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Patrimoines, héritages et développement rural en Europe

De
249 pages
La reprise démographique, le déploiement des fonctions résidentielles et touristiques et les nouvelles formes de mobilité attestent une certaine dynamique des espace ruraux. Avec la crise du modèle urbain, l'image positive véhiculée par les campagnes et leur patrimoine explique en partie cette attractivité. A quels éléments de l'histoire le système des représentations des espaces ruraux renvoie-t-il ? Quelles images véhicule-t-il ? Comment s'inscrit-il dans les politiques publiques de développement territorial ?
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Patrimoines, héritages et développement rural en Europe

DES MÊMES AUTEURS :

Audrerie D., Dedeire M. (coord.), Tourisme, culture, patrimoine, Editions Pilote 24, Périgeux, 2002. Berger A., Rouzier J., Ville/campagne. La fin d’un dualisme, Economica, 1977. Berger A., Catanzano J., Fornairon J., Rouzier J., La Revanche du Sud. Un défi à la France, L’Harmattan 1988. Berger A., Dedeire M., Font E., Nouveaux Espaces ruraux en LanguedocRoussillon, Territoires en mutation, n° 1, Publications de l’Université Paul Valéry, Montpellier 3, 1997. Berger A., Chevalier P., Dedeire M., Les Nouveaux Territoires ruraux. Eléments d’analyse, Publications de l’Université Paul Valéry, Montpellier 3, 2005. Berger A., Chevalier P., Cortes G., Dedeire M. (coord.), Héritages et trajectoires rurales en Europe, L’Harmattan, « Logiques sociales », 2009. Chevalier P., Dynamiques tertiaires de l’espace rural, Publications de l’Université Paul Valéry, Montpellier 3, 2002. Chevalier P., Dedeire M. (coord.), Qualités et territoires, Revue de l’Economie Méridionale, n° 213, Montpellier, 2006. Cortes G., Partir pour rester. Survie et mutations des sociétés paysannes andines (Bolivie), Editions de l’ORSTOM, 2000. Capron G., Cortes G., Guétat H. (coord.), Liens et lieux de la mobilité. Ces autres territoires, Belin, 2005. Baby-Collin V., Guétat H., Cortes G., Faret L. (coord.), Migrants des Suds. Acteurs, trajectoires et territoires de la mobilité internationale, IRD/Presses universitaires de la Méditerranée, 2009. Cortes G., Faret L. (coord.), Les circulations transnationales. Lire les turbulences migratoires contemporaines, Armand Colin, 2009. Secrétariat d’édition : Sylvie Hammel
Cet ouvrage a été édité avec le concours financier de l’Université Montpellier 3, du Centre National de la Recherche Scientifique, du Pôle Universitaire Européen de Montpellier et du Languedoc-Roussillon et de la Région Languedoc-Roussillon

© L’HARMATTAN, 2010 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12652-7 EAN: 9782296126527

Sous la direction de

Alain Berger, Pascal Chevalier, Geneviève Cortes, Marc Dedeire

Patrimoines, héritages et développement rural en Europe

PATRIMOINES, HÉRITAGES ET DÉVELOPPEMENT RURAL EN EUROPE
Alain Berger, Pascal Chevalier, Geneviève Cortes, Marc Dedeire

Le patrimoine constitue aujourd’hui un enjeu majeur de société. Il est une transmission, une forme d’héritage qui peut être saisie collectivement ou individuellement. Objet composite et transversal, mobilisé par les acteurs, il conduit souvent à des formes complexes de développement territorial. S’appuyant sur des ressources matérielles ou immatérielles, elles-mêmes produits de l’histoire, il s’avère être un levier parfois décisif dans la mise en place des politiques de développement local. Ces dernières, à l’interface entre patrimoine, ressources et territoires, se basent sur des interactions qui dépendent pour beaucoup de la capacité des acteurs à révéler et valoriser leurs ressources territoriales. Ces interactions oscillent souvent entre des logiques économiques, sociales et culturelles (modes d’habiter et de se représenter l’espace) et des logiques politiques (interactions entre niveaux de gouvernance par exemple) qui situent la question du développement non pas dans le cadre d’une approche segmentée mais dans une dimension bien plus globale et transversale. Les fonctions qu’on décerne de façon intentionnelle ou non au patrimoine, notamment dans le cadre de politiques de développement territorial, sont, le plus souvent, en lien avec la valeur qu’on lui attribue. Celle-ci dépend du niveau scalaire à partir duquel les interactions entre ressource, patrimoine et territoire se mettent en

