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Patrie et Guerre

De
246 pages

La distance qui sépare les temps présents des régimes que l’on ne cesse de condamner, les préjugés tendant à diviser la masse nationale en classes mutuellement hostiles, n’obscurciront jamais l’idée de patrie, dont les racines sont aussi profondes dans la conscience que dans l’histoire de tous les peuples.

Les annales de la France sont fertiles en exemples de patriotisme, que l’on ne doit pas confondre avec des actes où, au nom de la patrie, les ennemis du bien public engageaient, comme aujourd’hui, les citoyens à méconnaître les droits les plus légitimes, les plus sacrés.

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À propos de Collection XIX

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Henri Choppin

Patrie et Guerre

A LA MÉMOIRE
DU GRAND PATRIOTE DE FRANCE,
A ALBERT DE MUN
DONT LES ÉPAULETTES ONT BRILLÉ AU REFLET
DES ÉPÉES NUES

PRÉFACE

Au cours de sa campagne contre l’antimilitarisme, le comte de Mun a fait appel à tous ceux qui ont une connaissance pratique de l’armée ; il leur demandait de l’aider à ausculter le pays, afin de préciser les causes de l’abaissement des caractères, de l’apathie qui faisaient oublier aux citoyens les sentiments d’estime, de reconnaissance dus aux hommes qu’une vie de dévouement, d’abnégation, a constitués gardiens naturels de l’honneur national, aux serviteurs par vocation de la Patrie.

Il n’était pas sans espérer que le jour était proche où un vent généreux chasserait les brouillards épais qui anémiaient la constitution militaire de la France. Aussi, n’avais-je pas oublié ce qu’il avait écrit quelques années auparavant : « C’est vers l’armée, consolation suprême et suprême espérance, que tout Français doit prendre le point de direction. Là, tout le monde peut se rassembler, tout le monde le doit. Je crois que tout le monde le veut. »

Je me suis empressé de répondre à son appel en lui adressant, en communication, cette étude, commencée depuis longtemps.

Quelques semaines après, je recevais la lettre suivant, qui est la marque la plus flatteuse dont un auteur puisse s’honorer, venant d’un homme politique dont tous les partis ont salué la tombe, que l’on regardera toujours comme l’apôtre de la réconciliation nationale et qui n’a pas eu la joie d’assister aux triomphes de l’armée pour laquelle il avait un véritable culte.

       CHAMBRE                                   Paris, 27 février 1914.
DES DÉPUTÉS
 — 

Cher Monsieur,

 

Les occupations dont je suis surchargé ne m’ont permis, à mon grand regret, que de parcourir les pages que vous avez bien voulu me communiquer. C’est trop peu, pour le plaisir et le profit que j’aurais trouvé à les lire attentivement ; c’est assez pour que je sois pénétré de leur haute valeur, de leur généreuse inspiration et de leur profonde vérité. Je fais des vœux pour le plein succès de votre livre et je vous prie de croire à mes sentiments les plus dévoués.

A. DE MUN.

 

N’est-ce pas là le passeport le plus précieux, le plus efficace, pour faire pénétrer dans le cœur et l’esprit des idées conformes à celles du grand écrivain, dont je viens d’invoquer l’autorité ? Il a contribué à faire prendre corps au sursum corda pour permettre au coq gaulois de chanter le réveil ait milieu d’une resplendissante aurore, en attendant que l’épigraphe de ce livre devienne une réalité aux pieds des statues de Kléber et de Fabert, où nos musiques attaqueront la Marseillaise, comme avant 1870, aux applaudissements enthousiastes des populations rendues à leur patrie.

 

Décembre 1914.

 

 

Capitaine H. CHOPPIN.

INTRODUCTION

Au siècle de Périclès, les disciples de Piaton se pressaient dans le jardin d’Academius pour entendre les paroles du maître, sur les lèvres de qui les abeilles de l’Hymette avaient déposé leur miel le jour de sa naissance. Au siècle de la Renaissance, les jardins de Cosmos Rucellaï donnaient asile aux jeunes patriotes qui venaient y recueillir, dans la conversation de Machiavel, les fruits de ses méditations et de son expérience sur la meilleure manière de réformer la République de Florence.

