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Opéra Mundi, la seconde vie de l'opéra

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75 pages
Un cinéphile découvre, sur le tard, l’opéra, sous la seule forme de DVD. Il savait que le cinéma s’est toujours défini par opposition au théâtre ; il découvre que, syntaxe musicale oblige, le cinéma est une gigantesque répétition des procédés de l’opéra. Pendant trois ans, il n’interroge plus son rapport à la seconde vie de l’opéra, le cinéma, qu’à travers le visionnage de plusieurs versions des mêmes opéras, chroniqués pour des magazines réels ou imaginaires. Le présent livre est un florilège de ces chroniques.
Mehdi Belhaj Kacem, né en 1973, s’est d’abord fait connaître pour ses œuvres de fiction (il publie Cancer, son premier roman, en 1994), avant de s’imposer comme l’un des philosophes actuels les plus féconds. On lui doit notamment L’Antéforme (1997), L’Essence n de l’amour (2001) ou, dernièrement, L’Esprit du nihilisme (2009), Après Badiou et La Conjuration des Tartuffes (2011). Cinéphile actif, il a également été acteur pour Laetitia Masson (En avoir ou pas, 1995) et Philippe Garrel (Sauvage innocence, 2001).
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couverture

Mehdi Belhaj Kacem

Opera Mundi - La seconde vie de l'opéra, 1

 

Un cinéphile découvre, sur le tard, l’opéra, sous la seule forme de DVD. Il savait que le cinéma s’est toujours défini par opposition au théâtre ; il découvre que, syntaxe musicale oblige, le cinéma est une gigantesque répétition des procédés de l’opéra. Pendant trois ans, il n’interroge plus son rapport à la seconde vie de l’opéra, le cinéma, qu’à travers le visionnage de plusieurs versions des mêmes opéras, chroniqués pour des magazines réels ou imaginaires. Le présent livre est un florilège de ces chroniques.

 

Mehdi Belhaj Kacem, né en 1973, s’est d’abord fait connaître pour ses œuvres de fiction (il publie Cancer, son premier roman, en 1994), avant de s’imposer comme l’un des philosophes actuels les plus féconds. On lui doit notamment L’Antéforme (1997), L’Essencen de l’amour (2001) ou, dernièrement, L’Esprit du nihilisme (2009), Après Badiou et La Conjuration des Tartuffes (2011). Cinéphile actif, il a également été acteur pour Laetitia Masson (En avoir ou pas, 1995) et Philippe Garrel (Sauvage innocence, 2001).

 

EAN numérique : 978-2-7561-0948-0

 

EAN livre papier : 9782756103785

 

www.leoscheer.com

 
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VARIATIONS XIX
Steven Sampson, Côte Est-Côte Ouest, 2011

© Éditions Léo Scheer, 2012

www.leoscheer.com

 

MEHDI BELHAJ KACEM

 

 

OPERA MUNDI

 

 

La seconde vie de l’opéra, 1

 

 

VARIATIONS XX

Éditions Léo Scheer

 

Variations

Collection dirigée

par Léo Scheer

 

Pour Bertrand Hirsch et Tiphaine Samoyault

 

Les deux premiers articles qui composent ce recueil ont été d’abord publiés, à peine modifiés ici, dans l’excellente revue Edwarda. Des raisons personnelles m’ont amené à abandonner prématurément la rubrique dans laquelle ils s’inscrivaient ; c’est à l’instigation de Léo Scheer que j’en ai poursuivi l’écriture pour quelque Revue mallarméenne. Qu’il soit ici remercié d’un exercice qui fut, pour moi, thérapeutique ; et qui se poursuivra.

