Pauvreté et résilience des enfants dans les mines de diamant

De
Publié par

S'appuyant sur la méthode d'études de cas, sur des techniques d'entretien, d'observation directe, l'auteur répond à la question de savoir comment les enfants qui travaillent dans les mines de diamant de Mbujimayi et ses environs en tant qu'acteurs résilients organisent-ils cette résilience ? Il explique ensuite la rationalité des mécanismes de résilience mis en oeuvre en vue de surmonter l'adversité de leur environnement, il détermine la variabilité des mécanismes selon le sexe et la nature des rapports entre ces enfants et leurs parents.
Publié le : vendredi 1 avril 2016
Lecture(s) : 2
Tags :
EAN13 : 9782140006067
Nombre de pages : 278
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

PAUVRETÉ ET RÉSILIENCE DES ENFANTS
DANS LES MINES DE DIAMANTS
(KASAÏ-ORIENTAL)
À la suite des mesures de libération de l’exploitation et de la
commercialisation des matières précieuses, dont le diamant,
intervenues en novembre 1982, nous avons observé à Mbujimayi PAUVRETÉ ET RÉSILIENCE DES ENFANTS
et ses environs un engouement de toutes les couches. Des enfants
DANS LES MINES DE DIAMANTS de 8 à 17 ans sont envoyés dans les mines par la pauvreté de leurs
familles ou par la désagrégation de celles-ci. (KASAÏ-ORIENTAL)S’appuyant sur la méthode d’étude des cas, sur des techniques
d’entretien, d’observation directe complétées par l’emploi du test du
dessin de famille de Louis Corman, l’auteur répond à la question de
savoir comment les enfants qui travaillent dans les mines de diamants
de Mbujimayi et ses environs en tant qu’acteurs résilients
organisentils cette résilience ? Ensuite, il explique la rationalité des mécanismes
de résilience mis en œuvre en vue de surmonter l’adversité de leur
environnement, il détermine la variabilité de ses mécanismes selon le
sexe et enfn il détermine la nature des rapports entre ces enfants et
leurs parents.
L’auteur, Hubert Mukendi Mpinga est docteur en psychologie
de l’Université de Lubumbashi (RDC). Il est professeur
associé à l’Université Offcielle de Mbujimayi. Il enseigne
également à l’Université de Mbujimayi, à l’Université
Notre Dame de Lomami à Kabinda, à l’Université de Kabinda ainsi
qu’à l’Institut Supérieur des Techniques Médicales de Mbujimayi.
Ses travaux portent sur la psychologie du travail et des organisations.
Il s’intéresse plus particulièrement aux comportements individuels et
de groupe produits en situation de travail ou dans les organisations.
iSBn : 978-2-343-08697-2
28 e
Hubert Mukendi Mpinga
Notes de cours
à l’usage des étudiants en droit
Préface de Clément MwaBila Malela
Postface de Benjamin MulaMBa MBuyi
Préface de NyaBirungu mwene Songa Raphaël
PAUVRETÉ ET RÉSILIENCE DES ENFANTS
DANS LES MINES DE DIAMANTS
(KASAÏ-ORIENTAL)
Hubert
M
ukendi
M
pinga










PAUVRETÉ ET RÉSILIENCE DES ENFANTS
DANS LES MINES DE DIAMANTS
(KASAÏ-ORIENTAL)

Notes de cours
Dirigée par Benjamin Mulamba Mbuyi

L'objet de la collection est de susciter les publications dont la vocation est
double : d'une part offrir aux professeurs d'universités l'opportunité de
publier leurs notes de cours, utilisées tout au long de leur carrière, et
d'autre part offrir aux étudiants et chercheurs les outils de travail dont ils
ont grandement besoin.
La collection s’adresse principalement aux étudiants et se propose
d’envisager toutes les questions qui touchent tous les aspects de droit, de
science politique et de relations internationales qui font l’objet d’un
enseignement universitaire autonome.
Nous privilégierons la publication de manuels de grande qualité
scientifique qui seront mis à la disposition des étudiants, régulièrement
révisés comme des outils pédagogiques et utilisés dans un grand nombre
d’institutions universitaires à travers le monde.



