//img.uscri.be/pth/75f3344d2e9074420415dba2c7c2d2f7b80bf5a0
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Panorama de l'anthropologie russe contemporaine

De
250 pages
L'idée du maintien d'une école théorique et méthodologique univoque en Russie semble aujourd'hui obsolète. Les travaux d'anthropologues russes contemporains ici réunis présentent la variété de leurs terrains, de leurs influences et de leurs préoccupations intellectuelles, ainsi que l'émergence d'un regard réflexif et critique sur l'histoire de cette discipline.
Voir plus Voir moins

Panoramadel’anthropologie
russecontemporaineAnthropologieduMondeOccidental
Collection dirigée parDenis Laborde
Déjàparus
Nicole BELMONT, Mythe, onte et enfance. Les écritures
d'Orphée et deCendrillon, 2010.
Thomas PIERRE, Controverses institutionnelles en Pays Basque
deFrance, 2010
Denis LABORDE (dir.), Désirs d’hist oire. Politique, mémoire,
identité, 2009.
H. E. BÖDEKER, P. FRIEDEMANN, Gabriel Bonnot de Mably,
textes politiques 1751-1783, 2007.
Anthony PECQUEUX, Voix du rap. Essai de sociologie de
l’a ction musicale, 2007.
Jean-LouisFABIANI,Beautés du Sud, 2005.
SergeMARTIN, Langage et relation, 2005.
Benoît CARTERON (sous la dir.), L’eng ouement associatif pour
l’ histoire locale. Le cas du Maine-et-Loir , 2005.
DenisLABORDE (éd.), Six études sur la société basque, 2004.
Eguzki URTEAGA, Les journalistes locaux, fragilisation d’un e
profession, 2004.
Jacques CHEYRONNAU , Musique, politique, religion. De
quelques menus objets de culture, 2002.
Marie-Claire LATRY, Le fil du rêve : des couturières entre les
vivants et les morts, 2002.
Fotini TSIBIRIDOU, Les Pomack dans la Thrace grecque.
Discours ethnique et pratiques socioculturelles, 2000.
Alf LÜDTKE, Des ouvriers au quotidien dans l’Allemagne du
ème
XX siècle, le quotidien des dictatures, 2000.
Louis QUERE, La sociologie à l’ép reuve de l’he rméneutique.
Essai d’épistém ologie des sciences sociales, 1999.
Jean-Michel LARRASQUET, L’E ntreprise à l’ épreuve du
complexe, 1999.
Jean-Michel LARRASQUET, Le Management à l’épreuve du
complex , 1999.
Denis LABORDE, De Jean-Sébastien Bach à Glenn Gould.
Magie des sons et spectacle de la passion, 1997.
e
D
e
cSousladirectionde
Boris ETRI etElena ILIPPOV
Panoramadel’anthropologie
russecontemporaine
A F C P©L’Harmattan,2011
5-7,ruedel’Ecole-Polytechnique,75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-54624-0
EAN: 9782296546240Cetouvrage collectif est l’aboutissementde plusieursannéesde
collaborationsentre lesdeux co-auteursetleursinstitution
respectives. Il faut ici soulignerle rôlej ouép arplusieur
institutionsqui ont faciliténotrecollaborationet la fabricationd
cetouvrage.Nous tenonsàremerciert out particulièrementla
FondationMaison dessciencesde l’homme (FMSH)dontSonia
Colpart etAnne Le Huérou(responsablesduprogramme pour
l’espace post-soviétique),etla directiond esr elationsinter
nationalesduCNRS,notammentCarolineDanilovic.
Notrec ollaborationad onné lieuàl ’organisationd ’un
colloque franco-russeàMoscouauquel ontparticipél’ensembl
desauteursde ce livreen septembre2008.Cettemanifestation
s’est dérouléegrâce ausoutiende plusieursinstitutionsauxquelle
nous exprimonst outen otrereconnaissance: la direction
scientifiquedelasection 38 du CNRS,l’Académie dessciencesde
la FédérationdeR ussie et sad élégationp our lesr elation
internationales, représentée parOlga Morozova,la fondationrusse
desscienceshumaines,leprogramme de soutien pour lesétude
avancéesde la présidence de la Fédération de Russie, l’ambassade
de France àM oscou parl’intermédiaired ’Armelle Groppo
(attachée de coopérationuniversitaire) etde MarcS agnio
(responsabledulivre).
Nous tenonsàe xprimertoutenotr gratitudeàNicol
Letoux (LAIOS)etAnnieTélias(IIAC),Olga PodlesnihetValery
Marshanov(Institutd’ethnologiedeMoscou).Enfin,ilfaut salue
tout particulièrement le travail de notretraductriceMarie Laetitia
Garric.
r
e e
l
s
s
s
e
-
e
s
sINTRODUCTIO
BorisPetricetElenaFilippov
Cetouvrage faits uiteàuncolloqueintitulé «Renouvellemen
méthodologiqueett héoriquedel ’anthropologiesociale: un
dialoguef ranco-russe», organisé parl’Institutinterdisciplinaire
d’anthropologied u contemporain (IIAC-EHESS)etl’Institu
d’ethnologieetd’anthropologieMikloukho Maklaj (Académie de
sciences de Russie). Cetterencontres’est dérouléeàMoscou en
septembre2008 etaréuni unevingtaine d’ethnologuesfrançaise
russesquiontéchangé etdialoguépendanttroisjourssur leur
traditionset leurspréoccupationsanthropologiquesparticulière
afin de prendreconnaissance destravaux menésactuellementdan
lesdeux pays. Nous avonspumesureràc etteo ccasionl
méconnaissance réciproqueden osapprochesactuellesde
l’anthropologie.