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place. On perçoit souvent deux niveaux d’intervention, le local qui reflète la représentation des acteurs locaux et leur aptitude à mettre en mouvement la valorisation de leur héritage et le niveau global qui composent entre des intérêts locaux et des intérêts généraux. Dans les deux cas, la spontanéité des acteurs s’identifie dans la construction sociale des ressources territoriales comme dans la stratégie de requalification du patrimoine, le degré de réactivité étant lié aux caractéristiques des sociétés et à leurs capacités d’innovation. De même, l’espace rural répond de manière différenciée aux grands bouleversements initiés par les fortes interactions local/global. Il peut soit connaitre des processus de résistance en maintenant et figeant des bases structurelles héritées de son histoire, soit mettre en place des stratégies d’intégration à différents niveaux. Ces stratégies peuvent conduire à l’établissement de nouveaux systèmes territoriaux où les questions du patrimoine et de l’héritage se mêlent aux problématiques de développement et d’intégration économique et sociale à travers la mise en place de nouvelles filières innovantes ou de nouveaux modes de gestion de systèmes productifs locaux ruraux. Les stratégies de développement local qui en découlent peuvent dans ce cas dépendre de la qualité de l’organisation territoriale et de ses aptitudes et capacité à diffuser du savoir et des apprentissages collectifs (Veltz P., 2002, p. 104). Les ressources sont donc à la fois des éléments de la géographie des lieux, ce qui est l’expression première de la notion d’héritage, et des processus de construction sociale constituant des atouts territoriaux sur lesquels les acteurs développent leurs activités, leurs modes de vie ou leurs cultures. Il n’existe donc pas de standard de développement territorial par les ressources et le patrimoine. Ce sont des actifs territoriaux collés aux personnes qui les mobilisent, et de fait, les dynamiques territoriales sont des mélanges toujours particulier de ressources présentes et d’opportunités futures (Scott A., 1997, p. 122).

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Potentiel patrimonial et les dynamiques du système de production au sein des territoires ruraux Le potentiel patrimonial exerce une réelle influence sur les dynamiques des territoires ruraux. De nombreuses recherches présentent l'évolution des activités traditionnelles, agriculture et artisanat notamment, dans leurs relations avec l'objet patrimonial. Le référent au potentiel patrimonial au sein des modes de production permet de spécifier et de différencier les produits et les services par rapport à leurs concurrents et de créer des opportunités de gains de plus values tout en les protégeant plus ou moins fortement. Dans une telle démarche, quelles sont les activités rurales susceptibles d’être impliquées et les espaces ruraux les plus concernés ? Quelle place tient l'innovation patrimoniale autour des ressources, des savoirfaire, des connaissances sur ces territoires économiques ? Comment l'articulation entre les espaces de production et les espaces de consommation s'opère-t-elle à l'échelle régionale et nationale ? La question de la spécification des ressources territoriales peut être confrontée à celle de leur dimension patrimoniale. Faut-il qu’il y ait une dimension patrimoniale à la ressource dans les processus de construction des territoires locaux ? Cette question renvoie dans un premier temps à la montée progressive du rôle du patrimoine dans le développement local des espaces ruraux. Ce glissement a pour point de départ, la place du patrimoine dans la cellule familiale agricole structurant les relations sociales de la paysannerie jusqu’au milieu du XIXe siècle. La reproduction sociale et économique de la structure paysanne au sein des campagnes était conditionnée à la faible déperdition ou dispersion du foncier au sein d’une étendue géographique relativement limitée, estimée souvent « à la journée de marche ». Le développement local s’appuyait donc sur un ensemble de pratiques patrimoniales qui garantissait au territoire une stabilité démographique, économique et aussi des transferts de savoir-faire limités à l’espace local. A partir de la période de croissance d’après guerre puis lors de la crise industrielle des années 1970, la place des ressources rurales va être en partie occultée dans le développement. Seules les ressources

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naturelles, surtout autour du foncier, et des mécanismes d’appropriations, vont connaitre des pressions. Mais la chute du prix des terres agricoles à compter de 1978 peut s’expliquer par d’autres facteurs que les liens classiques entre rente foncière et localisation. En effet, les revenus espérés de l’exploitation d’un patrimoine foncier, expression de la capitalisation, sont minorés et agissent sur la valeur même du foncier agricole. Cependant, d’autres facteurs peuvent influencer le marché foncier et illustrent ce glissement patrimonial. Le volume de l’offre de terre dans les territoires, qui s’est réduit à partir de 1975, et celui de la demande n’expliquent pas l’essentiel de cette évolution. De la même façon, les usages non agricoles des terres, avec la « rurbanisation » par exemple, la diversification et la multifonctionnalité de l’espace rural dès les années 80 conduisent à développer une demande d’espace reposant sur d’autres critères que la potentialité agricole. Avec la crise économique agissant sur les structures industrielles et sur les territoires ruraux, l’agriculture est devenue, comme l’industrie, un secteur en difficulté. Malgré cette crise, l’espace utile à l’agriculture reste toujours aussi important. A ce titre, on peut s’interroger sur les raisons de cette tendance. L’espace agricole utile estil toujours aussi important en volume, même dans les zones les moins favorables à l’agriculture ? Peut-on évaluer les transferts du patrimoine foncier qui s’opèrent du fait de la différenciation des usages de l’espace rural ? C’est en partie ce qui est avancé dans le cadre de recherches menées sur les dimensions patrimoniales des ressources, en lien avec les trajectoires de développement. De nombreux outils et instruments de l’aménagement du territoire expriment une sorte de volonté interventionniste dans la protection. Même si les conceptions de la protection du patrimoine sont très différentes selon les pays, des points communs existent comme la relation entre héritage et patrimoine ainsi que des tendances à l’appropriation et à la patrimonialisation des ressources. De nombreuses questions peuvent se poser sur cette appropriation patrimoniale, comme la notion même de patrimoine dans une conception large et souvent triviale, dans la mesure où

