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Parole, regard et psychose

De
208 pages
Marie-Noëlle nous propose ici de partager sa réflexion de simple être humain, de patient, d'agent hospitalier, de femme, de mère en relation à l'autre, à la fois semblable et différent. Elle témoigne de la distance parcourue depuis son premier écrit "Un mensonge en toute bonne foi" (L'Harmattan, 1995). Elle témoigne d'une relation qui libère et crée des liens lorsqu'une présence attentive veut bien choisir le risque d'ouvrir sa porte. C'est une invitation à l'expression de la parole, au respect de l'éveil de l'autre, à sa souffrance étrange. Une invitation à un éveil sensible à l'esprit de la loi. Une invitation au réveil de ce lieu hospitalier où elle revient après trois années d'absence.
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PAROLE - REGARD ET PSYCHOSE...

@ L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5396-1

PAROLE - REGARD ET PSYCHOSE...

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55. rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y I K9

A Geneviève RICHARD-SOTTIEZ,

Praticien Hospitalier.

PREFACE.. .

Ce livre est un caillou. Un caillou de ceux que l'on découvre sur un chemin et qui va devenir point de repère, borne. Témoignage d'un chemin parcouru. Il est le témoignage, il est la trace encore imprimée sur le sable, il est aussi le chemin... Psychose et parole. Le titre de ce livre annonce cette rencontre. Marie-Noëlle est psychotique, et elle le revendique dans ces pages comme dans sa vie. Comment comprendre cela à partir d'une sensibilité de névrosé? Il yale besoin, la nécessité d'un geste de reconnaissance attendu depuis le premier mensonge qui a accompagné sa venue au monde. Il y a la force du témoignage à faire passer dans un monde où les symptômes sociaux dominants sont du champ de la névrose et de la perversion, où les organisations sont faites et fonctionnent suivant une logique qui est contraire à celle de la psychose. Histoire d'un retour difficile et douloureux dans un champ hospitalier qui, ô paradoxe, s'occupe de maladie mentale... On imaginerait volontiers qu'il soit accueillant pour le retour de l'un des siens frappé de l'étiquette psy L..
Il y a enfin la rigueur déjà présente depuis l'enfance, et qui s'impose maintenant depuis le dévoilement du sens dans sa clarté crue et dérangeante : exigence présente à tous les instants et qui ne souffre de repos. 9

Marie-Noëlle m'a appris la nécessité d'intervenir hors des murs du lieu de la thérapie: dans le social. Ma présence par ces lignes en témoigne. Deux références d'ouvrages pour terminer: lectures intéressantes et stimulantes à mon avis. Il s'agit du livre du Docteur Henri GRIVOIS: « Naître à la folie» (Les empêcheurs de penser en rond - Synthélabo) et celui de Contardo CALLIGARIS : « Pour une clinique différentielle des psychoses» (Editions Point hors ligne).

Jean-Michel LECOMPTE

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«Le fou dévoile la vérité tenninale de l'homme: il montre jusqu'où ont pu le pousser les passions, la vie en société, tout ce qui l'écarte de sa nature primitive qui ne connaît pas la folie. Celle-ci est toujours liée à une civilisation et à son malaise. »

Michel FOUCAULT Histoire de la folie à l'âge classique

INTERLUDE...

J'aimerais écrire des mots doux, des mots agréables à l'oreille, des mots qui résonnent et qui donnent le frisson, des mots simples qui disent la tendresse et l'émotion, des mots d'un bonheur intime, des mots qui écrivent ce mirage intense d'un instant d'éternité, des mots à répéter en écho, des mots qui disent le sublime... Ce seraient... mais ce sont aussi des secondes privilégiées, des minutes, parfois, qui s'égrènent hors du temps, mais dans le temps. Un temps d'une autre nature qui élève la grandeur de l'être dans la chaleur d'une relation vraie. Ce seraient des instants de vérité, des instants inspirés qui respirent, des instants qui ne s'oublient pas... Ils jalonnent un parcours balisé de souffrance, balisé de « petits bonheurs », balisé de solitude, balisé d'incertitude. .. Ecrire et dire... Ecouter et accueillir ces saveurs si contrastées... Elles s'imposent et composent cette corbeille colorée de nuances aussi variées qui assurent plus qu'une expérience... une envie de mourir... une envie de vivre... J'aimerais écrire avec mes larmes... Elles sont encre indélébile, une source qui s'écoule et fertilise... Ce serait... mais c'est aussi une écriture imperceptible, une écriture captive qui se libère, une envie intime d'embrasser une sensibilité à partager... J'aimerais écrire à Antoine de Saint-Exupéry... Je lui dirais, j'aime ce nom... dans son entier et en réduction... Saint-Ex... toujours et à 13