De nos jours, l’école philosophique des péripatéticiens est remisée depuis des siècles au musée des antiquailles, où l’on a même beaucoup de peine à en trouver des traces. Aussi, est-on fort embarrassé pour diriger ses pas vers un lieu où l’on a quelques chances de trouver un auditoire vraiment français, d’y goûter un plaisir national.

Si la faim fait sortir le loup du bois, la gloire militaire et l’amour de la patrie m’ont fortement engagé à quitter le mur derrière lequel je m’étais retiré pour juger les événements sans y prendre part. Et voilà comment j’en suis arrivé à l’ambulat in horto pour me rendre compte du bouleversement que les iconoclastes du passé, les cardinaux et docteurs de la doctrine nouvelle ont opéré dans la mentalité des masses par la promesse que les temps étaient proches où l’on pourrait prendre la lune avec les dents, sans oublier le reste.

Ce sont les observations, recueillies dans cette promenade, que j’ai notées, que je livre, aujourd’hui, au public.

Envahi par la lassitude, c’est avec bonheur que je me retrouve sur un autre terrain, où l’on respire à pleins poumons un air véritablement français. L’armée reprend la place qu’elle n’aurait jamais dû quitter. La confiance renaît et le patriotisme ne craint plus de s’affirmer hautement. Le tas de fumier entretenu, soigné, peigné pour l’usage que l’on sait, n’est plus que cendres, et le drapeau est salué par tous.

Avec quelle joie je parcours la campagne où la vue s’étend vers l’horizon derrière lequel il me semble entrevoir la réalisation d’un rêve caressé depuis plus de quarante ans. Je rencontre des soldats, dont l’âme est trempée aux sources de la discipline, du devoir, fortifiée par l’esprit d’abnégation. Les cadres et la troupe, complètement étrangers aux tribulations de la politique, marchent allégrement sans se soucier des obstacles qu’ils trouveront sur leur chemin, qu’ils sauront surmonter, au prix de leur vie, pour le bon renom de la mère patrie. L’esprit s’égare vers le mirage des grandes guerres et je crois entendre encore les échos lointains du canon de Sébastopol, d’Italie, je me remémore les récits des batailles et combats auxquels j’ai assisté ; je les sais par cœur, comme cette magnifique page, qui brillait au frontispice de l’Ordonnance du 2 novembre 1833, que l’on a déchirée comme contraire au dogme de la nouvelle Église.

Quand je lis le compte rendu des exploits journaliers du corps de débarquement au Maroc, là où l’on n’a pas oublié la vieille maxime des anciens : « Noblesse oblige », ma pensée se reporte avec confiance sur les éventualités de l’avenir. Je dis alors, avec M. Émile Faguet, répondant au regretté général Langlois le jour de sa réception à l’Académie Française : « N’oublions jamais que l’espérance est une belle vertu ; non pas cette espérance molle et rêveuse, qui est un divin sommeil de l’âme, mais l’espérance qui est une forme de la foi, et, par conséquent, une forme de la volonté. »

Après avoir mis son épée au service de la France, commandé à de braves gens et connu l’esprit de la troupe pour avoir manié effectivement la pâte militaire, y avoir trouvé le charme des qualités professionnelles avec leurs chaudes aspirations, M. Albert de Mun a entrepris, avec sa grande éloquence et sa plume brillante, une campagne pour résister à l’assaut livré à la religion, à l’armée, aux traditions glorieuses, à la France contemporaine. Toujours sur la brèche, là où il croit sa présence utile, il a affronté le danger pour le salut social, menacé par le mal du siècle.

En lisant ses articles Pour la Patrie et L’Heure Décisive qui, du premier au dernier, respirent la finesse française, la délicatesse de sentiments, la science de l’homme et des hommes, et, par-dessus tout, le patriotisme le plus élevé, on relève la tête, porte les regards vers le respect, l’honneur, le courage pour se fortifier contre la désespérance.

Lors de la dernière investiture du chef de l’État, il a écrit : « Le drapeau est menacé ! nul n’en doute. La France est debout prête au sacrifice, non pas résignée à l’humiliation. Elle veut que demain, quand sonnera l’heure, son armée soit puissante, non seulement par les armes, par son labeur et sa force technique, mais par sa discipline, sa confiance envers ses chefs et sa force morale. Elle veut, derrière ses étendards, voir tous ses fils unis dans une même pensée, rassemblés dans un seul amour et que, dès aujourd’hui, pour former cet infrangible faisceau, l’abolition des haines fratricides rapproche leur cœur et joigne leurs mains. »

Il a parlé au nom d’une foule de Français qui, émus d’inquiétude et d’espoir, attendent le lendemain.