Déjà parus :


Dieudonné KALINDYE BYANJIRA, Droit international humanitaire, 2015.
Blaise SARY NGOY, La politique étrangère de Joseph Kabila, Les politiques
étrangères des Etats menacés de décomposition, 2014.
Zacharie NTUMBA MUSUKA, Le rôle du juge administratif congolais dans
l’émergence de l’état de droit, 2014.
Stanislas BOGOY NANGAMA, La pédagogie générale, 2014.
Stanislas BOGOY NANGAMA, La pédagogie comparée, Historique,
Théories et Méthodes, 2013.
Floribert Nzuzi MAKAYA, Les finances publiques dans les constitutions de
la République démocratique du Congo, 2012.
Kazumba K. TSHITEYA, Introduction aux théories et doctrines politiques et
sociales, 2012.
Benjamin MULAMBA MBUYI, Droit International Public, Les sources, 2012.
Benjamin MULAMBA MBUYI, Droit des Organisations Internationales, 2012.
MUKENDDI MPINGGA Hubert





PAUVRÉTE ET RÉÉSILIENCE DES ENFANTS
DANS LES MINES DE DIAMANTS
(KASAAÏ-ORIENNTAL)









































© L'HARMATTAN, 2016
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-08697-2
EAN : 9782343086972

Préface

A la suite des mesures de libéralisation de
l’exploitation artisanale des matières précieuses dont le
diamant intervenues en novembre 1982, l’auteur a observé
à Mbujimayi et ses environs un mouvement, un
engouement de toutes les couches de la population vers les
activités diamantaires. Parmi ces couches l’auteur note la
présence remarquable d’enfants et de jeunes de moins de
18 ans.
Ce qui amène ces enfants dans les mines au-delà de
toute explication psychosociologique, c’est la pauvreté des
familles, car il n’y a quasiment pas dans les mines des
enfants issus des familles aisées ou tout au moins des
familles qui savent donner à manger à leurs enfants, les
vêtir et payer leur scolarité.
Envoyés dans les mines par la pauvreté et la
désintégration familiale, ces enfants font encore face à :
des conditions de travail hostiles (pénibilité du travail,
violence physique, intempéries, environnement pathogène,
risques d’accidents mortels, injustices et exploitations,
etc.).
Loin de se décourager, les enfants travaillant dans les
mines s’y accommodent, ce qui conduit l’auteur à
conclure qu’ils sont des acteurs résilients.
S’appuyant sur une approche méthodologique
qualitative et inductive triangulant la technique
d’observation, l’entretien semi-directif sur les expériences
de vie avec quelques enfants rencontrés et le test du dessin
de famille de Louis Corman (1967), l’auteur explique la
présence des enfants dans les mines en prenant en compte
7
leurs points de vue dans la perspective de leur
subjectivation.
Ainsi a-t-il répondu aux questions de savoir : comment
les enfants qui travaillent dans les mines de diamants de
Mbujimayi et ses environs organisent-ils leur résilience
devant les conditions de vie et de travail contraignantes ?
Quelle est la rationalité des mécanismes mis en œuvre par
ces enfants en vue de s’adapter aux contraintes décrites
plus haut ou de se tirer d’affaires ? Existe-t-il une
variabilité des stratégies utilisées selon qu’il s’agit des
filles ou des garçons ?
Enfin, sachant bien que l’environnement de travail dans
les mines est quelque peu atypique en ce qu’il procure à
l’enfant en développement une autonomie et un espace de
liberté et l’auto-prise en charge précoce, l’auteur interroge
les données recueillies pour savoir si les mécanismes de
résilience adoptés ne modifient pas les rapports en famille
à l’égard des parents.
Toutes ces questions ont trouvé des réponses dans cet
ouvrage dont nous conseillons la lecture aux chercheurs
ainsi qu’à toute autre personne intéressée par les questions
touchant à l’enfance.
Au regard du modèle explicatif de la résilience des
enfants dans les mines tel que l’auteur l’a présenté
schématiquement et des concepts nouveaux qu’il introduit,
nous sommes là en présence de la problématisation d’un
nouveau paradigme de l’enfance ou de la jeunesse, la
réalité de terrain présentée par l’auteur contrastant avec les
discours protectionnistes et victimisants auxquels les
études antérieures nous avaient habitué.
Sur un autre registre, la publication de ce travail doit
être reçue comme une interpellation à l’adresse des
8
gouvernants, des autorités locales et des pouvoirs
publiques.
De façon générale, en plus de situer la manière dont les
enfants travaillant dans les mines organisent leur résilience
devant les conditions de travail contraignantes, cette
publication soulève en filigrane la nécessité de la lutte
contre le travail de ces enfants, d’autant que ce type
d’activité se justifie par les conséquences du déclin, à
Mbujimayi, de l’industrie diamantaire sur les familles
pauvres. N’est-il pas permis de lire dans cette crise
l’échec, sinon l’indifférence des pouvoirs publics devant
l’impératif d’instaurer une politique courageuse tendant à
transformer les ressources naturelles en développement
humain ?
Le Premier Ministre en a pris l’engagement lors d’une
allocution prononcée en juin 2013 de « propulser le pays
vers une croissance accélérée et dans la trajectoire du
développement humain ».
En l’occurrence, pour les enfants dont question ici une
première action de protection sociale devra porter sur la
consolidation de l’éducation de base et sur la promotion
des possibilités d’emploi productif pour les parents en
relation avec les potentialités économiques de la contrée,
telle l’agriculture. L’essentiel dans ce cas consistant à se
dégager de l’emprise du diamant, de procurer aux enfants
des perspectives d’avenir et de réduire la pauvreté des
familles.
Il devra s’agir d’une stratégie nationale globale,
conforme à plusieurs égards à ce qu’affirmait le Chef du
gouvernement congolais dans son allocution déjà cité en
fixant au pays les priorités suivantes :
9
1. mener une politique de reconstruction des
amortisseurs pour affronter d’éventuels
chocs extérieurs ;
2. poursuivre une politique de croissance
soutenu à long terme et
3. répondre aux besoins cruciaux de
développement par la lutte contre la
pauvreté.
Certes, Mbujimayi ne détient pas seule la palme de ces
préoccupations, ces contraintes se posent, à des degrés
divers, partout dans la République où se pratique
l’exploitation artisanale des minerais. C’est là l’intérêt
principal de cet ouvrage.