Cetouvrage souhaiteainsicontribueràcomblerune partie
dece fosséenprésentantaupublic francophone unlargepanorama
desorientationst héoriques,m éthodologiqueset dest errain
privilégiésparleschercheursrussessanspour autantprétendreà
1
l’exhaustivit . Lescontributionsproviennentdesanthropologue
confirmés,m aisaussid eséléments d’une nouvelle génération
représentantla diversitédesinsti utionsproductricesd’unsavoir
anthropologique en Russie.Au-delàdel’intérêtinformatif surle
préoccupationsactuellesde noscollèguesr uss s,c etouvrage
apporteé galementu ne perspectiveh istoriqueetproposeun
éclairage surle poidsd’unhéritage politique singulierentre la
science ethnographiqueetle pouvoir. Cetouvrage est paraileur
assez éclairantsur l’influenceminimedel’anthropologiefrançais
dansla recompositionactuelledel’anthropologieenRussie.
1
Il faut impérativement mentionnerlest ravaux de DimitriF unk et Natalia
Jukovskaja, surlespeuples sibériens.
e
s l
e
s
t
s é
s
a
s
s
s
t
s
t
t
a
N8 Panoramadel’anthropologierusse contemporaine
L’ouvrage sec omposed e deux parties thématiques. La
premièreoffredesregardsintrospectifscritiquessurl’histoiredel
disciplinetout en proposantun nouvel horizon théoriquepour
l’anthropologierussec ontemporaine.Lesdifférents article
s’interrogentégalementsur le rapport entrel’anthropologieetle
pouvoirpolitique, maisaussisurlesrelation entrel’anthropologi
socialeetlesautresdisciplinesdes scienceshumaines.
La deuxième partie proposeunaperçudurenouvellement
desterrainsetdesobjets.Siladisciplinealongtempsétécantonnée
à l’étude desgroupesethniques,dufolklore, dess ociété
traditionnelleset de leurs survivances perezhitk ),elle s’autoris
aujourd’huiàanalyserdesphénomènescontemporainsetde
problèmesayantu ne résonancep olitiquep articulièred ansla
sociétérusseactuelle.
L’ouvertureversd’autreshorizonsanthropologiques
Aprèsune longuepériode d’isolement,l’ethnologiesoviétiquee
russepeut seconfronterànouveau directementaux différente
traditionsanthropologiquesexistantesde parle monde.
L’ouvertures’inscritdansunc ontexte complexe –h éritéd
l’époquedelaguerrefroide –, caractérisé par une méconnaissance
réciproqued est errains,d espréoccupationsetdesorientation
théoriqueset méthodologiquesdesunset autres, comptetenude la
faiblessedeséchangesavecl’étranger.
Si l’anthropologieanglo-saxonnefaitrapidementirruption
dansl’espaceintellectuel post-soviétique, lesdifférents travaux
d’anthropologuesfrancophonesdemeurentmalconnus.Enpremie
lieu, lesanthropologuesrussess’inscrivent plus aisément dansune
approche quip rivilégie la culture etlesphénomènesd’identité
ethnico-nationaux. Le rapprochemententre anthropologuesrusse
etfrançaisest moinsévidentcompte tenud’une place inégale
accordée à la notiond ’ethnie/ethnos. La notiond ’ethnosest
centrale dansl’ethnographie soviétique puisdansl’ethnologie
russeconduisantàl’élaborationd’une théoriedéfinissantl’ethno
comme étantl’objetu nique de la discipline. A contrario,
l’ethnologief rançaisen ’en fait qu’unobjet marginal jusqu’aux
années1980.
s
s
r
s
e
s
t
s
e i (
s
e s
s
aIntroduction 9
Onpeutaussiexpliquerce peud’intérêtréciproqueparde
raisonsd’ordrelinguistiquemaissurtouthistorique.
Ducôtésoviétiquepuisrusse, la préoccupationmajeur
consisteàétudierl’altéritéauseinde sonespacepolitique,même s
2
quelquesethnologuesontt ravaillé en dehors de l’URS . Au
même moment,l ’anthropologieenF rance s développe dan
différentesdirections: une ethnologiee uropéenne qui concern
l’étude despopulationsàl ’intérieur de l’espace national autour
d’une ethnologierégionaleetune ethnologiesurd’autres cultures
du Vieux Continentcomprenantdesrecherches sur la culture et le
folklorerusses, dynamiqueimpulsée parle musée des Arts e
Traditionspopulaires(ATP). Par ailleurs,denombreusesenquête
sontmenées sur les populations relevant de l’Empiref rançai
(Afrique,A sie,e tc.) même siunn ombren on négligeable
d’anthropologuesentreprennentdesenquêtesàl ’extérieur du
3
contexte colonia . Lest ravauxs ur lespopulationsde l’Union
4
soviétiquesontr elativementr ares en France , compte tenu de
l’impossibilitéd ’accéderaut errain. Cettesituationrévèle
égalementdesdifférencesnotablesd’articulationentre science e
pouvoiretlesconditionshistorico-politiquesd’élaboration du
savoiranthropologiqued ans chaquesociété.Cethéritage
d’importantesconséquencess ur lesrecompositionsactuellesde
l’anthropologiedansnosdeuxpays.
Àpartirdelaperestroïka,lesrelationsscientifiquesfranco-
russesdansle domaine desscienceshumainesconcernentsurtout
deschercheursfrançaistravaillantsur l’histoirerusseetsoviétiqu
quisontamenés àc ollaboreravec des anthropologues russes
travaillant surlesmêmesobjets. Lesdébats sur les société
contemporainesde l’espace post-soviétiquesontalors largemen
dominéspardespolitologuesou desspécialiste quisedfinissen
davantage en fonction d’une appartenanceàune«aire culturelle»
qu’en fonction d’un ancrage disciplinaire.De plus,m algré
2
On peut notammentciterlest ravaux de Nikolai Butinov, ayantt ravaillé en
Papouasie-Nouvelle-Guinée,VladimirKaboenAustralie,MikaelKrioukov,ayan
travailléenChineetauViêtnamouencoreLievKubelenAfrique sub-saharienne.