Tout le monde applaudit cette invocation à la concorde, à ce rêve qui se réalisera lorsqu’on ne laissera pas au hasard des conflits personnels, des fluctuations des partis, le choix des hommes qui dirigent la défense et la diplomatie. Le mot de M. Paul Deschanel est malheureusement toujours d’actualité : « Étrange pays, où la folie nous pousse en haut, où la réputation de la folie nous y maintient, où l’on provoque, d’abord, par les cris, l’enthousiasme des violents, où l’on gagne, ensuite, par son repentir, l’applaudissement des sages. »

Lorsque l’on n’aura pour souci que l’intérêt général, on pourra assister au réveil si impatiemment attendu. On prouvera que l’on a fini par comprendre la nécessité de cette faculté politique du citoyen, qui consiste à savoir nettement ce qu’on veut et à nourrir en soi-même des volontés longues et persévérantes.

La Muse de l’Histoire apparaîtra alors, non comme la froide effigie, drapée sur son sarcophage, mais comme une statue animée, vivante, descendue du socle de l’Arc de Triomphe.

La France n’est-elle pas la terre du dévouement, de l’honneur, le pays, selon l’expression de René Bazin, « des résurrections » ? Après les jours de deuil, de misère, de fiévreuses angoisses, arrivera le réveil éclatant salué par les fanfares guerrières.

Lamartine a dit que « les cendres des morts créaient la Patrie ». Donnons donc un souvenir à ceux qui sont tombés au champ d’honneur. C’est un heureux stimulant de courage et de dévouement ; il entre tient la force, rajeunit le génie, fait le citoyen fort, respecter les nations.

Après le patriotique pacte de Bordeaux qui fut, pour le pays, une trêve des partis, la représentation nationale, sortie des élections faites sous l’œil de l’ennemi, se montra à hauteur de sa tâche. On ne saurait mieux dire quelle fut son œuvre que ne l’a fait M.A. Ribot, à l’Académie Française, en prenant possession du fauteuil laissé vacant par la mort de M. le duc d’Audiffret-Pasquier :

« On est plus équitable pour elle, à mesure que le recul permet de mieux la juger. Ces hommes, que l’Empire avait tenus, pour la plupart, éloignés des affaires publiques, se sont trouvés tout à coup en présence d’une tâche effrayante. Il fallait conclure la paix au prix des plus durs sacrifices, réprimer une terrible insurrection, libérer le territoire, créer de nouvelles ressources, refaire l’armée, rendre au pays confiance dans sa fortune. Remercions-les d’avoir aimé la France comme elle veut être aimée dans son malheur, soyons-leur reconnaissants d’avoir été des patriotes avant d’être des hommes de parti.

« Les deux années qui se sont écoulées de 1871 à 1873 ont été une des périodes les plus belles de notre histoire. L’Assemblée n’a rien refusé à M. Thiers pour l’accomplissement de sa tâche. Ce qui fut plus merveilleux encore que le génie de M. Thiers, fut la rapidité du relèvement de la France blessée. Quelques mois après les désastres de la guerre, elle respirait, reprenait confiance, commençait à exciter les craintes chez ses ennemis de la veille. Admirable ressort de notre pays ! Que de fois a-t-il paru près de l’abîme ! Que de fois n’a-t-il pas trompé les prévisions les plus sinistres ! L’Histoire n’oubliera pas les grandes discussions, qui ont fait l’honneur de la tribune française, ni surtout la dignité, la sincérité, les passions nobles dont tous les partis ont donné l’exemple. Ce régime des assemblées qui s’abaissent misérablement quand les caractères eux-mêmes s’abaissent, est une incomparable école de vertus civiques, lorsque, dans les grandes crises de la vie nationale, il élève les cœurs, oblige les partis à se discipliner, à cacher leurs convoitises, à dissimuler les misères de la politique et qu’il fait apparaître, au-dessus de toutes les divisions, l’image de la patrie ! »

Dans l’éloge qu’il fait de son prédécesseur, le nouvel académicien rappelle le discours prononcé par le duc d’Audiffret-Pasquier, s’efforçant de démontrer que, en 1870, la France avait été trompée et que, si nous n’avions pas été mieux préparés à la guerre, la faute en était moins aux hommes qu’au système de notre administration.

