Parenté et patrimoine foncier chez les Bena Mambwe de la République démocratique du Congo

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Ce livre met au-devant le rôle fonctionnel du lignage au sein de la population Bena Mambwe qui conçoit le lignage comme une nation en miniature. En tant que tel, celui-ci confère à tous ses membres à la fois nationalité et citoyenneté indissolubles. Autrement dit, en ne perpétuant pas la pratique de réappropriation et de rapatriement de la dépouille d'une épouse par rapport à sa parenté et au domaine foncier de son lignage, c'est consacrer le rejet et le reniement de la tradition.
Publié le : mercredi 1 juin 2016
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EAN13 : 9782140010484
Nombre de pages : 374
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Etudes
Parenté et patrimoine foncier chez les africainesBena Mambwe de la République démocratique du Congo Série Anthropologie
Sylvain Musinde Sangwa
Ce livre met au-devant le rôle fonctionnel du lignage au
Parenté et patrimoine foncier chez sein de la population Bena Mambwe qui conçoit le
lignage comme une nation en miniature. les Bena Mambwe de la République
En tant que tel, celui-ci confère à tous ses membres
à la fois nationalité et citoyenneté indissolubles. Autre- démocratique du Congo
ment dit, en ne perpétuant pas la pratique de
réappropriation et de rapatriement de la dépouille d’une épouse
par rapport à sa parenté et au domaine foncier de son
La réappropriation de la dépouille de lignage, c’est, en d’autres termes, consacrer le rejet et le
l’épouse par son lignage reniement de la tradition.
Préfacace dee de F FrFr rançançançançançoiseoiseoiseoiseoise Les Les Lestataagegege
Docteur en anthropologie et sociologie de l’Université Paris-
Diderot (Paris-7) en France, Sylvain MUSINDE SANGWA est
professeur à l’Institut supérieur de commerce de Kinshasa.
Ses recherches portent sur les migrations, sur la mort, sur le
foncier et sur le pouvoir coutumier en Afrique.
En couverture : photographie de l’auteur.
ISBN : 978-2-343-09243-0
37,50 € 9 782343 092430
ETUDES_AFR_GF_ANT_SANGWA_20_PARENTE-BENA-MAMBWE.indd 1 25/04/2016 23:16
Parenté et patrimoine foncier chez les
Sylvain Musinde Sangwa
Bena Mambwe de la République démocratique du Congo

















Parenté et patrimoine foncier
chez les Bena Mambwe de la
République démocratique du Congo























Collection « Études africaines »
dirigée par Denis Pryen et son équipe
Forte de plus de mille titres publiés à ce jour, la collection « Études
africaines » fait peau neuve. Elle présentera toujours les essais généraux
qui ont fait son succès, mais se déclinera désormais également par séries
thématiques : droit, économie, politique, sociologie, etc.
Dernières parutions
KIAMBA Claude-Ernest, Politiques de l’éducation, Formation des compétences et
Construction de l’État en république du Congo de 1911 à 1997, 2016
MONEMOU Ouo-Ouo Waita, L’imposition sur le revenu en République de Guinée,
2016.
LIGOPI LINZUWA Zéphyrin, La lutte contre la pauvreté comme une quête de sens.
Perspective d’éthique théologique à partir du cas de la RDC, 2016.
TSHIMANGA-KUTANGIDIKY Etienne, Réalités sociales en République
Démocratique du Congo, Analyse de quelques cas, 2016.
SIDIBE Tidiani, La pratique de l’activité bancaire et financière en zone UEMOA, 2016
BETCHÉ (Zachée), Le phénomène Boko Haram. Au-delà du radicalisme, 2016.
MOKONZI Bambanota Gratien, Où va l’université au Congo-Kinshasa ?, 2016.
EKANZA Simon-Pierre, Le royaume du Moronou, Côte d’Ivoire, Une symphonie
inachevée, 2016.
MUSHIPU MBOMBO (Dieudonné), La théologie africaine. Le feu vert de Rome : une
herméneutique des déclarations des souverains pontifes d’après le Concile Vatican II, 2016.
AKAM (Motaze), Le social contre le politique en Afrique noire. Sociétés civiles et voies
nouvelles, 2016.
PONDI (Jean Emmanuel) (dir.), Citoyenneté et pouvoir politique en Afrique centrale.
Etat des lieux, défis et perspectives, 2016/
BARRY (Mamadou Gando), L’insertion des diplômés en Guinée : processus et
contraintes, 2016.
LOUA (Seydou), Quelle efficacité pour l’enseignement supérieur au Mali ?, 2016.
BOUREIMA (Moussa), Gestion intégrée de l’eau et politique de
développement en Afrique de l’Ouest, 2016.
TOUNG NZUE (Jérôme), Précarité et replis identitaires au Gabon, 2016.
KAZIENDE (Léopold), Samafou, Fragments biographiques de la vie de Boubou Hama,
2016.
BODO (Bidy Cyprien), COULIBALY (Moussa), KAMAGATE (Bassidiki)
(dir.), Les écritures de l’horreur en littératures africaines, 2016.
VAUDELIN (Pierre), Afriquéconomie, Entre défis urbains et émergence économique,
2016.
BARBET (Clotilde), Les rébellions touarègues au Nord-Mali, 2016.
AMBOULOU (Hygin Didace), Le droit des investissements et l’analyse économique de
l’espace OHADA, 2016.

