Palais et maisons du Caire. Tome I

De

En publiant ce volume — et le prochain — nous avons voulu témoigner que ce n’était pas en vain que des efforts de toute sorte : intellectuels, financiers, matériels, y avaient été consacrés, pendant des années. Le résultat de travaux qui, au premier abord et au vu des premières publications, auraient pu paraître comme étant le fait de spécialistes aux audiences limitées, est en réalité une œuvre de large ouverture sur l’histoire d’une période et d’une ville dont le renom est grand, mais qu’il était utile de mieux faire connaître et apprécier par tous ceux pour qui Le Caire ce n’est pas seulement un nom et une abstraction, mais aussi des hommes qui y ont vécu et qui, par leurs actions, en ont fait un des pôles de l’histoire de l’Islam.


Publié le : mercredi 5 février 2014
Lecture(s) : 9
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782271081339
Nombre de pages : 268
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Couverture

Palais et maisons du Caire. Tome I

Époque mamelouke (XIIIe-XVIe siècles)

Jean-Claude Garcin, Bernard Maury, Jacques Revault et Mona Zakariya
  • Éditeur : Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman, Éditions du CNRS
  • Année d'édition : 1982
  • Date de mise en ligne : 5 février 2014
  • Collection : Patrimoine architectural
  • ISBN électronique : 9782271081339

OpenEdition Books

http://books.openedition.org

Édition imprimée
  • Nombre de pages : 268 p.- 115 p. de pl.
 
Référence électronique

GARCIN, Jean-Claude ; et al. Palais et maisons du Caire. Tome I : Époque mamelouke (XIIIe-XVIe siècles). Nouvelle édition [en ligne]. Aix-en-Provence : Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman, 1982 (généré le 21 novembre 2014). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/iremam/3078>. ISBN : 9782271081339.

Ce document a été généré automatiquement le 21 novembre 2014. Il est issu d'une numérisation par reconnaissance optique de caractères.

© Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman, 1982

Conditions d’utilisation :
http://www.openedition.org/6540

Sommaire
  1. Préface

    Robert Mantran
  2. Avant-propos

    A. Lézine
  3. Avertissement

  4. 1re partie. L’architecture domestique au Caire à l’époque mamelouke (XIIIe-XVIe siècles)

    1. Origine et évolution de l’architecture domestique

      1. Origine locale (Egypte)
      2. Influence orientale
      3. Période islamique
      4. La maison de Fustat
      5. Un palais fatimide
    2. Période Ayyoubide (1171-1250)

      1. La Citadelle
      2. Palais ayyoubide de l’Ile de Rawda
    3. Période mamelouke bahrite (1250-1382)

      1. La mosquée du Sultan Baybars
      2. La madrasa Zahiriya (1262-1263)
      3. Le Palais de la Citadelle sous les Sultans Qalāwūn et al-Nāṣir Muhammad (xiiie s. début xive s.)
    1. Palais des émirs mamelouks

      1. Le cadre géographique
      2. Les Mamelouks
      3. Palais bahrites
      4. Palais voisins de la Citadelle
      5. Palais mamelouks dans l’ancienne Cité fatimide
    2. « Salles nobles » (xiiie-xive siècles)

      1. Le Dayr al-Banat
      2. La Qa‛a d’Ahmad Kuhya
      3. La Qa‛a al Dardir
      4. La Qa‛a de Muḥib al-Din Yahya
      5. La Qa‛a al-Irsan
      6. La « Qa‛a de l’émir Aqquš »
      7. La Qa‛a de Taštamur
      8. La Qa‛a de Ġannam
    3. Période mamelouke circassienne (1382-1517)

      1. Le Palais de la Citadelle (fin xive-xve siècle)
      2. Palais et demeures cairotes (xve siècle)
      3. Les demeures de Notables
      4. Les Palais des Emirs circassiens
      5. Salles de réception civiles et religieuses
      6. Habitations collectives
  1. 2e partie. Habitat médiéval et histoire urbaine à Fustat et au Caire

