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Patrimoine socio-économique
et naturel de la région
du Cap Gardafui
© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’Ecole-polytechnique, 75 005 Paris
http://www.harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-11961-8
EAN : 9782343119618 Laurent CHAZÉE
Patrimoine socio-économique
et naturel de la région
du Cap Gardafui
Récit de voyage en Somalie
Volume 2 - Du même auteur -
- Valuation and management of forest ecosystem services: a skill well
exercised by the forest people of Upper Nam Theun, Lao PDR. Shifting
cultivation and environmental change - Indigenous People, Agriculture
and Forest conservation. Earthscan. 2015, pp 559-576.
- Say, femme Poussang - Peuple de la forêt, de la montagne à la plaine,
au Laos.Buchet-Chastel, 2012. 248 p.
- Plan de développement local - Wilaya de Jijel, commune Oudjana.
Projet Padsel-Nea. Algérie. 2008, 186 p.
- Plan de développement local - Wilaya de Mila, Daïra de Terrai Beinen,
commune de Terrain Beinen. Projet Padsel-Nea. Annaba. 2008, 184 p.
- Plan de développement local - Wilaya de Biskra, Daïra de Sidi Khaled,
commune de Besbes. Projet Padsel-Nea. Algérie. 2008, 162 p.
- The Mrabri in Laos – A world under the canopy – White Lotus,
Bangkok. 2001, 96 p.
- Rural development programme in Xayabury province: a situation
analysis and a programme for the strengthening of the rural
development office. Xayabury. 1999, 88 p.
- The Peoples of Laos - Ethnic and farming diversities - White Lotus,
Bangkok. 1999, 187 p.
- Evolution des systèmes de production ruraux en République
Démocratique Populaire Lao - 1975-1995 - L'Harmattan, Paris, 1998,
429 p.
- Atlas des ethnies et des sous-ethnies du Laos - Pakpassak, Vientiane.
1995, 220 p.
- Les oiseaux du Laos - Identification, distribution et chasse. Pakpassak,
Vientiane. 1994, 48 p + 1 annexe.
- Guide méthodologique pour le développement des communautés rurales
au Laos – Amélioration des systèmes de production basée sur
l’approche participative, l’aménagement des terroirs et la conservation
de la biodiversité. Pakpassak, Vientiane. 1994, 37 p.
-Les pratiques d'essartage au Laos, les systèmes actuels et leur avenir -
DEA Paris 5. 1993, 87 p.
- Les mammifères du Laos et leur chasse. Vientiane. 1991, 92 p.
4SOMMAIRE
7 LA REGION DU CAP GARDAFUI EN BREF
Chapitre I Le Bari, pays des Madjertines 9
PATRIMOINE SOCIO-ECONOMIQUE 21
Chapitre II Les tribus en Somalie et dans le Bari 23
Chapitre III Le ménage et son fonctionnement 41
Chapitre IV L'élevage 51
Chapitre V Les palmeraies du Bari 79 tre VI La collecte de l'encens 139
Chapitre VII La pêche 171
Chapitre VIII Artisanats et autres productions 223
PATRIMOINE NATUREL 239
Chapitre IX Les sols du Bari 241tre X Les paysages et la végétation du Bari 245
Chapitre XI La faune du Bari 261
309Table des matières
Acronymes 311
Alphabet somalien et glossaire des principaux termes 313
325Sources bibliographiques
5Carte 1: Carte générale de la Somalie
Taux de change : 1 shilling = 0,5 FF (0,08 euros et 0,06 USD) en 1983, 0,35 FF (0,065 euros
0,050 USD) en 1984, 0,12 FF (0,020 euros et 0,025 US$) en 1985, 0,06 FF (0,009 euros et
0,013 USD) en 1986 et 0,04 FF (0,006 euros et 0,009 USD) en 1987.
Photos : Toutes les photos sans source indiquée ont été prises par Laurent Chazée, Benoit et
Michèle Gérardin, Gérard Ventre, Jean-Marc Reynes et Claire Génova. Cinq photos sur les
appuis nuque viennent de Vincent Fauveau.
6LA REGION DU CAP GARDAFUI
EN BREF


I.
LE BARI, PAYS DES MADJERTINES
Nous reprenons dans ce premier chapitre les données générales clés,
extraites du premier volume, chapitre II.
Quelques caractéristiques
Le Bari, région du nord-est de la Somalie (carte 2), s'étend sur 65 000
2km . En 1963, le recensement donnait une population de 111 000 personnes
dans la région Migiurtina (Commission des Communautés européennes,
1974). D'après le recensement de 1975, on estimait (Watson) en 1981 la
population à 154 000 habitants (4,2% de la population nationale) et à 220
000 habitants (estimation) en 1985, répartie dans 104 localités (voir tableau
1). En 2001, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estimait sa
population à 302 000 personnes (UNICEF, 2002).