Sylvain MUSINDE SANGWA





















Parenté et patrimoine foncier
chez les Bena Mambwe de la
République démocratique du Congo
La réappropriation de la dépouille de l’épouse par son lignage






Préface de Françoise Lestage










































































































































































© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-09243-0
EAN : 9782343092430
à Jaelle
Remerciements
Il est, sur cette terre des hommes, des qualités que l’on ne peut nommer,
comme il est des dettes dont on ne peut jamais s’acquitter et se libérer tant
leur signification et leur ampleur sont profondes et les mots de la langue
moins forts pour exprimer tout ce que nous ressentons. Tel est le sentiment
que nous garderons toujours à l’égard de Françoise Lestage, Julien Kilanga,
Gérard Nkulu, Ernestine Mwange, Eustache Muhiya ainsi que Michel
Kandolo.
9 Préface
Alors que la mobilité nationale et internationale des personnes va
croissant, il est d’autres mobilités, anciennes et récurrentes dans de
nombreuses sociétés, bien connues des anthropologues, celles des épouses
quittant leur famille d’origine à leur mariage, pour s’établir sur les terres de
celle de leur époux. L’installation de la femme, sa vie dans la belle-famille,
le rattachement de ses enfants à celle-ci dans un système lignager
patrilinéaire et virilocal ont été largement étudiés, notamment pour les
sociétés africaines. On a rarement abordé ce qu’il advient du corps de cette
épouse lorsqu’elle décède. Le livre de Sylvain Musinde interroge et
documente ce sujet. Il le fait à partir des données recueillies dans la
République démocratique du Congo, dans des villages dont les membres se
rattachent au groupe des Bena Mambwe. Chez les Bena Mambwe, le
lignage, la propriété foncière et les défunts sont étroitement liés. Tout
membre du lignage doit être enterré dans les limites de son territoire, y
compris les femmes qui ont pourtant passé toute leur vie en dehors. C’est ce
qui amène leurs frères, neveux et cousins par la branche paternelle, à
s’emparer de la dépouille de leur « sœur », pour qu’elle repose dans la terre
de ses ancêtres lignagers, agissant parfois avec violence s’ils rencontrent une
résistance du côté de la famille de son époux.
Sylvain Musinde ne revendique pas un travail sur le genre. Pourtant,
l’ouvrage s’interroge sur le statut des femmes et sur leurs droits chez les
Bena Mambwe, depuis les fiançailles jusqu’au traitement de la dépouille
post mortem. Leur situation est complexe car elles sont à la fois celles qui
permettent d’établir des liens avec d’autres familles plus ou moins éloignées,
mais, sauf cas particulier d’un père ne craignant pas d’enfreindre la coutume
(chapitre 3, section 6), elles sont généralement privées des droits de propriété
foncière du lignage, précisément parce que la norme veut qu’elles soient
amenées à quitter le territoire du lignage pour celui de leur époux. Malgré
tout, les femmes ne cessent jamais d’être membres du lignage de leur père.
Si cette appartenance est mise en sourdine de leur vivant, elle redevient
fondamentale à leur décès : dans les cas où la dépouille est en mauvais état et
11ne permet pas le transfert du corps qui est enterré en chemin, la famille de
l’épouse doit acquérir le lopin de terre qui sert de sépulture. Le lignage
d’origine doit être propriétaire de l’espace de la sépulture de ses filles car les
corps des défunts font, au sens propre, le territoire. D’où l’absolue nécessité
pour les frères de la défunte de ramener son corps dans son lignage
d’origine, malgré les pleurs et les cris de ses enfants.
Partout, l’emplacement de la sépulture et le droit à disposer des restes
humains se posent aux familles, aux amis et aux collectifs locaux et
1nationaux . Apparemment pas chez les Bena Mambwe qui ont des règles
strictes tant sur l’emplacement de la sépulture que sur les personnes et les
lignées autorisées à disposer de la dépouille. Ces lois en matière
d’enterrement dérivent de la prégnance du lignage paternel, une « petite
nation », selon Sylvain Musinde, qui confère une citoyenneté indissoluble à
ses membres et représente « la structure parentale dominante par rapport au
clan et au village » (p. 316), établi sur un territoire qui lui appartient,
totalement indépendant puisque les chefs de village ou de chefferies n’ont
aucun pouvoir sur ces terres (ibid.). Or, la « citoyenneté » que procure
l’appartenance à un lignage a pour corollaire ce qui constitue à la fois un
droit et un devoir : toutes et tous les membres du lignage sont enterré(e)s sur
son territoire. Bien que vivant en dehors, les femmes la conservent en jouant
le rôle d’« ambassadrices » de leur lignage, ayant pour tâche la création ou le
renforcement de liens « diplomatiques », nous dit Sylvain Musinde. La
citoyenneté des hommes plonge ses racines dans la terre qu’ils travaillent et
où ils vivent. C’est là l’idée forte du livre.
Arracher la dépouille à ses enfants et à son mari se fait dans la douleur ;
le mari est même totalement écarté des funérailles. Et pourtant, ce rituel
apparaît nécessaire à toutes et à tous. Au lignage de la défunte car son
honneur est en jeu : celui de ses frères d’abord qui doivent ainsi montrer leur
courage mais aussi celui du lignage dans son entier car ne pas organiser les
obsèques d’une « sœur » instille un doute sur sa richesse, notamment le fait
que le lignage est propriétaire foncier et peut donc enterrer la défunte. Le
rituel du rapatriement du corps de l’épouse apparaît également nécessaire au
lignage de l’époux : à l’époux lui-même car il s’accompagne d’une
purification sans laquelle celui-ci sera à la merci de maladies et de
malédictions et ne pourra pas se remarier ; aux enfants de la défunte, qui
sans ce rituel de rapatriement de leur mère dans son lignage paternel,
seraient amenés à prendre parti pour l’un ou l’autre lignage et à se déchirer ;
à l’ensemble de la parenté pour se protéger d’un éventuel retour de la
défunte, insatisfaite si la coutume de son rapatriement n’est pas respectée.
Pour Sylvain Musinde, ces funérailles souvent accompagnées d’actes
violents entre les frères de la défunte et les hommes du lignage de son époux,
apparaissent comme « une manifestation légitime de bravoure » (p. 313) et
1 Arnaud Esquerre, Les os, les cendres et l’État, Paris, Fayard, 2011.
12un « témoignage de l’amour à l’endroit d’une citoyenne ayant rempli
convenablement sa mission d’ambassadrice » (ibid.)
Février 2016
Françoise Lestage
Professeur à l’UFR de Sciences sociales,
Université de Paris Diderot – Paris 7.
Chercheur à l’Unité de Recherches Migrations et Sociétés (URMIS), Paris.
Directrice du Centre d’études mexicaines et centraméricaines à Mexico
13
Figure 1
Carte de la République démocratique du Congo avec le territoire
de Kongolo, encerclé en rouge, habité par la population étudiée

