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Parlons économie-développement

227 pages
Au sommaire de ce numéro, entre autres : Réflexions comparatives sur les formes et pratiques de corruptuion en Afrique, La corruption africaine dans la paradigmologie dominante, Les déterminants de la perfomance dans le secteur de la pêche artisanale au Sénégal, Gouvernance et réservation de la "juste" répartition de la valeur : un impératif de survie des EMF au Cameroun, l'intégration régionale et performances macroéconomiques dans les pays de l'UEMOA.
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Institut de recherche et d’études africaines
Parlons économie-développement
Cahiers de l’IREA N°2 - 2016
Cahiers de l’IREA N°2 - 2016
Faustin-Noël Gombaniro Rutashigwa et Apollinaire Chishugi
Chihebe,
Réfexions comparatives sur les formes et pratiques de
corruption en Afrique. Le cas des 20 % au Cameroun .................. 15
Parlons Lucien Ayissi,
La corruption africaine dans la paradigmologie dominante...... 63
économie-développementMouhameth Dieme, Moustapha Diongue, Ass Ndiaye,
Les déterminants de la performance dans le secteur de la pêche
artisanale au Sénégal : cas des piroguiers de Guet Ndar.............. 87
Kouadio Denis Souanga, La contribution du verbe dans la Faustin-Noël Gombaniro rutashiGwa
lutte émancipatrice dans Die neue Umverteilung : Soziale
Ungleichheit in Deutschland de Hans-Ulrich Wehler ................ 125 et Apollinaire ChishuGi Chihebe
Lucien ayissi,Victor Mobula Meta, Kayowa Tshamazaba, Moise Lufuluabo,
Women Willingness to Pay for Training on soybean processing Mouhameth Dieme, Moustapha DionGue,
technologies in the Province of Bas-Congo in the DR Congo ..... 139
Ass nDiaye, Kouadio Denis souanGa
Edo Kodjo Maurille Agbobli, Victor mobula meta, Kayowa tshamazaba,
Intégration régionale et performances macroéconomiques dans
Moise lufuluabo les pays de l’UEMOA : une approche par les échanges
et les investissements ..................................................................... 177 Edo Kodjo maurille aGbobli
François-Xavier mayeGle, Aboubakar mfopain, François-Xavier Mayegle, AboubaKar Mfopain, Georges
Wandji, Georges wanDji
Gouvernance et préservation de la « juste » répartition de la
valeur : un impératif de survie des EMF au Cameroun ............. 195
ISBN : 978-2-343-08799-3
20 e
Parlons économie-développement N°2 - 2016 Les Cahiers de l’IREALES CAHIERS DE L’IREA
N° 2 - 2016


Revue trimestrielle de l’Institut de recherches et d’études
africaines (IREA)
















Parlons économie-développement









































L’Harmattan






































LES CAHIERS DE L’IREA
N° 2 - 2016


Revue trimestrielle de l’Institut de recherches et d’études
africaines (IREA)
















Parlons économie-développement







































L’Harmattan




































© L'Harmattan, 2016
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-08799-3
EAN : 9782343087993