3
On peut citer l’importancedest ravauxde ClaudeLévi-Strauss (Brésil)ou
MauriceGodelier(Papouasie-Nouvelle-Guinée
4
On peut citer les travaux de Roberte Hamayon, Boris Chichlo et Frédériqu
Longuet-Marx.
e
)
t
t é s
t
s
e
a
t
l
s
s
t
e
s e
S
i
e
s10 Panoramadel’anthropologierusse contemporaine
l’ouverturedes frontières et l’accessibilité du terrain, l’intérêtde
anthropologuesfrançaispour la société russe etl’espace post
soviétiqueresterelativementmarginal.Ducôtérusse, dans un
contexte de crise etde manque de moyens,peud’anthropologue
selancentdans l’étude de sociétés au-delàdesfrontièrespolitique
de leur pays etrest ntattaché à une conception scient fiqued’une
anthropologie quise déploie essentiellementdanss on aire
d’influencepolitico-culturelle.
D’unpointde vuethéorique,lesrelationsentrecesdeux
écolesd’anthropologie sontmarquéesparu ne méconnaissance
symétriquedesdéveloppements récentsdeladiscipline.Dechaqu
côté, la connaissance se limite à une image datée renvoyantà deux
figuresemblématiquesetàl eur empreintethéorique,c elle de
ClaudeLévi-Strauss etdustructuralisme pour lesRusses,celle de
YulianB romleyetde la théorie de l’ethnoset son concept
d’«ethnogenèse»pourlesFrançais.
Dansunc ontexteg énéral de reformulationden otr
discipline–de critique des grands paradigmes théoriques et d’une
remiseencausedu découpage en airesculturelles–, cet ouvrage
donne l’opportunité de cernerlesinfluencesintellectuellesq u
jalonnentl’ethnologierussed’aujourd’huienpleinerecomposition.
Levacillementdesinstitutionsdel’ethnographie
À l’époquesoviétique, l’ethnographie étaitorganisée autourde
deuxinstitutionsde recherche, l’Institutd’ethnographie deMoscou
avec sa filialeàLeningrad. Il existait parailleurst roischaire
d’ethnographie danslesu niversitésde Moscou,L eningrad e
Erevan.Ilestimportantdenote aussilerôlededeuxmusées,celui
de Kunstkameraetle musée d’Ethnographie despeuplesde
l’URSSàLeningrad. Il existait parailleursdansde nombreuse
Républiqueslesmuséesd’arts décoratifs et les musées d’histoir
quipossédaientdescollectionsavec desobjets ethnographiquese
yemployaientdesethnographes.
Dans un contexte de crise engendré par la chute de
l’Union, lesinstitutionsde recherchesesont retrouvéesdansune
situationdifficile.Aveclebouleversementdel’organisation social
e
t
e
s
r
t
s
i
e
e
i s e
s
s
-
sIntroduction 11
dansla nouvelle sociétérusseetla remiseen causedesscience
humaines«àorientationmarxiste»,lafiguredel’intellectuel est
largement dépréciée. Celaaconduit de nombreux ethnologues
opter pour unautremét er ouàdévelopper une seconde activit
professionnelle.Pourceux quirestent,celas’estaussitraduitparla
coupure desliensintellectuelsentretenusavec lesinstitutionsde
recherche des nouveaux États indépendants (C I)cherchant
s’émanciperde la tutelle de Moscou.Pourbeaucoup, cela
impliquélap ertedel eur terrainh abituel et desr echerche
fondamentales. Leurscentresd’intérêts sesontalors souven
réduits auterritoiredelaFédérationdeRussie etsesontréorienté
vers desprojets scientifiquesappliquésfinancéspardesacteur
privés,desautoritéslocalesoudesbailleursdefondsétrangers.
Pendantcettepériode, une nouvelle dynamiques’instaur
dansla recherche, avec le développementd’équipesindépendante
fonctionnantparprojetetparla constitution de nouvelle
5
institutionsde recherch .
Cesdifférents soubresautsontengendréune diversification
deslieux de production etde diffusion du savoirethnologique.La
filiale de Saint-Pétersbourgest désormaisindépendanteetaffilié
aumusée Pierre-le-Grand.De nombreuseschairesd’enseignemen
d’ethnologie, d’anthropologieculturelle ontétéouvertesàMoscou
eten province.On peut mentionner notammentl’universitéde
sciences humaines de Moscou,l’unive sit européenne de Saint
Pétersbourg.Au-delàdeschairesofficielles,ilexiste unnombre
conséquentd’enseignants-chercheursr evendiquantl’appellation
d’anthropologues, souvent rattachés aux facultés d’histoire oude
géographie.En 1989, dansun contexted’émancipation, l’unique
6
revued ’ethnologie, Sovietskaja etnografia (l’Ethnographie
soviétique)changeden om pour re rouverceluiqu’elle avai
auparavant, Etnograficeskojeobozreni (Aperçuethnographique).
En même temps,d’autresrevuesapparaissentavec la volontéd
diversifierla diffusionde l’anthropologie, de toucher un public
élargi Etnopanoram a).
Cetted iversitésem atérialiseàl ’occasionducongrè
bisannuel de l’Associationdes ethnologues etdes anthropologues
5
Onpeutnotammentciterl’exempleduréseauEawarn.
6
Principalpériodiqued’ethnographieàl’époquesoviétique.
s
(
e
e
t t
- é r
s
t
e
e
s
s
e
s
s
t
s
a
à E
é i
à
s12 Panoramadel’anthropologierusse contemporaine
russesfondéen1993et qui réunitplusieurscentainesdepersonnes.