jamais présent, je crois... Il parle de l'Homme et des relations humaines... Je lui dirais, je vous ai rencontré dans le désert, le désert de la mer et des sables, le désert de la terre, le désert de la vie... Je ne vous en dis pas plus, je sais que vous savez... Au-delà des mots, la relation libère et se lie dans le regard du coeur... J'aimerais éveiller la rencontre... la rencontre de solitudes... La plus attentive à l'ouverture à l'autre, à l'ouverture de l'autre... la plus patiente mais la plus grave... la plus subtile mais la plus pure... la plus difficile mais la plus riche... Donner à lire ces mots, c'est donner de l'intime, c'est donner du futile, c'est donner du fragile, de l'éphémère... Mais c'est avant tout donner ce que je suis... cet après-midi, un mercredi 29 mai 1996... Et rien ne pourra remplacer cet instant... Il est unique et je suis en vie... C'est déjà ça... et c'est beaucoup...

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INTRODUCTION.

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Découvrir sa psychose dans un parcours de thérapie par la parole, la vivre dans ce combat au quotidien qui témoigne d'une envie déterminée de l'apprivoiser dans la rigueur de l'esprit de la loi qui s'impose, et vous exprimer la force d'une pulsion de vie insoupçonnée, souvent ignorée parce que méconnue par le clinicien expérimenté ou l' observateur non~ averti, c'est le pari d'un parti pris. Après des années, des mois, des jours, des heures difficiles, soutenue par la présence d'un thérapeute, guide accompagnateur de ces instants, j'aimerais rapporter une citation de Jacques LACAN parce que je la sens, je l'éprouve, j'y adhère: « La psychose est un essai de rigueur. » Elle pourrait quadriller la trame de ce qui se livre ici... Il approchait cette réalité à la fois étrange, étrangère mais familière qui interroge le regard, la sensibilité et exerce une forme de fascination tenace. Elle tient en éveil parce qu'elle génère un indicible ténu à essayer d'amender, de décanter, de discerner pour l'exprimer au plus près dans les mots du langage commun. Et ce langage commun appris, si longtemps insensé quand par défmition il ne signifie pas, est aussi un indice, un reflet, un miroir d'une relation, elle aussi bien singulière, entretenue par le sujet qui évolue dans le monde de la psychose. A travers les lignes à suivre, je vous invite à lire encore dans un ordre particulier peut-être, une logique opposée à la vôtre. Mais c'est elle qui me donne l'essence de mon être. C'est elle qui nourrit les mots de ma parole dans un langage ouvert à la sensibilité de mes symboles, traduits et concrétisés dans des images à regarder, à sentir au fond de vous. Ces 15