En 1960, le Bari, à
l'extrême nord-est du pays,
faisait partie de la grande
région Migiurtinia, bordée à
l'ouest par celle du Nord-est et
au sud par celle du Mudugh.
En 1987, suite au découpage en
16 régions, la région du Bari
fut bordée par le Sanaag et le
Nuugal à l'ouest et le Mudugh
au sud. Son découpage
Vue générale du Bari - 1985territorial comprenait six
districts : Gardho, Boosaaso,
Caluula, Bender Beyla, Qandala, Iskushuban. Elle était comprise entre
Sinadjif au sud-ouest, le sud de Bender Beyla au sud-est, le Cap Gardafui au
9nord-est et Bender Ziada au nord-ouest. Cette région était historiquement
plus tournée vers Djibouti et le monde Arabe que sur l'intérieur du pays.
C'est certainement l'une des régions les moins connues et les plus
mystérieuses du pays, mais aussi la plus redoutée par les Somaliens des
autres régions. Elle était réputée pour ses légendes, ses histoires, sa diversité
socio-économique, mais aussi pour son isolement, ses collecteurs d'encens,
ses oasis, ses activités de contrebande, de trafic et de pilleurs d'épaves.
Carte 2 - Nord-est de la Somalie. (Edition 4 ams 2201)
10




Pourtant, cette région authentique bénéficiait d'un paysage esthétique et
grandiose, d'une diversité géomorphologique remarquable et d'une flore et
faune sauvage fragile dans ces écosystèmes arides et semi-arides.

Dunes dans la zone d'Asser, district de Caluula, Arbre bouteille vers
1987 Qandala, 1987
Falaises basaltiques de Qandala, 1987

C'était la région la plus isolée de Somalie, sans un mètre de goudron en
1986. La route chinoise s'arrêtait à Garoowe et continuait à l'ouest, si bien
qu'il restait 420 kilomètres de piste pour atteindre Boosaaso et 720 km pour
Caluula.
11

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Tableau 1 - Liste des villes et villages des districts du Bari en septembre
1987
(avec au moins une famille permanente)
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Les côtes du Bari furent réputées pour leurs activités marchandes, grâce à
ses anciens ports de Boosaaso, Qandala, Caluula, Bargaal et Hordio. Les
boutres à voile, jusque dans les années 1955-1960, assuraient l'essentiel des
échanges maritimes avec les pays arabes, l'Inde, le Kenya et la Tanzanie. Ces
bateaux en bois, fabriqués en planches cousues, voguaient encore en 1987,
les moteurs ayant remplacé les voiles. La corne de l'Afrique conservait
encore une certaine position carrefour privilégiée et servait également de
relais commercial. En 1986, les anciens de la zone d'Asser
(BereedaGardafui) racontaient parfois les anciennes histoires de contrebande, de
pillages, le danger de la navigation, le trafic de plumes d'autruches, d'ivoire
et de peaux de panthères.
Les côtes du Bari étaient autrefois des lieux de revente des épices, en
particulier de la cannelle. Elles étaient acheminées par dromadaire depuis le
sud du pays (Brava, Merka) et provenaient des îles de l'Océan Indien, en
particulier de Zanzibar. Les arabes furent des clients réguliers tant qu'ils
crurent que les épices étaient produites dans les montagnes du nord de la
Somalie. Le commerce d'écailles de tortues, de défenses d'éléphants et de
cornes de rhinocéros faisait la réputation de la région de Haafuun.
Cette région est traversée par la seule chaine de montagne "Golis", dont
le sommet culmine à 2 200 mètres. Ces épaisses montagnes calcaires, litées,
sèches, de couleur grise-ocre, sont découpées par l'érosion gravitaire et les
oueds. Inertes et minérales, elles semblent de loin posées comme un arrière
plan en carton pâte. C'est dans ces montagnes que se retranchaient les
dernières panthères, les derniers caracals, servals et peut-être guépards. Si
nous n'avons pas vu de guépards dans cette zone, nous en avions vu deux en
1987, sur la zone côtière près de Laasqoray. Les beiras, dik-diks de Philipps,
oréotragues et hamadryas occupaient également ces montagnes, alors que les
génénouks, dibatags et ânes sauvages se cantonnaient dans les oueds où ils
trouvaient de l'ombre et de l'eau et pouvaient fuir plus facilement en cas de
danger.
Le Bari vivait au rythme des saisons. Les moussons dictaient les activités
économiques. La mer était officiellement ouverte aux embarcations à moteur
du 15 septembre au 15 juin avec la mousson de vent nord-ouest. On y
observait alors un commerce maritime et terrestre relativement intense. Du
15 juin au 15 septembre, la mousson de vent sud-est rendait la mer
impraticable aux petites et moyennes embarcations. Le commerce officiel
s'interrompait et la population de la côte s'exilait, recherchant des
températures plus clémentes dans l'intérieur montagneux du pays sauf s'il y
avait des dattes à manger à l'ombre d'une palmeraie.
13