Ilfautégalementmentionnerlamultitudedepublicationsàcompt
d’auteur qui permet à la fois un boom quantitatif mais auss
l’apparition de publicationsdont la qualitée st inégale. Il faut
signaler aussi l’apparition de petites maisons d’édition qui publien
desouvragesavec un tir ge modesteetq uirestents ouven
méconnus.
Uneanthropologiesocialerenouvelée ?
L’anthropologiesocialeest confrontée en Russieàladifficulté de
constituerunchampa utonome disciplinaire aprèsla remise en
cause de l’ethnologie etnografia) telle qu’elle s’est constituée
l’époquesoviétique. L’émancipationdecelourdhéritage intel
lectuel s’opèrelentementàtravers unrenouvellement théoriqueet
méthodologique.
L’articledeV alery Tishkovr evients ur lesr elation
structurelles entrelag éographie etl’ethnographieàl ’époqu
soviétiqueenrappelant l’importance des travaux du géographe P.
Kouchneretl’élaborationdescartesethniques. À travers ce regard
rétrospectif sur la discipline, il poseleproblèmedel’appréhension
du rapport entreespaceetpopulation pour le scientifiqueetauss
lesimplicationspolitiquesdanslaFédérationdeRussie.
Lesrelationsentrel ’ethnologie oviétiqueetlesautre
disciplinessontfondamentalespourcomprendrelaplace quiluiest
attribuée.Le termeethnologieestdélaissé à l’époque soviétiquea u
profit du motethnographie danslesannées1920,sous prétexte d’y
voirlesmarquesd’une sciencebourgeoise.C’estaussiunemanièr
d’en faireune sous-disciplinedel’Histoire, qui reste la disciplin
majeuredesscienceshumaines.
Ceshiérarchiesdisciplinairess’élaborentprogressivemen
en même tempsque lesliensavec lescommunautésscientifique
dansle restedu monde seredéfinissent. Jusqu’aux années1930,i
existe encore desliensentre desethnographesr ussese
occidentaux,notammentaméricains. L’article d’IgorKouznetsov
revientnotammentsur lesrelationsentreFranzBoasetune jeune
étudiante soviétique aucoursd’une expéditione ntreprise pa
r
t
l
s
t
e
e
s s
i
e
s
-
à (
t a
t
i
eIntroduction 13
l’éminentchercheuraméricainetJuliaAverkieva.Cetteexpérience
resteuniqueetn’apasjouéde rôledansledéveloppementultérieur
de l’ethnographiesoviétique.C’est même l’exception quiconfirme
la règle. De retour nU nion soviétique, Julia Averkiev
s’autocensure, pressentant que son interprétation ne pourrait pa
s’inscriredanslanouvellenorme quiesten traindes’imposerdans
lesinstitutionssoviétiqu sde recherche. Son parcours scientifiqu
est brutalementinterrompupars on arrestationets on
emprisonnementaugoulag.On peut regretterque l’article d’Igo
Kouznetsov n’évoque pas davantage les raisons pour lesquelle
Averkievaaétévictimedespurgesstaliniennes. La biographie de
Julia Averkievan’est pasune exception, nombred’ethnographe
sonttouchésparles répressions etlespurges staliniennes.Onentr
alors dansune période de rigidificationetd’instrumentalisationde
l’ethnographied ansle systèmep olitiquesoviétique.Certain
ethnographesserontréhabilitésdanslesannées1950,aumomen
où l’ethnographiesoviétiqueest largementinstitutionnalisée ettrè
codifiée théoriquementetméthodologiquement. Il faut attendre la
période de la perestroïka pour assisterà nouveauà deséchange
7
intellectuelsplusouvert .
Progressivement,l ’ethnographie en URSS est réduitea u
rang d’une sous-disciplinedel’histoirequineluioctroi de facto
aucune compétence à se prononcersur lesdébats concernantla
sociétéduprésentetencoremoinssur la questionnationale.C’est
davantage le discours desphilosophesdu matérialisme historiqu
etducommunisme scientifiquequisontmobilisés pour explique
etanalyserla sociétéen trainde sefaire.
Àlafindesannées1980,l’Union soviétiquefaitfaceàune
multiplicationdeconflits dansl’espacepublic.On peut notammen
citerune série de manifestationsquiconte t le choix émis par le
centre ayantmisen place un dirigeant russe à la tête de la
RépubliqueduKazakhstan (1986). np remierconflit sanglant
éclate lors de pogromsanti-arméniensdansla ville de Sumgaïten
1988 etserépètedansla Républiqued ’Azerbaïdjan.En Asie
centrale, unconflit surle partage desressourcessetransforme en
affrontements opposant«Ouzbeks» et«Meskhètes» (1989)dan
7
Durant cette période, il y a eu quelquesrareséchangesscientifiquesnotammen
danslecadredel’UNESCO.
t
s
U
e s
t
r
e
e
s
s
s
t
s
e
s
s
r
e e
s
a e14 Panoramadel’anthropologierusse contemporaine
la Républiqued’Ouzbékistan. Plus tard, ce sont «Kirghizes» e
«Ouzbeks» (1990) quis’affrontent violemmentdansla
Républiquekirghize. En 1992, unpremierconflit violent éclatea u
seindelaFédérationdeRussie en Ossétie duNord.Des violences
opposentdes«Ingouches», descendants de déportés de l’époqu
stalinienne, revendiquantla restitutiondeleurs biensfonciers, et la
populationossèteàVladikavkaz.