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l’information diffusée par les connaissances patrimoniales reposent principalement sur des donnés techniques et surtout des inventaires. Mémoire technique et savoir relationnel, en lien notamment avec l’environnement social, génèrent des constructions qui forgent une trame cognitive partagée. Le patrimoine est donc aussi une accumulation, une mémoire construite soit individuelle par le fruit de l’expérience ou soit par apprentissages multiples. Dans ce cas, la complexité de l’appréhension des savoirs techniques mais aussi des savoirs organisationnels peut-elle être traduite en termes de patrimoine ? On parle dans ce cas de mémoire collective. Un bien collectif comme une ressource collective peut-elle sous cette hypothèse avoir un sens ? C’est notamment l’accès à ce patrimoine qui devient problématique dès lors qu’un groupe social repère un intérêt individuel, ou collectif à l’appropriation. Réduire le patrimoine à une classification, notamment par les inventaires, constitue un aspect limité des formes patrimoniales que la société accorde aux différentes ressources ayant ce statut. Il est difficile de faire un inventaire des patrimoines dans leur intégralité, de le recenser, comme d’explorer la mémoire patrimoniale. De la même façon, les logiques d’inventaires peuvent être faussées lorsqu’elles vont être codifiées. Cela engendre un appauvrissement et donc des risques d’instrumentalisation de l’objet patrimonial. Dans le cas le plus fréquent, les transferts depuis une valorisation tacite du patrimoine vers sa codification engendrent des représentations construites. Dans ce cas, qu’est ce qui peut justifier les droits de faire et de transformer les mémoires patrimoniales ? La capacité d’action notamment en lien avec les systèmes productifs pose donc la question de l’appropriation patrimoniale. Le patrimoine est une perspective d’ancrage au passé, une capacité d’action des individus et, en somme, une capacité de projection dans l’avenir (Linck Th., 2009). Le patrimoine devient un enjeu de pouvoir ayant souvent une origine économique, qui renvoie souvent à des instructions et des conditions d’action autour des dynamiques patrimoniales. L’intérêt de la recherche doit être plus centré aujourd’hui sur les termes de la transformation patrimoniale que sur

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les logiques d’inventaires pour se focaliser plus précisément sur les transformations patrimoniales et leurs conditions d’accès. Le rôle des institutions aux différents échelons territoriaux et des dispositifs de protection du patrimoine par exemple vont dans ce sens. C’est la pratique de la relance qui permet de donner à l’héritage une dimension patrimoniale. La relance est un élément de mobilisation de l'héritage, transformant ce dernier en patrimoine. Au sein des milieux ruraux, de multiples expériences montrent que la relance témoigne de la capacité des acteurs à s’approprier l’histoire, quitte à la transformer. On peut parler de la châtaigne et de ses produits dérivés comme exemple d’une relance en référence à un mode de représentation et un système de valeur réactualisé, à savoir une vie saine et naturelle des paysans cévenols ou corses aux siècles passés, alors qu’en fait, elle symbolisait aussi la difficulté de vivre et la misère des campagnes de cette époque. L’exode des populations s’était alors accompagné de l’abandon de la consommation de ce type de produit, de moins en moins en phase avec une consommation urbaine déconnectée des produits locaux. Ainsi, même si la châtaigne est empruntée à ce passé miséreux, aujourd’hui les producteurs cévenols ou ardéchois la réintroduisent sous différents aspects en référence à leurs régions et à l’image qu’ils veulent en donner. De ce point de vue, la relance est une empreinte de la stratégie de développement territorial. La relance peut être entreprise par un individu ou un petit groupe de personnes. Cette captation de ressources locales et son développement seront, le plus souvent, le fait d’un leader capable de mobiliser les différents acteurs locaux mais également aussi régionaux ou nationaux, afin de relancer une production avec l’image patrimoniale qui l’accompagne. Il peut y avoir, également une captation politique de l’héritage avec sa mise en scène. Ceci permet de dépasser le seul cadre local et le seul produit, en associant à l’héritage mobilisé plusieurs sortes de biens et de services formant une sorte d’hybridation de ressources plus complexe que la châtaigne des « anciens ». Dans la plupart des cas, il est nécessaire d'adapter l'héritage au contexte actuel. Il n'y a pas de développement patrimonial bénéfique