Les peuples du Bari
Le Bari est considéré comme le berceau du clan Madjertine et de ses
nombreuses fractions, lignées et sous lignées. On rencontrait également des
clans plus localisés comme les Warsangeli, Dishishe, Gesugule et
Dolbahanté. Des individus issus d'autres clans se retrouvaient également
dans le Bari en raison de la mobilité professionnelle et les relations de
mariage : Hawiye, Haber Gedir, Abgal, Cadi Samad, Haber Yunis.
Les Madjertines représentaient le clan le plus large de la confédération
Darot. La majorité du territoire de ce clan se situait dans le Bari. Ils se
revendiquaient d'origine Arabe (Darot) et n'hésitaient pas à faire état de leurs
passés, histoires et légendes, considérés les plus riches de la confédération.
Les Madjertines sont divisés en deux sous-clans (Hassan et Hussein),
desquels sont partis plusieurs lignages et sous divisions.
En 1987, les lignées les plus importantes de Bari étaient celles de Cisman
Mahamoud, Comar Mahamoud et Ciise Mahamoud. On avait ensuite Cali
Saleiman, Cismael Saleiman, Mahamoud Saleiman et Siwakron. Ces
lignages avaient une origine ancienne et correspondaient à des générations
différentes. Par exemple, les lignées principales issues de Hassan
apparaissaient après trois ou quatre générations alors que les Siwakron
étaient plus anciens, une génération après Hussein, frère de Hassan. Le
détail sur les peuples du Bari sera traité dans le chapitre suivant.
Géographie et géomorphologie
Le Bari est une région géographique contrastée, peu arrosée et très
chaude, en particulier sur la bande côtière du Golfe d'Aden et de l'Océan
Indien. Au nord, la bande côtière est alternativement rocheuse ou
limonosableuse à sableuse, appelée quelquefois Guban. Les plaines côtières les plus
larges se trouvent dans le district de Caluula, avec une végétation surtout
halophyte sauf dans les lits d'oued où poussent quelques acacias. Ces plaines
côtières subissent une forte érosion éolienne.
La chaîne montagneuse Golis laisse un large passage au niveau de
Boosaaso et Karin. La partie ouest s'appelle "ahl madow", l'est se nomme
"ahl mescat". Cette chaîne est disséquée par de nombreux oueds principaux
(Oued Dagahan à Boosaaso, Togweyn à Qandala, Kardadin et Adgayibir à
Caluula) et secondaires. La chaîne s'arrête à la verticale dans l'océan. Les
reliefs karstiques et les phénomènes géologiques permettent des résurgences
14

de nappe et des sources. On note une végétation diversifiée sur l'échelle
altitudinale et selon les expositions entre l'adret et l'ubac. Au sud de la
chaîne, le relief est relativement plat entre le plateau du Nuugal, la plaine
d'Iskushuban et la vallée et les dépressions du Daroor à l'est. C'est une zone
d'alluvions, d'apports et les sols sont ferrugineux. Pour la majorité, leur
texture est limono-argileuse. Les sols sont couverts par une végétation
arbustive claire, une végétation arborescente dans certains oueds et une strate
herbacée temporaire particulièrement fournie dans les dépressions et les
petits oueds en saison des pluies. Les monts Karkar et l'oued Gonger forment
les limites nord de plateau de Sohl qui s'étend jusqu'à celui du Nuugal.

Chaine de montagnes du Bari - 1985
Le Bari ne souffre pas vraiment des phénomènes dunaires sauf sur les
plaines côtières de Bargaal et Caluula. Les dunes en croissant de sable blanc
très fin d'origine marine s'étendent de Bolimoog à Garsa (30 km),
ensevelissant progressivement les villages d'Afkalahaye et la palmeraie de
Garsa. Elles recouvrent également les flancs des montagnes côtières vers
Durbo, Antara, Colog et Gardafui. De grandes dunes occupent aussi les
dépressions côtières entre Hordio et Gumba. Des dunes rouges, dont le sable
de plus grosse granulométrie est d'origine intérieure, recouvrent les villages
de Walaksame à l'ouest de Bereeda et les flancs des montagnes entre
Hoogaad et Ras Binnah près des côtes.
15