La désintégrationdel’ancien ordrepolitiquesoviétique e
lesdifférents conflits qui émergent unpeupartout entraînent de
migrationsprovoquéespardest entativesd’ethnicisationd e
nouveaux espaces politiques. On assisteainsiàune multiplication
de conflits danslesquelsla questionnationaleouethniqueprend
une placedep remierordre.Danscescirconstances,lepouvoi
politiqueen Russie estàlarecherchedesolutions et sollicit
l’expertise des ethnologues. C’est dans ces circonstances que le
directeur de l’Institutd’ethnologie, Valery Tishkov, est appelé
dirigerquelquesmoislenouveauministèredesNationalitésausein
du gouvernementEltsine(1992).Lesethnologuessontcourtisé
pour leur expertise concernant les conflits et la miseenplace de
nouvellespolitiquespubliques(recensement,diversité, population
indigènes, etc.). Cet épisode marque un tournant décisif dans la
relationentreethnologieetpouvoir dansla nouvelle sociétérusse.
Cela correspond aussiàun moment où l’ethnographie connaît de
vifsdébats surl’objetmêmedeladiscipline.
Valery Tishkovs uccèdeàY ulianB romleyàlatêted
l’Institutd’ethnologieen1989etpropos de remettreàl’examenla
théoriedel’ethnossansprétendrepour autant édifierune théorie
alternative.On peut consulteraussiun écentartic e d’Elena
Filippova(2010) quirevienten profondeur surcettepériode de
libéralisationdelasociétésoviétique, qui touche auss
l’ethnographie. Elle ymontrequel esdébats ont àn ouveau
concerné l’intitulé même de la discipline.Faut-il parle
d’ethnographie ou d’ethnologie? Le choixd’ethnologiel’emport
etmarque une volontéde s’émanciperdela traditionsoviétique.Le
caractèrepurementdescriptifdel’ethnographieetson rattachemen
à l’histoire ont eu des répercussions sur la manière de construir
l’objet desethnographes. De plus, la relationhiérarchiqueentr
l’ethnographieetl’histoireaconduitàminimiserl’étudeduprésent
etlacomplexitédela questiondel’appartenanceidentitairedansla
e
e
t
e
r
i
l r
e
e
s
s
à
e
r
s
s
t
e
tIntroduction 15
sociétéc ontemporaine.L’ethnologueneveut plus êtreun
spécialistedel’étude de l’espace rural etdes groupes ethniques,
maisaffirme sacompétence sur lesmanifestationsconflictuellesde
l’ethnicitéetprétend disposerd’unsavo r-fairesingulie
permettantaupolitiquedeles résoudrevoiredeleséviter.
Dansuncontextedelibéralisation de la société, le savoi
de l’ethnologueest recherché non seulementparepouvoirdansla
FédérationdeR ussie maisaussip arde nouveaux acteur
internationaux ett ransnationaux thinkt ank , fondations, ONG,
etc.).De surcroît, dans un contexte généralisé de crise économiqu
quitouche particulièrementlesmilieux intellectuels,denombreux
ethnologuesdeviennentalors experts aus eind e nouvelle
institutionsproduisant unsavoirsur la sociétécontemporaine. En
1993,un observatoirep rivédeveille des conflits seconstitu
autourde l’Institutd’ethnologieetde Valery Tishkov encouragé
parl’universitéHarvard(PrMartirossian)puissoutenu par le
fondationsaméricainesMacArthur et Soros. Valery Tishkov forme
un réseau de spécialistesavec quelquesethnologuesrépartissur
l’ensembledel’espacepost-soviétiqueayantvocationàcollecte
desdonnéesempiriquesconcernantdesr égionsconsidérée
comme «conflictogènes».Ce réseaus ’appuie surune grille de
lectureuniforme desconflits et desfaits politico-sociaux
permettantde constituerune basededonnéessnsprécédent. Ce
réseaupublie alors touteune série de rapports puisdiffuseàpartir
8
de 2004 parl’intermédiairedeson siteinterne tout un ensembl
d’informationssurl’espacepost-soviétique.
La période gorbatchévienne eteltsinienne a donc engendr
un intensedébatsur le statutetl’objetde l’ethnologie.Désormais,
lesethnologuesne s’intéressentplus seulementàl’appartenance
ethnique maisaussiàla constitutionde groupesmarginaux dansla
sociétéc ontemporaine: ilsprennentdonc ouvertementu ne
dimension critiqueetautonomeàl’égard du pouvoi etselancen
mêmedansdestentativesd’introspection.
Toutefois,m algrél esprofondschangements de la
discipline, l’école russeest largementmarginalisée danslesdébats
internationaux. Uneb onne partie des«ethnologues» russe
8
Cf.http://www.eawarn.ru
s
t r
é
e t
a
s
r
s
e
s
e
s (
s
l
r
r i16 Panoramadel’anthropologierusse contemporaine
continue à privilégierune approche essentialiste même s’il est
indéniablequeladisciplinerévèle une diversité d’expression don
on connaîtencoremal lescontours. Le lentrenouvellementde
objets,desterrainsetdesapprochesdecettedisciplinenaissanten
peuvents ’expliqueru niquementparlesdifficultésmatérielle
rencontrées(étatdesbibliothèquesu niversitaires,n ombred
postes, etc.). De nouveaux lieux de diffusion et d’enseignement de
l’ethnologieémergent. De plus, de nombreux ouvragesclassique
de l’anthropologiesocialeetculturelle ont ététraduits
dernièrement, notamment de certainsanthropologuesfrançais. On
peut spécialement mentionner le travail entrepris par la revu
Etnograficeskoje obozreni qui a publié ces dernières années une
séried’articlesetd’entretiensavecdeschercheursfrançais.
Cependant,ladisciplineéprouvedesdifficultésà s’impose
dansle nouveau paysage scientifiquedelasociétérusse, dans un
contexte oùd’autresdisciplinesconnexestendentà se développer.