    1. Introduction à la deuxième partie

      1. INTRODUCTION
    2. viie-xe siècles

      1. L’héritage pré-islamique
      2. Fustat
      3. Les dār de Fustat
    1. xe-xive siècles

      1. Une époque nouvelle
      2. Le groupe social dominant et son rôle de diffusion
      3. Les deux villes
      4. La capitale de l’empire mameluk
      5. L’exemple palatin
      6. L’habitat urbain
      7. Les bâtiments à vocation strictement locative
      8. L’habitat et les besoins de la ville
      9. Les grandes dār
      10. Les vestiges architecturaux
    2. xve - xvie siècles

  1. 3e partie. Construction et décor

    1. Construction

      1. Plan et chantier
      2. Matériaux
      3. La pierre de taille dans les murs, dallages, voûtes, arcs, portes, fenêtres, consoles
    2. Décor

      1. Évolution du décor dans l’architecture domestique mamelouke
      2. La pierre sculptée
      3. Le stuc
      4. Le marbre et la mosaïque
      5. Les boiseries
  2. Bibliographie générale

  3. Table des illustrations

  4. Planches

Préface

Robert Mantran

1En 1970, dans le cadre de F accord culturel franco-égyptien de 1968 et avec le concours, d’une part du Centre National de la Recherche Scientifique et de la Commission Consultative des Recherches Archéologiques à l’Etranger (Direction Générale des Relations Culturelles, Scientifiques et Techniques du Ministère des Affaires Etrangères), d’autre part de la Direction Générale des Antiquités du Gouvernement égyptien (Direction des Monuments coptes et islamiques), a été entreprise une recherche de large envergure intitulée « Etude scientifique des palais et maisons du Caire et de Rosette, xive-xviiie siècles », plus communément dénommée Recherche Coopérative sur Programme (R.C.P.) n° 232 du C.N.R.S.

2A l’origine de ce travail se trouvaient Alexandre Lézine, maître de recherches au C.N.R.S., et André Raymond, alors directeur de l’Institut Français d’Etudes Arabes de Damas, auxquels le Dr Abdarrahman Abdal-Tawwab, directeur des Monuments coptes et islamiques au Caire, apportait son concours et celui du personnel de cette Direction.

3Les premiers travaux commencèrent en 1970 et dès l’année suivante était adjoint à Alexandre Lézine un architecte, Bernard Maury, en résidence permanente au Caire, afin d’assurer sans interruption le relevé des palais et maisons, tâche dont l’ampleur s’était révélée dès les premières enquêtes menées par A. Lézine. Simultanément, Serge Sauneron, directeur de l’Institut Français d’Archéologie Orientale, mettait à la disposition de la R.C.P. des moyens matériels qui lui avaient jusqu’alors fait défaut sur place. Malheureusement, Alexandre Lézine devait disparaître soudainement en 1972, laissant en plein essor une œuvre qu’il avait toutefois concrétisée par un livre, « Trois Palais d’époque ottomane au Caire » et quatre articles, dont l’un en collaboration avec A. Abdal-Tawwab1.

4La succession d’A. Lézine fut alors confiée à Jacques Revault, maître de recherches au C.N.R.S., bien connu pour ses travaux et ses livres sur les Palais de Tunis. Ainsi, dès l’hiver 1972 était constituée l’équipe J. Revault B Maury, à laquelle devait être adjointe en 1975 une jeune architecte égyptienne, Mona Zakariya. En 1976, la R.C.P. 232 fut incluse dans une nouvelle formation de recherche créée à Aix-en-Provence par le C.N.R.S. en liaison avec l’Université de Provence (Aix-Marseille I), l’Equipe de Recherche Associée n° 648, intitulée « Groupe de Recherches et d’Etudes sur le Proche Orient », dont les préoccupations scientifiques se tournaient en partie vers l’Egypte musulmane, des Fatimides à l’époque contemporaine ; cette équipe, dont le responsable était le signataire de ces lignes, alors directeur du Département d’Etudes Islamiques de l’Université de Provence, comprit naturellement André Raymond, depuis peu professeur à cette Université, Jacques Revault, Bernard Maury, Mona Zakariya, des enseignants et des chercheurs du Département d’Etudes Islamiques de la même Université et, parmi eux, Jean-Claude Garcin, nouvellement arrivé à Aix, dont la compétence en matière d’histoire mamelouke fut d’un précieux apport.

