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Oraison funèbre de Louis XVI

De
100 pages

Vous me prévenez sans doute, Messieurs, et nul de vous n’a pensé qu’en nous proposant de montrer combien la mort de LOUIS est de toutes la plus injuste, nous ayons voulu le venger des imputations insensées des factieux, ni vous prouver l’iniquité de cet arrêt inoui qui a indigné l’univers, et qui est bien plus encore la sentence de ceux qui la prononcèrent que de celui qui la subit. Qui est-ce donc qui doute aujourd’hui de son innocence, et qui en a jamais douté ?

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

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Étienne-Antoine de Boulogne

Oraison funèbre de Louis XVI

AVERTISSEMENT

LE ROI ayant daigné nous désigner lui-même pour prêcher cette Oraison funèbre, la nouvelle d’un choix aussi flatteur ne nous fut transmise à Troyes que le 11 janvier, par une lettre ministérielle : de sorte que nous n’eûmes guère que huit jours pour la composer, l’apprendre et nous rendre à Paris. Nous hésitâmes d’abord de nous charger d’un travail si pénible et si précipité ; mais le désir de répondre à une mission si honorable, et le vif intérêt que nous inspiroit un aussi grand sujet, fixèrent notre irrésolution. Le court espace qui nous étoit laissé fut d’autant plus fâcheux, qu’ayant eu l’honneur de lire notre Oraison funèbre à SA MAJESTÉ, qui ne devoit pas assister à la cérémonie, nous ne pûmes lui présenter qu’un ouvrage plutôt ébauché que fini ; et c’est ainsi que nous la prononçâmes. Nous nous proposions de la reprendre sous oeuvre, pour la livrer de suite à l’impression, lorsque survint presque aussitôt le déplorable événement qui replongea la France dans de nouveaux malheurs, et nous força à la retraite. Nous étant occupés depuis d’y mettre la dernière main, pour la rendre plus digne de son objet et de l’indulgence du public, nous avons cru devoir la faire paroître à l’approche du troisième anniversaire, époque où vont se réveiller dans Tous les cœurs françois les sentimens d’expiation et de douleur, et au moment de la translation solennelle des derniers restes de nos Rois, échappés à l’impiété révolutionnaire, et des dépouilles mortelles des deux royales Princesses, ADÉLAÏDE et VICTOIRE DE FRANCE, dignes filles de saint Louis. Nous croyons en cela remplir un vrai devoir, en même temps que c’est pour nous une douce satisfaction. Nous aimons à penser qu’ayant commencé notre carrière oratoire par l’Éloge de Louis Dauphin, père du Roi-Martyr1, nous la terminons par l’Éloge du Roi-Martyr lui-même. Hélas ! il y a près de quarante ans entre les deux discours, et dans cet intervalle nous avons parcouru des siècles !

Et dixit David ad Abisaï : Ne interficias eum ; quis enim extendet manum suam in Christum Domini, et innocens erit ?

Et David dit à Abisaï : Gardez-vous d’attenter à sa vie ; car quel est celui qui portera sa main sur l’Oint du Seigneur, et sera innocent d’un tel crime ?

I. Rois, XXVI, 9.

 

 

MONSEIGNEUR1,

 

C’est ainsi que David exprimoit sa profonde horreur contre celui qui lui donnoit le barbare conseil d’immoler Saül à sa vengeance. Saül venoit de tomber entre ses mains, bien moins encore par le sort des combats que par un juste châtiment du ciel. C’étoit un prince que poursuivoit la main de Dieu, et qui, non moins obsédé par le trouble de son esprit que par celui de sa conscience, ne pou voit être que le fléau de ses sujets. C’étoit l’implaçable ennemi de David, et sa mort lui ouvroit le chemin du trône ; et cependant il est saisi d’effroi à la seule idée du meurtre de ce mauvais prince, parce qu’il est l’oint du Seigneur, et que l’indignité de l’homme ne sauroit effacer en lui la consécration et la majesté du monarque ; et quand le coup fatal sera porté, on l’entendra faire des vœux pour que la rosée et la pluie ne tombent plus sur la montagne malheureuse où s’est commis cet attentat. Mais si telle étoit la haute idée qu’il avoit de l’auguste dépositaire du suprême pouvoir dans celui même qui en abuse et le laisse avilir dans ses mains, qu’auroit-il dit, et de quel surcroît de surprise et d’indignation n’auroit-il pas été pénétré, si Saül, comme le Prince infortuné, objet éternel de nos larmes et de nos regrets, eût été le modèle de toutes les vertus royales, et un de ceux qui ont le plus honoré et le trône et l’humanité ? Et de quelle malédiction n’auroit-il pas frappé les sacriléges qui ont porté leurs mains sur l’héritier de tant de rois, plus grands encore et plus illustres que ne furent autrefois ceux d’Israël et de Juda, et qui, dans sa personne auguste, ont violé tout à la fois, la triple majesté du diadème, du malheur et de la vertu ?

Mais, que vois-je ? et quel est donc ce nouveau monument qui fixe ici tous les regards et plus encore tous les cœurs ? Il est donc vrai, et nos yeux ne nous trompent point ; il est donc vrai que nous les possédons ces restes, j’ai presque dit ces reliques précieuses que nous croyions anéanties, de deux époux si dignes l’un de l’autre, plus rapprochés encore par leur tendresse mutuelle que par leur destinée commune, et d’autant plus chers à nos longs souvenirs, qu’ils ont traversé, avec une égale constance, la même mer de tribulations et d’infortunes ? Comment ces dépouilles sacrées ont-elles échappé à ces mains doublement sacriléges qui violoient à la fois et les autels et les tombeaux ? Comment les parricides intéressés à les ravir à nos respects, n’ont-ils donc pas cherché à faire disparoître jusqu’aux derniers vestiges de ces cendres redoutables ? N’en doutons pas, Messieurs, c’est le miracle de la Providence. C’est le même miracle qui a sauvé ce Testament, le plus beau titre de la gloire de Louis ; qui a sauvé les dépouilles mortelles des auteurs vertueux de ses jours ; qui a sauvé cette antique et vénérable basilique, le berceau de nos rois et leur dernier asile ; c’est enfin le même miracle qui a sauvé la monarchie, qui nous a tous sauvés, et qui nous sauvera encore, s’il le faut, par de nouveaux miracles. Bénie soit mille fois la pieuse et courageuse main qui les a recueillies ! Quel héritage pour sa famille auguste ! quel trésor pour la nation ! et quel objet plus propre à réveiller en nous ces sentimens de repentir, de tristesse et d’expiation qui conviennent si bien à ce funèbre et déplorable anniversaire, et au sacrifice divin que nous allons offrir pour la plus grande et la plus auguste victime qui jamais ait été immolée à la fureur des factions et à l’impiété en délire ?