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aux territoires sans une mise en œuvre d'innovations permettant une adéquation entre le produit ou le service proposé et les réalités économiques et sociales actuelles. La modernisation de la tradition est souvent un préalable à la réussite économique de la relance. La modification de l’héritage est nécessaire au moment de sa transformation en patrimoine, c’est une façon de détourner son image première et ce qu’il pouvait représenter dans la société locale et dans l’histoire, pour n’en retenir que sa dimension positive et créer la valeur que lui attribueront les consommateurs. Une sorte de patrimoine à une face qui singularise la réalité pour mieux la communiquer, la diffuser, la faire comprendre et admettre auprès des allochtones, des touristes et des étrangers au local. La combinaison de plusieurs actions de relance, comme l’association d’une relance avec un système de production en situation d’opportunité, en lien avec les attentes de la société, peut déterminer des effets de synergie. Ces actions de relance permettent un développement global de la région concernée. On trouve des exemples avec la coutellerie et la promotion du fromage à Laguiole dans le Massif central. Dans le cas de la presqu’île de Guérande, c’est une relance involontaire qui rencontre l’attente de la société locale et extérieure, créant ainsi une synergie et générant une émulation partagée. On peut observer dans ces deux cas qu’un produit promu dans le cadre de la relance va agir sur la demande d’autres produits sans qu’il y ait une forme de dépendance directe de l’un envers l’autre mais d’une façon plus globale. L’inertie et parfois la synergie dont ils bénéficient constituent une nouvelle ressource territoriale. Les différents acteurs de la production, qu’ils relèvent de l’agriculture, de l’artisanat, de l’industrie ou des services, faisant appel à des éléments du patrimoine local dans leur mode de production, sont les héritiers de l’histoire. Ils utilisent celle-ci dans le but d’ajouter une plus value aux biens ou aux services qu’ils fournissent. Ainsi, des effets de réputation, de reconnaissance, d’identification à des cultures locales, à des traditions ou tout simplement à des régions deviennent des éléments d’appui pour valoriser des productions. Même si le produit élaboré est relativement commun et identique à ses concurrents, il peut bénéficier des effets d’identification

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à des produits plus traditionnels et, par-là, se dégager de la production de masse. Des effets conjoints apparaissent également à l’échelle de territoires ruraux, ces derniers développant des avantages économiques au profit d’autres produits locaux, notamment dans l’immobilier. Des effets de rentes territoriales vont ainsi accroître la valeur des biens annexes liés à la diversité paysagère, aux spécificités villageoises et à certaines rémanences historiques. L’exemple des Cévennes gardoises et lozériennes illustre parfaitement cette situation, avec le développement spectaculaire de l’agritourisme, du résidentiel saisonnier et d’autres formes de tourisme rural. Cependant, la patrimonialisation n’est pas toujours durable, elle nécessite la mise en place d’outils de protection et de valorisation permanente. Ainsi, une politique de protection d’un milieu naturel peut-elle résister longtemps à la pression des intérêts économiques et politiques ? L’évolution de la législation sur les Parcs nationaux en France illustre bien les difficultés qui s’affirment sur le long terme dans le domaine de la protection du milieu naturel, difficultés que l’on trouve également dans le cas des actions du Conservatoire du Littoral. Dans le domaine des productions agricoles, la question de la durabilité de la patrimonialisation ne doit pas faire perdre de vue que, au-delà de la qualité intrinsèque du produit liée au milieu, au savoir-faire plus ou moins traditionnel, d’autres éléments viennent s’ajouter aux produits pour accroître leurs valeurs ajoutées. Par exemple, l’oignon doux des Cévennes véhicule en même temps que sa qualité propre, le nom de Cévennes et, par-là, son histoire, ses caractéristiques géographiques et une partie de son patrimoine. Se limiter aux seules vertus du produit risque, dans le contexte d’une mondialisation accrue des productions, des débouchés et des échanges, d’accroître les déceptions comme cela est le cas pour certains vins français de qualité. La patrimonialisation a des effets sur la mondialisation en favorisant une certaine diversification à l’intérieur d’une famille de produits, elle-même confrontées à un processus d’homogénéi-