5Depuis lors, trois ouvrages de J. Revault et B. Maury ont paru dans les collections de l’I.F.A.O. sur les relevés et l’étude des palais et maisons du Caire : le tome I, en 1975, porte sur six édifices d’époques mamelouke et ottomane ; le tome II, en 1977, sur six autres édifices de la même période ; le tome III, en 1979, avec le concours de Mona Zakariya, sur douze édifices des époques mamelouke et ottomane. Un quatrième ouvrage, préparé par B. Maury et portant sur trois palais d’époque ottomane doit être publié en 19822. Ainsi se trouvera alors achevée l’étude architecturale de ces palais et maisons du Caire.

6Mais, dans l’esprit des collaborateurs de cette équipe, le travail n’est pourtant pas terminé avec ces publications qui sont en fait le support archéologique d’une recherche plus approfondie : le but de celle-ci est, en plus de l’histoire architecturale du Caire pendant cinq siècles, l’histoire des hommes, de leur habitat, de leur milieu social et professionnel révélé par ces maisons et palais, mais révélé aussi par des sources proprement historiques. Il se trouve qu’existe au Caire pour l’époque mamelouke comme pour l’époque ottomane, une documentation fondamentale qui s’ajoute aux chroniques et annales dont on a pu jusqu’à présent disposer : il s’agit des documents de waqf, actes de fondations ou d’entretien de bâtiments divers et, incidemment, des palais et maisons dont il est question ici. Parmi l’énorme quantité de waqfs existants, dont une partie seulement est pour l’instant répertoriée, plusieurs ont apporté des informations extrêmement importantes sur l’habitat et sur les habitants de ces demeures ; d’autres documents similaires sont actuellement à l’étude et feront, dans un avenir aussi proche que possible, l’objet de publication.

7Jacques Revault qui, pendant des années, a examiné en détail ces palais et maisons, dresse une étude de synthèse des éléments architecturaux et décoratifs, qui permet de saisir parfaitement l’essentiel de l’évolution de l’habitat cairote : la vision extérieure de l’édifice, comme la répartition des salles, des pièces diverses, des cours, des jardins ont fait l’objet, avec le temps, de modifications, de transformations, d’adaptations qui correspondent à des besoins, plus rarement à des modes passagères ; chaque lieu a son utilisation justifiée, et son décor est en rapport avec cette utilisation. L’emploi systématique de matériaux différents selon leur destination dans l’édifice n’est pas le fait du hasard, pas plus que l’emplacement des ouvertures, portes ou fenêtres, loggias ou balcons. Tout autant que l’étude de l’évolution de l’habitat lui-même, celle de l’évolution de son aspect interne et externe éclaire l’histoire des individus et contribue à donner de l’histoire urbaine une image plus proche de la réalité et à mieux saisir ce qu’était la ville du Caire au temps des Mamelouks.

8L’étude de synthèse présentée dans ce volume ne concerne que l’époque mamelouke ; l’époque ottomane donnera lieu à la publication d’un autre livre. Ici, Jean-Claude Garcin étudie, pour sa part à partir des chroniques, des actes de waqf et des relevés architecturaux, l’évolution historique de l’habitat domestique local, depuis la période anté-islamique jusqu’aux Mamelouks, avec ses implications politiques et sociales. Son étude constitue un apport très neuf et très pénétrant à la connaissance du Caire, et montre que l’histoire tirée des archives et des bibliothèques et l’histoire faite sur le terrain sont, dans le domaine de l’histoire urbaine, des éléments complémentaires fondamentaux. Au travers de la documentation relative à l’époque mamelouke, on peut voir se dessiner des types d’habitat caractéristiques, mettant en jeu des milieux sociaux de niveaux divers, et éclairant sous un jour significatif le comportement des individus — hommes et femmes — qui y résidaient. La maison musulmane est, ici, vue de l’intérieur, à partir d’éléments proprement musulmans et non pas à partir d’une interprétation européenne surimposée. L’étude est exemplaire.