Onassisteàunfoisonnementdedisciplinescommel’anthropologi
culturelle,la culturologie kulturologia) quiréclamentparfoisune
paternitéavec l’ethnologiealors qu’ellesseplacentsouventdan
une perspectiveidéologique, normativeinspirée parla situation
politiqueactuelle au sein de la FédérationdeRussie. Le texted
Sergeï Sokolovskii aborde justement le développement de ce type
de disciplinecomme la culturologieou la conflictologiedansu n
contexte d’éclatementdus avoiranthropologique.Lesancien
professeursde matérialisme historiquesed éclarentparfoi
anthropologuesetse reconvertissentdansde nouveaux cursusaux
fondements épistémologiquesplus quedouteux etaux objectif
politiquesplus quetendancieux.
De manièreinédite, certainsanthropologuess’interrogen
surleurs pratiques. L’articledeSvetlana Rijakovarevientsur ses
différentesexpériencesde terrain en Lituanie, en Inde afin de
souleveruncertainnombredequestionsinhérentesàlapratiqu
ethnographique.Elle s’interroge notammentsur lesrelationsentre
l’anthropologuee t sesinterlocuteurs, surl’articulatione ntr
observation participanteetdistanciation.Dansun style presqu
postmoderne,Tatiana Shepanskaja prolonge cetteréflexionjusqu’à
s’interrogers ur la possibilitéounon de meneru ne enquêt
ethnographique surlemilieudesethnologues.Elleposela question
de savoirdansquelle mesureun ethnologuequidécide de rendr
e
e
e
e
e
t
s
s
s
e
s
(
e
r
e
e
s
e
s
e
s
tIntroduction 17
publiques les pratiques de son milieu professionnel ne risque pa
d’êtreostraciséparsescollègues.
De plus,lasociétérusseest particulièrementconfrontée
de nouveaux problèmes: dansuncontextesocial nouveau, le
thèmesde l’immigration, de la diversitésocialeet identitairedel
sociétérussedeviennentdesenjeuxpublics.
Il yadonc actuellementunrenouvellementdesobjets.
L’investigationethnologiquedoit-elle se poursuivre au-delàdel
sphèred’influencepolitiquedelaRussie
Katia Dementsevia, une jeune anthropologuedel’Institu
d’étudesafricaines,achoisided écentrers on regard en
s’intéressantauxphénomènes de racisme etde discriminationà
travers une enquêtee thnographiqueenF rance. La démarche de
cette anthropologue interpelle la société française et montre, selon
elle,uneformed’ethnicisationdesrelationssociales.
Danslesannées1990, dans l’espace post-soviétique,
l’ethnicitéaé téàlafoisune forme répanduedemobilisation
socialeetu n paradigmee xplicatif pour l’anthropologie.
Aujourd’hui, le faitreligieux sembleluicontestercettesuprématie.
De ce fait,ilyaune multiplicationdetravauxsur lesphénomène
religieux etnotamments ur l’islam. L’articledeSergeï Abachin
meten garde contreune nouvelle formed’essentialisationnon plus
desdifférencesethniquesmaisr eligieuses. Il faitu ne critiqu
pertinentedel ’approche d’islamologue-soviétologue réduisant le
champreligieux à une oppositionentre islamofficiel etislamnon
officielettraditionnel.Il appelle notammen à une vigilance face à
dessimplificationsactuellesquiopposentunislam«traditionnel»
à unislam«fondamentaliste»dansl’espace post-soviétique.Ce
chercheur, qui fait régulièrement du terrainenA sie centrale,
s’attacheàanalyserl’enchâssementdes différentes sphères de la
vie socialeàtravers une étude d’un village ouzbek au Tadjikistan
contemporain.Selon lui, le discours quim eten valeur le
différencesd’appartenance àd esgroupesr eligieux, occult
d’autresformesd’opposition etsertàalimenterdesstratégiesde
conquêtedupouvoiràl’échellelocale.
L’articledeKseniaPimenova traitedu renouveauactueldu
chamanisme dansla République de Touva.Cette jeune chercheuse
e
s
t
-
e
s
t
?
a
a
s
à
s18 Panoramadel’anthropologierusse contemporaine
forméedansun premiertempsàMoscou puisàl’Écoledeshaute
étudesen sciencessocialesàParis,incarne fortàproposla fin
d’une appartenance claireàdesécolesnationalesd’anthropologie.
Elle analyselesrécits de vie desnombreux chamanesq uison
apparusces dernières années dans la société Touva et tente de
comprendre leurssourcesde légitimité pour exercerleur influenc
surla population.Elle s’intéressen otammentaux emprunts
culturelsetdresse le portraitd’une chamane russe, originaire de
Moscou, quifaitduchamanisme unhorizon quineselimiteplus
unepopulationTouvamaisconcerneaussilasociétérussedansson
ensemble.Enfin, Elena Filippovaanalysel ’évolution du rapport
identitaired’une populationanciennement nomade vivant dansle
Sud de la Sibérie.Lesconstructionsidentitairesactuelle
dépendentfortementde l’héritage politico-territorial soviétiqu
maisseré-agencenten fonctiondunouveaucontexte post
soviétiqueetdes réformes concernantl’administrationterritoriale
delanouvelleFédérationdeRussie.
Le contour desobjets traditionnelsd’étude est à redéfini
aurythme duchangementsocial.La sociétérusseest parailleur
confrontée depuispeuà desformesde discrimination, de
xénophobieetde racisme quis’affirmentetinterpellentla
disciplinequitraditionnellementn’apastravaillé surcesthèmes.