Source : Zaïre – République démocratique du Congo, albumdetimbres.blogspot.com
15Figure 2
Carte de la chefferie mambwe
Source : Leruth A., 1954, « Origine et liens de parenté des Bena Mambwe », rapport inédit
d’administration coloniale, Makutano, Kongolo
16
Figure 3.
LES VILLAGES DU GROUPEMENT KABOMBOLA
Nombre des Population
Noms des villages Noms des clans
lignages totale
1. Balumbwa 171
Bazil’oni 1
2. Bazimba 165
Bazila sengele
Bayovu1
Baga mugo
Bazila nge nga 1
3. Binanga 820
Bazil’oni 3
Bazila sengele nga
Bazilambu 1
Bazila nge 2
Bagalamba
Baga mugo
Bagayebe1

4. Buyovu 408
Bayovu 3


17Figure 3 (Suite)
LES VILLAGES DU GROUPEMENT KABOMBOLA
Noms des Nombre des Population
Noms des villages
clans lignages totale
5. Kafiyi 1 084
Bazil’oni 1
Bazilasengele 1
Bazilanywa1
Bazilanga 1
Bayovu 1
Bazilambu 1
Bazilange 1
Bagalamba 1
Bagamugo 1
Bazilatungulu 1
Bazilanguvu1
Bagelonda 1
6. Kahugo 371
Bazilasengele 1
Bazilanywa1
Bazilanga 1
7. Kahuwa 79
Bazilange 1
8. Kambanga 387
Bagana luvivya 1
Bazilambu 1
Bazilange 1
9. Kambinga 195
Bazil’oni 1
Bagalamba 1
18
Figure 3 (Suite)
LES VILLAGES DU GROUPEMENT KABOMBOLA
Noms des Nombre des Population
Noms des villages
clans lignages totale
100 10. Kanduba
1 Bazil’oni
836 11. Kasange
2 Bazila sengele
1 Bazitumba
1 ange
1 Bayovu
1 Bazilanga
Bazila nguvu1
1 Baga mugo
394 12. Kashizya
1 Bazil’oni

1
Bazila tungulu
421 13. Katanda Jado
1 Bazilasengele
1 a nywa
1 Baga mugo
1 Bagayebe
1 027 14. Kibumbu I
1 Bazila nguvu
3 Bazilasengele
1 ange
1 Bagalamba
1 Bagayebe
1 Baga mugo
1 Bayovu

