Pastoralisme(s)

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La pérennité des sociétés pastorales repose sur une forme exceptionnelle de partage et de gestion collective de l'espace. Ce n'est pas tant la menace de la disparition de ces sociétés qui inspire ce livre mais les vertus de leur modèle collectif. Ce modèle s'oppose au modèle dominant dont la rentabilité à court terme est l'objectif premier. Des formes nouvelles d'élevage pastoral apparaissent. Restent à les concilier avec les traditions qui changent.
Publié le : mercredi 15 juin 2016
Lecture(s) : 20
EAN13 : 9782140011771
Nombre de pages : 236
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Khadija AITALHAYANE
PASTORALISME(S)
Sahel, Maghreb et Europe du sud
PASTORALISME(S)
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris www.harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09555-4 EAN : 9782343095554
Khadija A
IT-ALHAYANE PASTORALISME (S) Sahel, Maghreb et Europe du sud
Préface Le pastoralisme n’est pas mort ou moribond. Au contraire, les activités d’élevage extensif sur des parcours collectifs, bien que sérieusement menacées de disparition, résistent et se renouvellent. C’est le message principal de l’ouvrage de la géographe Khadija Ait Alhayane. Grâce à de nombreuses missions de consultante, notamment au Sahel et au Maghreb, elle a pu réunir les informations nécessaires à un essai original : comparer l’évolution des pratiques pastorales dans trois pays : le Mali (Koulikoro et Ségou), le Maroc (l’Oriental et le Tafilalet) et la France (les Causses et les Cévennes).Elle montre comment les politiques publiques agricoles, notamment en Europe, jouent un rôle capital pour accompagner -parfois avec un succès modéré - l’adaptation des éleveurs à des marchés très concurrentiels. Elle indique également que les États peuvent les délaisser -plus ou moins- au profit de pratiques intensives d’élevage, du fait de l’enjeu de sécurité alimentaire nationale. Dans les trois cas, le statut social des éleveurs se différencie nettement, marginalisé en Afrique, sauf pour les plus pourvus en capital de bétail, mais de plus en plus reconnu et organisé en France. Car, dans ce dernier cas, est en jeu la valorisation des paysages et des patrimoines identitaires régionaux du fait du classement de la région des Causses et des Cévennes au patrimoine mondial de l’UNESCO. Alors que les structures sociales traditionnelles de l’élevage se délitent en Afrique du nord et sahélienne, est-il possible de reconstruire des sociétés pastorales viables au XXIème siècle ? Le modèle des Causses-Cévennes, qui fait de l’éleveur un coproducteur du patrimoine naturel et culturel régional est-il transférable au Sahel et au Maghreb ? Des communautés d’intérêts sociaux, politiques et économiques peuvent-elles être reconstruites dans ces territoires ? Notamment à partir de l’idée que les éleveurs sur parcours disposent d’un savoir-faire original qui leur permet de vivre dans et des territoires aux ressources naturelles incertaines.
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Cette résilience, qui mériterait d’être approfondie, est un atout certain, surtout si les acteurs de la gouvernance territoriale des ressources naturelles pensent les pratiques d’élevage extensif avec l’idée des services écosystémiques à fournir localement et globalement. Dans ce contexte, celui duMillenium ecosystem assessmentde l’ONU (2005), l’éleveur n’est plus seulement un acteur économique dépendant d’un marché concurrentiel et producteur d’inégalités sociales. Il devient le coconstructeur d’un milieu de vie qui concerne d’autres acteurs et d’autres usagers (habitants, touristes). Il fournit alors à la société des services d’approvisionnement alimentaire, de régulation environnementale, sociaux et culturels. Et il peut en être rémunéré suffisamment si les politiques publiques s’engagent dans cette voie au côté des marchés. Cette orientation a été adoptée par l’Union européenne avec la Politique agricole commune. L’ouvrage de Khadija Ait Alhayane décrit ces perspectives géopolitiques en montrant à la fois les résistances et les adaptations des éleveurs dans les trois régions. Si la tragédie des « communs pastoraux » n’est pas une fatalité, cela signifie que ces ressources, avec les services écosytémiques qu’elles procurent, peuvent retrouver un sens territorial nouveau comme le montrent de nombreux exemples convaincants d’organisation pastorale. Non seulement dans les alpages et estives des montagnes européennes, mais dans tous les pays où l’appartenance à un territoire d’élevage extensif fonde le dynamisme social, culturel et économique de ses habitants, avec ou sans les pouvoirs publics. Pierre Donadieu, Professeur émérite de sciences du paysage, membre de l’Académie d’Agriculture de France.
