Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 16,50 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Passeurs de mondes

De
220 pages
Cet ouvrage donne la parole à des praticiens/chercheurs immergés dans des « lieux d'exils », où vivent des populations d'ici ou d'ailleurs, mises au ban du social, marquées par un entrelacs de relégations et de discrédits. Ces auteurs, issus de divers secteurs (santé mentale, aide sociale, sans-abrisme, école et aide à la jeunesse), « font savoir », à partir des vécus d'expérience. Leurs enquêtes de terrain donnent à penser ; elles déploient l'innovation professionnelle.
Voir plus Voir moins
PASSEURSIDE MONDESI
Praticienschercheurs dans les lieux d’exils
Pascale Jamoulle (dir.)
7 Investigations d'Anthropologie Prospective
PASSEURS DE MONDES
C o l l e C t i o n « Investigationsd’anthropologie prospective»
Déjà parus: 1. JulieHermesse, MichaelsingletonAnne-Marie etVuillemenot (dir.), Implications et explorations éthiques en anthropologie, 2011. 2. KaliArgyriAdis, StefaniaCApone, RenéedelA torre etAndrémAry,Reli-gions transnationales des Suds. Afrique, Europe, Amériques, 2012. 3. Pierre-JosephlAurent, CharlotteBrédAet Mariederidder(dir.),La moder-nité insécurisée. Anthropologie des conséquences de la mondialisation, 2012. 4. JorgeP.sAntiAgoet Mariarougeon(sous la dir. de),Pratiques religieuses afro-américaines. Terrains et expériences sensibles,2013. 5. NathalieBurnAy, Servetertul etJean-PhilippemelCHior (dir.),Parcours sociaux et nouveaux desseins temporels, 2013. 6. Valérieriddeet Jean-PierreJACoB(dir.),Les indigents et les politiques de santé en Afrique. Expériences et enjeux conceptuels, 2013.
° INVESTIGATIONS D’ANTHROPOLOGIE PROSPECTIVEn7
PASSEURS DE MONDES Praticiens-chercheurs dans les lieux d’exils
PascaleJamoulle(dir.)
Mise en page: CW Design Photo de couverture: Une clinique au fil de l’eau, 2008 Crédit photo: Emmanuel Nicolas
D/2014/4910/2
© Academia-L’Harmattan s.a. Grand’Place, 29 B-1348 Louvain-la-neuve
ISBN : 978-2-8061-0144-0
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
www.editions-academia.be
Merci au service de santé mentale Le Méridien, et à ses directeurs, Charles Burquel et Manu Goncalves, qui ont soutenu notre démar-che et ont offert à notre collectif d’auteurs les meilleures conditions d’écriture. Nos intervisions au Méridien nous ont donné du cœur à l’ouvrage.
Merci à l’asbl Le Grain pour l’aide qu’elle nous a apportée.
Merci aux membres du LAAP (Laboratoire d’anthropologie prospec-tive de l’UCL, University of Louvain), en particulier à la sociologue Nathalie Burnay et à l’anthropologue Pierre-Joseph Laurent pour leurs relectures critiques, nos débats et leur engagement dans le champ de la santé mentale en contexte social.
Merci aux professionnels qui participent depuis huit années à notre Certificat universitaire de formation continue «Santé mentale en contexte social: précarité et interculturalité». Leurs enquêtes de terrain ont nourri cet ouvrage.
Merci au CeRIS (Centre de recherche en inclusion sociale de l’UMons), en particulier à Willy Lahaye, responsable du Service des sciences de la famille. Il a pu créer les conditions d’émergence d’une intelligence collective et d’un travail transdisciplinaire entre praticiens-chercheurs.
Cette aventure a été rendue possible, grâce au soutien que la Commission communautaire française de la Région de Bruxelles capitale (COCOF) nous apporte depuis plusieurs années.
Introduction Des praticiens-chercheurs enquêtent et innovent
1 PascaleJamOullE
Cet ouvrage eXplore un mouvement de fond qui naît, se déploie auX marges sociales et transforme lentement l’interven-2 tion clinique et sociale : la réalisation de longues enquêtes de 3 terrain pardes praticiens-chercheurs chevronnés, immergés dans des lieuX d’eXils, où vivent des populations mises au ban du social, marquées par un entrelacs de relégations et de stigmates. Qu’elles
1. PascaleJamoulle est responsable du certificat universitaire de for-mation continue « Santé mentale en conteXte social : précarité et multicul-turalité ». Chargée de cours à l’Université de Mons (UMons) et à l’Université catholique de Louvain (UCL), elle travaille également au service de santé mentale Le Méridien. Membre du Laboratoire d’anthropologie prospective (LAAP/UCL) et du Centre de recherche en inclusion sociale (CeRIS/UMons), elle est docteure en anthropologie, licenciée en lettres et assistante soci-ale. Elle mène des recherches dans les quartiers populaires de BruXelles, du Hainaut et de la banlieue nord-est de Paris. 2. L’interventionclinique et sociale prend en compte les souffrances psychiques qui s’eXpriment sur « les lieuX du social » (Furtos, 2008, p. 19) et les souffrances sociales qui s’eXpriment dans les vies intimes et les psychés. Cette posture professionnelle, transdisciplinaire, peut permettre de se rap-procher, d’entrer en contact et de construire de meilleures relations avec des publics vulnérables, qui se sentent souvent humiliés dans leurs rapportsauX institutions et s’en tiennent à distance. Avec ces publics, auX blessures psychiques, familiales et sociales intriquées, les postures disciplinaires rigides ont souvent des effets d’eXclusion supplémentaire. 3. L’enquêtede terrain fait l’anthropologue (Singleton, 1998, p. 33). Le terrain est d’abord un ensemble de relations personnelles dans lesquelles on s’implique, « où on apprend des choses ». Pas de savoir sans relations, pas de connaissance intime d’un sujet sans connaissance dans le milieu (Agier, 2004, pp. 35-36).