Paysage du Bari, 1986
Le climat du Bari
La Somalie et un pays chaud et le Bari est situé sur la latitude des étés les
plus chauds. Par contre, les deux saisons fraiches font du Bari une zone
moins chaude sur l'année que la région du Geedo, où Lugh serait la ville la
plus chaude d'Afrique.
Le climat du Bari est de type désertique à subdésertique. En fait, chaque
microrégion a ses spécificités. Globalement, le climat est structuré par deux
moussons, chacune correspondant à une direction de vents dominants et à un
apport de pluie. La mousson de l'Océan Indien qui souffle du sud-ouest
(mousson de l'Afrique australe) de juin à septembre, appelé "karif" ou
"ramsin", apporte très peu d'eau, jamais plus de 250 mm. La mousson
indienne qui souffle du nord-est de décembre à mars permet de meilleures
précipitations. Au niveau national, on distingue quatre saisons : "jilal", froid
et sec, de décembre à mars, correspond à l'hiver. "gu", de mars à juin, est la
"grande" saison des pluies. "haga", chaud et sec, de juillet à octobre,
correspond à l'été. "dheer", fraîche, est la "petite" saison des pluies, d'octobre
à décembre. Il faut noter que dans le Bari, les pluies de dheer sont souvent
plus abondantes que celles de gu, contrairement à l'intérieur du pays (centre
et sud).
16

En réalité, les saisons ne sont pas si bien structurées et il arrive que les
pluies tombent en janvier-février ou en juillet. Les pluies ne sont pas très
fraîches et la température descend rarement en dessous de 16 degrés en
plaine. Elle peut être plus basse dans les montagnes.
La zone la plus chaude du Bari en moyenne est la côte du golfe d'Aden et
Boosaaso détient le record avec une moyenne annuelle de 29,3 degrés. La
côte de l'océan Indien, plus exposée aux vents, est par conséquent plus
fraîche avec 25 degrés en moyenne. Les températures moyennes journalières
sont comprises entre 23 et 26 degrés en fin de dheer, en jilal et en début de
gu. Elles fluctuent de 32 à 35 degrés en moyenne en haga avec des pointes à
43 degrés à l'ombre. L'intérieur du pays est plus frais et plus arrosé que les
bandes côtières nord (Golfe d'Aden et Océan Indien). Gardho est la station la
plus fraîche avec 24,7 degrés en moyenne annuelle et Iskushuban est la plus
chaude avec 28,8 degrés, c'est à dire plus chaud que Haafuun et Gardafui.
La pluviométrie du Bari est comprise entre 40 et 150 mm d'eau par an,
selon les zones et les fluctuations annuelles. On enregistre des extrêmes à
500 mm sur les hauteurs de ahl mescat entre Boosaaso et Qandala ou sur ahl
madow entre Galgala et Sanaag. Les populations sont unanimes pour dire
que les pluies étaient plus abondantes et plus régulières dans les années
1950-1960. Si l'on s'en tient aux enregistrements des italiens de 1934 à 1958,
ce n'est pas vraiment évident.
Les pluies tombent en période de dheer mais surtout en période de gu,
sous forme d'averses ou d'orages violents, accompagnés ou non de vent. La
terre trop desséchée à texture d'argile dispersée (plateaux limono-argileux)
ne peut pas absorber au même rythme les grandes quantités de pluie. Cela
provoque un ruissèlement important et des crues dans les oueds. Ces crues
peuvent être désastreuses comme en 1972, emportant villages, arbres, jardins
et même certains troupeaux.
La socio-économie du Bari
Dans les années 1985-1987, la Bari montrait un déclin démographique et
économique. Ce mouvement de répulsion pour cette région était amorcé
depuis les années 1960, après l'indépendance. L'exode continuait et la
population originaire de cette région hésitait à investir là, même si l'on notait
un petit regain d'intérêt autour de la ville de Boosaaso depuis 1987. Les
autres villages côtiers étaient désertés et même déjà abandonnés, en
particulier dans le district de Caluula. Les habitants évoquaient plusieurs
17