Clément MWABILA MALELA
Professeur Emérite




10
Introduction

Le travail des enfants est un phénomène de société fort
répandu dans le monde et particulièrement dans les pays
en voie de développement. Déjà, le Bureau International
du Travail a recensé en 2000, 246 millions d’enfants
travailleurs dans le monde (Université de Mbujimayi,
2006 : 4). Ces enfants œuvrent dans plusieurs secteurs de
la vie économique et leur travail revêt plusieurs formes.
En Afrique sub-saharienne, l’Organisation
Internationale du Travail (OIT), estime qu’à peu près un
enfant sur trois travaille ; ce qui représente environ 69
millions d’enfants travailleurs. Dans sa publication
annuelle, Unicef signale que cette partie du monde vient
en tête avec le taux le plus élevé d’enfants travailleurs
avec 29 %, alors que l’Asie en compte loin au-delà en
nombre absolu. En pourcentage, l’Asie représente 19 %
(Rapport Unicef, 2006).
La République Démocratique du Congo en effet, même
en l’absence des statistiques nationales dans ce domaine,
on peut déjà admettre, eu égard à la richesse de son sol et
sous-sol, qu’il y a des centaines des milliers d’enfants
travailleurs dont une fraction importante se trouverait dans
les mines et carrières.
« A la suite des mesures de libéralisation de
l’exploitation artisanale du diamant intervenues en
novembre 1982, nous avons observé à Mbujimayi et ses
environs un mouvement, un engouement de toutes les
couches de la population vers les activités diamantaires.
Parmi ces couches, des enfants de 8 à 17 ans marquent une
11
présence remarquable dans les mines de diamants » (H.
Mukendi Mpinga, 2012 : 1).
Certains d’entre eux (la fraction la plus importante)
travaillent directement dans la chaîne de production,
c'està-dire, au creusage (excavation ou enlèvement de stériles,
extraction du minerais frais) au transport du gravier, au
tamisage et au piquage des diamants. D’autres s’adonnent
aux activités connexes telles que la vente des articles
d’alimentation sur les mines ou dans les campements de
fortune construits à des fins d’exploitation, l’assistance de
tous genres, la vente d’eau, le transport des marchandises
et les gardes d’enfants plus petits, etc.
Plusieurs recherches particulièrement celles de
Meerseman (1986 : 4-5), ont mis en évidence le fait que,
« pour plus d’équilibre, l’enfant au cours de son
développement a besoin de la guidance des parents ou de
toute autre personne de substitution. Ces derniers lui
dispensent conseils et affection ; bref, lui assurent
l’éducation intégrale ».
L’affection est à l’enfant ce que le soleil est à la plante.
A ceci s’ajoute la nécessité de l’instruction que l’école
moderne assure. Cette instruction requiert à son tour une
fréquentation scolaire régulière et une attention soutenue
que la participation des enfants aux activités diamantaires
ne favorise guère.
Par ailleurs, l’exploitation artisanale des diamants a
engendré des nouveaux modes de vie. Nous assistons à la
naissance d’un nouveau type de villages construits à
proximité des mines et des rivières où vivent dans la
promiscuité totale femmes, hommes et enfants de tous
âges.
12
En ces lieux, comme sur les sites miniers, nous avons
noté une fréquence élevée des comportements tels que
l’agressivité, la sexualité précoce, la consommation de
l’alcool et des drogues, des propos orduriers et injurieux et
relevé également l’abandon et les retards scolaires avec
leur corollaire la montée de l’analphabétisme. Aussi du
point de vue ergonomique, nous avons remarqué des
enfants qui exercent des travaux dont la charge physique