ViktorSchnirelman propose une réflexionsurle rôle du
discours desexperts ets on influencesurla montée de la
xénophobiedansla sociétérusseactuelle.Il critiquenotammen
l’expression«seuil de tolérance» largementu tilisée parde
pseudo-expertset reprise dans la vulgate médiatique pour justifie
la politiquedeplus en plus restrictived u gouvernement russee n
matièred ’immigration.Malgrélad ifficulté d’évaluerle
phénomène,ily auraitune centaine de meurtresàcaractèreracist
chaque année en Russie.Il est nécessairederappelerquelesrare
anthropologuesous ociologuesq uitententde poserunregard
différentsur cesphénomèness’exposentàdespressionsvoirede
attaquesde groupusculesd’extrême droite sans bénéficierd’un
soutiendela part despouvoirs publics. En 2000,l’anthropologu
du musée Pierre-le-Grand,Nikolaï Girenko, en a fait les frais. Il
été assassiné à son domicile à la suitede sa participationentan
qu’«expert» dansunp rocèsoùil dénonçaitdespublications
caractère raciste.ViktorSchnirelman, ainsi qued ’autre
s
à
t
a
e
s
s
e
r
s
t
s
r
-
e
s
à
e
t
sIntroduction 19
chercheurs,sontfréquemmentmentionnéscomme «lesennemi
du peuplerusse» etleursnomsassortisde leursadresse
personnellesfigurents ur deslistesnoirespubliéess ur dessite
d’organisationsd’extrêmedroite.
L’ethnologue:unenouvellepositioninconfortable ?
Lesannées1990sontmarquéesparla fin d’une politiquelibéral
tousazimuts.L’avènementaupouvoirdeVladimirPoutinesignela
repriseenm ainp ar l’État de l’économie et des autre
compartiments de la vie sociale.Si d’uncôté, on assiste à une
nouvelledynamiquedefinancementdela recherche,onconstated
l’autreune nouvelle forme de contrôlep olitiqued ess cience
humaines. Dansu n contexteg énéral de remisee n caused
l’activitédesONG et desfondationsétrangèresen Russie, de
critiquesinterviennentprécisémentcontre le réseauEawarnet son
directeur Valery Tishkov en 2004. Plusieurspublicationsdansle
médiasaccusents esmembresd’êtred esespionsàlasolde
américaine etd’être directementresponsablesde plusieursconflits
(notammentla prised’otagesde Beslan). Desmanifestationsson
organiséesdevantl’Institutd’ethnologie, exigeant une peine de
20ansde prison pour Tishkov. Plusieurschercheursappartenantà
Eawarn résidant dans des villes de province sont confrontésàde
formesde pressionallant de mesuresde licenciement jusqu’à de
arrestations.Sile directeur prendposi ionpourdéfendre aucaspa
cassescollègues,iladopte en même tempsu n discours public
exprimantde plus en plus son allégeance à la nouvelle conception
du pouvoir. En acceptantd’êtrenommé en 2007,membredel
9
nouvelleChambredelasociétécivile ,enétantéluacadémiciene n
2008, Valery Tishkov sep rotège d’éventuellesr eprésaille
politiques,m aissetrouvedep lus en plus dansu ne position
ambiguë quant à la possibilité de contribuer à l’autonomisation de
l’ethnologieàl’égarddupouvoiren Russie. Dansl’idée de trouve
un nouvel horizon bienveillantpour l’anthropologiea uprèsdu
nouveau pouvoir,Valery Tishkovaparticipéàlacréationd’une
9
La Chambredelasociétécivileaétécréée en 2008 dansla perspectived
donnerune représentation civileàlasociété.Cettedémarche seveut une critiqu
etune réponseà uneprétendue visionoccidentaledela sociétécivile(ONG,etc.).
e
e
r
s
a
r t
s
s
t
s
s
e
s
e
s
e
s
s
s20 Panoramadel’anthropologierusse contemporaine
fondationrussed’Étatchargéed’observerla situationdesminorité
notammenten Europe etaux États-Unistout en s’éloignantde
positionsprisesparson actuelle présidente. Le gouvernement
10
créé cette fondation qui possède un bureau àPari età NewYork
etentenda insirépondre aux différentescritiquesformuléesà
l’encontredelapolitique usseenmatièrededroitsdel’homme.
11
Valery Tishkov a ététrès récemmentaucentre d’une
polémiqueausujetde sa participation active ou non à la mise en
placed’unenouvellepolitiqueordonnéeparleprésidentMedvedev
visantàluttercontre«lesfalsificationsdel’Histoire» .
Le profil ambiguqueprend le chef de filedel’ethnologi
russepost-soviétiqueillustrebienlesdéfisetleschoixauxquelsles
ethnologuesetla disciplineelle-mêmevontêtreconfrontésdansce
nouveaucontextepolitique.
Auterme de ce voyage auseindel’anthropologieruss
contemporaine, il apparaîtdifficile de tracerlesorientation
théoriquesquecettedisciplineenmutationvaprendre. Cependant,
l’éclatement institutionnel et intellectuel actuel n’est pa
uniquementle signe d’une criseirrémédiablecomme beaucoup de
nostalgiquesl’exprimenten Russie.Il peut êtreaucontrairel
source d’un renouvellement très productif et les tentation
d’élaboreruncanevasthéoriqueuniquepourraientêtreen revanche
unenouvelle impasse.L’intensificationetla multiplicationde
échangesinternationaux,l’intégrationde anthropologuesrussesau
seind ’une «communauté mondiale» scientifiquesemblen
indispensablesàl’anthropologierussepour construireunespac
scientifiquec ritiqueetautonomee n Russie.Ce nouveau
positionnements eraitu ne garantie contretoutetentatived e
autoritésd’instrumentaliserle savoiranthropologique dan
l’édificationd’unprojetpolitique singulier.
Enfin,l’ouverturedesfrontièresapermisàdesdizaine
d’étudiants,ded octorants etpost-doctorants d’entamerou de
10
Cette fondation s’intitule«Institutde démocratie etde coopération». Elle est
représentéeparNataliaNarochnitskajaàParis, quianotammentdirigé unouvrage
collectif quivoitdans les révolutionsdecouleurs uncomplotanti-russeetla main
desONGoccidentales(2008).Tishkovestdirectement viséparcesaccusations.