9Il nous a semblé que c’était rendre un juste hommage à la mémoire d’Alexandre Lézine que de placer, au début de ce volume, quelques lignes inédites qu’il avait rédigées peu avant sa mort, et dans lesquelles il présentait les principes généraux qui guidaient l’étude qu’il avait entreprise. Si la tâche qu’il avait commencée a pu être menée à bonne fin, c’est grâce aux efforts de tous ceux qui y ont collaboré directement, André Raymond, l’un des initiateurs, Abdarrahman Abdal-Tawwab, Jacques Revault, Bernard Maury, Mona Zakariya ; ensuite grâce à ceux qui ne nous ont pas mesuré leur appui et ont assuré la continuité de ce travail : Philippe Guillemin, à la Direction Générale des Affaires Culturelles, Bernard Pottier, Jean Pouilloux et Edmond Lisle, directeurs scientifiques au C.N.R.S. ; au Caire, le Directeur Général des Antiquités égyptiennes, Gamal Mokhtar, et les directeurs de l’Institut Français d’Archéologie Orientale, Serge Sauneron, trop tôt disparu, et Jean Vercoutter, auprès de qui nous avons trouvé le meilleur accueil et qui ont, sur place, facilité matériellement notre travail. Et tous ceux qui, de près ou de loin, à Aix-en-Provence comme au Caire, ont apporté leur contribution à la réalisation de cette tâche.

10En publiant ce volume — et le prochain — nous avons voulu témoigner que ce n’était pas en vain que des efforts de toute sorte : intellectuels, financiers, matériels, y avaient été consacrés, pendant des années. Le résultat de travaux qui, au premier abord et au vu des premières publications, auraient pu paraître comme étant le fait de spécialistes aux audiences limitées, est en réalité une œuvre de large ouverture sur l’histoire d’une période et d’une ville dont le renom est grand, mais qu’il était utile de mieux faire connaître et apprécier par tous ceux pour qui Le Caire ce n’est pas seulement un nom et une abstraction, mais aussi des hommes qui y ont vécu et qui, par leurs actions, en ont fait un des pôles de l’histoire de l’Islam.

Notes

1 Alexandre Lézine, Trois palais d’époque ottomane au Caire, Mémoires de l’Institut Français d’Archéologie Orientale, n° 93, Le Caire 1972, VI-61 p., 15 fig., 54 planches.
(Palais de Gamal ad-din adh Dhahâbî, xviie s. ; palais de ‘Alî Katkhuda, xviiie s. ; palais de Sitt Wassila, xviie s.).
— Id., Les salles nobles des palais mamelouks, Annales Islamologiques, X, 1972, 63-148, 33 pl.
— Id., La protection contre la chaleur dans l’architecture musulmane d’Egypte, Bulletin d’Etudes Orientales, XXIV, 1971, 7-17.
— Id., Persistance des traditions pré-islamiques dans l’architecture domestique de l’Egypte musulmane, Annales Islamologiques, XI, 1972, -1-22, 1 pl.
— Alexandre Lézine et Abdarrahman Abdal-Tawwab, Introduction à l’étude des maisons anciennes de Rosette, Annales Islamologiques, X, 1972,149-205,21 pl.
A partir de 1972, la direction de la R.C.P. fut assurée par A. Raymond.