est disproportionnelle à leurs caractéristiques
anthropométriques.
Cet environnement, quelque peu atypique, avec toutes
ces caractéristiques, procure à l’enfant en développement
une autonomie, un espace de liberté et d’auto-prise en
charge précoce.
Sur le plan strictement théorique, nous admettons avec
Kurt Lewin, dans sa théorie de champ, que la dynamique
de la personnalité d’un individu se construit à partir de son
espace de vie ou de son environnement psychologique
total dont il a l’expérience subjective.
De ce qui précède, tout porte à croire que cet
environnement caractérisé par l’hostilité, et pas mal de
contraintes, est invivable. L’enfant qui évolue dans
l’exploitation artisanale de diamants ou dans des activités
connexes n’est pas, non seulement à proprement parler,
une victime passive, mais aussi un acteur. A ce titre, il
développe des mécanismes de résilience qu’il nous
importe de découvrir et d’expliquer.
Il faut entendre par résilience d’après Grotberg
(1995 :1), « la capacité humaine universelle de faire face
aux adversités de la vie, les dépasser et même en être
transformé(e). Il s’agit d’un processus évolutif qui doit
être promu depuis l’enfance ». En sciences humaines,
notamment en psychologie et en sociologie, M. Anaut
13
(2005 : 4), considère la résilience comme « un processus
dynamique impliquant l’adaptation positive dans le cadre
d’une adversité significative ».
Au regard du contexte qui caractérise les enfants qui
travaillent dans les mines et carrières, nous sommes fondé
d’affirmer qu’aller travailler dans les mines et s’y
accommoder est pour ces enfants un acte de résilience.
Sa conduite dépendrait des possibilités qui s’offrent à
lui de s’organiser avec ses pairs et de mobiliser ainsi leur
solidarité. Elle dépendrait ensuite de sa capacité à tirer
parti de ces divers éléments du champ psychologique et,
plus particulièrement, de ses capacités à construire ses
rapports avec autrui, à communiquer avec eux, à nouer et à
renverser les rapports sociaux ; et, plus profondément
peut-être, à supporter les tensions qu’entraînerait
éventuellement tout risque de conflit. Elle dépendrait enfin
et surtout du choix du meilleur parti à prendre à partir
d’une connaissance intuitive de tous ces éléments (M.
Crozier, 1977 : 37).
Comme on le voit, notre approche est essentiellement
psychosociologique car, nous accordons une importance
primordiale au vécu quotidien des enfants qui travaillent
dans les mines.
Dans le cadre de notre mémoire du Diplôme d’Etudes
Approfondies en psychologie (D.E.A), que nous avons
consacré au vécu psychosociologique des enfants qui
travaillent dans les mines, nous avons observé que cette
catégorie d’enfants est confrontée à une série de
contraintes. Déjà avant d’aller travailler dans ces lieux, ils
vivent une autre contrainte qu’est celle de la précarité des
conditions de vie.
14
Sur les lieux d’exploitation et d’hébergement, ils font
face à :
- Des intempéries : pluies, froid, chaleur ;
- Des mauvaises conditions d’hygiène alimentaire et
environnementale ;
- Des scènes de violences physique et verbale ;
- Des risques d’accidents ;
- Des injustices dans la rémunération du travail rendu ou
le partage des biens ;
- La pénibilité du travail d’exploitation artisanale.
A ces conditions s’ajoute la pauvreté qui a poussé ces
enfants à accepter de travailler dans les mines.
Sur fond de ces constatations, nous nous posons une
question fondamentale qui devient pour nous la question
de recherche, celle de savoir : « quels sont les mécanismes
de résilience mis en œuvre par ces enfants travailleurs