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sation. C’est le cas du camembert Lanquetot racheté par le groupe Lactalis, qui est produit de plus en plus à partir de lait pasteurisé. En renonçant de fait à l’appellation d’origine contrôlée, et en favorisant son expansion hors de l’Europe, il perd peu à peu sa typicité tout comme sa qualité gustative. C’est un pari sur le court terme avec une vulgarisation patrimoniale permettant d’accroitre des bénéfices financiers. C’est expressément la question de la durabilité qui est parfois remise en cause ou attaquée du fait de l’absence d’évolution des outils de protection élaborés par la puissance publique. La mondialisation affecte, en effet, la protection si ses modalités de fonctionnement n’évoluent pas ou si les instances internationales comme l’Unesco ou l’Institut National de la Protection Industrielle n’élargissent pas le spectre de leur compétence. Lorsque la patrimonialisation est trop spécifique et, par voie de conséquence, n’est pas facilement perçue ou banalisée par les consommateurs éventuels, il est possible d’élaborer un système de réduction de ces spécificités. Ainsi, aujourd’hui, on voit se mettre en place des stratégies d’échelle en matière de protection ou de labellisation. L’exemple de la marque Sud de France, mise en œuvre par les pouvoirs publics régionaux du Languedoc Roussillon, illustre cette démarche. Cette marque, qualifiée de marque ombrelle, permet d’identifier l’origine géographique des produits régionaux, biens ou services, pour ensuite les identifier de manière plus précise dans leur diversité et à des échelles spatiales plus fines pouvant aller jusqu’au local. Mais, la patrimonialisation d’un produit et sa protection ne le mettent pas à l’abri d’une évolution du marché, en particulier lorsque ce dernier s’internationalise. L’accroissement de la concurrence génère une moins bonne visibilité pour le consommateur quand ce n’est pas de la confusion, comme cela est le cas, par exemple, pour la lentille verte du Puy concurrencée de plus en plus par un produit très proche venant d’Amérique du Sud. Dans ce domaine, les consommateurs n’ont pas toujours les moyens de mener une réelle analyse de la valeur du produit en lien avec son origine et le facteur prix prend alors le dessus sur l’identification de la qualité d’origine.

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Héritage identitaire et dynamiques des systèmes de représentation La valorisation d’un héritage et sa transformation en patrimoine ne se limitent pas uniquement à sa dimension historique et économique, à travers la présence de monuments, de châteaux ou de productions agricoles spécifiques et identitaires. Un paysage, fruit aussi de l’histoire des activités des hommes, peut être valorisé dans le cadre d’une politique de promotion et de développement de tourisme culturel. De même, le patrimoine végétal peut devenir un atout supplémentaire utilisé pour l’aménagement urbain. L’exemple du recours au chêne vert, en tant que nouvel arbre urbain dans des villes comme Florence, Montpellier ou Valencia, peut être associé à celui du recours à l’olivier et à la vigne de plus en plus présents dans les villes méridionales à travers des ronds-points ruraux et agricoles. La genèse de la présence de l’arbre dans les espaces urbains survalorise la place ou du moins la représentativité des ruralités dans le cœur des villes. Cela peut être perçu comme une tentative de constitution d’un continuum rural au sein du processus de métropolisation bien engagé. Ces références fréquentes à l’espace rural, références souvent idéalisées, posent la question du devenir des espaces ruraux. Va-ton vers un espace de plus en plus homogénéisé ou bien des spécificités locales ou régionales subsisteront-elles ? A cette question, l’analyse de trois pays de l’Europe méridionale montre que le jeu entre les différentes forces en présence reste complexe mais que certaines tendances lourdes sont toutefois perceptibles. La reprise démographique rurale, le déploiement des fonctions résidentielles et touristiques et les nouvelles formes de mobilité attestent, depuis plusieurs décennies, d’une certaine dynamique des espaces ruraux dont les facteurs explicatifs semblent résulter des changements qui s’opèrent dans les comportements des sociétés européennes. Dans un contexte de crise du modèle industrialourbain, l'image, aujourd'hui positive, véhiculée par les campagnes peut en partie expliquer l’attractivité que ces dernières exercent.

