au plus profond de la mémoire de ma sœur ont ressurgi, elle reconnaissait le quartier où nous avions habité, c’était au 29 Place d’Israël, place qui, pendant la guerre, fut appelée Place de l’Hôtel de ville. Quant à moi, hormis la grande église près de laquelle nous demeurions et la ruelle qui nous en séparait, je ne reconnaissais rien. Je me souvenais cependant qu’à l’époque un grand échafaudage se dressait le long de sa façade car elle était en cours de restauration. De grosses barres de métal s’entrecroisaient, formant de petites cages, sur lesquelles nous faisions toutes sortes d’acrobaties. Jadis, toutes les maisons se ressemblaient par leur couleur grise et plutôt triste : aujourd’hui, elles ont retrouvé leur style champenois à colombages, blancs et marron. Nous nous sommes arrêtées, très émues, devant le numéro 29 de la Place d’Israël, notre ancienne demeure, et l’avons contemplée sans pouvoir en détacher lesyeux, car cette maison pour nous renfermait tant de souvenirs bons et mauvais. Notre vie paisible en famille, puis notre arrestation. À force de fixer les fenêtres de cette maison, j’ai aperçu soudain une silhouette qui se déplaçait derrière les rideaux du 1erétage, j’en ai fait aussitôt part à ma sœur qui m’a dit : « Allons-ysans tarder, nous avons peut-être une chance de la revoir. » Nous avons emprunté la ruelle tant de fois traversée dans notre enfance. Nous avons cherché le portail gris par lequel nous avions accès à notre appartement. Ce portail
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n’existait plusune petite porte de couleur marron le  : remplaçait, ce qui un instant a jeté le doute dans notre esprit. Ne faisions-nous pas une erreur ? Étions-nous bien à la bonne adresse ? Après cette courte hésitation, le doute s est dissipé car l’ placement était bien le même. Ma sœur en em était convaincue. À peine avait-elle posé le doigt sur le bouton de la sonnette que la porte s’est ouverte, laissant apparaître un homme jeune, l’air étonné, qui nous a demandé : « Que cherchez-vous ? » Nous lui avons raconté en quelques mots qu en 1942 nous habitions dans cette maison et que, comme nous étions de passage dans la ville, l’envie de la revoir nous était venue. Alors nous avions tenté notre chance en sonnant à sa porte. Sans hésiter, il nous a invitées à le suivre. Cette rencontre inattendue semblait l’intéresser. Nous avons monté derrière lui un escalier inconnu de nous car les lieux avaient subi de nombreuses modifications. La cour où se trouvait la loge de la concierge n’existait plus, elle avait été remplacée par un entrepôt de marchandises d’une grande laideur. Lorsque nous avons atteint le palier du premier étage, je l’ai reconnu de suite, j’ai revu au fond de ce couloir le petit placard dans lequel ma mère rangeait l’huile et le sucre. Aujourd’hui, celui-ci, après avoir subi quelques transformations intérieures renferme un compteur électrique. Le petit escalier, avec sa rampe minuscule, qui conduisait au second étage n a pas changé. Le temps semblait s’être arrêté là ! Le plus dur cependant restait à faire. J’appréhendais de voir la porte de l’appartement s’ouvrir pour nous laisser passer, mon cœur battait la chamade à l’idée de revoir ces lieuxet peut-être de retrouver quelques souvenirs du passé. Cependant mon appréhension se dissipait et j’ avoue que
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j’éprouvais un soulagement à revisiter ces lieux. Tout avait été transformé. Les murs qui séparaient les trois petites pièces avaient été abattus pour faire un grand duplexavec coin cuisine, le grenier avait été transformé en chambre à coucher. Pouryaccéder, un petit escalier en bois partait du coin cuisine. Il ne restait plus aucune trace de notre passage. La salle de séjour était peinte d’une couleur tirant sur l orange, pas de doubles rideauxauxfenêtres, un simple voile blanc laissait passer les rayons du soleil et la chaleur était intenable. Autrefois, c’était le contraire, les murs qui séparaient les trois pièces empêchaient la lumière de pénétrer à l’intérieur, ily faisait plutôt sombre. Dans la chambre à coucher, nous avions de lourds doubles rideauxqui donnaient aussi de l’obscurité. Dans la salle principale nous avions des meubles en bois de chêne et un divan sur lequel mon père se reposait quand il rentrait de son travail. Aujourd’hui ce nouvel appartement était meublé de quelques meubles ultra modernes. Une page de l’histoire était tournée. Après avoir visité l’appartement, ce qui fut vite fait étant donné sa surface, nous nous sommes mises à raconter le terrible jour de notre arrestation. L’homme nous écoutait attentivement, et paraissait très surpris de voir à quel point notre mémoire était restée fidèle (qui peut oublier un tel drame ?). Celui qui ne l’a pas vécu ne peut l’imaginer et cela semblait être son cas. Il n’avait jamais entendu parler de cette arrestation massive de Juifs de l’année 1942. Ce souvenir était-il effacé de la mémoire des habitants de la ville ? Nous avons quitté les lieux, un peu déçues, mais sans nous décourager pour autant. Un phénomène étrange s’était produit en moi, une déception mêlée d’un soulagement. Sur le pas de la porte, au moment de faire nos adieux, il nous a
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