19Figure 3 (suite)
LES VILLAGES DU GROUPEMENT KABOMBOLA
Noms des Nombre des Population
Noms des villages
clans lignages totale
15. Kibumbu II 211
Bazila sengele 1
Bagamugo1
16. Kindambwe 339
Bazil’oni 2
Bazila sengele 1
Bazila nge 1
Bayovu1nga 1
Bagamugo 1
Bazitumba1
17. Kisiki Cité 199
Babeya 1
18. Kisiki Katangajya 562
Babeya1
Bazila nge 1
Bazila mbu 1
Bazitumba1
19. Kiyaga 76
Bagalamba 1
20. Kumbwi 465
Bazila nge 1
Bazila sengele11
Bazitumba1
Bagana alunga 1
Bazila ng1
1
luhanga
21. Luabur 202
Bagalamba 1
20
Figure 3 (Suite)
LES VILLAGES DU GROUPEMENT KABOMBOLA
Noms des Nombre des Population
Noms des villages
clans lignages totale
22. Luangali 549
Bazila sengele1 anywa
Bagalamba
Baga mugo 1
Bazil’oni 2
Bayovu
Bazila nga
23. Mahamba 837
Bazila sengele1 anywa nga
Bagalamba 1
Bagamugo
Bazila nge tungulu 1
Bazimbele
24. Makutano Kaloba 1 436
Bazil’oni
Bazila sengele1 anywa
Bagalamba
Baga mugo
Bazila tungulu1
21Figure 3 (suite)
LES VILLAGES DU GROUPEMENT KABOMBOLA
Noms des Nombre des Population
Noms des villages
clans lignages totale
25. Makutano Mulala 626
Bagalamba 1
Bazila nge 1
Bagamugo 1
26. Maloba 194
Bazila sengele 1
27. Masanza 184
Bazilasengele1
Bazila mbu 1
Bayovu1
28. Mbonga 338
Bazila sengele1
Bazilanywa1
Bazila nguvu1nge 1
Bagalamba 1
Bagamugo 1
Bagayebe 1
Bagelonda 1
29. Milenge 244
Bazila nge 1
30. Moba 188
Bazila sengele1
22
Figure 3 (suite et fin)
LES VILLAGES DU GROUPEMENT KABOMBOLA
Noms des Nombre des Population
Noms des villages clans lignages totale
31. Muhuga 254
Bazila sengele 1
Bazila nge 2
Bazil’oni
32. Mulilo 804
Bazila nywa 1
Bazilambu
Bagana luvivya
33. Pungu 140
Bazila sengele 2
Bayovu1
Bazila nge
34. Senge 160 ng2
Bagalamba 1
Bazila sengele
14 166
Total : 34 villages 18 clans 149 lignages
habitants
23Figure 4
LES VILLAGES DU GROUPEMENT KILUNGU
Nombre des
Noms des villages Noms des clans Population
lignages
totale
1. Bugana Lwamba 951
Bagalamba 3
2. Bugana Pyana 482
Bazil’oni 3
3. Kasenzi I 1 001
Bazilanywa 31
Bagalamba 1
4. Kashenga 299
Bagayebe 2
5. Katanda Mulenda Ngombe 347
Bazilanywa1
Bazilambu 1
Bagana luvivya 1
6. Kenya Kahenga 487
Bazil’oni 2
7. Kenya Kavuma 462 1
8. Kenya Kimbazi 348
Bazilanywa 2
9. Kibuti 256
Bazil’oni 2
Bazilanga 1
10. Kilembwe 297
Bagayebe 3
11. Kilumbu 158
Bazilanywa1
24

Figure 4 (Suite et fin)
LES VILLAGES DU GROUPEMENT KILUNGU
Nombre des Population
Noms des villages Noms des clans
lignages totale
12. Kitende 1 169
Bagayebe 1
Baga mugo
Bazitumba
Bagana hili
13. Kiya 545
Bazil’oni 2
14. Luhundu 736 3
Bazila nge 1

15. Masulu 171 nga
16. Yenga 1 117
Bazila nywa3
Bazila tungulu1
17. Zola 809 nga a nywa3
Bazitumba1

Total : 17 villages 10 clans 49 lignages 9 635 habitants
25Figure 5
LES VILLAGES DU GROUPEMENT MUSHAMI
Nombre des Population
Noms des villages Noms des clans
lignages totale
1. Bitanda 171
Bazil’oni 1
Bazilanga 1
2. Kabula (Milundwa) 627 1
Bagayebe 1
Baganaluhanga 1
Bazilasengele1
Bazilambu 1
3. Kabozya 351
Bazil’oni 1
Baganamwa 1
Bazilanywa 1
4. Kahoyo 238
Bazilasengele1
Bazilambu 1
Baganaluhanga 1
Bayovu 1
5. Kayuya 247
Bazil’oni 1
Bazilange 1
Bazilanguvu 1
Baganamwehu 1
Baganakitungwa 1
Baganambele 1
26Figure 5 (Suite)
LES VILLAGES DU GROUPEMENT MUSHAMI
Nombre des Population
Noms des villages Noms des clans
lignages totale
6. Kalambo 214
Bazila nge 1 nga
Bazila sengele
Bazil’oni tungulu1
7. Kalimba Mundi 472 nge
Bagana luhanga
Bazila mbu 1
Bazitumba
Bayovumwehu
Bagana mbele 1
Bazila nywaasengele
8. Kaluila (Bugana Mwehu) 505
Bazila nge 1
Bagana mwehu 2
9. Kasawa 1001
Bazil’oni 3
Bazi tumba
Bazila nga 1