raisons comme l'isolement et le manque d'activité, mais aussi l'attraction des
grandes villes et de leurs services socio-économiques. Nous assistions à des
évolutions socio-économiques rapides et les structures d'habitation s'en
trouvaient modifiées selon la zone. On constatait des évolutions
microrégionales différentes et une modification de la proportion entre l'habitat
nomade et l'habitat sédentaire, ainsi qu'une évolution dans l'architecture.
Globalement, les villes côtières déclinaient depuis les années 1970, en partie
à cause du départ des Italiens et des Arabes et donc depuis la chute du
commerce maritime. Caluula par exemple, depuis le début de son déclin, se
vidait surtout sur sa frange côtière à cause de la quasi disparition des
échanges maritimes. Boosaaso, en déclin après le départ des Italiens vers les
années 1960, reprenait un essor avec leur retour grâce à la construction de la
route entre Garoowe et Boosaaso. Elle deviendra une plaque tournante des
échanges formels et informels à partir du début des années 90, suite au
démantèlement de la république. Au contraire, entre 1984 et 1987, les
villages intérieurs se repeuplaient et de nouveaux villages voyaient le jour le
long des axes routiers ou grâce à la construction de bassins pluviaux à
l'intérieur ou sur les axes de transit des zones de pâturage. Dans le même
temps, les villages et les villes se développaient le long des axes routiers
Gardho - Boosaaso et Iskushuban - Qandala, pour des raisons commerciales
mais aussi pour faciliter l'approvisionnement et le stockage de la nourriture
pour les nomades.
On comptait, en classement de métier ou d'occupation principale, environ
116 000 nomades (3,1% des nomades de Somalie et 75% de la population du
Bari), 27 000 personnes liées à des exploitations agricoles (0,7% des
agriculteurs du pays et 18% de la population du Bari) et 11 000 personnes
d'autres catégories de métiers (0,7% de la population nationale et 7% de celle
du Bari). Parmi ces autres "métiers", on comptait les collecteurs d'encens, les
commerçants, les fonctionnaires, les artisans, les pêcheurs. Un recensement
plus récent indiquait une population de 240 000 habitants et 4 millions
d'animaux. La pluriactivité familiale était la norme : certains collecteurs
étaient également éleveurs (montagne), fermiers (Galgala), pêcheurs (Durbo,
Muurcaayo). Certains fermiers exerçaient également les métiers de pêcheurs
(Geesaley, Seyn Weyn), petits commerçants (Galgala, Haabo) ou
fonctionnaires (Haabo). Il était difficile de classer un pluriactif selon son
activité principale. Fallait-il privilégier le temps passé à l'activité, le revenu
ou bénéfice annuel qu'elle lui procurait, le caractère plutôt permanent ou
saisonnier ? Fallait-il prendre en compte les circonstances du moment
comme l'effet mobilisateur ou démobilisateur des projets tels que NECFISH,
F.A.I., projet Palmiers Dattiers et projet conserverie de Laasqoray ? Ou celui
dû à certaines décisions gouvernementales comme le nouveau tarif de
18

l'encens depuis 1985 et l'augmentation des taxes portuaires, modifiant les
positionnements individuels vis-à-vis des opportunités économiques ? Entre
1984 et 1987, nous constations en effet des modifications rapides dans
l'intérêt économique porté à chaque activité et des modifications de
comportements qui suivaient : frein sur la commercialisation du bétail après
la nouvelle taxation en 1985, reprise de l'activité de collecte de l'encens en
1986 avec les nouveaux prix d'achat plus encourageants, course aux salaires
avec le projet italien de route. Le recensement ne comptait pas encore le
nombre de personnes en âge de travailler et réduits au chômage. Il ne tenait
pas compte des transferts financiers à l'intérieur du Bari ni entre le Bari et
l'extérieur. En effet, de nombreuses personnes issues du district travaillaient
dans d'autres régions et à l'étranger et ramenaient une partie des revenus aux
familles restées garder le territoire et le troupeau.
Globalement, dans la période 1985-1987, si l'on classait les activités
économiques principales en termes de revenu et temps passé, on établissait
le classement suivant, en ordre décroissant d'importance: éleveurs nomade,
collecteurs d'encens, pêcheurs et petits commerçants, fonctionnaires, autres
(dont agriculteurs).
Dans le secteur primaire, on notait l'élevage nomade ou itinérant pratiqué
toute l'année, l'encens collecté en dehors de la saison des pluies, la pêche
d'octobre à juin, l'agriculture toute l'année avec septembre - mai pour les
légumes et juillet-septembre pour les dattes, la production de chaux toute
l'année, surtout en saison des pluies, la production de charbon de bois et la
production de bois de damas toute l'année, la collecte de la gomme
d'Ankotib en saison des pluies. Dans le secteur secondaire, on notait les
métiers du bâtiment et autres (maçons, charpentiers, menuisiers) et les
artisans (forgerons et cordonniers, surtout entre octobre et juin), les
mécaniciens (entre octobre et juin), les ouvriers temporaires (toute l'année
selon l'activité), les employés des usines de transformation du poisson à
Haabo et Qandala (octobre à avril). Dans le secteur tertiaire, on comptait les
fonctionnaires (professeurs, instituteurs, personnel médical, administration,
techniciens, police, contrôleurs divers, employés de coopératives,
chauffeurs, etc.), les réseaux des filières du commerce, les services divers
(restaurants, hôtels, échoppes, etc.).
19