SALOMÉ

Le néophyte qui entre dans le monde infini de l’opéra n’est pas si dépaysé pour autant qu’il ait été, auparavant, cinéphile (et qu’il le demeure, bien sûr). Autant le cinéma s’est construit, comme monde-de-l’art, contre le théâtre (théorème de Bresson-Godard-Daney), autant il est le frère ennemi de l’opéra, à quoi il a emprunté une partie très importante de sa syntaxe, tout en le remplaçant au XXe siècle, d’avoir disposé de moyens plus puissants. Ce n’est pas seulement que quatre-vingts pour cent des musiques de films hollywoodiens, jusqu’à aujourd’hui compris, sont des plagiats de trois compositeurs (et guère plus) : Wagner, Strauss, Berg. Jetez une oreille sur le second mouvement de la Suite lyrique de ce dernier, ou sur la seconde de ses Trois pièces symphoniques, opus 6 : dans combien de centaines, de milliers de films à suspens, à commencer par ceux de Hitchcock, n’avons-nous pas entendu plagier ces chromatismes machiavéliques ? Often imitated, never duplicated. Là où Kubrick ou Coppola se sont directement servis dans les originaux, quelqu’un a-t-il déjà dit ce qui saute aux oreilles, que la musique de Star Wars copie directement des leitmotive entiers de la Tétralogie ? Mais ça va plus loin que le simple plagiat scrupuleux que sont toutes les bandes-son américaines, qui en soi témoignent assez de l’ampleur fratricide de la dette. C’est la dynamique même du montage, du cadrage, etc., que le cinéma, dès ses prémices, a empruntée, on ne sait exactement par quelles voies inconscientes, à la syntaxe vocale, harmonique, orchestrale de l’opéra : les moyens du son, de l’amplification post-wagnérienne se sont transférés à l’image ; l’emprunt musical fait qu’en contre-plongée, c’est la syntaxe même de l’image-mouvement cinématographique qui s’est trouvée surdéterminée par l’opéra. Par exemple, toute la comédie américaine, la grande, Capra ou Lubitsch, procède d’un seul opéra de Wagner, considéré, généralement, à la fois comme son plus « léger » (son moins mythologico-emphatique) et son plus dense musicalement : Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg. Comment parvenir un jour à expliquer cette mimétologie qui saute aux oreilles et aux yeux, ces fondus enchaînés qui n’empruntent pas que leurs thèmes aux grands compositeurs canoniques ? Il y faudrait un très long, très patient et très documenté travail, à peine amorcé par le critique Youssef Ishaghpour.

Nous commencerons pour cela notre rubrique par celui qui est, probablement, le plus évidemment cinématographique de tous les opéras, ce qui n’est donc pas peu dire : Salomé de Richard Strauss. Le livret reprend, en l’abrégeant légèrement, une pièce écrit par Oscar Wilde, quelques années avant que le puritanisme victorien l’envoie en geôle, à cause du scandale déclenché par son amour pour le jeune lord Alfred Douglas. Il n’est pas exagéré de supposer que c’est de sa déchéance qu’il a voulu faire la chronique prémonitoire avec cette pièce. Salomé, c’est moi. De quoi s’agit-il ?

D’un épisode biblique assez célèbre : la princesse Salomé, fille d’Hérodias, tombe amoureuse du prophète juif (pléonasme) Iokanaan, plus connu dans notre langue sous le nom de saint Jean-Baptiste. Il s’agit véritablement d’un coup de foudre, dont il est impossible de rendre compte de façon artistiquement plus pure que grâce aux puissances de l’opéra : la voix gutturale de Iokanaan, enfermé comme agitateur subversif dans une geôle, sort littéralement de la Terre et foudroie immédiatement le spectateur/auditeur comme elle foudroie Salomé : c’est dès la première seconde qu’elle s’éprend de lui. Vierge, innocente, splendide, accablée par le harcèlement érotique de son beau-père, le tétrarque Hérode, elle entend bel et bien, dans la voix du prophète bagnard, le Salut qui la libérera de sa prison dorée et de l’ennuyeuse décadence des fêtes cosmopolites organisées par ses tuteurs. Mais elle ne l’entend évidemment pas comme Iokanaan voudrait qu’il l’entende : son message lui arrive sous une forme inversée, et, préfigurant aussi les personnages de nymphettes capricieuses et fatales du XX