Comité scientifique provisoire

Monsieur François-Xavier AMHERDT (Faculté de théologie de
l’université de Fribourg), Monsieur Dominique YANOGO
(UCAO-UUA d’Abidjan), Konan Jérôme KOUAKOU (CRD),
Tanden Joseph DIARRA (UUBA/UCAO), Jean Robert
TCHAMBA (Université de Dschang), Dia Édith COULIBALY
née TRAORÉ (Université de Ouagadougou), Windpagnangdé
Dominique KABRE (Université OUAGA Il), Pétillon Muyambi
DHENA (Université de Kisangani-RDC), Pierre Samuel NEMB
(Universite de Maroua), Innocent FOZING (Université de
Yaoundé I), Kengne FODOUOP (Université de Yaoundé I),
Gabriel NYASSOGBO (Université de Lomé), Monsieur
Moussa OUEDRAOGO (coordonnateur de projet de
développement – B F), Maurice BAZEMO (Université de
Ouagadougou), Sindani KIANGU (Université de Kinshasa -
RDC), Alphonse Sekré GBODJE (Université Alassane Ouattara
de Bouaké-RCI), Augustin COLY (.L.S.H/U.C.A.D –
Dakar/Sénégal), Effoh Clément EHORA (Université Alassane
Ouattara, Côte d'Ivoire), Edmond BILOA (Université de
Yaoundé I), Mounkaila Abdo Laouali SERKI (Université
Abdou Moumouni de Niamey), Faloukou DOSSO (Université
Alassane OUATTARA – RCI), Ilango-Banga Jean-Pierre
LOTOY (université de Kinshasa – RDC), Albert MULUMA
MUNANGA (Université de Kinshasa - RDC), Kouakou Appoh
Énoc KRA (Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody –
RCI), Ram Christophe SAWADOGO (Université de
Ouagaougou), Roch YAO GNABELI (Université FHB
d'Abidjan - RCI), Issa A. MOUMOULA (Université de
Koudougou), Joseph YAO (l'université de Cocody), Fodé
NDIAYE (Banquier professionnel), Pierre samuel NEMB
(Universite de Maroua Yaoundé Cameroun), Justin KOFFI,
Gbaklia Elvis KOFFI, Philémon MUAMBA.




Comité de lecture provisoire

Hammou HAIDARA (Consultant international indépendant),
Pierre MOUANDJO (Univ. Catholique d’Afrique centrale), Paulin
POUCOUTA (Institut Catholique de Yaoundé), Judicaël
BOUKANGA (Doctorant), NDoumy Noel ABE (Université
Alassane Ouattara-RCI), Matthieu FAU-NOUGARET (Conseiller
des Présidents des Universités Publiques du Burkina Faso),
Dieudonné Kalindyé BYANJIRA (Université de Kinshasa - RDC),
Pierre FONKOUA (Université de Yaoundé), Jean Paulin KI
(OCADES ‐Dédougou), Jérôme KOUNDOUNOU (Global Water
Initiative-Afrique de l'Ouest), Louis Bernard TCHUIKOUA
(Université de Yaoundé 1), Sindani KIANGU (Université de
Kinshasa), Kouamé René ALLOU (Université Félix Houphouët
Boigny. Abidjan-Cocody), Kouakou Siméon KOUASSI
(Université Félix Houphouet-Boigny. Abidjan-Cocody), Désiré
ATANGANA KOUNA (Université de Yaoundé I), Gérard Marie
NOUMSSI (Université de Yaoundé I), Diané Véronique ASSI
(l'Université Félix Houphouet-Boigny. Abidjan-Cocody),
PierreClaver ILBOUDO (École Supérieure d'Interprètes et de
Traducteurs – Ouagadougou), Vincent Davy KACOU OI KACOU
(grand séminaire saint Paul d'Abadjin-Kouté - RCI), Jean-Claude
SHANDA FONME (Directeur exécutif du Centre Africain de
politique Internationale), Emmanuel KABONGO MALU (IPGC),
N'guessan Jérémie KOUADIO (Université Félix
HouphouëtBoigny de Cocody), Adou APPIAH (Université de Bouaké/Côte
d’Ivoire), Jean-Claude ANGOULA (Prêtre spiritain camerounais),
Omar NDOYE (Université Cheikh Anta Diop de Dakar),
Amouzou Essè AZIAGBÉDÉ (Professeur Titulaire des
Universités - Togo), Dieudonné ZOGNONG (Université de
Tromso - Norvège), Louis Hervé NGAFOMO (Université de
Yaoundé I), Hamadou ADAMA (University of Ngaoundéré –
Cameroun), Patrice TOE (Institut du développement rural
(IDR)/Bobo-B F), Bertin G. KADET (l'école normale supérieure
d'Abidjan – RCI).

