//img.uscri.be/pth/fadd2d18145d21a83549e87cb51656c54934150e
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 11,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Paroles d'ados, tabous d'adultes

140 pages
Sommaire. Editorial : Paroles et Seuils / Si tu t'imagines : Imagination morte - hallucinez... Roms, fric et charisme / Entretien avec : Daniel Marcelli / La chronique de David Le Breton : Virulences de l'image, fascination adolescente, trouble des adultes / Echo du terrain : Les sept violences que l'école inflige aux enfants / Le dossier du trimestre : Paroles d'ados, tabous d'adultes / Hors champ / Initiatiques / Coup de gueule / Lu et vu.
Voir plus Voir moins
N °2 9- Ja n v i e r2 0 1 4
Dossier coordonné par Géraldine Duvanel Aouida & Jocelyn Lachance « Paroles d’ados, tabous d’adultes »
N° 29 - janvier 2014
Cultue_et_SocIete_MEP_OK_co_OK.INdd 1
03/01/2014 11:55:18
Comité scientifique
Michel Autès (Lille), Georges Balandier (Paris), Cai Hua (Pékin), Boris Cyrulnik (La Seyne sur Mer), Christine Delory-Momberger (Paris-13), Pierre-André Dupuis (Nancy), Jean Duvignaud (1921-2007), Paul Fus-tier (Lyon), Remi Hess (Paris-8), Françoise Hurstel (Strasbourg), Mar-tine Lani-Bayle (Nantes), François Laplantine (Lyon-2), Cosimo Marco Mazzoni (Sienne), Guy Ménard (Montréal), Jean Oury (La Borde), André Rauch (Strasbourg), Claude Rivière (Paris-V), Christoph Wulf (Berlin).
Comité de rédaction
Rédacteur en chef: Thierry Goguel d’Allondans
Directeur de publication: Xavier Pryen
Président de l’Association des Amis de revue: Jean-François Gomez
Comité de rédaction :Roger Dadoun, Jean Ferreux, Sylvestre Ganter (Pin Sylvestre), Philippe Hameau, David Le Breton, Yolande Touati, Renaud Tschudy
Collaborateurs :Yan Godart, Pascal Hintermeyer, Jocelyn Lachance, Nancy Midol
Corrections ortho- et typographiques: Isabelle Le Quinio
Couverture et mise en pages: L’Harmattan
Cultue_et_SocIete_MEP_OK_co_OK.INdd 2
03/01/2014 11:55:19
Sommaire ÉDITORIALParoles et seuils Thierry Goguel d’Allondans
5
SI TU T’IMAGINESImagination morte – hallucinez… Roms, fric et charismeRoger Dadoun9
ENTRETIEN AVEC…Daniel Marcelli
17
LA CHRONIQUEde David Le Breton Virulences de l’image, fascination adolescente, trouble des adultes23
ÉCHO DU TERRAINLes sept violences que l’école inflige aux enfants Bernard Defrance27
LE DOSSIER DU TRIMESTRE : « PAROLES D’ADOS, TABOUS D’ADULTES»41 sous la direction de Géraldine Duvanel Aouida & Jocelyn Lachance
Regard sur la souffrance des jeunes dits “délinquants récidivistes” Géraldine Duvanel Aouida44
Repas adolescents et tabous alimentaires : les enjeux de la restauration scolaireLouis Mathiot50
La reproduction des rapports de genre chez les jeunes en errance activeFrançois Chobeaux
57
Homosexualité & adolescence : identités, orientations, sexuationsierry Goguel d’Allondans 64
Cultue_et_SocIete_MEP_OK_co_OK.INdd 3
03/01/2014 11:55:19
Tabou de la sexualité chez les adolescentes de culture musulmane Meryem Sellami71
De la scène aux coulisses et des coulisses à la scène : les processus d’appropriation de Facebook par les adolescents Claire Balleys78
Pourquoi se déshabillent-elles en ligne ? Jocelyn Lachance85
La mort d’un(e) ami(e) : comprendre des jeunes en deuil Martin Julier-Costes91
HORS CHAMPSLes questions de l’être au monde. Fondements d’une posture transculturelle Guy Lesœurs97
INITIATIQUESLe front mouvant des expulsés : dans les lieux et les luttes de l’après-expulsion au Mali Clara Lecadet103
COUP DE GUEULE…Pensées uniques Jean Ferreux113
LU & VU115
Cultue_et_SocIete_MEP_OK_co_OK.INdd 4
03/01/2014 11:55:19
Paroles et seuils
« Sodomy Fellatio Cunnilingus Pederasty
Thierry Goguel d’Allondans
Father, why do these words sound so nasty ?