PATRIMOINE
SOCIOECONOMIQUE


II.
LES TRIBUS EN SOMALIE ET DANS LE BARI
En 1987, la République Démocratique de Somalie était un état mono
ethnique, comme le Botswana, le Swaziland et le Lesotho. Il existait
néanmoins de nombreux groupes subdivisés au cours des générations au gré
des mésententes familiales, des rapports de force et des phénomènes
d'assimilation, d'adoption et de syncrétisme. Chacun s'appuyait sur l'histoire
de son origine, l'interprétation qu'il en faisait ou même les légendes pour
défendre son territoire, revendiquer son patrimoine socioculturel, les
propriétés foncières, les puits et les vallées à encens. Les querelles et
vengeances entre les différents groupes semblaient s'équilibrer avant
l'occupation anglaise et italienne et chacun connaissait les limites données
par les règles du "xeer". L'apparition d'un état au fonctionnement différent
fut un facteur de déstabilisation sociale, d'affaiblissement des mécanismes
traditionnels activateurs ou inhibiteurs de querelles intercommunautaires
locales au profit d'une grande cause commune, celle de la reconquête de
l'ancien territoire Somali. En effet, cette idée fut récupérée par les deux
gouvernements pour reprendre le nord-est du Kenya, l'Ogaden en Ethiopie et
une partie de la république de Djibouti. Le gouvernement civil n'en fut pas
capable entre 1965 et 1969 et le gouvernement militaire essuya un échec en
1978. Déçus par le système étatique, les clans se remirent à fonctionner de la
manière pré-étatique et les organisations claniques antigouvernementales
commencèrent à se former.
En 1978, le SESAF (Front de Libération de la Somalie), d'origine
Madjertine fit son apparition. Deux années plus tard (1980), le SNM
(Mouvement National Somali) d'origine Issaq démarrait. En 1981, le DFSS
(Front pour le Salut de la Somalie) était créé à Aden, issu de la fusion du
SESAF et de deux mouvements marxistes-léninistes. Entre 1980 et 1987, les
violences trouvaient leurs origines dans les règlements inter-claniques
traditionnels, les mouvements claniques contre le système étatique (surtout
dans la confédération Issaq) et dans la politique de division provoquée par le
gouvernement.
23

La politique gouvernementale favorisait la division à l'intérieur des
petites communautés pour éviter qu'elles ne se soudent contre le régime.
Cette stratégie visait à moyen terme à réunir la confédération Darot autour
du président qui en faisait partie (clan Marehan). Le président, grâce à
l'ignorance et au peu d'esprit d'organisation et de mobilisation de la
population nomade du centre et du nord de pays, semblait réussir
partiellement ses objectifs. La politique de terreur avait délibérément visé
des groupes particuliers : les Madjertines de 1978 à 1981, puis les Isaaqs à
partir de 1982, les autres clans se retrouvant complices de facto. Mohamed
Siyad Barré s’entendait à merveille à provoquer des vendettas (feuds) entre
clans voisins, dans lesquelles l’armée régulière prenait parti pour les clients
du pouvoir (Compagnon (Daniel), Somalie : l'aube de l'après Siyad Barré,
Magazine pp 129-134).
Son succès ne fut que temporaire, comme la suite le prouva. En
19851987, le mélange de logiques claniques et étatiques provoqua des violences
incontrôlées où chacun se rejetait la responsabilité, surtout au nord-ouest du
pays avec en son centre Hargeisa, capitale de la confédération Issaq. Dans le
Bari, seules les régions sud-ouest proches de la frontière éthiopienne ou
habitées par des Somaliens de deux confédérations différentes étaient
réellement touchées par ces problèmes. On notait par contre peu d'impact
dans le reste du Bari, peu habité, essentiellement nomade et peu desservi par
les voies de communication. La population continuait à fonctionner selon les
traditions et les coutumes, même si chacun suivait les évènements à la radio.
L'esprit clanique et ses conséquences
Depuis l'indépendance (1960), officiellement, on interdisait de parler de
"tribalisme", de mettre en avant son identité clanique pour les évènements
de la vie courante comme le mariage, l'emploi, les relations de voisinage.
Dès l'éducation scolaire, on inculquait cette leçon de civisme aux enfants.
On pouvait remarquer que le gouvernement ne donnait d'ailleurs pas le
meilleur exemple d'éducation: on ne choisissait pas les ministres au hasard,
même si dans les dernières années de son pouvoir, le président Siyad Barré
avait été obligé de redistribuer le pouvoir aux autres confédérations. A
Mogadiscio et dans les régions côtières (Merka, Brava, Kismaayo), les
jeunes se désintéressaient progressivement de leurs origines. Le brassage des
clans à l'intérieur des villes en développement favorisait cette tendance. Dans
les campagnes, surtout dans le nord, il n'y avait par contre - avec la
contrebande - pas de sujets dont la population était plus friande.
24