Sommaire


GOMBANIRO RUTASHIGWA Faustin-Noël et
CHISHUGI CHIHEBE Apollinaire, Réflexions comparatives
sur les formes et pratiques de corruption en Afrique. Le cas
des 20 % au Cameroun.............................................................15

Lucien AYISSI, La corruption africaine dans la
paradigmologie dominante........................................................63

Mouhameth DIEME, Moustapha DIONGUE, Ass NDIAYE,
Les déterminants de la performance dans le secteur de la pêche
artisanale au Sénégal : cas des piroguiers de Guet Ndar .......... 87

SOUANGA Kouadio Denis, La contribution du verbe dans la
lutte émancipatrice dans Die neue Umverteilung : Soziale
Ungleichheit in Deutschland de Hans-Ulrich Wehler….…….125

Mobula Meta Victor, Kayowa Tshamazaba, Lufuluabo
Moise, Women Willingness to Pay for Training on soybean
processing technologies in the Province of Bas-Congo in the
DR
Congo………………………………………………………...139

Edo Kodjo Maurille AGBOBLI, Intégration régionale et
performances macroéconomiques dans les pays de l’UEMOA :
une approche par les échanges et les investissements……..…177

François-Xavier MAYEGLE, AboubaKar Mfopain,
Georges Wandji, Gouvernance et préservation de la « juste »
répartition de la valeur : un impératif de survie des EMF au
Cameroun………….............................................................195




7






Éditorial


Le développement économique constitue l’un des défis
majeurs pour le monde en général et pour l’Afrique
contemporaine en particulier. En cela la microfinance se veut
un instrument puissant de lutte contre la pauvreté, car du fait
des valeurs qui la sous-tendent, elle apparaît comme un outil
irremplaçable de construction à la fois de l’individu et de la
société. En effet l’accès à des services financiers viables
permet aux pauvres d’accroître leurs revenus, de se doter
d’actifs et de se protéger dans une certaine mesure des chocs
extérieurs.
La microfinance est donc un outil puissant de
développement et, en tant que tel, a connu un essor prodigieux
depuis le milieu des années 80, suite à la perte de vitesse du
système bancaire classique dans les pays africains. Elle a
ainsi, à l’instar du Cameroun, participé au financement de
beaucoup de projets économiques, surtout dans le secteur
informel. C’est en ce sens que pour B. TIDJANI (2006), par
exemple, le tissu économique des pays africains repose
essentiellement sur les micros et petites entreprises de
l’informel.
Dans cet ordre d’idées, il s’avère également que les Petites
et Moyennes Entreprises (PME) constituent la base de
l’économie pour bon nombre de pays dont, par exemple, le
Sénégal où elles constituent 80 à 90 % du tissu des
1entreprises . C’est dans ce cadre qu’il faut situer les pêcheurs
artisanaux, regroupés sous forme de PME informelles
exploiteuses de produits halieutiques.

1 Charte des PME sénégalaises (mai 2003).

9
Dans cette même logique du développement économique,
intervient le fait « intégration régionale » sur les échanges,
l’investissement domestique et l’investissement direct étranger
tel que cela se perçoit sur tout le continent et dont les pays de
l’UEMOA constituent un cas de figure. Et de fait,
théoriquement, l’intégration régionale peut entraîner une
augmentation des échanges intra-régionaux et des échanges de
façon globale parce qu’elle favorise la création ou le
détournement des échanges ce, sans compter le fait aussi que
l’intégration peut stimuler les investissements domestiques et
favoriser l’attraction des investissements directs étrangers
dans la mesure où elle peut accroître le rendement des
investissements. En tout cela, les États (africains) sont en
première ligne.
Malheureusement, un phénomène parallèle s’affiche de
plus en plus et comme en contradiction de ces donnes en ce
début de XXIe siècle, dans la plupart des pays en voie de
développement dont particulièrement les pays africains. Ce
phénomène consiste en ceci qu’en Afrique, l’État, dans ses
fonctions essentielles, est gravement remis en cause par
l’existence de phénomènes de privatisation de l’État, de
guerres civiles et de corruption.
Dans ce numéro, c’est essentiellement le phénomène
« corruption » qui est analysé. Certes, comme le révèle
Olivier de Sardan, « il n’est pas de société dotée d’État et de
bureaucratie, ancienne ou moderne, qui ne connaisse de la
corruption » (1996 : 97). Cependant, ce phénomène, en ce qui
concerne l’Afrique, épouse une configuration singulière qui
peut se résumer dans des concepts tels que ceux que François
BAYART énumère à savoir : l’« éthos de la manducation », la
« politique du ventre », l’« économie de prédation », la
2« gouverneentalité du ventre » et la « kleptocratie » , concepts
qui, cependant, relèvent d’une paradigmologie dominante.

