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Parcours d'un sociologue

De
110 pages
Décrivant sur son parcours politique et intellectuel, l'auteur explique son approche de la sociologie. Cherchant à rendre sa pensée et ses propositions plus accessibles et attrayantes, il les racontera de leur naissance à leur maturation au regard de moyens de description couramment utilisés. Il s'agit ici de décrire son parcours professionnel, commencé comme journaliste pigiste et terminé par sa retraite de socio-anthropologue, pour mettre en lumière le cheminement de sa réflexion.
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Parcours d’un sociologue Objectivité et parti-pris
PARCOURS D’UN SOCIOLOGUE Objectivité et parti-pris
Logiques sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection « Logiques Sociales » entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions Dan FERRAND-BECHMANN et Yves RAIBAUD (dir.),L’engagement associatif dans le domaine de la santé, 2014. Régis MACHART et Fred DERVIN (dir.),Les nouveaux enjeux des mobilités et migrations académiques, 2014. Laurence FOND-HARMANT (dir.),Prévention et promotion de la santé mentale. Une alliance transfrontalière innovante, 2014. Abdessamad DIALMY,Sociologie de la sexualité arabo-musulmane, 2014. Chahnaz PARVANEH,La Femme Iranienne, tiraillée entre la tradition, la modernité et la postmodernité, 2014. Fred HAILON,L’ordre idéologique, Éléments de cognition politique, 2014. Daniel BERTAUX,Catherine DELCROIX,Roland PFEFFERKORN(dir.), Précarités : contraintes et résistances,2014. Põnar SELEK,Service militaire en Turquie et construction de la classe de sexe dominante. Devenir homme en rampant,2014. Abou NDIAYE,L’ordre vestimentaire. De la distinction par l’habilement à la culture de l’élégance, 2014. Caroline MARCHAL,L'hommage politique aux soldats français morts en Afghanistan, une analyse sociologique, 2013. Laurent AUCHER,La mémoire ouvrière. Recherche sur la mémoire du collectif, 2013. Roland GUILLON,Rapports sociaux et globalisation, réflexions sociologiques, 2013. Benjamin COIGNET,Sport et innovation sociale, 2013. Norbert AMSELLEM,Le travail et ses dehors. Porosité des temps, pluralité des vies. Un débat sociologique, 2013. Taha ALAZZAWI,Image de la surfeuse: un miroir aux alouettes, 2013.
Jean-Pierre Darré PARCOURS D’UN SOCIOLOGUE Objectivité et parti-pris
Du même auteur Liberté et efficacité des groupes de travail, 1978, Editions ouvrières. La parole et la technique. L’univers de pensée des éleveurs du Ternois, 1985 L’Harmattan. Publié avec le concours du CNRS. « Descatégories aux configurations: les conditions d’analyse des processus d’interinfluence». 1991,Économie rurale, n° 201,16-21. Raisons et pratiques. Dialogue avec un éleveur ovin, avec B. Hubert, E. Landais, J. Lasseur, 1993 dossier dansÉtudes Ru-rales,n° 131-132, pp 107-182. 1993. Pairs et experts dans l’agriculture. Dialogues et production de connaissance pour l’action. Dossierdans la revue Travail-Idéologie- Pratiques. 1994 Éditions Érès, Ramonville Sainte Agne L’invention des pratiques dans l’agriculture,vulgarisation et production locale de connaissance1996 Karthala. La production de connaissance pour l’action.Arguments contre le racisme de l’intelligence1999 INRA-MSH. Publié avec le concours du CNRS. « Veaux bretons et brebis alpines, entre objectivisme abstrait et relativisme », 2001Travailler,n° 6, pp89-104. Le sens des pratiques. Conceptions d’agriculteurs et mo-dèles de chercheurs. 2004J.P.Darré, A. Mathieu, J. Lasseur, dir. INRA-Quae. La recherche coactive de solutions entre agents de dévelop-pement et agriculteurs. 2006GRET- CNEARC- GERDAL. © L'HARMATTAN, 20145-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02640-4 EAN : 9782343026404
PRÉAMBULEJ’ai souvent présenté des cours ou des conférences à des publics étrangers aux sciences sociales, employés, travailleurs sociaux, agronomes, agriculteurs, étudiants, techniciens conseils agricoles, ou citoyens sans apparte-nance professionnelle particulière. D’une façon générale, ça marchait assez bien : j’avais quelques raisons, aux réac-tions de ceux qui me faisaient face, de considérer que mes propos étaient compris et intéressaient les non spécialistes. Cependant ces lecteurs espérés quittaient la première page avant de l’avoir finie. J’en venais vite à me poser la question : d’où venait ce manque d’attrait pour ma prose de socio-anthropologue, malgré