7
8
soient migrantes, immigrées ou autochtones, elles vivent là dif-4 férents eXilsqui ont des répercussions sur leurs parcours, leurs relations sociales, leurs affects et leurs vies psychiques. Auprès d’elles, les auteurs de ce livre inventent, grâce à leurs savoirs pro-fessionnels et à leurs démarches ethnographiques, une pratique anthropologique et clinique. Issus de divers secteurs (santé men-tale, aide sociale, sans-abrisme, enseignement et aide à la jeu-nesse), ils « font savoir », à partir des vécus d’eXpérience. Ils rendent visibles les interstices cachés des sociétés contemporaines, créent des passerelles entre les mondes et les disciplines. Chacun conduit une enquête de terrain particulière. Il produit des traces de la vie ordinaire de son public et de son quotidien professionnel. Il crée une méthode de recherche empirique, eXpé-rimentale, adaptée auX circonstances, auX opportunités offertes par son terrain d’intervention (Ghasarian, 2004). Ces praticiens-chercheurs se rapprochent des perspectives de leurs usagers, de ce qu’ils observent, pensent, ressentent. Ils rendent compte de leurs sensibilités, du sens qu’ils donnent à leurs conduites, de l’intelligence qu’ils ont de leurs parcours et de leurs situations. Leurs enquêtes interrogent l’intervention psycho-médico-sociale et socio-éducative : elles la déconstruisent et la reconstruisent, au plus près des besoins, des blessures, des ressources, des modes de vie des publics. Leurs enquêtes donnent à penser, elles soutien-nent l’innovation professionnelle. Elles créent les conditions de trouvailles, d’eXpérimentations, adaptées auX fonctionnements des mondes sociauX des personnes, à leurs codes et supports 5 sociauX , à leurs aspirations. Les méthodologies de l’anthropologie permettent de faire trace de ces savoirs compleXes, de les transmettre à d’autres qu’ils soient professionnels, chercheurs, mandataires publics ou autres lecteurs potentiellement concernés par les savoirs qui peuvent émerger, en effet loupe, des marges sociales des sociétés contemporaines.
4. Leterme eXil est polysémique. Il renvoie à plusieurs figures de sens : le sentiment d’être étranger à soi-même (l’«étrangéité »),le déplacement (la migration) et le bannissement (la mise au ban de la société) (Jamoulle, 2013). 5. Lessupports sociauX sont des espaces de relations transculturelles, de subjectivation, de confiance et d’entraide mutuelle (Jamoulle, 2008).
Tels les auteurs de ce livre, de plus en plus d’intervenants s’en-gagent auprès de leurs publics, en menant avec euX des recherches 6 ethnographiques impliquées . Ils enquêtent, font trace des frag-ments de savoirs accumulés au cours de longues observations participantes :ils alignent les récits autobiographiques, décrivent les lieuX de vie, réalisent des entretiens collectifs, des ateliers d’écri-ture, des études de situation, ils ethno-photographient, diversifientles supports de parole, inventent des méthodologies de recueil de savoirs adaptés à leurs terrains (Jamoulle, 2011). Ces enquêtes sont particulièrement nécessaires quand les lieuX de vie se frac-tionnent et se polarisent sur le plan social et ethnique ; quand les publics les plus vulnérables – auX prises avec des agencements de disqualifications et de relégations (spatiales, sociales, ethniques, socio-administratives…) – vivent des relations conflictuelles avec les services et les institutions, finissent même parfois par les évi-ter, ne plus y recourir, voire récuser l’aide offerte. Dans les lieuX d’eXils et de précarisations, les relations d’implication et d’appren-tissages mutuels sont parfois les seuls modes de contact plau-sibles avec les personnes qui se sentent déshonorées dans les situations de demandes d’aide et qui se méfient parfois radicale-ment du « système », à savoir l’institution au sens large (socio-édu-cative, psycho-médico-sociale, judiciaire…). D’où l’intérêt des enquêtes de terrain participatives non passurpersonnes les concernées maisavecelles, en s’appuyant sur leurs capacités d’éla-boration, dans une visée émancipatrice, qui soutient leur capacité d’initiative, d’action et de création. Pour ces personnes, il s’agit souvent de parler « pour les autres », de transmettre son eXpériencevécue, de comprendre en soi les traces laissées par les contraintes sociales et le sentiment d’eXil, pour pouvoir en aider d’autres. 7 Mettre à jour, décrire et analyser les souffrances sociales , avec les
6. Voirà ce sujet l’ouvrage collectifImplications et explorations éthiques en anthropologie (Hermesse,Singleton, Vuillemenot, 2011), ainsi que les travauX d’enquête de praticiens-chercheurs, mis en ligne, chaque année, sur le site du certificat universitaire « Santé mentale en conteXte social : inter-culturalité et précarité», http://www.uclouvain.be/formation-continue-mentale/ 7. Lessouffrances sociales ou souffrances psychiques d’origine sociale sont l’ensemble des blessures dévastatrices que l’ordre social, politique et économique, pris aujourd’hui dans des enjeuX liés à la globalisation, inflige
9