2 Jacques Revault et Bernard Maury, Palais et Maisons du Caire du xive au xviiie siècle, t.I, M.I.F.A.O. n° 96, Le Caire 1975, VIII-112 p., 29 fig., 66 pl.
(Qâ‛a Dardîr, xive s. ; maq‛ad Mamâ’î, xve s. ; palais de Qâyt Bây, xve s. ; palais d’al-Razzâz, xve s. ; palais de Radwân Bey, xve-xviie s. ; manzil al-Sinnârî, xviiie s.).
— Id., t. II, M.I.F.A.O. n° 100, Le Caire 1977, VIII-92 p., 27 fig., 66 pl. (Palais Beštâk, xive s. ; qâ‛a Muḥibb al-dîn al-Mu’aqqa, xive s. ; palais Yašbak, xive s. ; palais Emîr Tâz, xive s. ; palais Alin Aq, xive s. ; qâ‛a al-’Irsân, xive s.).
— Id., t. III, M.I.F.A.O. n° 102, Le Caire 1979, VIII-183 p., 41 fig., 110 pl. (avec la collaboration de Mona Zakariya).
(Manzil Zaynab Hatûn, xve s. ; maq‛ad Qâyt Bây, xve s. ; qâ‛a Azbak al-Yûsufî, xve s. ; maq‛ad al-Ġûrî, xve-xvie s. ; qâ‛a et sabîl al-Fâsî, xve-xvie s. ; manzil et sabîl al-Kirîdlîya et manzil Amna bint Salîm, xviie s. ; bayt al-Mullâ, xviie s. ; manzil al-Suhaymî, xviie-xviiie s. ; manzil Muṣṭafâ Ğa’far al-Kabîr, xviie-xviiie s. ; palais al-Musâfirkhana, xviiie s. ; manzil ‘Alî Efendi Labîb, xviiie s.).
— Bernard Maury, Trois palais d’époque ottomane (à paraître).
(Maison al-Harrâwî, xviiie s. ; maison al-Sadât, xviie-xviiie s. ; maison Šabšîrî, xviie s.).

Auteur
Robert Mantran

Directeur du Groupe de Recherches et d’Etudes sur le Proche-Orient

Avant-propos

A. Lézine

1La ville du Caire compte plus de 600 monuments historiques classés. Elle est en cela la plus riche de tout le monde de l’Islam.

2Ce sont des mosquées, des madrasa (collèges religieux), des ẖānqā (couvents), des mausolées, des fontaines publiques, des abreuvoirs, des wakāla (caravansérails), des rab‛ (maisons de rapport), des hôpitaux, des fortifications et enfin des palais ou maisons particulières.

3Ces derniers, précieux témoignages de l’architecture domestique, sont les moins connus de tous. Les guides touristiques en mentionnent trois ou quatre seulement et certaines histoires de l’art musulman encore moins.

4Or une quarantaine de ces palais figurent encore aujourd’hui sur la liste des monuments classés. Il y en avait soixante-dix en 1935.

5La disparition rapide de ces demeures anciennes tient à plusieurs facteurs : la relative fragilité de construction de leurs superstructures, l’abondance du bois utilisé dans le gros-œuvre et la décoration, qui les rendait particulièrement vulnérables à l’incendie.

6En outre, on ne dispose pas, pour leur entretien, des ressources provenant de fondations religieuses (waqf) qui permettent de maintenir en bon état les monuments du culte.

7La situation juridique de plusieurs immeubles est fort compliquée. C’est pourquoi on ne peut pas toujours s’opposer à certaines formes d’utilisation, dangereuses pour la sécurité des ouvrages.

8Il est bien certain qu’aucune de ces anciennes habitations ne serait parvenue jusqu’à nous si l’on ne s’était préoccupé dès 1881 d’en assurer la protection. C’est à cette date que fut créé le Comité de Conservation des monuments de l’art arabe qui devait devenir en 1953 un service de la Direction Générale des Antiquités.

9De 1881 à 1953, ce Comité a publié annuellement un volume dans lequel on trouve les procès-verbaux de ses réunions : une mine précieuse de renseignements de toutes natures sur les monuments musulmans du Caire. A leur lecture, on peut se rendre compte des difficultés de toutes sortes auxquelles se sont heurtés les membres du Comité.