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Les images et le système de représentation qui en découlent trouvent en partie leurs origines dans l’histoire du monde rural. Les liens culturels qui relient la société actuelle à ses campagnes forgent une représentation individuelle, mais aussi collective, qui valorise, ou non, certains aspects de l’héritage identitaire, savoirfaire anciens, patrimoine culturel, etc. Les politiques publiques peuvent alors se réapproprier ce système de représentation et l’instrumentaliser pour valoriser certains territoires. Les questions porteront alors sur le repérage des éléments de l’histoire sociale, économique ou culturelle auxquels référence sera faite. Comment ce système de représentation est-il reconstruit ? Comment s’inscrit-il dans les politiques publiques ? Le paysage est une représentation complexe d’héritages multiples prenant une dimension patrimoniale et qui peut, dans certains cas, devenir essentielle avec sa mise en valeur dans le cadre d’un usage touristique intense. Le plus souvent, il accompagne d’autres actions de valorisation patrimoniale apportant un plus, comme c’est le cas pour le paysage viticole alsacien. Il est, également, le marqueur d’un héritage rural quand il est utilisé, comme nous l’avons déjà signalé, dans le cadre urbain. Constructions rurales et perspectives Les espaces ruraux connaissent aujourd’hui d’importantes mutations. Dans le même temps, les perspectives de leur développement sont de plus en plus accès sur les ressources et les jeux d’acteurs. D’ailleurs, la notion de ressources, fréquemment utilisée par de nombreuses disciplines comme la géographie, l'économie ou les sciences de la nature, est souvent au cœur des démarches de recherche mettant en œuvre la problématique territoriale. Cette question de ressources renvoie précisément à l'articulation entre ressources et systèmes de production, système de représentation, le territoire et le milieu. Il y aurait donc à la fois des ressources standards ou encore données et des ressources directement issues de la dynamique territoriale (Crevoisier O., Kebir L., 2004). Les ressources, forgées aux rythmes de la dynamique des territoires, sont des stocks à mobiliser, à valoriser ou à transmettre. Leur caractère

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plus ou moins transférable et le rôle qu'elles peuvent avoir dans la dynamique du processus de développement local rural conduit la plupart des recherches à mener une réflexion sur leur nature en fonction de l’objet étudié. Cette réflexion peut être menée soit en termes de secteur, comme le milieu industriel, soit en termes de service, comme la dynamique touristique ou culturelle, soit en termes de représentation notamment à travers les relations sociales. On retrouve sur ce point, la distinction entre ressource générique, qui échappe à la caractérisation des espaces ruraux notamment, et des ressources spécifiques qui se combinent avec des contraintes de localisation pour former des espaces ruraux renouvelés et attractifs par leur construction. C’est la lecture que l’on peut faire des différentes contributions de cet ouvrage.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES GUMUCHIAN H., PECQUEUR , B., (2007), La ressource territoriale, Economica, Paris. PEYRACHE-GADEAU V. PECQUEUR B., (2004), « Les ressources patrimoniales : une modalité de valorisation par les milieux innovateurs de ressources spécifiques latentes ou existantes », in Ressources naturelles et culturelles, milieux et développement local, Camagni R., Maillat D., Matteaccioli A. (eds.), Neuchâtel, Suisse, p. 71-89. SCOTT A., (1997), Les régions et l’économie mondiale, L’Harmattan, Paris. VELTZ P., (2002), Des lieux et des liens, « Poche essai », Edition de l’Aube. LINCK Th., (2009), Conférence Introductive du séminaire de recherche sur la « patrimonialisation », Corte, INRA SAD, 3 et 4 décembre. CREVOISIER O., KEBIR L., (2004), « Dynamiques des ressources et milieux innovateurs », in Ressources naturelles et culturelles, milieux et déve loppement local, Camagni R., Maillat D., Matteaccioli A. (eds.), Neuchâtel, Suisse, p. 261-290.

HÉRITAGES ET VALORISATION

PREMIÈRE PARTIE

L’héritage devient patrimoine à partir du moment où certains acteurs intervenant sur le territoire rural font référence à cet héritage dans le cadre d’actions de mise en valeur du territoire. Les modalités de patrimonialisation, comme la nature et les motivations des acteurs concernés par les actions de valorisation des héritages, sont multiples, de même que les résultats. La dimension patrimoniale des ressources territoriales et leurs articulations avec les trajectoires du développement local sont au cœur de la contribution d’Hugues François, Maud Hirczak et Nicolas Senil. Le glissement de la notion de patrimoine va plus loin qu’une simple analysesémantique, il se situe aussi au sein des outils de valorisation du patrimoine et de l’aménagement du territoire. Les mécanismes de la patrimonialisation sont décortiqués sous un angle plus dynamique, montrant comment les acteurs vont sélectionner les ressources afin de les valoriser par une appropriation plus systématique avec des modalités variées. Ces mécanismes peuvent aboutir sur une typologie de trajectoire de développement en liens avec des exemples multiples, tels les parcs naturels régionaux ou les productions sous labels territoriaux. La relance, élément de mise en valeur de l’héritage, lui même devenant alors patrimoine est abordée par Claire Delfosse. Elle note que l’héritage peut être traité de manière très différente. Il