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Avant-propos Dans les écosystèmes soudano-sahéliens, l’élevage pastoral est vital en termes sociaux et économiques. Les espaces pastoraux correspondent souvent aux territoires de la pauvreté, de l’exode rural et du manque d’infrastructure de base et de services publics. En l’absence de secteur industriel, la marginalisation des activités pastorales accroit le risque d’insécurité, alimentaire et politique. Dans les milieux arides maghrébins, la sédentarisation, le développement du droit privé au détriment du droit collectif traditionnel, le passage à la modernité sociale et technique et la persistance de préjugés dont certains sont encore vivaces, bouleversent profondément la société pastorale. Ces changements transforment la mobilité des élevages nomades et transhumants dans les terres collectives. Dans le monde nord méditerranéen en revanche, le pastoralisme se trouve au carrefour de plusieurs enjeux socio-économiques et d’identité territoriale et culturelle. En France, il incarne une forme de civilisation rurale qui mérite d’être préservée et transmise aux générations futures. Son statut de fournisseur de services écologiques et son rôle dans la lutte contre la désertification économique favorise sa requalification et sa reconnaissance par la société et les pouvoirs publics. Les pratiques de l’élevage extensif demeurent généralement associées à la dégradation et à la vulnérabilité : conflit social (au Sahel), destruction des ressources naturelles (au Maghreb), fragilité économique (en Europe). À l’inverse, leurs aptitudes à valoriser les territoires par leur déploiement dans des conditions extrêmes sont moins reconnues. Tous les éleveurs mobiles entretiennent une véritable passion pour leurs animaux, leurs terroirs, leur autonomie et leur liberté d’action. Sous leurs diverses formes actuelles, les pratiques du pastoralisme suscitent de nombreuses questions : quelles sont leurs ressorts face aux défis multiformes qu’elles rencontrent (anciens, actuels et émergents) : le climat qui se réchauffe, la propriété de la terre qui change de statut, les stratégies publiques qui pèsent sur les choix des éleveurs, les institutions qui se modernisent et s’éloignent, la
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démographie qui métamorphose les paysages pastoraux ? Les pâturages doivent-ils être observés exclusivement sous le seul prisme de la préservation du patrimoine naturel ? Quel intérêt à patrimonialiser le dispositif pastoral (usages et paysages). La gestion des ressources fourragères « dite » rationnelle, peut-elle encore faire l’impasse sur les pratiques inhérentes aux cultures locales ? Ces interrogations animent ce livre qui s’attache à souligner le rôle du pastoralisme et ses enjeux au Sahel, au Maghreb et en Europe du sud. Les territoires pris en exemple se situent dans un espace continu mais interrompu par deux obstacles naturels majeurs : l’un maritime (la Méditerranée) sépare l’Europe du Maghreb, et l’autre désertique (le Sahara) détache le Maghreb du Sahel. Cette discontinuité se traduit par une profonde transformation du milieu naturel et devient, dans le même temps, source de remarquables adaptations pour les sociétés qui l’utilisent. Celles désignées ici (malienne, marocaine et française) ont en partage des liens historiques qui les ont toutes bouleversés. Cinq parties structurent l’ouvrage. Chacune se compose de trois chapitres. La première partie s’intéresse à la ruralité et à ses évolutions qui affectent les pratiques pastorales : l’urbanisation et les découpages de l’espace qu’elle engendre, les effets de la démographie sur l’occupation des terres rurales et les stratégies des éleveurs mobiles pour exercer durablement leur métier. Les trois parties suivantes exposent les pratiques pastorales dans les circonstances locales sahéliennes, maghrébines et nord méditerranéennes. Pour montrer leur diversité à l’échelle nationale et internationale, la démonstration s’appuie sur deux régions choisies dans un même pays : Koulikoro et Ségou pour le Mali, Missour et Tafilalet pour le Maroc et les Causses et les Cévennes pour la France.La dernière partie s’intéresse aux perspectives du pastoralisme. D’abord en mettant en exergue la pluralité des objectifs de l’élevage mobile, puis en traitant l’opérationnalité de l’approche de gestion collective et finalement en identifiant les voies d’avenir des pratiques d’élevage extensif.
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PREMIERE PARTIELE CADRE RURAL DU PASTORALISMETROIS CONTEXTES DIFFERENTSDans les régions méditerranéenne et sahélienne auxquelles cet essai se limite, le pastoralisme représente le mode historique majeur de l’élevage. Il n’est pas seulement un héritage et un patrimoine culturel mais représente toujours une activité de production animale et un mode de vie dont la pratique témoigne encore de la diversité culturelle des territoires ruraux et des sociétés traditionnelles. Le pastoralisme désigne «toute activité d’élevage consistant à assurer l’alimentation et l’abreuvement des animaux par l’exploitation directe des ressources naturelles sur des espaces 1 déterminés et impliquant la mobilité des animaux» . Ses formes sont multiples. Elles varient entre des systèmes extensifs à semi-intensifs (nomadismes, transhumances, agro-pastoralismes). Plusieurs critères servent à caractériser chacun de ces systèmes de production pastorale : mobilité des troupeaux, type d’habitat, poids des activités agricoles, origine et importance de la végétation naturelle consommée par le cheptel. Largement perçu comme un mode de production agricole en voie de disparition sur la planète, le pastoralisme est souvent associé à l’abandon, à la dégradation ou à la désertification des terres. Sa transformation ces dernières décennies révèle des réalités sociales et écologiques contrastées d’un pays à l’autre. En Tunisie par exemple, la
1  Toutain (Bernard), Marty (André), Bourgeot (André), Ickowicz (Alexandre) et Lhoste (Philippe),Pastoralisme en zone sèche. Le cas de l’Afrique subsaharienne, Montpellier, CSFD/Agropolis International, (Les dossiers thématiques du CSFD, n°9, 2012, 60 p.
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