2 Bayart 1989.

10
Ainsi, aussi bien dans les pays d’Afrique francophone
qu’anglophone, la corruption tend, remarque Transparency
International, à devenir à la fois systémique, constituant de ce
fait, la plaie la plus criante de l’administration africaine : on la
trouve partout, dans tous les pays d’Afrique et dans tous les
services, au point qu’elle apparaît parfois comme une pratique
institutionnalisée, ancrée dans les mœurs et dans les
consciences.
Pour avancer, il faut nécessairement repenser la question
de la corruption africaine par-delà la paradigmologie
dominante, notamment les approches respectives de l’École
Bayart et des institutions de Bretton Woods, afin de dégager
des voie possibles pour sinon sortir du phénomène, du moins
pour la mieux appréhender. Ce numéro en propose une
analyse.

Blaise BAYILI


11












Question développement
















Réflexions comparatives sur les formes
et pratiques de corruption en Afrique ;
le cas des 20 % au Cameroun


GOMBANIRO RUTASHIGWA Faustin-Noël
Doctorant en Sciences Sociales- Sociologie à l’Institut d’Étude
de Développement économique et social (EDES) - UMR 201 Développement
et Société (Université Paris1-Panthéon-Sorbonne, 2014).

CHISHUGI CHIHEBE Apollinaire
Professeur associé à l’Université Officielle de Bukavu (UOB), Doyen de la
Faculté des sciences économiques et de Gestion à l’UOB.


État de la question

n ce début de XXIe siècle, dans la plupart des pays en
voie de développement, en l’occurrence l’Afrique,
l’État, dans ses fonctions essentielles, est gravement E remis en cause par l’existence de phénomènes de
privatisation de l’État, de guerres civiles et de
corruption (Vernières M., 2003 : 17). En fait, les trois
éléments constituent les implications économiques de la
remise en cause de l’État. Dans cet article, nous ne nous
intéresserons qu’au phénomène de corruption, objet de notre
étude.
Le phénomène de corruption n’est pas, comme certains
médias ont tenté de le présenter ces derniers temps, une réalité
africaine. C’est un phénomène plutôt universel et de tout les
temps. On le trouve bien répandu, de l’Empire romain ou de
l’Empire byzantin à l’Europe de l’Est communiste et

15
postcommuniste, des machines politiques contrôlant les villes
américaines aux sociétés méditerranéennes. Comme le dit Jean
Pierre Olivier De Sardan, « il n’est pas de société dotée d’État
et de bureaucratie, ancienne ou moderne, qui ne connaisse de
la corruption » (1996 : 97).
Partout dans le monde la corruption ne cesse de prendre
des proportions inquiétantes, renchérit Transparency
3International , devenant une lourde menace pour la
démocratie et sapant l’économie. Cette Organisation non
gouvernementale internationale dont la démarche s’inscrit
dans un vaste mouvement mondial de lutte contre la
corruption, constate, impuissante, que si celle-ci n’est plus un
tabou et si les médias en parlent de plus en plus, cela ne
signifie pas pour autant qu’elle recule. Bien au contraire, elle
semble progresser plus vite que la dynamique qui vise à la
4réduire .
Aussi bien dans les pays d’Afrique francophone
qu’anglophone, la corruption tend, remarque Transparency
International, à devenir à la fois systémique, c’est-à-dire une
corruption qui constitue la règle plutôt que l’exception, et
généralisée à l’ensemble du continent. Elle s’est même
développée dans des régions jusque-là relativement épargnées
comme l’Afrique australe, par exemple au Malawi et au
Zimbabwe.
La corruption recouvre de nombreuses réalités et peut être
définie, selon Esther Duflo, comme la situation où un
fonctionnaire (ou un élu) enfreint un règlement pour obtenir
un avantage personnel. Il peut s’agir de pots-de-vin, de