27Figure 5 (Suite)
LES VILLAGES DU GROUPEMENT MUSHAMI
Nombre des Population
Noms des villages Noms des clans
lignages totale
10. Kasenzi II 215
Bazil’oni 1
Bazitumba 1
Bazilange 1
Bagayebe1
11. Kasilu (Kabenga) 412
Bazilanguvu 1
Bayovu 1
Baganamwehu 1
12. Kayenge 265
Bazil’oni 2
Bazilanguvu 1
Baganaluhanga 1
Bagayebe1
Bazilasengele1
Bagambiana 1
Bazilange 1
Bazilanga 1
13. Kibungilizya 302
Bazil’oni 1
Baganambele 1
Bayovu 1
Bazilasengele 1
Bazilanywa1
14. Kigimba 133
Bazil’oni 1
Bazitumba1
Bazilambu 1
28
Figure 5 (Suite)
LES VILLAGES DU GROUPEMENT MUSHAMI
Nombre des Population
Noms des villages Noms des clans
lignages totale

15. Kinona 149
Bazil’oni 1
Bazila nge
16. Kiziba 162
Bayovu
Bazilasengele 1 nga tungulu
17. Lugongwe 471
Bazil’oni
Bazila sengele 1
Bayovu
Baga nga
Bazila nge
18. Mbwembwe 112 1
Bazila sengelembele
19. Mugage 198
Bazila nguvu1
Bagana mwehu