mes efforts pour éviter les traces de langage ésoté-rique ?Mauvaise question, qui débouchait sur des ré-ponses que je connaissais déjà, des banalités. J’en vins donc à une autre formulation, plus féconde: Comment rendre mes propositions plus accessibles et plus at-trayantes ? Ma réponse : en lesracontant :comment elles sont nées, comment elles se sont précisées, à la faveur de quelles circonstances, entraînées par quels changements dans l’air du temps. De la sorte, je faisais apparaître mes concepts ou notions chéris, tels la double définition du mot « problème »,la distinction entre «sens »et «désigna-tion »,la «co-activité »,jointe aux «inter-connaissances », la « pertinence », au côté de la « vérité » et quelques autres dans leur histoire avec moi, en réponse à mes questionnements. Bref, telle notion descriptive, au lieu d’être présentée à sa place logique dans le cours d’un raisonnement, apparaît dans l’accident de sa naissance et les détours de sa vie qui en montrent la nature et l’utilité, 7
au regard de moyens de description couramment utilisés. Par exemple, à la suite de quelles questions, de quelles impasses rencontrées avec le modèle «concentrique »de la société, ce modèle a-t-il laissé place, avec l’aide du so-ciologue Norbert Élias, à la notion de « configuration ». J’étais ainsi conduit à la conclusion qu'il me fallait, pour apparaître moins étranger, moins étrange dans mes écritures, raconter l’histoire de mes idées, histoire qui de-vait reposer sur mon parcours professionnel, commencé comme journaliste pigiste et terminé par ma retraite de socio-anthropologue. En espérant bien sûr que cette façon de présenter les choses ne rebuterait pas les chercheurs en sciences sociales. *** Ce que je souhaite soumettre à des lecteurs peu fami-liers des sciences sociales et de préférence militants de partis, syndicats ou autre forme politique doit être précisé, sous quelques aspects qui ne vont de soi ni pour certains des socio-anthropologues, ni pour les praticiens de la vie sociale auxquels je m’adresse. À la différence des spécialistes en sciences de la nature et de la vie, ceux des sciences sociales acceptent des ré-ponses différentes ou opposées à certaines questions. Je retiens, pour ce préambule deux de ces questions qui con-tribuent de façon importante à la définition de la sorte de science sociale qu’on rencontrera dans ces pages. *** De la définition du «groupe coactif» et « d’interconnaissance »et de la distinction des deux sens 1 du mot « problème »à la mise en place d’expériences (au 1 Voir chapitre 3 8
sens de ce mot dans la vie quotidienne) de réunions de tels groupes pour traiter des problèmes explicitement formu-lés, il n’y avait qu’un pas, que j’ai franchi. Pour la grande majorité des socio et anthropologues, je n’aurais pas dû: ce genre d’activité n’appartient pas au domaine de ces sciences. Nous avons à nous occuper du« commentsont les choses», ce qui se voit et ce qui échappe au regard quotidien, nous avons pour mission de « décrypter » ; nous n’avons pas à nous occuper du « comment faire pour ceci ou cela», et encore moins à le faire nous-mêmes, ce qui est passer du travail scientifique à l’action sociale. *** J’en viens à ma seconde question, sur les libertés dont dispose le chercheur en sciences sociales. Qu'il s’agisse de proposer des analyses de tels aspects de la vie sociale, de montrer et démonter des systèmes de relations, ou bien de se permettre, sur la base de ces ana-lyses, de proposer ou de mettre en œuvre des moyens d’action, dans tous les cas le sociologue se place d’un cer-tainpoint de vue. Je soutiens donc que le chercheur en sciences sociales ne peut manquer d’être partial, de décrire et de commenter les choses à partir d’un certain point de vue. Comme dit le philosophe Hilary Putnam, «Il n’y a pas de point de vue de Dieu ».Cette maxime comportait une autre leçon, que le temps et la lecture d’auteurs tels que P. Bourdieu ont mis au jour :celui, sociologue ou autre, qui travaille contre l’ordre établi ne peut manquer de savoir qu'il est partisan, partial. En revanche, celui qui regarde et analyse les choses d’un point de vue de dirigeant, en se plaçant en esprit sur l’un de ces sommets d’où l’on voit les choses dans leur vérité, sans avoir la vue troublée par les « idéo-logies », celui-là ne sait pas que sa vision des choses n’est que celle de groupes dirigeants, qu'il ne peut être le point 9