3 Cf. Annexe.
Pour Esther Duflo (63 : 2010), il s’agit de la seule source sur la corruption.
Cette organisation prépare tous les ans un rapport très consulté sur la
corruption dans le monde, disponible en libre accès sur le site de
l’organisation :
http://www.transparency.org/about_us/annual. Les rapports de l’Economist
Intelligence Unit sont payants et disponibles en ligne à l’adresse suivante :
http://countryanalusis.eiu.com/
4 Cf. Commentaire sur la page de couverture arrière du livre.

16
népotismes ou encore de contrats octroyés par favoritisme.
Contrairement à l’usage commun, l’auteur considère donc que
l’absentéisme systématique est aussi un acte de corruption
puisqu’un enseignant absent enfreint la règle qui lui
commande d’être présent, pour profiter de sa journée : il
détourne de ce fait des fonds publics (sous forme de salaire).
En revanche l’auteur exclut le vol ou les actes de malveillance
accomplis dans la sphère privée qui, selon elle, ne relèvent pas
de la corruption (2010 : 62-63).
Mais de manière particulière, ainsi que l’observe Tidiane
Diakite (1986 : 71), la corruption constitue la plaie la plus
criante de l’administration africaine : on la trouve partout,
dans tous les pays d’Afrique et dans tous les services, au point
qu’elle apparaît parfois comme une pratique institutionnalisée,
ancrée dans les mœurs et dans les consciences. Le
fonctionnaire africain a tendance à considérer l’État (et le
service d’État) comme une vache à lait productrice d’intérêts
mirobolants pour affaires privées. Aussi est-il pratiquement
impossible actuellement de traiter la moindre affaire, de se
faire établir le moindre dossier dans un aucun service de
l’administration sans « graisser la patte » à ceux qui sont
payés par l’État pour de tels services, à un niveau ou à un
autre.
L’Afrique est le continent le plus touché par la corruption
en 2005, selon l’Indice de Perception de la Corruption de
Transparency International. Les trois quarts des pays africains
sondés ont, en effet, obtenu une note inférieure à 3 sur 10.
Seul le Botswana a eu une note au-dessus de la moyenne.
5Dans une étude menée à ce sujet, Vitraulle Mboungou (2005)

5 Rapport mondial sur la Corruption 2005 : l’Afrique dernière de la classe [en
ligne]. L’Indice de Perception de la corruption (IPC) 2005, publié par
Transparency International le 18 octobre 2005, le prouve une fois de plus en
classant les nations africaines parmi les plus corrompues au monde. Ce
classement est le résultat de 16 sondages effectués par 10 institutions
indépendantes. Et un pays doit paraître dans au moins trois sondages pour
faire partie du classement. La note s’étend sur 10, qui équivaut à une probité

17
montre que la corruption est le grand fléau de l’Afrique.
Menace réelle pour le développement en Afrique, « la
corruption est une cause majeure de la pauvreté ainsi qu’un
obstacle pour la contrer... Elle doit être combattue avec
vigueur pour que toute aide allouée puisse provoquer une vraie
différence pour libérer les gens de la pauvreté. La corruption
freine la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le
Développement, car elle est à l’origine du « sabotage » de la
croissance économique et du développement durable » (Peter
6Eigen, 2005) .
Dans cet article, notre réflexion sera articulée autour de
cinq points principaux. D’abord, nous analyserons le
comportement d’état patrimonial des dirigeants africains, avec
la double confusion qui s’en suit entre le privé et le public
d’une part, le pouvoir et l’avoir d’autre part. Ensuite, nous
passerons en revue les causes, et les effets ou conséquences de
la corruption en Afrique. Le quatrième point constitue
l’élément fondamental d’enquête de notre article réalisée sur
la corruption au Cameroun. Nous partons de l’hypothèse selon
laquelle la pratique des 20 % au Cameroun depuis les années