29Figure 5 (Suite et fin)
LES VILLAGES DU GROUPEMENT MUSHAMI
Nombre des Population
Noms des villages Noms des clans
lignages totale
20. Mutombo 545
Bazil’oni 1
Bazila nge 1tungulu 1nga 1
Bagasimba 1
Bagana mwa 1
Bazila lueso1luhanga 1
Bayovu1
Bagayebe1
Bagana mwehu 1
21. Tubundu 165
Bazil’oni 1
Bazila nge 1
Bazila sengele1
Bagana mwa 1
Total : 21 villages 19 clans 100 lignages 6 955 habitants
Total général :
28 clans 298 lignages 30 756 habitants
71 villages
Source : résultats de nos enquêtes sur terrain (avril 2012)
30
Introduction
Plusieurs études analysent et justifient le rapatriement des dépouilles
mortelles des militaires et des immigrés vers leurs pays d’origine. Les motifs
évoqués relèvent soit de la religion, soit de la dignité ou de l’honneur, soit de
l’insertion, soit encore d’une intégration ratée dans les pays d’accueil.
Certaines autres dépouilles sont rapatriées vers des lieux où leurs tombes
seraient en sécurité, c’est-à-dire loin des pratiques de profanation et des
délais préfixés pour la désaffectation des cimetières. Cela, nous le vivons
assez souvent dans les villes africaines. Ce qui constitue, à n’en point douter,
pour l’Africain, un manque de respect aux morts ainsi qu’une justification à
la pratique de rapatriement des restes de personnes qui décèdent loin du lieu
de leur naissance.
C’est dans ce cadre que chez les Bena Mambwe, un peuple au centre de
cette étude, la pratique de rapatriement et d’inhumation d’un membre du
lignage décédé ne s’effectue nulle part ailleurs que sur le site funéraire de
son lignage, le ndiba, qui est perçu, par cette communauté, comme étant sa
nation en miniature. Il s’agit d’une tradition qui est vieille comme le monde.
D’après celle-ci, toute femme (mariée ou non) qui passe de vie à trépas, loin
de son lignage, doit être rapatriée en vue d’y être inhumée. En effet, l’espace
mambwe est une entité administrative divisée en des centaines de lignages
détenant chacun une portion de terre, son territoire qu’il gère d’une manière
autonome et souveraine. Sur ce territoire, le lignage n’a de comptes à rendre
à personne, car il constitue le modèle réduit d’une nation incluse dans la
grande nation congolaise où ses membres sont des citoyens, c’est-à-dire des
enfants du pays pendant que les autres y sont des étrangers et des apatrides.
Parlant des lignages comme des sociétés rurales, J.-P. Jacob et P.-Y. Le
Meur (2010:9), abondent dans le même sens lorsqu’ils affirment que ceux-ci
fonctionnent « sur la base d’un gouvernement partiellement autonome de
leur territoire, de leur population et de leurs ressources naturelles, et sont par
ailleurs intégrés dans un espace politique (polity) englobant ». Quant à
Ernest Renan (1882), dans Qu’est-ce qu’une nation ?, il soutient que celle-ci
se révèle être « une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire,
31n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans
le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un
riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre
ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu
indivis ».
Pour sa part, Samaké Maximin (1988:17) parlant de Kafo, note que « les
autres groupes ne sont pas exclus, ils sont incorporés dans les structures
lignagères des Gonkorobi. Cependant, les nobles, les affins, les étrangers, les
groupes statutaires numu (forgerons) et jeli (griots) et les esclaves
apparaissent dans cette logique, comme des non-citoyens ». Et, ces
noncitoyens, on les retrouve également dans la population sous examen parmi
ceux qui ont des droits limités parce que n’ayant pas un territoire à eux et qui
ne peuvent être inhumés dans une nation étrangère ou dans une république
qui n’est pas la leur, ni y planter des palmiers à huile et moins encore y
ériger des sanctuaires ou des autels pour les cultes de leurs ancêtres. Toutes
ces personnes qui sont dépourvues desdits droits les sont aux yeux ou à la
barbe de l’État, incapables de quoi que ce soit.
À ce sujet, David Lorenzo, Monique Nuijten et Pieter De Vries (2010), ne
soutiennent-ils pas que « la très faible présence de l’État dans les hautes
terres des Andes centrales a conduit les communautés à se transformer en
petites républiques paysannes indépendantes, dotées de systèmes juridiques
informels mais sanctionnés par l’État ? »
À la lumière de tout cet éclairage, en dépit de son âge, de son sexe ou de
son statut social, tout membre du lignage en pays mambwe reste pour
jamais, sociétaire à part entière de celui-ci, c’est-à-dire de sa patrie, quoi
qu’il advienne, même au-delà de la mort. C’est ainsi que décédant en
situation d’exil, tout devra être fait pour rapatrier le corps de cette fille au
pays natal. Pour une telle circonstance, aucune justification ne peut être
brandie pour légitimer son inhumation sur une terre étrangère. Cela garantit,
à tout jamais, l’intérêt du lignage où le décès a été constaté et celui qui
revendique la paternité de la personne décédée comme deux entités
autonomes, l’une vis-à-vis de l’autre.
C’est compte tenu de cette réalité séculaire qu’il faut procéder au
rapatriement même par la force. Ses compatriotes doivent opérer ce
rapatriement, soit seuls s’ils se sentent capables, soit solliciter, le cas
échéant, l’aide des autres clans ou villages amis. Toutefois, il peut se faire
que pour l’une ou l’autre raison, le lignage de la défunte ne vienne pas pour
procéder au rapatriement de la dépouille. Dans ce cas, la solution va
consister à ce que le lignage du veuf entre en négociation avec la
bellefamille au lieu de fuir ou de se réfugier en brousse avec le risque que cela
comporte de voir les cases du village incendiées, ou d’assister impuissant à
l’annexion d’une partie de leur nation par des étrangers. C’est dans ce même
ordre d’idées, que le veuf est tenu à l’écart des cérémonies funéraires de son
épouse parce qu’appartenant à une autre nation que cette dernière. Il est
32même déclaré persona non grata. Il ne peut s’entêter au risque de se faire
lyncher par ses beaux-frères qui verraient, en ce comportement, un geste de
mépris et de manque de considération à sa défunte épouse.