Au niveau local, on connaissait et respectait les frontières géographiques,
les gouvernances et les droits d'usage de chaque lignage. Ils concernaient les
autorités, les pouvoirs, les hiérarchies, les propriétés et les activités
socioéconomiques. Ces "institutions" traditionnelles avaient tendance à perdre du
terrain mais en cas de dispute ou de mésentente, elles étaient réactivées
spontanément et les mécanismes lignagers et claniques de protection
redevenaient opérationnels.
On parlait souvent de la notion de tribu pour qualifier les divisions en
Somalie. La tribu s'apparente à la notion d'ethnie, à une identité culturelle,
religieuse, sociale, linguistique et coutumière. En Somalie, cette notion de
"tribu" ne s'appliquait pas si l'on s'en tenait à cette définition car l'unité
culturelle, religieuse et linguistique existait. La race Somali (couchitique)
possède également un physique spécifique. On ne retrouvait pas cette
homogénéité dans les différents groupes du Kenya, entre Kikuyu, Masai,
Turkana, Pokot, Galla que l'on pouvait qualifier de tribus. Bien sûr, il existait
une dizaine de dialectes en Somalie mais ils étaient spécifiques au sud où le
mixage s'était effectué avec d'autres populations (Arabes, Bantous, autres
couchitiques). Les dialectes de Brava et de Merka avaient été influencés par
le Swaheli, langage de commerce originaire des côtes est africaines. Les
dialectes de Baïdabo, Saco et Buhale rappelaient le langage Bantou. Pour la
Somalie, nous ne parlions donc pas de tribu mais de division clanique avec
au sommet la confédération clanique, ensuite les clans, les lignages et les
sous-lignages.
L'histoire des divisions est assez palpitante et mystique, mais elle est
rendue très imprécise par le manque d'écrit. En effet, la langue Somalie est
écrite depuis seulement 1972. Elle est difficile d'accès pour des raisons
politiques et linguistiques. L'origine tribale comporte son lot de légendes et
celle adoptée par les populations ne correspond certainement pas à la réalité.
Dans cette période, chacun arrangeait l'histoire à sa façon et valorisait son
lignage et son clan comme il le pouvait. Les mémoires grandissaient les
évènements et personne ne tombait d'accord lorsqu'une confédération se
disait plus méritante qu'une autre. Par contre, les Somaliens en général ont
une très bonne mémoire et leur généalogie et les divisions et les histoires
étaient plus fondées sur les deux cents dernières années. Pourtant, il fallait se
rendre à l'évidence : si l'origine restait discutable, la majorité du peuple
somalien vivait avec ces divisions et chacun en était imprégné dans ses
pensées, ses réactions et ses comportements, d'autant plus dans les régions
rurales et isolées où les traditions perduraient. Chacun, le moment venu, se
rangeait auprès de sa lignée, de son chan ou de sa confédération, défendait
les lignées proches en cas de conflit clanique, ses clans proches en cas de
25conflit à l'intérieur de sa confédération et sa confédération en cas de conflit
entre confédérations.
La question identitaire et le positionnement individuel se déplaçaient
donc sur un curseur lignager puis clanique avant d'atteindre celui de la
confédération. De plus, les alliances se révélaient très volatiles, sachant
qu'on appartenait aussi bien à un clan par la naissance (dhalad) que par la
coutume (dhaqan), la fluidité des liens patrilinéaires autorisait tous les
réalignements (Lewis I.M., 1994).
J'avais récupéré une carte tribale faite par Lewis, qui s'avéra bien utile
pour vérifier les répartitions territoriales (carte 3). On retrace ici l'histoire des
divisions des confédérations du nord du pays vue par différents habitants du
Bari que j'ai pu interroger dans les districts de Caluula, Bargaal, Iskushuban
et Boosaaso. Il n'y a donc aucune prétention de vérité mais c'était la croyance
de bon nombre d'habitants de ces régions.
Les communautés pastorales, en l'occurrence, se décomposaient en
plusieurs confédérations (qabiilo), tribus (qolo ou Iyaal), fractions (laf),
clans (jilib ou gember chez les Digil), lignages (reer) et familles (qoys)
(Perouse de Montclos, 2001).
Dans le Bari, la majorité de la population provenait de la confédération
"Darot", l'ancêtre commun. Plus des trois quarts du territoire était occupé par
le clan Madjertine. Dans l'histoire, Deur serait venu antérieurement à Darot
et ils auraient eu une liaison dont l'héritage se transmettait encore dans la
lignée des rois de ce clan. En effet, tout roi Madjertine devait être issu de
père du même clan et lignage Cisman Mahamoud et de mère de la
confédération Deur. Il convient donc de remonter l'histoire jusqu'à Deur.
Xaaji eut un fils appelé Deur, qui lui même eut de nombreux enfants dont
Deurkabeleh, Deudbeus, Deurhoger, Salhorseun, Gadseun, Mohamed,
Douhour, Goore, Geuroueni, Geurdedoub, Idemoger, Haber Awal, Haber
Garhajeus, Haber Toujallah, Ciise Medoubeh, Jiibril Abokor et Hussein
Abokor. Une partie des fils s'installa dans le sud du pays sur la côte de Brava
(Bar el Benadir) et leurs descendants formèrent le clan Bimal (Salhorseun,
Douhour et les fils de Mohamed). Les autres fils restèrent dans la région
d'origine, au nord-ouest du pays, vers Zeila et Bender Jedid. La
confédération Deur, la plus petite des quatre principales confédérations, était
toujours présente avec le clan des Gadabursi et des Isa. Goore était installé
en Ethiopie, à la latitude de Belet Weyn, près des Galla. Une fille de Deur se
maria avec un Arabe chassé d'Arabie pour ses tendances religieuses.
26