Masturbation Can be fun Join the holy orgy Kama Sutra Everyone ! » 1 Hair
C’est au moment d’écrire mon éditorial de ce trimestre, songeant au beau dossier de Géraldine Duvanel & Jocelyn Lachance, que je repensais au filmHairque j’ai revu récemment. J’en avais oublié les côtés sirupeux, religieux et néanmoins révolutionnaires pour l’époque. Les paroles du deuxième titre de cette comédie musicale, mises ici en épigraphe, m’ont laissé sans voix tellement ce film culte est essentiellement associé à la chanson « Let the sunshine in », plus consensuelle, plus métaphorique aussi. La sexualité sans la chair, sans la corporéité serait comme un vin sans alcool dont on attendrait néanmoins quelques griseries. Entre la poésie des mystères et les mensonges boiteux, il y a parfois quelques dangereuses proximités que relève ce jeune campagnard de huit ans
1. ExtàIt de là chàNoN « Sodomy » de là comédIe muIcàleHair, écIte à Gàlt MàcDemot.
Cultue_et_SocIete_MEP_OK_co_OK.INdd 5
03/01/2014 11:55:19
6
devant le trouble et les hésitations pudibondes de ses parents à lui expliquer l’arrivée prochaine d’un petit frère : « Ah oui, vous avez fait comme les lapins de grand’maman ! »
Nos sociétés baignent dans des modes de communication où paradoxalement les mots sont élevés à une valeur cardinale – même le bébé est désormais un interlocuteur à part entière – et peinent néanmoins à se dire, à se trouver lorsque sont abordés des sujets aussi épineux que la sexualité humaine. Didier Dumas en fait l’expérience en animant un groupe de paroles composé essentiellement de femmes ayant déjà fait une ou plusieurs psychanalyses :
« Vous arrive-t-il, à vous ou à vos copines, dans la vie quotidienne, à table ou avec des amis, d’employer le mot “testicule” ? – Non jamais. – Et le mot “vagin” ? – Non plus. – Et croyez-vous qu’il soit possible de penser sans mots ? 1 – Non, bien sûr ! »
Nul ne disconvenait, l’été dernier, de la beauté du paysage qu’un ami géographe nous décrivait avec force détails passionnés sur les failles tectoniques, l’évolution des sols, la géologie et l’histoire. La poésie n’exclut pas la précision, la précision est également empreinte de poésie. Il n’y a que l’absence de paroles, le vide de langage, qui puisse nous laisser tous désemparés.
Mais, si on y prête attention, les espaces de paroles sont bien nombreux pour le petit d’homme ; et ce qui ne se dit pas dans l’un peut, pour le pire ou le meilleur, se déployer dans d’autres. Six lieux vont être, particulièrement pour les ados, des sources potentielles d’information : la famille, l’école, les pairs, le territoire urbain, l’environnement socioculturel (dont le religieux), l’ensemble des médias
1. DIdIe Dumà,Et si nous n’avions toujours rien compris à la sexualité ?, PàI, AlIN MIchel, 2004, . 107.
Cultue_et_SocIete_MEP_OK_co_OK.INdd 6
03/01/2014 11:55:19
(petites fenêtres sur le monde et les sociétés). On imagine aisément les heurts, les empoignades musclées qu’il peut y avoir, entre les tenants d’un territoire et les voisins immédiats, sur toutes les perceptions ou les aperceptions du monde ; des phénomènes d’acculturation peuvent en être des exemples poignants. Car nous sommes bien dans des effets de culture, dans des strates qui participent d’une construction culturelle. C’est un pléonasme de dire que la culture de l’autre nous est forcément étrangère. Mais comment dire autrement que ce qui prévaut ailleurs peut être interdit, voire tabou, chez nous et inversement ? Même dans des espaces utilisant le même véhicule linguistique, francophones par exemple, nous pouvons être altérés par des effets de culture qui ne correspondent pas à la représentation et aux usages du monde qui nous ont été inculqués ; telle l’expérience, anodine en apparence seulement, pour un Français, par exemple, de vivre quelque temps en Suisse, en Belgique ou au Québec.
C’est dans un contexte culturel que se déploient, en matière de sexualité, toutes les peurs archaïques avec parfois quelques variantes ici ou là. La parole, alors, ne dévoile – heureusement – pas tous les mystères du corps, mais elle permet d’en apprivoiser les usages culturels avec moins d’ambiguïté, de culpabilité ou de névrose. Car dans ses approches tactiles et sensibles de la sexualité, le jeune homme ou la jeune femme va forcément rencontrer des zones d’ombre, de plaisirs et de dangers mêlés. Son histoire, son environnement, ses rencontres l’aideront à passer, plus ou moins harmonieusement. Sans prétendre énoncer, de manière exhaustive, toutes les aspérités possibles, on peut brosser, à grands traits, les plus communes embûches du chemin : les mystères du corps (enfin révélés par les neurosciences ?), la pudeur, la masturbation, le sexe de l’autre (masculin/féminin, pénis, vagin…), l’utérus et la procréation, les sécrétions (sang, lait, sperme…), les virginités, les diversités sexuelles, la jouissance et la culpabilité…
Le corps est le réceptacle privilégié de nos sentiments ; par l’ensemble de nos sens, il capture les informations et les retraduit dès le
Cultue_et_SocIete_MEP_OK_co_OK.INdd 7
7
03/01/2014 11:55:20
8
visage et dans les moindre de nos gestes. La faim, la peur, la douleur, la joie, la tristesse, entre autres, se manifestent corporellement même si ces émotions sont déjà normées par les codes et les usages prévalents de notre groupe social ou de nos cercles d’affiliation.