« L’effet de ce discours fut prodigieux. Au témoignage de ceux qui l’ont entendu, jamais assemblée n’a fait pareille ovation à un orateur. Les députés debout applaudissaient sans fin, au milieu d’une émotion qui s’exaltait et allait sans cesse en croissant. Les regards cherchaient à son banc l’ancien ministre d’État de l’Empire. Il n’assistait pas à la séance, mais il ne voulut pas rester sous le coup de cette philippique. Dans un discours habile et mesuré, il entreprit de prouver que l’Administration de la Guerre ne méritait pas les reproches qu’on lui adressait. Il revendiqua pour les anciens ministres toute la responsabilité ! « Ah ! vous voulez, s’écria le duc Pasquier, que les responsabilités soient mises à part. Ne vous plaignez pas. Tout à l’heure, je les porterai aussi haut qu’il faut les porter. » Il les porta si haut que tout le monde eut un frisson, lorsque, dans une invocation ardente, il en vint à s’écrier : « Vare, legiones redde ! Rendez-nous nos légions, rendez-nous la gloire de nos armes, rendez- nous nos provinces ! » Ce cri, qui nous émeut encore aujourd’hui, retentissait jusqu’au fond du cœur d’une assemblée toute meurtrie des désastres du pays. Il la soulevait dans un transport de colère, d’enthousiasme et de patriotisme, dont la sincérité donna à toute cette scène un caractère de grandeur tragique. »

Montesquieu, qui avait un goût prononcé pour les anciens, disait qu’il fallait toujours réfléchir sur la Politique d’Aristote et les Deux Républiques de Platon. Ce serait faire preuve de pédantisme que de s’aventurer dans une étude aussi lointaine en vue d’y chercher de salutaires leçons au profit du présent et de l’avenir. Aussi ai-je préféré m’arrêter sur les bords de la Seine.

Les jours succèdent aux jours, la vie s’écoule, une génération passe et l’expérience d’hier est perdue pour le lendemain. Mais, quelques minutes de réflexion suffisent pour démontrer que si la France a vu son existence politique subordonnée aux luttes des partis, cela tient à des causes multiples, dont les effets ne disparaîtront que lorsque la guerre aura décidé si la nation, après les éclairs et la tempête, sera appelée à revoir le ciel pur et radieux où sa gloire, sa sécurité brilleront, à nouveau, dans tout leur éclat. L’armée seule peut travailler à cette résurrection, avec des soldats, toujours disposés à mourir en héros, le fusil à la main, ne perdant jamais de vue le point de direction donné par leurs officiers en qui ils ont pleine et entière confiance.

Et voilà pourquoi l’on dira avec Alfred de Musset :

De la Patrie en deuil le malheur me poursuit

 

Je sens d’un dieu vengeur
La force et la colère
Descendre dans mon cœur,

En guerre !

C’est avec les vifs souvenirs de Balaclava et de Sébastopol, de Magenta et de Solférino, de Mars-la-Tour et de Saint-Privat, que j’ai écrit Patrie et Guerre. J’y proclame, comme Albert Sorel lorsqu’il mettait le point final à l’Histoire de l’Europe et de la Révolution, l’admiration que j’ai pour le génie de la France, la pitié pour ses infortunes, la fierté de ses triomphes, la foi inébranlable dans sa destinée. Si l’on y trouve l’écho d’un regret donné au passé, c’est parce que c’est en pensant aux illusions du présent, aux émotions que réserve l’avenir, que j’ai été amené à en parler.

On se prépare au réveil. Mais, il faut qu’en sortant du beau rêve que l’on a fait, l’esprit ne soit enserré que par une seule angoisse, celle de ne pouvoir, tout en marchant sur les traces de glorieux ancêtres, continuer leur collaboration à l’œuvre de la grandeur de la patrie, dont ils ont été les ouvriers ardents et valeureux. Que chacun marche en avant, ayant pour guide l’étoile dont la riche couleur est celle du sang versé par le soldat.

Par son énergie et sa persévérance, son courage et ses sacrifices, l’armée redonnera à la France tout l’éclat de la gloire, qui a été momentanément obscurci.