Dans la société traditionnelle, l’homme est, comme le souligne Joël
Bonnemaison (1996:168-169), « à l’image d’un arbre : entre la terre et
l’homme, le lien est généalogique, biologique et consubstantiel. De la terre,
l’homme ne se contente pas de tirer sa nourriture, il puise ses pouvoirs, son
identité, son énergie et la qualité de ses émotions. Il doit non seulement
vivre, mais aussi mourir et être enterré dans sa propre terre ». C’est ce
principe qui semble guider la population mambwe pour qui une union
matrimoniale ne met pas fin, tout comme elle n’annule aucunement
l’appartenance d’une épouse à son lignage d’origine. Elle est la propriété de
son mari et, partant, de sa belle-famille lorsqu’elle est encore en vie. Morte,
elle revient à sa famille, donc à sa patrie. Le refus de céder sa dépouille à son
lignage, par son conjoint, peut engendrer des incidents fâcheux allant jusqu’à
la mort d’hommes.
Si la distance entre le lieu du décès et celui de l’inhumation est
importante, ce qui importe ici, c’est le transfert vers son lignage même de ses
reliques, lesquelles sont ramenées en vue d’y être enterrées « au pays ».
C’est ce que rapporte Moto Kalunga (1994:21) pour qui : « tout membre du
clan (homme ou femme) doit être enterré dans le patrimoine foncier de son
clan. C’est pourquoi, ajoute-t-il, une femme mariée qui meurt chez son mari,
même si c’est très loin de chez elle, sa dépouille mortelle devra y être
ramenée pour son enterrement, à côté de ses ancêtres. Si elle est enterrée
dans le village de son mari, son clan pourrait tôt ou tard avoir des prétentions
foncières partant dudit principe ». Ngoy Katahwa (2009:27), de son côté,
souligne, en parlant des Bahemba, ethnie au sein de laquelle on retrouve les
Bena Mambwe que « la femme mariée va habiter chez son mari, mais reste
membre à part entière de son propre clan ; si elle meurt, elle sera enterrée
dans le cimetière de son clan d’origine ».
À travers cette réflexion, nous devons comprendre premièrement,
pourquoi le lignage doit être considéré comme une petite nation qui a
l’obligation de récupérer tous ses « citoyens » décédés à l’extérieur de son
territoire. Et, deuxièmement, ce que représente pour l’ensemble de la
communauté, l’épouse, la parenté et le patrimoine foncier pour un lignage.
Tel est le questionnement que suscite cette étude et pour lequel nous
proposons de fournir des réponses qui seront vérifiées, chemin faisant, pour
être confirmées ou pour être rejetées au terme de cette investigation.
S’il y a au monde des lignages qui confèrent une citoyenneté indissoluble
à leurs membres, il faut compter aussi avec les Bena Mambwe. Chez cette
population, on ne perd jamais sa citoyenneté lignagère. Autrement dit, même
chassé du lignage pour une raison ou pour une autre, lorsqu’on décède en
dehors du territoire de celui-ci, on devra obligatoirement être rapatrié pour y
être inhumé. Pour cette communauté, agir autrement, c’est méconnaître que
33« les mythes fondateurs, l’histoire et le territoire sont les trois piliers de
l’identité » (Joël Bonnemaison 1996:16) d’un individu dans les sociétés
traditionnelles.
Même si l’unité sur laquelle portent nos investigations est la chefferie
mambwe et que le lignage en soit un des éléments, celle-ci ne mérite pas
d’être regardée comme cette « petite nation » du fait que les terres, les
personnes ainsi que tous les biens s’y trouvant appartiennent aux différents
lignages alors que la chefferie qui n’est qu’un simple cadre, est comparable à
l’Afrique par rapport aux différents pays qui la composent et qui confèrent
une nationalité à leurs différentes populations. Pour dire la chose autrement,
les lignages sont des nations alors que la collectivité se présente être le
continent.
Ce qui nous amène à dire, à la suite de J.-P. Raison (cité par Joël
Bonnemaison 1996:16), que « l’appartenance à un lieu donné exprime
l’appartenance à une unité sociale définie par l’espace autant que par la
parenté ». En tant qu’unité sociale, un lignage se limite seulement
à combiner « résidence (patrilocale ou matrilocale), filiation (patrilinéaire ou
matrilinéaire), principe d’autorité (stratification par âge et par sexe, aînesse
et adelphie) et patrimoine (héritage et succession en primogéniture) » (Pierre
Bonte et Michel Izard 2012:421). En terre mambwe, le lignage va un peu
plus loin en termes de pouvoir, dès lors qu’il est regardé ici comme une
nation en miniature. Au sein de cette population, le lignage ne dépend ni du
clan auquel il appartient, ni des autorités politico-administratives de la
chefferie ou du territoire de Kongolo dont il relève. Il a un nom qui le
distingue des autres et renferme même les trois éléments requis dans
l’existence d’un État : un territoire (lungu) sur lequel on y trouve, entre
autres, ses sites funéraires d’inhumation et ses lieux de culte des ancêtres. Sa
population (les membres du lignage) constituée de personnes qui se
considèrent comme des citoyens, car détenant une conscience et une identité
commune du fait d’appartenir à la même « nation », à la même « patrie ».
Son organisation sociopolitique et religieuse dirigée par le chef du lignage,
cette autorité politique qui veille au respect des valeurs ancestrales.
Cette existence du lignage comme nation, confère à sa population une
nationalité, laquelle s’acquiert par et à travers les prescriptions coutumières
qui reconnaissent en chacun des lignages une totale autonomie. Un lignage
est maître sur son territoire et sur sa population. Il « ne devient nation que si
son autonomie s’accompagne d’évènements politiques marquants et
durables, capables de lui communiquer le sentiment de sa singularité et de
forcer le respect de son entourage extérieur » (Bibo Istvan cité par
Dominique Schnapper 2003:85). Pour preuve, un lignage peut quitter un
village au profit d’un autre ou construire son propre village, créer ses
cimetières ou ses sites des cultes d’ancêtres sans se référer à qui que ce soit.
Afin de mieux appréhender cette question du lignage entendu comme une