Grâce aux travaux de Freud, nous savons que la sexualité et ses contentements sont bien antérieurs aux manifestations de la puberté, même si c’est encore ce seuil qui embarrasse et qui révèle, aux adultes, la puissance pulsionnelle de leurs enfants. Lorsque certains d’entre eux, pour différentes raisons contextuelles, semblent ne plus faire preuve d’aucune inhibition, le désarroi (et l’amnésie) s’empare de bon nombre d’éducateurs. Que dire à ce père dont le fils, adolescent porteur de la trisomie 21, s’autorise à mettre la main aux fesses d’une hôtesse de l’air ? Ou à ces parents d’enfants « normopathes » convoqués suite à des jeux, curieusement dits « de touche-pipi », de leur progéniture dans les vestiaires d’un établissement sportif ? Ou encore lorsque des jeunes filles, aujourd’hui, éprouvent les mêmes curiosités et adoptent des comportements similaires à ceux des garçons de leur classe d’âge ?
Plus sérieusement, j’aimerais bien qu’un neurobiologiste me démontre que des hormones ou des endorphines peuvent, à elles seules, expliquer l’inégalité des sexes devant les pulsions sexuelles, de manière similaire, par exemple, aux problématiques de l’obésité liées à la production des sucs gastriques. Il y a sûrement des scientifiques prêts 1 à nous l’affirmer(le traitement des délinquants sexuels en Amérique du Nord participe souvent de cette conception, comme dans la vieille Europe l’utilisation, à l’insu des intéressés, du bromure à l’armée ou dans les pensionnats de garçons !). Peut-on, dès lors, avoir une conduite addictive à l’égard du sexe comme d’autres pour le chocolat ?
1. VoIÀ ce uJet l’éloqueNt doIe éàlIé àCourrier international717-718 (N° du 29 JuIllet àu 18 àoût 2004) « AdoleceNt. Le ecet de leu ceveàu (et de leu comotemeNt) ». SI oN eut àdmette que l’évolutIoN du ceveàu àtIcIe d’uNe cetàINe vulNéàIlIté àux IgNàux émotIoNNel, oN y découve que le étude à Im de No chèe tête loNde exlIqueàIeNt « le àccè de colèe, le goût du Ique, le làII éouvé À déàe le oNe et l’àttIàNce Immodéée ou le exe, le dogue et le ock’N’oll » (. 29).
Cultue_et_SocIete_MEP_OK_co_OK.INdd 8
03/01/2014 11:55:20
Imagination morte – hallucinez… Roms, fric et charisme
Roger Dadoun
« Aucun vivant animé n’est banni de la cité harmonieuse » Péguy, pour l’établissement de la République socialiste universelle, Jeanne d’Arc, 1897.
Le « si » conditionnel – et son compère « comme si » qui est bon à tout faire – permet d’ouvrirad libituml’éventail des hypothèses et spéculations qui s’entendent à manipuler, transfigurer ou défigurer le réel. En ai-je, dans la présente chronique susnommée en haut de page «situtimagines… », usé, abusé, mésusé – médusant plus d’un lecteur ? La question demeure : où en est et où nous mène aujourd’hui l’imagination, flottante et tribulante faculté de l’âme ? Avec sonImagination morte imaginez(1965), Beckett en avait articulé l’aphanisis(extinction du désir). Porté par un autan chaud, le collectif-masse soixante-huitard affichait et revendiquait à grands cris une « imagination au pouvoir » (1968). On eut tôt fait de rendre les armes, baisser pavillon, se mettre en crise (en crise, déjà, tiens ? elle est bien bonne, celle-là !) – les plus verbeux et imaginatifs « militants » se précipitant pour occuper les meilleurs postes, nullement imaginaires, ceux-là ; quelques-uns y traînent encore, collet monté sur poil follet. Le tant disgracieux pouvoir, derviche tourneur de têtes et de vestes, a mis le grappin sur l’imagination, pour s’en repaître, la piller, la dévorer, tel Chronos ses enfants (d’un Goya au pouvoir, l’hallucinantSaturno devorando a un hijo). L’imagination au bestiaire – tel est l’ « état des lieux » : le monstre à deux têtes politique/médias en a fait et en fait,
Cultue_et_SocIete_MEP_OK_co_OK.INdd 9
03/01/2014 11:55:20