11
Cf. l’interview,h ttp://www.svobodanews.ru/content/article/1766749.html e
l’article,http://www.rferl.org/content/Calling_All_Informants/1767220.html
t
s
s
s
e
t
s
s
s
a
s
s
e
e
r
s
a
s
sIntroduction 21
poursuivrel eur cursusanthropologiqued anslesu niversité
européennesouaméricaines. En même temps,desanthropologue
confirméssontde plus en plus souventsollicitéspour enseigner
l’étranger. On peut espérerqu’à terme, tous ceslienscontr buentà
renouveler le paysage intellectuel de l’anthropologieenR ussie.
Tous ces lieux et ces personnesconstituentunmilieuhétéroclite en
plein renouvellement duquel pourrait émerger uneanthropologi
plurielle.Encore faut-ilque le contextepolitique le permette…
Bibliographie
RTEMOVA O.,1990, «Lasociététraditionnelle desaborigène
d’Australie dansl’anthropologiesoviétique», Cahiersdumonde
russe etsoviétique, vol.31,n° 2-3,avril-septembre:431-441.
ERELOWITCH W., 1998, «Entrem arxisme etethnicité:
l’anthropologierusseselon Ernest Gellner», Genèses, n° 33:
128-137.
ERTRANDF.,2002, L’Anthropologiesoviétique des années 20-30.
Configuration d’une ruptur , Bordeaux,Pressesuniversitairesde
Bordeaux.
LU A.,FILIPPOVA E.,2006, «Territorialisationdel’ethnicité,
ethnicisationd est erritoires: le casdus ystèmep olitiqu
soviétiqueetrusse», L’Espace géographique, t. 35, n°4:317
327.
ONT P.,I ZARD M., ENCLU G.,1991, «Lesanthropologie
russeetsoviétique», in P.Bonte et M. Izard (dir.), Dictionnaire
del’ethnologieetdel’anthropologi ,Paris,PUF:730-732.
ROMLE Y.,1973, Processusethniques, Moscou, Académie de
sciencesdel’URSS.
AHIERS DU MONDE RUSSE ET SOVIETIQUE, 1990, numéro spécial:
«Regardss ur l’anthropologierusseets oviétique», vol.31,
n° 2-3,avril-septembre.
C
s Y B
e
s D L E B
-
e
M B
e
B
B
s A
e
i
à
s
s22 Panoramadel’anthropologierusse contemporaine
HICHL B.,1990,«L’anthropologiesoviétiqueàl’heuredel
Perestroïka», Cahiersdum onde russe et soviétique, vol.31,
n° 2-3,avril-septembre:223-232.
ILIPPOVA E.,2010,«Del’ethnographieàl’ethnologi : change
denomoudeparadigme?»,L’Homme,n°194:41-56.
UNKD.,2006, Lespeuplesturciques de Sibérie(Turkskije Narodi
Sibiri ,Moscou,Nauka.
ELLNER E. (dir.),1 980, Sovieta nd Western Anthropolog ,
Londres,Duckworth.
OSSIAUX J.-F.,2002, Pouvoirs ethniques dans lesBalkans, Paris,
PUF.
OUJON A.,2006,«Anthropologieetgestiondesnationalitésen
Russie»,Raisonspolitiques,n° 22: 73-94.
HAZANOV A.,1995, Afterthe USSR:Ethnicity, nationalismand
PoliticsofIndependant States,Madison,University ofWisconsin
Press.
ARUELLE M.,2007, La quêted’une identité impériale. Le néo-
eurasismedansla Russiecontemporaine,Paris,Petra.
AROCHNITSKAJ N.(dir.),2008, Oranzheviseiti : ot Belgrada do
Bishkeka,Saint-Pétersbourg,Aleteïa.
BADIA L.,2008, «Cartographiec ritiquedesu sagestsignifi-
cationsattribuésauconceptd’ethnogenèsedanslesGlobalization
Studies»,Parcoursanthropologiques,n°6: 7-27.
ETRI B.,2001, «L’ethnologieo uzbèke: une continuit
paradoxale», Journaldesanthropologues,n°87:15-38.
LOTKIN V.I.,H OW J.E.,1 985, «The Unknowntradition:
continuity and innovationinSovietEthnography», Dialectical
Anthropolog ,vol.9,n°1-4:257-312.
KALNI P., 1988, «Union soviétique-AfriqueduSud: le
théoriesde l’ethnos», Cahiersd ’études africaines, n° 28:
109-112.
ISHKOVV.,1990, Indigenous Peoples of NorthAmerica,Moscou,
Nauka.
T
s K S
y
E P
é C P
e O
A N
L
K
G
G
y G
)
F
r e F
a O CIntroduction 23
ISHKOV V.,1995, «“Don’t kill me,I ’mK yrgyz!”:anthropo
logical analysisof violence in the Oshethnicconflict», Journa
ofPeaceResearch, vol. 32,n°2:133-149.
—, 1997, Ethnicity,N ationalisma nd Conflict in and aftert he
SovietUnion.TheMindAflam ,Londres,SagePublications.
—,1997,«Political Anthropologyof the Chechen War», Securit
Dialogue, vol. 28,n°4:425-437.
—,1998,«U.S.andRussianAnthropology.UnequalDialogueina
TimeofTransition», CurrentAnthropolog , vol.39,n°1:1-17.
—, 1998, «Le Caucase du Nord: Problèmesetpolitique»,
Nouveauxmondes,n°8:147-156.
—, 2000, Political Anthropolog , Lewiston/Queenston/Lampeter,
TheEdwinMellenPress.
y
y
y
e
l
- TPremièrepartie
APERÇUSHISTORIQUES
ETDEBATSTHEORIQUE
S