Carte 3 - Tribus en Somalie
Source : Lewis I.M., 1957
27

Il était soufiste (tendance religieuse musulmane, issue de la méditation du
Coran sur le thème de l'amour de Dieu, doctrine et forme de vie de ceux qui
vivent "habillés de laine" (Souf). On l'appelait Darot. Il vint prêcher sur les
côtes du golfe D'Aden en Somalie, s'arrêtant à Zeila, puis à Boosaaso, Caabo
puis, refoulé, il s'installa finalement à Bereeda où on voulut bien l'écouter et
où il y finit ses jours. Il serait enterré dans la grotte au dessus de la ville dans
laquelle il passait ses journées à prêcher. Son vrai nom était Sheikh
Abderahman Ben Djabarti Ben Cismael. Il eut des enfants dont le nombre et
les noms sont imprécis. Les plus souvent cités sont Koublallah, Yusuuf,
Tanadé et Marehan. Certains Somaliens parlent de 5 fils, les trois premiers
cités, Ciise et Sade. C'est la descendance de Koublallah qui forma la majorité
des clans de la confédération Darot. L'un de ses fils, Koumada, donna les
clans Ogaden, Haber Guul, Berteri et Gelemis. Son autre fils Kombé eut 4
fils dont Hertikombé qui donna les clans Majertine, Warsangeli, Dolbahanté,
Dishishe, Tin'jeh et Kaplan'leh.
La classification tribale en vigueur en 1987 (Lewis I.M. , 1957)
distinguait des confédérations claniques, elles-même divisées en clans,
lignages et de nombreux sous-lignages (Tableau 2). Parmi les différentes
confédérations claniques (Darot, Issaq, Deur, Hawiye, Rahanweyn, Digil),
c'est celle de Darot qui regroupait le plus d'individus en Somalie. Cette
confédération comprenait les clans Madjertine, Ogaden, Dolbahante et
Warsangeli, dont certains se retrouvaient également en Ethiopie, en
particulier le clan Ogaden.
Les Madjertines représentaient le clan le plus large de la confédération
Darot, la majorité de ce clan habitant dans le Bari. Les Majertines ont un
passé, une histoire et les légendes les plus riches de la confédération.
D'origine Arabe, les membres de ce clan, comme ceux du clan Issaq, ne
pouvaient imaginer un seul instant avoir du sang Galla. Les clans des
confédérations Hawiye et Rahanweyn, eux, acceptaient volontiers une
origine africaine. Autrefois, les Madjertines nommaient leurs rois "Sultan",
mais depuis le départ des Arabes, ils utilisaient le nom somalien "Boqor". Ce
nom viendrait de"Belt", qui veut dire "rassemblement" en langue
somalienne, terme toujours utilisé chez les groupes nomades du Bari. Les
Majertines, divisés en deux sous-clans (Hassan et Hussein), se répartissaient
ensuite en plusieurs lignages et sous-divisions, comme le montre le graphe
(1) plus loin.
Depuis, les chercheurs en sciences sociales, les linguistes et les
ethnologues ont proposé des listes actualisées, comme Piguet (1998),
Paulitscke (1998), Hoehne et Luling (2010), Kapteijns (2010).
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Tableau 2 - Divisions principales du peuple Somali
(comme admises en 1987)
RXV QDJH RQ/RF GH
SULSDX[ SULSDX[
LVPVVHLQ *D
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LLVH
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0D\HGV
DDG (GGLP6L
6DQDDJ 2JHV /HXEDK
(VWGX%DU 1RE$KP :DUV DQJHO
XG6RPDO 0DNDEL
6XG6RPDO PXJH
2JDGHQ DODO5HHU%
2JDGHQ 8JDV5HU
2JDGHQ PDGHQ5HHU$
JDGHQ 5HHUDO
JDGHQ 5HHU,V DN
2JDGHQ QJX0DO
6XG6RPDO XEHL
6XG6RPDO KDQXO 2JDGHQ
0DKDPRHXG&L
R&DO PLXXO <RQLU

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