dans les mines pour s’en sortir devant des conditions de
vie et de travail contraignantes ?». Ces mécanismes
sontils rationnels ?
Pour opérationnaliser la recherche, cette question
appelle deux autres sous-questions que nous rendons ici de
la manière suivante :
1. Les stratégies utilisées ainsi que leur rationalité
sontelles différentielles selon qu’il s’agit des filles ou des
garçons ?
2. Les mécanismes de résilience ainsi adoptés
modifientils les rapports en famille à l’égard des parents ?
Eu égard aux contraintes de l’environnement du travail
et aux conditions de vie, nous avons formulé l’hypothèse
principale de la manière suivante : « les enfants
travailleurs dans les mines de diamants de Mbujimayi et
15
ses environs adopteraient des comportements de résilience
variés. Plus concrètement, ces comportements seraient
rationnels dans la mesure où ils constitueraient une
solution aux problèmes qui se poseraient à eux.
En vue de répondre à toutes nos préoccupations
soulevées à la problématique, nous formulons également
deux hypothèses secondaires ci-après :
- Les mécanismes de résilience seraient différentiels
selon le sexe ;
- Les mécanismes de résilience adoptés par ces enfants
n’influenceraient pas les rapports entre ces enfants et
leurs parents.
Notre étude a pour objectifs de :
- Déterminer les stratégies mises en œuvre par les
enfants qui travaillent dans les mines pour s’adapter
aux conditions de vie et de travail hostiles ou
contraignantes.
- Expliquer les fonctions ou la rationalité de ces
mécanismes mis en œuvre en vue de surmonter
l’adversité de leur environnement.
- Examiner la variabilité de ces mécanismes de résilience
en fonction du sexe.
- Déterminer la nature des rapports entre ces enfants et
leurs parents.
La méthode de recherche qui nous semble appropriée à
ce travail est la méthode d’étude des cas. Elle consistera à
analyser de manière approfondie les cas des enfants
travaillant dans les mines en vue de produire des nouvelles
connaissances sur cette catégorie d’enfants.
Pour recueillir les données, nous utiliserons
l’observation et l’entretien. Au cours de l’entretien, nous
16
avons récolté de brefs récits de vie. Les informations
issues de ces deux techniques seront complétées et
enrichies par celles recueillies au moyen d’un test
projectif : le test du dessin de famille de L. Corman
(1967).
Nous y reviendrons plus en détails au deuxième
chapitre.
Outre l’introduction et la conclusion générales, notre
travail est subdivisé en trois grands chapitres.
Le premier chapitre est intitulé cadre conceptuel et
théorique. Dans ce chapitre, nous définissons les concepts
clés et associés, présentons ensuite des notions spécifiques
inhérentes au travail des enfants enfin nous développerons
quelques théories explicatives relatives au comportement
opératoire.
Le deuxième chapitre porte sur le cadre
méthodologique. Dans celui-ci, nous décrivons d’abord le
champ d’investigation (la situation géographique, situation
administrative, situation démographique, situation
économique) ensuite nous complétons ce cadre
d’investigation par une description de localités et sites
miniers retenus. C’est également ici l’occasion de décrire
la population cible, l’échantillon, la méthode et les
techniques de recherche ainsi que les difficultés
rencontrées.
Le troisième chapitre est intitulé présentation, analyse
des données et interprétation des résultats. Comme son
titre l’indique, nous y présentons et analysons les données
puis interprétons les résultats. Nous terminerons ce
chapitre par une ébauche de construction théorique et des
recommandations.
17

