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Où allons-nous ?

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La source de nos divisions, si on la prend dans son caractère initial, remonte, à mes yeux, à l’antique doctrine qui, unissant en un seul corps tous les pouvoirs religieux et politiques, constitue, au-dessus de l’individu, les gouvernements d’autorité.

Dans le paganisme d’où sort la civilisation moderne, les Dieux représentant des forces naturelles, trempant dans nos passions, nos intérêts, nos querelles, l’Etat devait logiquement instituer un corps officiel, privilégié, en vue de conjurer leurs colères et de se concilier leurs faveurs par des sacrifices et des offrandes.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Clarisse Coignet

Où allons-nous ?

AVANT-PROPOS

Pourquoi j’écris ces lignes

Née dans la tradition républicaine, rien, ni dans mon passé, ni dans mon présent, ne me rattache au cléricalisme.

Sous la restauration et le gouvernement de Juillet, mon père, descendant de 89, suivait Armand Carrel dans sa propagande. A douze ans, je lui lisais chaque jour le National et il m’expliquait la politique. Sa sœur et ma tante, Mme Vigoureux, Victor Considérant, mon cousin germain par alliance, ont été les premiers disciples de Fourrier dont la doctrine a bercé de ses rêves enchantés mon adolescence curieuse. Mon mari, républicain de février, au lendemain du coup d’Etat, assurait sous notre toit un asile à Jules Favre et à Bertholon en fuite. Aucune compromission avec l’Empire. Ses nombreux succès dans les expositions comme chef d’industrie lui donnaient tous les droits à la Légion d’honneur, mais il la refusa résolûment de ceux qui, à ses yeux, détenaient injustement le pouvoir. Au lendemain de la paix il la reçut de M. Thiers. Pendant tout le siège, il concourut à la défense avec le gouvernement républicain.

Moi même, au foyer, je suivais ces traces. Associée sous l’Empire au mouvement de la Morale Indépendante fondée dans mon cercle d’amitiés, j’y fis, pendant les cinq ans de sa durée, la critique philosophique, au point de vue du criticisme kantien. Tout en ramenant l’origine de la morale à la conscience humaine, j’ai toujours reconnu qu’une foi religieuse personnelle, en la prolongeant idéalement au delà de la vie par le triomphe définitif de la justice et du bien, peut lui apporter dans la pratique une grande force.

A Paris, sous le siège, au bruit des obus éclatant de toutes parts, Jules Simon, ministre de l’Instruction publique, ayant provoqué à l’Hôtel-de-Ville et au ministère des réunions qui avaient pour objet la laïcisation de l’enseignement et l’amélioration des écoles primaires, je pris part à tous leurs débats à côté des républicains du temps : Hippolyte Carnot, Eugène Pelletan, Massol, Henri Brisson, Henri Martin, Clémenceau, Hérold, etc. MMmes Jules Simon, Goudchaux, Millard, Toussaint, de Friedberg, etc. La paix faite, une société se formant en vue de l’application de ces réformes, j’y pris également une part active avec M. Ferdinand Buisson.

« C’est le maître d’école allemand, répétait-on de toutes parts, qui a vaincu la France ». Aussi la rénovation de l’enseignement populaire nous semblait-elle la première tâche du patriotisme.

Pendant plus de vingt ans, au cours de la lutte contre les éléments militants de l’ancien régime, je n’ai cessé d’exposer et de défendre dans la Revue Bleue les principes républicains, en particulier la laïcité de l’enseignement, et en même temps je publiais chez Alcan un cours de morale laïque à l’usage des écoles primaires.

Ayant ainsi, dans ma modeste sphère et ma faible mesure, participé à la transformation de mon pays, de monarchie plus ou moins absolue, en libre république, je sens au milieu de la crise présente le besoin et même le devoir d’exprimer ma pensée entière et d’apporter mon témoignage à ceux qui m’ont précédée.

I

La source de nos divisions, si on la prend dans son caractère initial, remonte, à mes yeux, à l’antique doctrine qui, unissant en un seul corps tous les pouvoirs religieux et politiques, constitue, au-dessus de l’individu, les gouvernements d’autorité.

Dans le paganisme d’où sort la civilisation moderne, les Dieux représentant des forces naturelles, trempant dans nos passions, nos intérêts, nos querelles, l’Etat devait logiquement instituer un corps officiel, privilégié, en vue de conjurer leurs colères et de se concilier leurs faveurs par des sacrifices et des offrandes. Mais le christianisme, représentant un idéal moral qui embrasse l’humanité entière, revêt par là un caractère en même temps individuel et universel, étranger à la nation. C’est bien ainsi d’ailleurs qu’il nous apparaît dans l’histoire. Né dans les conditions les plus humbles, loin de viser au pouvoir terrestre, il appelle le renouvellement de la société par le renouvellement intérieur et volontaire de l’homme.

Quand, plus tard, la conversion de Constantin l’associe à l’Empire, cet héritage du paganisme n’accroit sa force au dehors qu’aux dépens de la liberté et de la vie du dedans. César, en effet, ne peut oublier qu’il a commandé aux augures ; l’Eglise et l’Etat ne tardent point à se disputer la suprématie, et, au cours des siècles qui vont suivre, la lutte se perpétuera chez toutes les nations européennes qui, rentrant par la conquête dans l’orbite de l’Empire, se convertissent dans les mêmes conditions.

Le résultat de cette association bâtarde a été de compromettre la politique dans la religion et la religion dans la politique. Le peuple y perdait le droit de modifier les formes de l’Etat selon ses développements et ses tendances, et l’Eglise, dans ses rapports avec les fidèles, y perdait la grande liberté de l’Evangile qui la fait toute à tous.