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Paix et Médiation ! - Mémoire en défense de la nation espagnole

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132 pages

En empruntant ces deux citations à deux esprits d’un aussi éminent savoir, à deux jurisconsultes dont l’opinion pèse toujours d’un si grand poids dans la balance des choses humaines, certes notre intention n’est nullement de pousser la France dans les chances d’une guerre douteuse et de compromettre ainsi et son propre avenir et sa prospérité intérieure ; nous avons voulu nous borner à poser comme principe une vérité qui nous a paru démontrée, c’est qu’il y a pour elle, non-seulement intérêt, mais besoin pressant, à intervenir au milieu de la lutte qui ensanglante la péninsule hispanique, et à réunir tous ses efforts pour mettre le plus tôt possible un terme aux horreurs de la guerre civile ; que cette intervention est non-seulement basée sur la raison, sur l’ordre, sur la morale, non-seulement légale dans toute l’acception du mot et largement fondée sur le droit politique, mais, en outre et par-dessus tout, utile aux intérêts de la France, utile aux intérêts communs de tous les peuples de l’Europe ; qu’une intervention, en un mot, est non-seulement juste, mais qu’elle est impérieusement commandée par tous les événements qui se succèdent, et par le besoin urgent de mettre un frein à ce long déchaînement de toutes les mauvaises passions, dont l’exemple ne peut être que funeste à tous les peuples.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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A. d' Asda

Paix et Médiation !

Mémoire en défense de la nation espagnole

Cet ouvrage se ressentira sans doute de la précipitation avec laquelle il a été composé ; mais je désirais répondre sans plus de retard à la brochure qui vient d’être publiée sous le titre : Appel à l’opinion publique sur la situation de l’Espagne, par M.T. de M. Comme je n’ai pas la prétention d’avoir fait une œuvre littéraire, je dois réclamer toute l’indulgence de mes lecteurs, et j’ose y compter.

Quel que soit le bien mince mérite de ces pages, j’espère qu’on rendra justice à l’intention qui m’a dirigé, au sentiment qui a pu me faire vaincre mon hésitation à entrer dans la lice des dissertations publiques et politiques.

Les derniers événements de Valence semblent justifier les craintes que j’exprime (page 86).

Dans des circonstances aussi graves, pressé par le temps, j’ai dû négliger bien des choses, mais j’apporte, comme tout bon citoyen doit le faire, ma parcelle d’expérience à la masse commune, et si elle est totalement infructueuse, du moins aurai-je fait acte de bon vouloir.

 

LE BARON D’ASDA.

AU ROI DES FRANÇAIS

 

 

 

 

 

SIRE,

 

 

 

Souvent votre cœur s’est ému au tableau des douleurs qui affligent l’Espagne. Chef d’une nation éminemment guerrière, vous avez contenu jusqu’à présent le désir qui nous animait d’aller à son secours ; vous avez été avare du sang français, et vous avez fait ce sacrifice à la paix et à la tranquillité de l’Europe.

Les dernières atrocités d’Estella ne laissent aucun espoir de voir enfin le terme de ces désordres qui affligent l’humanité ; le sang des victimes coule vers nous à travers les gorges des Pyrénées ; depuis cinq ans nous avons sous les yeux le pernicieux exemple de l’anarchie, dans toute son horreur.

La paix est le premier des biens, et la France est assez riche de gloire militaire pour ne porter envie à celle d’aucun autre peuple du monde ; mais afin de nous conserver cette paix, Sire, conservez-nous nos alliés naturels.

Interposez votre médiation puissante et celle de vos alliés, Sauvez l’Espagne, Sire, car ce rôle est beau, digne d’un descendant de saint Louis, digne du roi des Français ; et l’Espagne et l’Europe entière vous béniront.

AUX CHAMBRES FRANÇAISES

Le droit de pétition a été accordé à tous les Français par la Charte constitutionnelle.

Ce n’est pas en abuser que d’appeler l’attention des Chambres sur la question espagnole.

Cette question intéresse tous les bons citoyens, parceque la guerre civile est à nos portes. Elle intéresse notre industrie, notre commerce, notre agriculture, parceque l’état violent de la Péninsule ne cesse de compromettre leurs intérêts. Elle intéresse nos finances, parceque bon nombre de nos nationaux sont créanciers de l’Espagne. Elle intéresse enfin la morale, la religion, la politique ; et ce sont autant de motifs pour vous la déférer.

La France du XVIIIe siècle ne fut avare ni de ses trésors, ni de son sang, quand il s’agit d’aider une nation lointaine à conquérir son indépendance, et de nos jours encore elle s’est interposée pour sauver les Hellènes du sabre d’Ibrahim. Maintenant une nation qui nous touche, qui nous est unie par tant de liens, par les mêmes institutions, nous tend les bras et nous demande de l’aider à se soustraire aux horreurs de la guerre civile.

Vous pouvez sauver l’Espagne sans sacrifier le sang et les trésors de la France. Car sa médiation et celle de l’Angleterre doivent être d’un poids suffisant, et là où est leur épée, ce peut être assez.

En mettant un terme à l’anarchie qui dévore l’Espagne, les puissances signataires du traité de la quadruple alliance acquerront des droits réels à la reconnaissance de la grande famille européenne ; les hommes qui participeront à cette œuvre sainte légueront à leur postérité la gratitude d’un peuple tout entier.

Pairs et Députés de la France, vous pouvez restituer le repos et le bonheur à une nation amie ! Rendez la paix à l’Espagne, et si nos grandes victoires ont étonné le monde, faites-nous bénir aussi pour nos bienfaits et notre modération.