Chapitre premier
Cadre conceptuel et théorique

Comme nous venons de l’annoncer précédemment, ce
chapitre est essentiellement théorique. Il présente des
précisions conceptuelles, les notions spécifiques relatives
au travail des enfants, les théories explicatives inhérentes
au processus d’adaptation ou au comportement opératoire.
1.1. DEFINITIONS DES CONCEPTS
Il s’agit pour nous de définir les concepts clés utilisés
dans cette étude pour dissiper des malentendus. Ce sont les
concepts suivants : résilience, comportement, enfant,
travail, mines et exploitation artisanale.
A. Résilience
Selon « Le Petit Larousse » illustré de 2001, la
résilience est un terme employé en physique pour signifier
« la caractéristique mécanique qui définit la résistance aux
chocs d’un matériau ».
Selon N. Suarez (2004 :6), « il s’agit de la capacité de
certains corps de reprendre leur forme originale après
avoir subi des déformations à cause des forces ».
Le terme de « résilience » vient du latin « resilire », se
retirer, et aussi rentrer d’un bon, rebondir. Le mot fut
adopté en sciences sociales, particulièrement en
psychologie afin de caractériser les individus qui, malgré
le fait d’être nés et de vivre dans des circonstances
d’adversité, se développent psychologiquement en bonne
santé et avec succès.
19
Grotberg (1995 :1), considère, pour sa part que « la
résilience est la capacité humaine universelle pour faire
face aux adversités de la vie, les dépasser et même en être
transformé(e). Il s’agit d’une partie du processus évolutif
qui doit être promu depuis l’enfance. Il ne s’agit pas
seulement d’un phénomène que nous pouvons observer au
niveau individuel ; mais, nous pouvons également parler
de familles résilientes, de groupes résilients et de
communautés avec des caractéristiques résilientes ».
C’est ainsi que H. Cambarias (2012 :2), la définit
comme « la capacité d’un individu ou d’un système social
de bien vivre et de se développer positivement, malgré les
conditions difficiles de la vie et, même de s’en sortir
fortifiés et d’en être transformés ».
Après analyse de ces différentes définitions, nous
constatons que les auteurs s’accordent sur deux faits :
l’existence des conditions difficiles de vie, présentant
même des caractéristiques d’adversité ; l’existence ou le
déploiement chez certains individus de leur capacité
d’adaptation à ces conditions pour se tirer d’affaires en
dépit de ces circonstances.
Parce qu’il s’agit d’adaptation, notons en passant
qu’elle peut se faire soit par assimilation soit par
accommodation. Si elle se fait par assimilation, il importe
de clarifier également ce concept. Littéralement le terme
désigne fusion, incorporation dans un système.
Sur le plan biologique, le concept assimilation est facile
à comprendre. Il s’agit de l’intégration dans l’organisme
d’un élément extérieur, qui se réalise par l’intermédiaire
d’une transformation et qui vise l’adaptation, par exemple
maintenir l’organisme dans un état d’équilibre.
20
En psychologie, selon J. Piaget cité par M. REUCHLIN
(2000 :19-20), « c’est exactement la même chose en ce qui
concerne l’intelligence ; car, il n’y a pas rupture mais
plutôt continuité entre le biologique et le mental ». Pour
lui, il y a l’assimilation chaque fois qu’il y a intégration
d’objets aux schèmes d’action de l’individu.
L’assimilation est donc un mécanisme très général qui
permet d’expliquer l’intégration de tout élément nouveau
dans les structures mentales de l’individu. Elle se produit
dans tous les domaines : moteur, perceptif, intellectuel et
social.
Il convient de signaler à ce stade que l’intégration n’est
pas toujours possible ; les objets et les événements
rencontrés ne sont pas toujours directement assimilables
par l’organisme qui va se modifier pour pouvoir s’adapter.
Ce qui donne lieu à un autre mécanisme d’adaptation, à
savoir l’accommodation.
Du point de vue biologique, l’accommodation
correspond aux modifications de l’organisme nécessaires à
son adaptation dans son milieu. Une plante provenant d’un
pays donné doit s’adapter au changement climatique et au
nouveau terrain dans lequel elle a été plantée.
Selon N. Sillamy, (1967) l’accommodation est un
processus adaptatif grâce auquel un organisme peut porter
sans danger les modifications de son milieu. Pour ne pas