nation au sein de laquelle on pratique la récupération de ses « citoyennes »
34décédées au loin, il nous revient d’abord de déterminer la place qu’occupe
une fille dans la parenté, celle de l’épouse dans le mariage et enfin celle qui
revient à cette dernière, non seulement dans la gestion du patrimoine foncier
de son lignage d’origine, mais aussi, dans la gestion du patrimoine foncier de
son conjoint.
Cela étant, notre triple interrogation qui sert de prélude à ce point permet
de mieux saisir la part du lignage en tant que nation ; son impact sur le
foncier, sur la pratique des rites de réappropriation et de rapatriement de la
dépouille d’une épouse. Étant entendu que le retour de la dépouille au
lignage d’origine fait allusion à une citoyenneté ou à une appartenance à une
nation bien déterminée qu’il faut à tout prix rejoindre. C’est de cette
citoyenneté locale, dans le cadre des lignages, que R. Bellamy (cité par
Jacob J.-P, Le Meur P.-Y 2010:8) reconnaît qu’« elle met en jeu deux de ces
trois composantes, la question de l’appartenance et celle de la distribution
des droits », la troisième étant la participation politique (ou « droit des
peuples à disposer d’eux-mêmes »).
Ce qui surprend dans cette vision du monde, c’est le fait que de leur
vivant, les femmes et, partant, les épouses soutiennent, toutes, l’application
de ces rites qui perpétuent cette symbolique culturelle dès lors qu’ils
contribuent à protéger leurs espaces territoriaux respectifs et qu’ils
renforcent leur attachement au lignage perçu comme une patrie au niveau
inférieur.
De cette façon, nous relançons notre recherche à partir de nos trois
questions de départ, notamment, dans la quête des mobiles à la base de cette
pratique, d’apporter notre contribution au vrai sens donné au lignage et à
cette pratique. Ce qui nous oblige à passer au point qui consiste à échafauder
des réponses que nous validerons au fur et à mesure que progressera cette
investigation ou qui, au besoin, seront rejetées au cas où elles ne seraient pas
vérifiées à l’issue de notre démarche. Ainsi, nous déterminerons pourquoi en
pays mambwe, le lignage prend plus d’importance et d’hégémonie que le
clan ou le village.
Au sein de cette population, si un lignage tient absolument à ce qu’une
épouse qui décède sous le toit conjugal, soit rapatriée dans son lignage
d’origine, c’est parce que, de son vivant ou après sa mort, la femme y
appartient toujours. Elle est considérée, du reste, comme une étrangère, une
immigrée dans le lignage de son époux qui constitue pour elle, un pays
d’accueil.
Par conséquent, son lignage d’origine se trouve en droit de se
réapproprier sa dépouille mortelle pour son honneur et celui du lignage. Ne
pas accomplir cette obligation séculaire, c’est l’opprobre qui est jeté sur la
défunte, sur sa famille, son lignage et même sur tout son village d’origine.
N’est-ce pas un sujet de honte pour la nation tout entière que d’abandonner à
son triste sort, son citoyen décédé en mission sur une terre étrangère, et
d’accepter de le voir inhumé là, sans que le lignage (patrie) n’ait à organiser,
35à son honneur, des obsèques dignes pour des bons et loyaux services qu’il
avait rendus à sa mère-patrie ?
– Objectif de cette étude
Cette étude a pour objectif de démontrer que les lignages sont « des
petites nations » conférant à ses membres une appartenance ou une
« citoyenneté » indissoluble. Ce qui explique le pourquoi de la récupération
des « citoyens » décédés loin de leurs lignages respectifs. Cette étude vise
également à démontrer que les principes attachés au nationalisme et au
patriotisme sont ici plus vivaces et peuvent inspirer certains États à travers le
monde. Enfin, le résultat de notre recherche contribuera, nous l’espérons
bien, à une meilleure connaissance de la population mambwe, non
seulement, en affirmant qu’une femme, la ngazi, qui reste la propriété
exclusive de son lignage d’origine demeure une étrangère dans le lignage de
son époux. En dégageant le lien très étroit qui s’établit entre le foncier et
l’inhumation, symbole d’appartenance et de droit de propriété d’une terre,
nous nous proposons d’éclairer les zones d’ombre qui entourent ces rites
d’inhumation des épouses dans leurs sites funéraires ancestraux.
– Présentation de la chefferie mambwe
Notre champ d’investigation est une chefferie. Le terme « chefferie »
revêt « deux sens dans la littérature ethnologique française. Il désigne un
office, électif ou héréditaire, dont le tenant est investi de l’autorité politique
sur un groupe donné et, par extension, ce groupe même, généralement de
taille réduite, ce qui le distingue d’un royaume ». (Pierre Bonte et Michel
Izard 2012:138.) Dans la conception des législateurs congolais, une chefferie
est une entité administrative décentralisée comptant plusieurs groupements
et villages et ayant à sa tête, un chef coutumier, désigné et investi par les
notables légalement reconnus par la coutume. Les Bena Mambwe sont donc
gérés dans leur territoire par les traditions et coutumes ancestrales. Ce qui
n’exclut pas la mainmise du pouvoir politique en présence. La chefferie
mambwe se situe sur la rive droite du fleuve Congo, dans le territoire de
Kongolo, lequel se trouve dans le district de Tanganyika, dans le nord de la
province du Katanga, en République démocratique du Congo.
La chefferie dont il est question ici compte trois grandes familles :
Kabombola, Kilungu et Mushami qui, avant la colonisation, étaient
indépendantes les unes des autres et administrées, chacune, par un chef
coutumier bien que revendiquant une même origine. À ce sujet, un rapport
administratif de 1915 (De Ruyck 1915), énumère les trois familles qui
fondent cette chefferie :
– Les Ba-Bombola constituent la famille Kabombola qui occupe le Centre
de la collectivité mambwe située entre la Luika et la Mamba. Cette famille
était dirigée par le chef Mbonda, descendant du chef Lugalaba du clan
Bazisengele. Makutano qui est le chef-lieu de la collectivité mambwe se trouve
dans le groupement Kabombola. Ses habitants sont appelés les Bena
Kabombola ;
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