élevée, à 0, pays très corrompu. Sur 44 pays africains sondés, une dizaine
seulement ont une note supérieure à 3. Seul le Botswana, classé à la 32e place
mondiale, est au-dessus de la moyenne avec une note de 6,9 sur 10. Ce qui le
place au premier rang des pays africains les moins corrompus, derrière la
Tunisie (39e rang avec 4,9), l’Afrique du Sud (44e rang avec 4,5), l’Ile
Maurice (54e rang avec 4,2) et Seychelles (48e rang avec 4,0). Le Gabon (88e
rang avec 2,9) est, avec les Seychelles, le pays qui a enregistré la plus
mauvaise évolution avec une diminution de 0,4 point de sa note par rapport à
2004. D’autres comme le Nigeria (152e rang) ont enregistré une légère
progression, en passant de 1,6 en 2004 à 1,9 en 2009, laissant, cette fois, au
Tchad (158e rang) la dernière place du classement mondial. D’après le rapport
de Transparency International 2010, la situation n’a pas changé, au contraire.
Sur les 178 pays, seuls trois pays africains atteignent la moyenne : le
Botswana(5,9), l’Ile Maurice(5,4) et le Cap Vert(5,00). [réf. du 26 octobre
2010]. Disponible sur http:// www.afrik.com
6 Ibid. L’auteur note que parmi les dix-neuf pays les plus pauvres du monde,
qui ont récemment bénéficié d’une annulation de leur dette, aucun n’a obtenu
de note supérieure à 4 de leur Indice de Perception de la corruption.

18
1990 est une pratique sociale qui relève de la corruption. La
conclusion nous permettra d’affirmer ou d’infirmer cette
assertion.


I. Confusion du public et du privé, richesse
et pouvoir : les formes de corruption en
Afrique

La situation peu élogieuse pour l’Afrique en matière de
corruption est due au fait qu’il y a chez les dirigeants et les
responsables une double confusion : entre le public et le privé,
d’une part, entre la richesse et le pouvoir, d’autre part. Ainsi, à
un premier niveau d’analyse, l’émergence d’une corruption à
la fois systémique et généralisée peut être liée à ce que
JeanFrançois Médard appelle, « la nature néo-patrimoniale des
États africains » (1991 : 22). Cette notion est le prolongement
de la notion de domination traditionnelle patrimoniale de Max
Weber qui repose sur l’idée de confusion du public et du privé
dans un contexte de légitimité traditionnelle (1971 : 36).
JeanFrançois Médard entend par État patrimonial le fait que, si
l’État est, par ses structures formellement, différencié de la
société, du point de vue de son fonctionnement, les domaines
du public et du privé tendent informellement à se confondre.
L’État est, en quelque sorte, privatisé à leur profit, par
ceux-là mêmes qui y détiennent une position d’autorité,
d’abord au sommet de l’État, mais aussi à tous les niveaux de
la pyramide étatique (p.22), chacun appliquant l’adage
populaire des Camerounais selon lequel « la chèvre broute
toujours à l’endroit où elle est attachée. » Le dirigeant
politique se comporte en chef patrimonial, c’est-à-dire en
véritable propriétaire de son royaume. C’est pourquoi le
pouvoir et la richesse tendent à se confondre et la possession
du pouvoir politique ouvre la voie à l’accumulation
économique. En même temps, le pouvoir étatique, au lieu