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peut être refusé, c’est alors l’échec de la relance. Il peut être créé de toute pièce, adapté au contexte local ou même détourné comme, par exemple, les circuits cathares en Languedoc qui englobent des sites historiques totalement étrangers à l’histoire cathare. Les motivations de relance sont multiples mais les raisons économiques sont généralement primordiales, même si elles sont masquées sous d’autres affirmations comme celle de défendre la nature, d’établir un lien avec le local, etc. La relance s’appuie sur un territoire, soit pour le renforcer, soit pour le créer, soit pour l’utiliser s’il s’agit d’un territoire déjà affirmé et fort. Cette patrimonialisation est déterminée par des acteurs dont les rôles sont différents selon leur nature. Dans l’exemple de la presqu’île de Guérande, Ludovic Ginelli et Nathalie Lewis montrent que la démarche de patrimonialisation des marais salants est, au départ, purement économique. L’objectif est de créer une production, une niche permettant de survivre. Aujourd’hui, c’est un quasimonopole au niveau mondial qui est en place etun facteur efficace de développement local. Par la suite, la création du Parc Naturel Régional de Brière et la valorisation de la cité médiévale, avec le label « Ville d’art et d’histoire » sont venues prendre appui sur la renommée de Guérande. L’ensemble peut donc déterminer des effets de synergie même non recherchés. La référence et l’utilisation de la « culture rurale » peut répondre à diverses motivations. C’est ce que met en évidence Sonia Catrina, à propos d’une région rurale roumaine ayant connu, comme dans tous les pays de l’Europe de l’Est, deux ruptures brutales dans sa trajectoire, au cours du demi-siècle écoulé. Le recours à la culture rurale traditionnelle se fait durant la période communiste pour des motivations différentes de celles qui procèdent aujourd’hui dans le cadre de la « mise en tourisme de la région. La nature de la culture locale, aujourd’hui utilisée dans la perspective d’un développement touristique, n’est plus le reflet de la culture populaire glorifiée au temps du communisme, mais une « réactualisation de fragments de tradition ».

LA DIMENSION PATRIMONIALE
DES RESSOURCES TERRITORIALES
QUEL RÔLE DANS LES TRAJECTOIRES DE DÉVELOPPEMENT

?

Hugues François, Maud Hirczak, Nicolas Senil

Depuis les années 70 et la crise du modèle fordiste, les territoires renouvellent leur modèle de développement en initiant des stratégies de différenciation basées sur la mobilisation de moyens nouveaux. L’analyse de ces dynamiques met en avant le récent rôle des espaces ruraux (Hervieu et Viard, 2005), porteurs de nouvelles ressources, comme le patrimoine. C’est ainsi qu’au cours de ces vingt dernières années, celui-ci est devenu une préoccupation largement partagée tant par les acteurs du territoire que par la communauté scientifique (Veschambre, 2007). Le regain d’intérêt pour les pratiques de développement local s’est accompagné d’une relecture de la notion de patrimoine, dont le champ de définition étendu en fait un « mot valise » communément utilisé aujourd’hui. Notre objectif ici est d’interroger la relation patrimoine / développement par le biais de la patrimonialisation et de la dimension patrimoniale de certaines ressources ; les ressources spécifiques. Les ressources sont des facteurs à exploiter, à organiser, à révéler ; elles n’existent donc pas en soi, il s’agit d’une construction sociale. Elles peuvent prendre différentes formes : matérielles / idéelles, non renouvelables / renouvelables ou encore latentes / révélées, etc., mais notre approche s’intéresse plus particulièrement à la distinction générique / spécifique. Ancrées sur un territoire et donc

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HUGUES FRANÇOIS, MAUD HIRCZAK, NICOLAS SENIL

non reproductibles ou transférables ailleurs, les ressources spécifiques sont d’autant plus propices à une stratégie de développement qu’elles sont les seules à permettre une différenciation pérenne dans le temps, a contrario des ressources génériques (Colletis et Pecqueur, 1993 ; 2004). Nous faisons l’hypothèse que le patrimoine est une ressource territoriale particulière, dans la mesure où il éclaire la nature même de la ressource, et permet ainsi de réinterpréter cette grille de lecture sur la distinction générique / spécifique. L’étude des processus associés à l’émergence du patrimoine constitue ici un éclairage sur les zones d’ombre mises en exergue dans le cadre proposé par Colletis et Pecqueur : au-delà de la caractérisation de la nature des ressources, comment expliquer leur activation ? Le détour par la dynamique patrimoniale permet ainsi de considérer la ressource territoriale (spécifique et révélée) comme une étape intermédiaire non marchande entre le passage de l’état de ressource à celui d’actif (François, Hirczak et Senil, 2006). Ce phasage souligne l’enjeu crucial qui se joue dans le passage entre patrimonialisation (de ressource spécifique à ressource territoriale) et valorisation (de ressource territoriale à actif territorial). Le patrimoine est donc vu comme une combinaison de ressources qui s’accumulent, une entité qui évolue dans le temps de façon non linéaire. Dans ce sens, ces processus interrogent plus largement les conditions de renouvellement des trajectoires territoriales et les phénomènes de récursivité entre révélation de ressources et contexte territorial. Dans ce chapitre, il s’agit bien de questionner le rôle du patrimoine, à la fois dans la nature du développement spécifique et dans les modalités de diffusion de ce dernier. En quoi la nature patrimoniale des ressources limite-t-elle la diffusion du modèle de développement spécifique ? Quel est le rôle du patrimoine dans les trajectoires de développement local, et notamment dans les déterminations / inflexions éventuelles de celles-ci ? Pour répondre à l’ensemble de ces interrogations ce chapitre s’articulera en trois temps. Tout d’abord, nous reviendrons sur l’évolution du patrimoine en tant que ressource pour les territoires ruraux. Puis, dans un second temps, nous verrons en quoi la dimen-