subir de trop graves dommages, dans certaines
circonstances où il lui est impossible de résister autrement,
l’individu est obligé de s’accommoder donc, de réagir de
la manière la plus adéquate possible aux astreintes de
l’environnement extérieur.
J. Piaget M. Reuchlin (1985:36-37), considère pour sa
part, qu’ « il y a accommodation (dans le domaine de
l’intelligence) lorsque, après assimilation aux schèmes du
21
sujet, l’intelligence modifie ces schèmes pour les ajuster
aux données nouvelles. Pour illustrer sa pensée, J. Piaget
donne l’exemple d’un bébé qui a appris à saisir les petits
objets qui se trouvent à sa portée, et qui ne peut dans un
premier temps attraper des objets volumineux ou des
fluides comme l’eau, car son schème de préhension
manuelle n’est pas adapté à ses nouveaux objets. Il va
devoir se servir simultanément de ses deux mains soit pour
insérer l’objet volumineux, soit pour mettre les mains en
creux en vue de retenir l’eau qui coule. Il modifie ainsi son
schème de préhension manuelle par accommodation ».
Les deux concepts assimilation et accommodation
apparaissent donc complémentaires. On ne peut pas les
dissocier l’un de l’autre. Ce sont là deux mécanismes
simultanés qui permettent à tout individu de s’adapter à
son milieu ; et, dans le cas d’espèce, les enfants qui
travaillent dans les mines artisanales de diamants de
Mbujimayi et ses environs.
B. Comportement
La plupart des psychologues contemporains, en
particulier M. Reuchlin (1985 :15) et R. Droz (1985 :12),
définissent la psychologie comme la science du
comportement des organismes. Par comportement, ils
entendent en premier lieu « les conduites ou activités qui
peuvent être observées objectivement, à la fois des
réactions isolées de certains muscles ou de certaines
glandes et les patterns organisés et dirigés vers un but qui
caractérisent l’organisme comme un tout ».
Pour R. Droz et M. Richelle, (1985 :12). Le terme
comportement dans l’acception behavioriste watsonien
classique qui signifiait « réponses, réactions observables
qu’un organisme exécute en riposte à une stimulation
observable venant du milieu » a glissé sous pression des
22
critiques qui considèrent cette conception comme pauvre.
R. Droz (1985 :12) pour sa part interprète le terme
« comportement comme incluant des processus internes
(exemple la pensée), les réactions émotionnelles que l’on
ne peut directement observer, mais que l’on peut inférer de
l’observation du comportement extérieur ».
Hebbs (1966 :153) ajoute que « les psychologues
contemporains, qu’ils se rattachent ou non au
behaviorisme, ont réussi à réinjecter dans le comportement
un plus ou moins grand nombre de concepts non
observables ; et donc non directement vérifiables, sous le
nom de variables intermédiaires ou de construction
hypothético-déductive ».
Pour Hiebsch (1970 :135), « le comportement des
systèmes vivants, hautement complexes est déterminé par
des mécanismes internes et non par une relation unique et
mécanique entre des excitants extérieurs et une réaction
dirigée vers l’extérieur ».
A la différence de ces auteurs, J. W. Santrock
(2000 :5), un psychologue américain, fait la part des
choses, déjà dans la définition de la psychologie. Il sépare
nettement comportement et processus mentaux. Il écrit :
« psychology is the scientific study of behavior and mental
processes ». Il explique les trois termes clés de sa
définition : science, comportement et processus mentaux.
Pour lui, “behavior” (comportement) is everything we do
that can be directly observed… and « mental processes »
are trickier to define than behavior; they are the thoughts,
feelings, and motives that each of us experiences privately
but that cannot be observed directly.
Ainsi donc, J. W. Santrock reste dans la logique
behavioriste classique en ce qui concerne le contenu du
concept comportement, mais étend l’objet de la
23
psychologie aux processus mentaux. Il rejoint la pensée de
la majorité des psychologues contemporains notamment
R. Droz et M. Richelle.
Dans cette étude, nous utilisons ce concept dans cette
acception de J. W. Santrock, tout en essayant de le mettre
en relation avec certaines caractéristiques de l’échantillon.
Car, cet auteur considère qu’en tant que science, la
psychologie emploie des méthodes systématiques pour