images parlent d'elles-mêmes, je crois, et leur sensation-perception s'infiltre et résonne aussi en chacun d'entre vous... Ecrire encore et témoigner, donner à écouter et à lire dans la sensibilité pour essayer d'approcher la réalité d'une structure qui existe, plus ou moins intense, à découvert ou enfouie, en chaque être humain. La psychose fait peur. Elle respire une présence étrangère et une « inquiétante étrangeté », pour reprendre les termes de FREUD. Mais elle ouvre une voie vers la vérité de l'être, une vérité pure et dure, une exigence dans la rectitude de ce qui l'anime, pour libérer sa présence et la richesse de ses nuances. Comment composer un ordre planifié d'une structure qui s'impose à l'intérieur, en deçà ou au-delà d'une loi orale ou écrite, dans un inné d'abord silencieux? II commence à sourdre jusqu'à devenir présence ordonnée, impossible à contrarier ou à abandonner, parce qu'elle habite un corps entier d'être humain érigé autour d'une ligne directrice inflexible qui lui donne l'essentiel de la densité de sa substance. Distinguer extérieur et intérieur et nouer un lien qui se serre et s'enchaîne pour s'affranchir au-dehors, vers l'autre, dès qu'il a pris racine en lui-même, avec lui-même... L'assurance naît à l'intérieur pour s'épanouir en relation à l'autre. Elle devient un fil conducteur sensible qui tisse une toile de fond pour ramifier à l'extérieur. Que la psychanalyse échappe à la science, qui pourrait le reprocher? Je l'approche dans l'esprit de l'art d'une relation sensible à éveiller et à encourager, dans la maturation subtile d'un itinéraire à la recherche de la rigueur de l'esthétique, pour atteindre des passages rares au seuil du sublime. Que la psychanalyse se soutienne de la psychose, c'est une hypothèse en perspective. Certains d'entre vous s'y sont risqués pour accompagner un aller simple vers la « folie », sans assurance de retour. Psychotique, halluciné ou délirant, ce sujet de la psychose vous emmène dans l'étrange au-delà de votre sensibilité, au-delà de vos repères, au-delà de votre langage. De mots absents ou déliés dans le non-sens, il vous entraîne vers l'émergence du « tout-sens », bien au-delà de vos 16

fantasmes ou de vos rêves, bien au-delà de vos références symboliques, vers des espaces de vertige. Que la psychanalyse évolue et progresse vers la psychose, c'est un voeu à formuler. Lâchez-le, votre savoir, il vous encombre et voile votre regard. Ne craignez pas de le perdre, vous le relirez plus tard avec un nouveau sens raffiné. Dans l'instant, soyez patient, vous embarquez vers l'inconnu, dans l'univers cosmique des atmosphères de cyclone, dans des océans de solitude, dans des îlots de trésors à découvrir, dans des espaces infinis aux limites de l'indéfini. Vous sentirez la chaleur et la froidure des sites insolites de l'extrême, vous escaladerez les profondeurs de gouffres à réveiller, et un jour peut-être l'envie vous viendra d'y retourner. Qu'un psychotique soit un être humain, cela aussi vous l'éprouverez. Il vous attire dans ses contraires, là où il souffle le chaud et le froid, mais, faites-lui confiance; il saura vous entraîner. Ne craignez pas s'il vous résiste ou vous épuise... Il peut vous accompagner, il a en lui une ligne de mire... «Fou », peut-être, il vous fait signe... mais vers le Nord, il est votre seul guide. Ces lignes, éveillées par la poésie à l'atmosphère énigmatique d'un autre monde, s'offrent en filigrane dans la trame de ce livre. Qu'il s'écrive en sensibilité ou dans une approche plus critique, il révèle le point fixe d'une rectitude à maintenir, La Loi. En raison de l'équivoque de notre lecture des mots du langage, je vous propose d'inscrire ce cap, lieu de convergence mais aussi de tant de divergences, dans une organisation chronologique liée à la nature de notre sphère universelle. Laissez-vous guider par votre sensibilité. Captive, à vif ou endormie au fond de vous, laissez-la écouter et exprimer cet écho intime dans votre réalité, il résonne à l'ouïe en un sens affmé.

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-I DES PREMIERS PAS...

VERS UNE DECOUVERTE...