I

« On fait souvent la guerre pour autrui, et ces sortes de guerres sont légitimes, pourvuque celui en faveur de qui l’on s’y engage, aitun juste sujet de prendre les armes. »

PUFENDORF, du Droit de la Guerre.

« On n’est pas obligé de donner du secours à un allié, lorsqu’il n’y a aucune espérance de succès ; car toute alliance se contracte en vue de quelque bien, et non pas pour en souffrir du mal. »

GROTIUS, des Guerres qu’on fait pour autrui.

 

 

 

En empruntant ces deux citations à deux esprits d’un aussi éminent savoir, à deux jurisconsultes dont l’opinion pèse toujours d’un si grand poids dans la balance des choses humaines, certes notre intention n’est nullement de pousser la France dans les chances d’une guerre douteuse et de compromettre ainsi et son propre avenir et sa prospérité intérieure ; nous avons voulu nous borner à poser comme principe une vérité qui nous a paru démontrée, c’est qu’il y a pour elle, non-seulement intérêt, mais besoin pressant, à intervenir au milieu de la lutte qui ensanglante la péninsule hispanique, et à réunir tous ses efforts pour mettre le plus tôt possible un terme aux horreurs de la guerre civile ; que cette intervention est non-seulement basée sur la raison, sur l’ordre, sur la morale, non-seulement légale dans toute l’acception du mot et largement fondée sur le droit politique, mais, en outre et par-dessus tout, utile aux intérêts de la France, utile aux intérêts communs de tous les peuples de l’Europe ; qu’une intervention, en un mot, est non-seulement juste, mais qu’elle est impérieusement commandée par tous les événements qui se succèdent, et par le besoin urgent de mettre un frein à ce long déchaînement de toutes les mauvaises passions, dont l’exemple ne peut être que funeste à tous les peuples.

Mais de quelle nature peut être et doit être cette intervention ? C’est ce que nous ne pouvons ni ne devons indiquer ici. Toutefois, soyez-en sûrs, sans prodiguer le sang et l’or de la France, les moyens de protéger, de secourir notre allié ne manqueront pas. Si notre main contient quelques vérités utiles, nous ne serons pas assez égoïstes pour la tenir fermée ; nous en abandonnerons l’appréciation aux hommes d’État qui ont signé le traité de la quadruple alliance, car, malgré de sinistres pronostics, nous persistons à croire que ce traité n’a point été un appât offert à la crédulité espagnole, un leurre jeté à sa bonne foi, mais la manifestation d’une haute pensée humaine, un acte vraiment chrétien de médiation, de pacification, d’utilité générale.

Un gouvernement doit avant tout se préoccuper des intérêts de ses nationaux, puis et immédiatement après, de ceux de ses alliés, surtout quand il s’y est expressément engagé par un traité d’alliance, surtout quand il a positivement promis assistance et secours à ceux qui ont dû y compter, à ceux qui luttent contre la mort et qui lui tendent les bras.

L’interprétation de ces clauses obligatoires ne doit cependant pas s’entendre d’une manière si absolue, que, pour tenir les engagements qu’il a pris, le chef d’un État allié doive compromettre inconsidérément les intérêts, la paix, la prospérité de ses peuples ; mais c’est alors ou jamais que ce chef doit à sa propre conservation, au bien général, de se poser comme arbitre, comme médiateur, de mettre tout en œuvre pour accélérer le terme d’une situation violente, contraire à toutes les lois naturelles, funeste à tous les intérêts moraux et matériels des peuples voisins et des sociétés européennes.

Le droit politique marche ici de front avec le droit naturel : il ne peut autoriser rien qui soit contraire aux lois invariables du juste et de l’injuste. Et ce n’est pas surtout une puissance telle que la France qui doit chercher la solution d’une difficulté dans ces règles machiavéliques, apanage des nations faibles et impuissantes.

Nous le répétons ici : notre intention n’a jamais été d’engager la France à se poser en champion continuel, inévitable, de tous les peuples qui, à tort ou à raison, demandent une réforme dans leur organisaton intérieure. Nos idées sont diamétralement contraires à tout système de propagande, car nous pensons que les réformes, quelles qu’elles soient, politiques, administratives ou morales, ne sont salutaires et profitables à un peuple que lorsqu’elles se font sans secousse, sans convulsion, parceque, quand il y a convulsion et secousse, la somme des maux que l’on provoque ne compense presque jamais le bien que l’on fait ou que l’on entend faire.

L’Espagne cependant est vis-à-vis de la France dans une position tout-à-fait exceptionnelle, car à l’époque où la monarchie de Charles IV s’affaissait sous le poids des ans et des fautes, alors que tous les liens de ce vieux trône tombaient en pourriture, que tous les rouages de la machine administrative se détraquaient, que le cancer des abus invétérés rongeait au cœur la malheureuse Espagne, l’œil pouvait apercevoir encore, au milieu des masses haletantes et découragées, une poignée d’hommes d’élite unissant à une capacité réelle une connaissance exacte et complète des besoins de leur pays ; hommes animés du bien public, que leur position sociale rapprochait du trône et mettait à même de s’en faire écouter ; que leur réputation intacte de probité et d’honneur faisait respecter et bien venir de la nation.

Citerai-je les O’Farril, les Cabarrus, les Urguijo, les Llorente et tant d’autres encore que leurs concitoyens n’ont pas oubliés, autour desquels tous les ordres, toutes les classes se fussent réunis pour faire triompher les idées d’une réforme salutaire, dont l’urgence commençait à se manifester et que commandait au peuple la nécessité, le sentiment même de sa propre conservation ?