19
d’être institutionnalisé et de se distinguer de la personne du
chef, tend à se confondre avec la personne de son titulaire.
L’institutionnalisation du pouvoir, comprise en ce sens, a
été la clé de la transmission dans la durée du pouvoir politique
au-delà de ses titulaires, et donc de l’accumulation du pouvoir
politique au sein de l’État. Elle constitue le fondement de la
puissance de l’État moderne. L’État néo-patrimonial est une
sorte d’État avorté et la corruption lui est consubstantielle. Il
repose sur le pouvoir personnel.
La plupart des chefs d’État qui ont réussi à durer ont bâti
un véritable système de pouvoir personnel autour de leur
personne. Le chef d’État joue de son pouvoir de nomination
comme d’un pouvoir de patronage, distribuant alternativement
la faveur et la défaveur, la grâce et la disgrâce (Blundo,
Giorgio & Médard, Jean-François, 2002 : 11). La légitimation
– et donc la reproduction de ce système de pouvoir personnel
– suppose que le chef dispose d’une capacité de redistribution
qui lui permette de faire accepter le recours à la contrainte,
dont il use pour extraire des ressources de la société. La
gestion rationnelle - c’est-à-dire soucieuse de sa propre
reproduction - d’un État patrimonial repose sur la
redistribution, mais sur une redistribution fondée sur le
favoritisme ou de type particulariste, comme c’est le cas du
« welfare state ». Si les ressources viennent à manquer ou
qu’elles ne sont pas judicieusement redistribuées, l’instabilité
menace. Les États risquent alors de se transformer en États
purement prédateurs, utilisant la force uniquement pour se
maintenir au pouvoir et en extraire tous les bénéfices
possibles.
La crise économique qui se développe au cours des années
1980 et les remèdes économiques qui lui ont été apportés ont
eu pour résultat de tarir les ressources de l’État qui s’est
retrouvé ainsi en panne sèche. La crise économique s’est alors
transformée en crise politique (Médard, 1998 : 55-67). On voit
ainsi comment la corruption en Afrique ne correspond pas à
des finalités uniquement économiques d’enrichissement

20
individuel, mais qu’elle a aussi des fonctions politiques et
sociales qu’on ne peut ignorer. Elle se greffe sur le
sousdéveloppement, tout en vidant de leur contenu les politiques
dites de développement. Il est difficile d’envisager un
quelconque développement dans de telles conditions, non pas
que le développement suppose nécessairement la disparition
de la corruption – les expériences asiatiques et occidentales le
prouvent. Mais nous devons tout de suite préciser que la
corruption est une réalité à multiples visages. D’une société à
l’autre, ou d’un type de société à l’autre, la corruption est
perçue différemment, varie en ampleur et en extension, revêt
des formes différentes, est plus ou moins visible ou tolérée,
sectorisée ou généralisée. C’est à ce titre que l’on a pu parler
de formes de corruption propres aux pays en voie de
développement, distinctes des formes européennes ou
nordaméricaines.
Les formes africaines de corruption, caractérisées par leur
visibilité et leur généralisation, et qui ne sont évidemment pas
sans rapports avec les formes asiatiques ou latino-américaines,
méritent une attention particulière en raison de la nature
spécifique des États africains contemporains et de la crise
7profonde qui les affecte (Blundo & Médard, 2002 : 14) .

7 Dans l’analyse, les deux auteurs montrent que les États africains, s’ils se
caractérisent dans la quasi-totalité d’entre eux par un noyau patrimonial
commun, ne sont pas pour autant interchangeables. Généraliser ne constitue
qu’un premier stade de l’analyse, qui risque d’être stérile si on en reste là. Car
chacun des pays, tout en appartenant à l’Afrique, est en même temps singulier,
avec sa trajectoire propre. Au-delà du constat d’une corruption patrimoniale,
systémique, généralisée et de grande amplitude que l’on peut étendre d’une
façon tendancielle à l’ensemble du continent, l’expérience montre que le
niveau de corruption et sa nature varient d’un pays africain à l’autre : la
corruption administrative semble, par exemple, d’après les observateurs,
moindre au Burkina Faso qu’au Niger ou au Mali. Elle était aussi bien
moindre au Burundi et au Rwanda qu’en RDC, alors qu’elle présente les
mêmes caractéristiques et le même degré de généralisation au Bénin, au Niger
et au Sénégal... Si dans une première approche, il est utile et nécessaire de
s’efforcer d’évaluer la corruption d’une façon à la fois quantitative et globale,
il faut aller ensuite plus loin, en prenant en considération non pas la

21

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