Le S.P.Q.R. au temps de la grandeur de Rome, comme l’inscription légère et fine attachée au labarum de Constantin, la couleur de la cape de Saint-Martin, les fleurs de lys de la Monarchie, la lance de la Révolution, l’aigle de l’Empire, le coq du Gouvernement de Juillet, ont tous la même signification : PATRIE.

Aussi, je dirai avec Guizot : « La France est la Patrie de l’espérance », mais à la condition qu’elle ne perde pas de temps pour dessécher les mares stagnantes et croupissantes, dont les émanations l’infectent au point de mettre son existence en péril.

Le passé garantit de l’avenir. Comme aux beaux jours, la cocarde sera replacée cavalièrement à la coiffure, récompense insigne des sentiments de confiance quand même, que rien n’a pu altérer.

Le souvenir des épopées élèvera les cœurs et le patriotisme fera le reste !

Et, maintenant,

Que Dieu protège la France.

I

LA PATRIE

Arrivez donc, lumières de la Patrie ! A votre aspect, le peuple sourit comme au retour du bel avril ; le jour est plus charmant, le soleil en est tout charmé.....
Hé ! Muse, oublieuse de ton badinage, oses-tu bien toucher à la lyre des élégies nationales !

(HORACE, Odes.)

La distance qui sépare les temps présents des régimes que l’on ne cesse de condamner, les préjugés tendant à diviser la masse nationale en classes mutuellement hostiles, n’obscurciront jamais l’idée de patrie, dont les racines sont aussi profondes dans la conscience que dans l’histoire de tous les peuples.

Les annales de la France sont fertiles en exemples de patriotisme, que l’on ne doit pas confondre avec des actes où, au nom de la patrie, les ennemis du bien public engageaient, comme aujourd’hui, les citoyens à méconnaître les droits les plus légitimes, les plus sacrés. Je no fais allusion qu’au vrai patriotisme, à celui qui soutient, quand même, l’enthousiasme et le dévouement de l’homme de bien, du soldat animé de l’esprit d’abnégation, de sacrifice allant jusqu’au mépris de la mort.

Depuis Clovis, l’unité de la France s’est faite à force de fatigues, de combats, de sang versé. Les traités de paix ont ratifié les succès des armes, l’agrandissement du territoire et la fixation de ses limites. Cette politique a été remarquablement définie par Aug. Thierry dans son Histoire du Tiers État, L’écrivain prouve, avec des preuves indiscutées à l’appui, que nos archives renferment quantité de nobles sujets de réflexion et d’études sur cette question. Il serait téméraire de vouloir reprendre une thèse, présentée avec autant de talent que de science.

Il est facile de faire revivre les époques les plus distinctes, les points de vue les plus saillants du développement de l’idée de patrie chez les peuples qui, depuis la société gallo-romaine, ont contribué à la grandeur de la France, à l’établissement de ses coutumes, pour former la chaîne des traditions nationales. Ce n’est vraiment qu’après Bouvines que les Franks ont pris le nom de Français ; aux douzième et treizième siècles, les chevaliers mettaient leur orgueil à mourir pour la douce France, pour la terre natale dans son étendue.

Au quinzième siècle, Jeanne d’Arc apparaît, incarne le patriotisme dans ce qu’il a de plus généreux, de plus grand, de plus puissant. Sa flamme, ardente et pure, est entretenue au foyer radieux de tous les sacrifices.

Tout est à lire dans le sixième volume de l’Histoire de France de Michelet. L’enthousiasme de l’écrivain pour la paysanne de Domremy a indiqué la mission de celle que le peuple considérera toujours comme l’ange du patriotisme. Aussi ferai-je appel à l’autorité de l’historien philosophe pour donner un aperçu rapide de la situation de la France, pendant cette période de la guerre de Cent ans.

« Pour comprendre, dit-il, le terrible événement que nous allons raconter, — non la captivité du Roi, mais du royaume même, la Franco prisonnière, — il y a un fait essentiel qu’il ne faut pas perdre de vue.

En France, les deux autorités, l’Église et l’État, étaient divisées entre elles, et chacune d’elles en soi.

En Angleterre, l’État et l’Église établie étaient parvenus, sous la maison de Lancastre, à la plus complète union.

Édouard III avait eu l’Église contre lui, et, malgré ses victoires, avait échoué ; Henri V eut l’Église pour lui et réussit : il devint roi de France.

Cette cause n’était pas la seule, mais c’est la principale et la moins remarquée. »