PATRIMOINES, HÉRITAGES ET DÉVELOPPEMENT RURAL EN EUROPE

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sion patrimoniale des ressources nous éclaire sur la nature même de celles-ci, et donc leur spécificité, notamment via le processus de révélation. Enfin, une troisième partie abordera la question des différentes trajectoires des ressources et de leur diffusabilité. La place du patrimoine dans le développement local Dans un premier temps, il s’agit de revenir brièvement (et de manière non exhaustive) sur l’évolution de la notion de ressource en économie territoriale afin de montrer que le patrimoine n’a pas toujours été considéré comme une ressource pour le développement. En effet, pendant longtemps, les analyses économiques en matière de développement local se sont intéressées avant tout aux dynamiques industrielles. Or peu à peu, les mutations des espaces ruraux ont fait émerger de nouvelles ressources, telles que le patrimoine, aujourd’hui considéré comme un atout par bon nombre de territoires. Du district industriel à la ressource territoriale : une nouvelle grille de lecture du développement Les fondements de l’économie territoriale, telle qu’elle se construit depuis les années 1980, repose sur différentes observations de districts industriels ainsi désignés en référence aux travaux d’A. Marshall, principal, pour ne pas dire unique, cadre théorique pour appréhender ces cas pratiques. En effet, jusqu’à la crise du fordisme, les économistes n’ont eu aucune considération pour l’espace. Avec la domination du courant néo-classique, celui-ci est uniquement perçu dans une approche en termes de dotation factorielle en lien avec les contraintes de transport et de localisation de matières premières, dans une optique économique, marchande. Or, les différentes observations portant sur la « Troisième Italie » et plus généralement sur « les régions qui gagnent » (Benko et Lipietz, 1992), ont permis de dépasser cette vision. Un certain nombre de configurations de développement local sont apparues à contre-courant du modèle fordiste mais tout en étant performantes. Aux rigidités de la production de masse permettant des

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économies d’échelle au sein de grands groupes industriels s’opposent des ensembles de PME en réseau qui se distinguent par leur haut niveau de savoir-faire et par leur flexibilité (Courlet, 2008). Leur capacité à a mettre en œuvre des rendements croissants repose sur la qualité des échanges au sein de ces réseaux. Les observations sur les Systèmes Productifs Localisés (SPL) soulignent ainsi l’importance du temps long et de l’histoire dans la construction d’un référentiel socioculturel commun et fort et plus généralement des dimensions non marchandes pour comprendre les dynamiques des territoires. L’adoption de différentes dénominations (districts ou SPL) est significative de la recherche d’un vocable unique et finalement d’un concept expliquant la diversité des situations rencontrées. En effet, le paradoxe réside, dans le cas de l’économie territoriale, dans la difficulté de faire émerger une grille de lecture commune pour des phénomènes particuliers. Un certain nombre de travaux en économie spatiale et industrielle se sont donc attachés à analyser les mécanismes de constructions et de dynamiques territoriales autour d’activités avant tout industrielles (districts, SPL, milieux innovateurs, clusters). En ligne directe de ces recherches portant sur le monde industriel, d’autres approches se sont développées sur le secteur tertiaire en se concentrant sur l’innovation et les services de recherche et développement adossés aux industries (technopôles ou pôles de compétitivité). Par ailleurs, d’autres investigations, notamment sur les espaces ruraux, ont également contribué à élargir le champ d’application d’une grille de lecture territoriale et constituent autant de tentatives de dégager des lignes communes à travers la confrontation de contextes d’étude différenciés. Le tourisme de montagne a ainsi fait l’objet d’une approche pionnière avec le Système Touristique Localisé, (Perret, 1992) ; approche facilitée par la dimension industrielle généralement associée aux stations de sports d’hiver intégrées. Le secteur agricole n’a pas non plus échappé au regard de la science territoriale, en particulier avec les questionnements autour des Systèmes Agroalimentaires Localisés (Muchnik et al., 2008). Plus largement, des approches se sont aussi développées en lien