observer, décrire, prédire et expliquer le comportement.
C. Enfant
Du point de vue juridique, l’enfant est donc toute
personne âgée de moins de 18 ans. Cette acception ressort
de la loi n° O9/001 du 10 janvier 2009 portant protection
de l’enfant en République Démocratique du Congo.
En outre, la convention relative aux droits de l’enfant
(CDE), un instrument juridique international ratifié par
notre pays, définit également l’enfant comme « tout être
humain âgé de moins de 18 ans ». Elle ajoute à son
premier article une exception qui tienne compte des
législations nationales en ces termes : « sauf si la majorité
est atteinte plus tôt en vertu de la législation qui lui est
appliquée ».
Sur le plan médical, les services pédiatriques recevaient
jusqu’il y a peu comme enfant malade un être humain de 0
à 12 ans. Depuis un certain temps, ces services admettent
en pédiatrie des sujets malades jusqu’à 15 ans.
En psychologie, « l’enfance est une période de la vie
qui s’étend de la naissance à l’adolescence ». Elle
constitue une étape nécessaire à la transformation du
nouveau-né en adulte. (N. Sillamy, 1967 :110).
24
Au sens strict, l’enfant est un être humain de 0 à 11 ou
12 ans. De plus ou moins 12 à 18 ans, on parle
d’adolescence avec ses deux sous-stades : plus ou moins
11/12 à 14 ans, c’est la préadolescence et de plus ou moins
15 à 18 ans ; c’est l’adolescence proprement dite. La note
tonique qu’il convient de souligner pour cette période,
caractérisée par le dynamisme et une certaine richesse, est
que l’enfant connait une croissance dans tous les domaines
simultanément : physique, physiologique, psychique et
relationnel.
A un sens plus large, nous admettons avec Henri Piéron
que l’enfance est une période de développement de
l’espèce humaine. Cette période est divisée en cinq stades
qui sont :
- La première enfance (0 à 3 ans) ;
- La deuxième enfance (3 à 7 ans) ;
- La troisième enfance (7 à 12 ans) ;
- La préadolescence (12 à 15 ans) ;
- L’adolescence (15 à 18 ans) (H. Piéron, 1980 :112).
Cette conception de H. Piéron s’apparente bien à notre
compréhension dans la mesure où, en principe, cette
période se caractérise par la croissance et par une certaine
dépendance.
En outre, l’enfance est aussi un phénomène
psychologique et physiologique, le processus de
maturation organique et psychologique concerne toute la
période couverte par la loi et qu’on observe une relative
stabilité après l’âge de 18 ans (H. Mukendi Mpinga, 2012 :
10).
Pour nous, l’expression « enfants des mines » est une
étiquette collée à tous les enfants de moins de 18 ans
25
impliqués dans les opérations diamantaires ou dans les
activités connexes, c’est-à-dire, tous les enfants qui :
- Travaillent directement à la chaine de production,
c'est-àdire, aux tâches opérationnelles du processus
d’extraction minière, de traitement et de triage ;
- Se livrent à des activités de services (services dans des
restaurants, transport des produits vivriers ou
manufacturés vers les sites miniers, petit commerce) ;
- Accompagnent leurs parents sur les mines afin de les
aider à vendre ou à garder les enfants plus petits ;
- S’adonnent à la prostitution dès l’âge de 12 ans,
s’établissant, dans des hangars, parfois sous des tentes
abusivement appelées hôtels. (H. Mukendi Mpinga,
2012 : 37).
Eu égard à la promiscuité qui prévaut en ces lieux, tous
ces enfants sont touchés d’une façon ou d’une autre par les
effets de l’exploitation des matières précieuses. A défaut
d’une terminologie satisfaisante, Mukendi Mpinga et
Tshibanza Monji (1991 : 3) leur ont collé l’étiquette
d’« enfants des mines ». Les deux auteurs ont même élargi
le concept aux enfants des villages diamantifères que les
parents laissent seuls, mieux, abandonnent seuls à la
maison pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours
pour aller travailler dans les mines.
D. Travail
Pour J. V. Kabambi Ntanda (2003 : 8), « le travail est le
terme général employé pour désigner toutes les activités
ou opérations concrètes qu’une personne exécute
effectivement pour accomplir les tâches qui lui sont
assignées ».
Que l’on exécute une tâche, que l’on occupe un poste
de travail, que l’on tienne ou remplisse une fonction, tout
26

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.