Dans l'après coup d'une découverte où vous essayez de retracer sur la carte la topographie d'un relief parcouru, je prends le temps de dépister les obstacles naturels ou construits qui ralentissent une progression et invitent parfois à faire retour pour les apprécier afin de mieux les dépasser. Et j'ai lâché ce savoir appris qui encombre sur le terrain parce qu'il ne permet pas de se repérer dans la réalité rude de notre nature primitive... Vous partez, fort de ce savoir intellectuel, et vous découvrez bien vite qu'il est inutile, superflu et hors d'usage. Il vous encombre parce que vous y cherchez des points indiqués mais introuvables dans l'épaisseur du brouillard, des feuillus, des chaos de rochers, ou encore parce qu'ils sont enfouis sous la neige ou la glace. Il vous encombre, ce savoir, même s'il fait un instant illusion et vous conduit à vous risquer dans cette aventure. Vous vous croyez armé et prêt à tout afftonter, mais c'est ignorer « le danger tranquille» qui vous guette, parce que d'autres aussi progressent et vous attendent. Ils épient vos faits et gestes et affaiblissent vos défenses jusqu'à les réduire à zéro. .. Dans un espace qui existe et qui n'est pas « rien» ou « vide », le zéro, support des phonèmes « zé », « ro» inscrits dans un signifiant zéro, est un signifiant flottant dans une représentation symbolique impossible, parce qu'indéterminée, et dont la fonction propre est de s'opposer à l'absence de phonème. Le zéro ne suppose pas de contraire ou d'opposé alors que le « 1 » s'oppose au « -1 », le « 2 » au « -2 » etc. Il manifeste par sa présence une limite du savoir de la relation signifiant/signifié. Il ouvre à un espace de « non-savoir» à retrouver en nous-mêmes. Il y assure, dans sa singularité, une sensibilité sensible à 19

l'atmosphère qui nous entoure. Une atmosphère dénuée de qualificatifs donnés a priori, mais découverts pas à pas dans les mots du langage, en association au sens qui les ordonne et aux choses qui les symbolisent, pour les supporter, et comme je le disais aussi, pour les transporter dans une transmission orale d'abord, avant qu'elle ne se fixe dans un écrit à diffuser. Dans ma « logique singulière », les choses sont mes symboles premiers, elles me touchent. Si elles traduisaient ma réalité psychique, d'abord, longtemps, dans le silence, l'éprouvé intime de ces objets concrets s'est peu à peu mis en mots dans une « élaboration symbolique secondaire» pour entrer dans la sphère de votre langage. Il s'agit là d'un processus inverse au vôtre. Vous symbolisez les objets avec les mots, vous les nommez avec un support abstrait. Je symbolise les mots avec un support concret. Dans une autre forme, je pourrais dire, vous concrétisez l'imaginaire et j'imaginarise le concret... Ou encore, vous avez un rapport primaire aux mots et secondaire aux choses... J'ai un rapport primaire aux choses et secondaire aux mots... Un savoir appris a peine à se retrouver dans une réalité concrète. Il s'agit d'un savoir superficiel et rapporté qui s'abandonne au profit d'un « non-savoir », d'un « non-sens ». Il est à travailler en relation à l'autre différent, étranger, lui aussi, à ces savoir et non-savoir, pour émerger au sens dans une relation de réciprocité ouverte. Cette relation prendrait en compte la sensibilité des individus en présence, avec tout leur potentiel, supposé et inconscient, accumulé dans la gangue des mots du langage. Ces mots se laissent se décanter pour révéler l'essence essentielle, élémentaire et inconsciente, qui les constitue en une structure intime qui se parle, qui nous parle et se conjugue à la forme pronominale en relation à l'autre. J'ai beaucoup parlé à la deuxième personne... En m'exprimant ainsi, je parlais à la fois à l'autre et à moi, autant à l'autre qu'à moi. Et si l'autre en présence se perdait dans la trame de mon langage, c'est parce qu'il s'accrochait au sujet, verbe, complément, répertoriés et codifiés dans nos règles grammaticales qui élaborent la structure d'un discours. Il se suffisait de son « savoir» mais il se perdait dans la sensibilité d'un « non-savoir », le sien, celui de l'autre... Abandonner un « savoir» au profit d'un « non savoir », c'est se laisser aller vers un espace retrouvé, un espace infantile avant l'accès au langage. Nous essayions de nous exprimer d'abord par onomatopées, un langage inorganisé qui, en relation à la répétition de l'autre, s'affirmait 20

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