10Toujours est-il que de nombreux palais et maisons anciennes furent sauvés par les interventions de cet organisme qui s’était assuré le concours d’architectes qualifiés parmi lesquels M. M. Herz et Patricolo furent les plus marquants.

11Mais, comme c’est souvent le cas dans les pays trop riches en antiquités, les ressources budgétaires ne permirent pas de faire face à tous les besoins.

12Il faut bien reconnaître, en effet, que l’archéologie musulmane resta longtemps la parente pauvre dans ce pays où les prestigieux vestiges de la civilisation pharaonique ont toujours eu la priorité. On rappellera à cette occasion que la première ordonnance réglementant les antiquités pré-islamiques fut prise en Egypte dès 1835, soit près d’un demi-siècle avant la création du Comité de Conservation.

13Cependant la somme des réalisations du Comité demeure très importante. Beaucoup de palais sont devenus propriété de l’Etat par expropriation. Un certain nombre furent consolidés et restaurés puis pourvus d’une affectation permettant d’en assurer l’entretien permanent.

14Des gardiens ont été logés dans des demeures abandonnées jusque là, ce qui mit fin aux dégradations que l’on y commettait lorsque l’on en arrachait les éléments du décor : boiseries ou revêtements en marbre et en faïences, pour les vendre à des antiquaires sans scrupules1.

15Ces vieilles habitations du Caire ont été peu étudiées autrefois. Une seule monographie leur a été consacrée : celle de E. Pauty, parue en 1936. Dépassée par les progrès de la recherche, elle demeure cependant encore utilisable en raison surtout de son illustration photographique qui reproduit des images de palais aujourd’hui disparus.

16Plus récemment, ces monuments ont fait l’objet de recherches mieux approfondies, dans le cadre d’une investigation issue des accords culturels franco-égyptiens de 1968 et patronnée par le Centre National de la Recherche Scientifique de Paris et la Direction Générale des Antiquités de la République arabe égyptienne.

17Plusieurs résultats de ces enquêtes ont paru dans différents ouvrages ou des revues spécialisées.

18Les palais qui subsistent encore appartiennent à l’époque mamelouke et turque. Du point de vue de l’histoire de l’art, le style mamelouk ne disparait pas à la chute des derniers sultans mamelouks, mais se prolonge pendant les trois premiers siècles (xvi, xvii, xviiie) de la domination ottomane. En effet, l’architecture domestique du Caire n’a subi l’influence de l’Anatolie que très faiblement pendant cette période. Il faudra attendre le xixe s. avec l’arrivée au pouvoir de Mehemet Ali, avant de pouvoir noter d’importants changements dans les dispositions et la décoration de certains palais du Caire2.

Notes

1 Les restaurations dont les palais et maisons ont fait l’objet, du temps du Comité de Conservation, l’ont été suivant les méthodes de l’époque, c’est-à-dire celles qui avaient été innovées en France par Viollet le Duc. On restituait alors les parties manquantes d’un édifice par analogie avec des monuments contemporains. Pareille manière de procéder n’est plus admise aujourd’hui, toute réfection devant s’appuyer, selon les conceptions modernes, sur des certitudes et non plus sur des présomptions.

2 Début d’une étude entreprise par Alexandre Lézine sur les Palais Mamelouks avant sa disparition en 1972. Nous avons tenu à la conserver in extenso en tête de notre nouvelle étude sur le même sujet.

Avertissement

1Pour la transcription des termes arabes, les signes suivants ont été utilisés, en caractères ordinaires pour les noms propres, en italiques pour les noms communs.

Consonnes

Image img01.jpg

voyelles

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Les institutions traditionnelles dans le monde arabe

de institut-de-recherches-et-d-etudes-sur-le-monde-arabe-et-musulman

Conception, naissance et petite enfance au Maghreb

de institut-de-recherches-et-d-etudes-sur-le-monde-arabe-et-musulman

Le Maroc actuel

de institut-de-recherches-et-d-etudes-sur-le-monde-arabe-et-musulman

suivant