Petite enquête sur le plagiaire sans scrupule

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Sur un mode ludique et inspiré de l’enquête policière, Petite enquête sur le plagiaire sans scrupule se veut instructif, aussi bien pour l’écrivain curieux des règles de déontologie que pour les lecteurs passionnés de littérature et d’anecdotes croustillantes. Le portrait-robot du plagiaire révèle un personnage complexe, tantôt délinquant, tantôt créateur en puissance. Ses mobiles, ses modes opératoires et son système de défense sont examinés à la loupe, avec un regard amusé et exigeant.
À la fois « manuel à l’usage du plagiaire » (il suffirait à un apprenti plagiaire de suivre à la lettre les règles découvertes par l’auteur) et « essai pamphlétaire » documenté et vivant (certains faits sont de toute première actualité, d’autres s’attachent aux grandes affaires de supercherie littéraire qui ont jalonné l’histoire), Petite enquête sur le plagiaire sans scrupule évoque des personnalités célèbres et anonymes, des faits réels, souvent inédits, et fictionnels, faisant ainsi le tour de cette contrefaçon d’un genre particulier.
Petite enquête sur le plagiaire sans scrupule est le résultat des recherches universitaires d’Hélène Maurel-Indart, professeur de littérature à l’Université de Tours, et s’inscrit dans une mission de diffusion de la connaissance. Hélène Maurel-Indart est également l’auteur de Du plagiat (Gallimard, « Folio », 2011), ouvrage de référence en la matière.
Publié le : mercredi 23 septembre 2015
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EAN13 : 9782756109763
Nombre de pages : 137
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Hélène Maurel-Indart

Petite enquête sur le plagiaire sans scrupule

 

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Sur un mode ludique et inspiré de l’enquête policière, Petite enquête sur le plagiaire sans scrupule se veut instructif, aussi bien pour l’écrivain curieux des règles de déontologie que pour les lecteurs passionnés de littérature et d’anecdotes croustillantes. Le portrait-robot du plagiaire révèle un personnage complexe, tantôt délinquant, tantôt créateur en puissance. Ses mobiles, ses modes opératoires et son système de défense sont examinés à la loupe, avec un regard amusé et exigeant.

 

À la fois « manuel à l’usage du plagiaire » (il suffirait à un apprenti plagiaire de suivre à la lettre les règles découvertes par l’auteur) et « essai pamphlétaire » documenté et vivant (certains faits sont de toute première actualité, d’autres s’attachent aux grandes affaires de supercherie littéraire qui ont jalonné l’histoire), Petite enquête sur le plagiaire sans scrupule évoque des personnalités célèbres et anonymes, des faits réels, souvent inédits, et fictionnels, faisant ainsi le tour de cette contrefaçon d’un genre particulier.

 

Petite enquête sur le plagiaire sans scrupule est le résultat des recherches universitaires d’Hélène Maurel-Indart, professeur de littérature à l’Université de Tours, et s’inscrit dans une mission de diffusion de la connaissance. Hélène Maurel-Indart est également l’auteur de Du plagiat (Gallimard, « Folio », 2011), ouvrage de référence en la matière.

 

EAN numérique : 978-2-7561-0976-3

 

EAN livre papier : 9782756104157

 

www.leoscheer.com

 
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DU MÊME AUTEUR

Du plagiat, Paris, Gallimard, « Folio Essais », 2011.

Plagiats, les coulisses de l’écriture, Paris, Éditions de la Différence, 2007.

 

© Éditions Léo Scheer, 2013

www.leoscheer.com

 

Hélène Maurel-Indart

 

 

Petite enquête sur

le plagiaire sans scrupule

 

 

Éditions Léo Scheer

 

Il y a des gens qui mettent leurs livres dans leur bibliothèque,

mais M… met sa bibliothèque dans ses livres.

 

Nicolas CHAMFORT, Pensées, Maximes et Anecdotes.

Introduction

Le plagiat s’arrête là où commence le délit de contrefaçon : zone d’ombre aux contours mal identifiés, il frôle la fraude, il la nargue, jouant sur les limites. Le plagiaire est un contrefacteur en puissance, à moins qu’il ne soit un authentique écrivain, recyclant joyeusement du matériau destiné à une vie meilleure. Voleur ou créateur ? Les lecteurs sont désormais à l’affût et le plagiaire doit compter avec eux.

Face au mépris plein de condescendance que subissent les victimes lorsqu’il leur prend de faire valoir les dommages subis – concurrence déloyale et usurpation de paternité littéraire –, face à la tolérance dont bénéficient le plus souvent les plagiaires, il manquait un pamphlet, sur un mode à la fois ludique et lucide, pour dévoiler leurs petites combines et leurs grandes manœuvres : comment abuser son monde avec le livre le moins original, qui ne doive rien à son auteur, mais qui soit si habilement contrefait qu’il puisse passer dans le rayon des libraires sans dommage pour sa réputation ? À dire vrai, le plagiaire parfait, celui qu’on ne prendra pas la main dans le sac, est une espèce rare. Les coutures sont souvent grossières et le rapiéçage visible. Alors, comment procéder pour repérer un plagiat ? Et comment l’éviter, quand on est un écrivain de bonne foi qui s’interroge sur son art, curieux de mieux cerner les limites entre l’emprunt servile et l’emprunt créatif ?

Qui sont ces plagiaires qui prospèrent du travail d’autrui ? Ce ne sont pas toujours de médiocres scribouillards, mais des personnalités de la politique ou du monde littéraire, des journalistes ou des universitaires ; la plupart d’entre eux occupent des postes respectables et ne pâtissent guère des remous médiatiques qui, à un moment de leur carrière, peuvent parfois troubler leur notoriété.

Et qui sont les victimes, consternées, impuissantes, qui découvrent dans la publication d’un autre le fruit de leur peine et de leur inventivité ? Ce ne sont pas toujours des jaloux, des frustrés en mal de reconnaissance, mais des coureurs de fond, souvent rebutés à l’idée d’un procès dont l’issue reste aléatoire et le coût rédhibitoire. En outre, ces plagiés ne sont pas les seules victimes. On oublie les lecteurs, trompés sur la marchandise et abusés par des écrivains fantoches.

Pourtant, même si le sentiment de dépossession peut s’apparenter chez certains plagiés à une atteinte violente à la personnalité, à un viol plus qu’à un vol, le plagiaire n’en est pas pour autant un tueur en série. Gardons la mesure. Même quand le verbe se fait chair, vol de mots n’est pas crime. Ne nous y trompons pas.

Ce pamphlet, qui s’apparente à une enquête, ne sera donc pas un réquisitoire : il vise à marquer les esprits, dans un objectif de clarification, pas de diabolisation. Il s’appuie aussi bien sur des exemples puisés dans la réalité que sur des cas fictifs imaginés par des écrivains, les mieux placés sans doute pour se mettre dans la peau d’un personnage de plagiaire, confronté au défi de la création littéraire. Examinons la scène du « crime » et voyons le plagiaire à l’œuvre : son mode opératoire, ses techniques rédactionnelles et, enfin, son système de défense. Envisageons méthodiquement ces différentes facettes.

Première partie

Les modes opératoires du plagiaire

Types de comportement, choix des outils et du matériau : le plagiaire agit selon un mode opératoire relativement constant. Pour tromper son monde, il adopte un comportement qui lui donne des allures irréprochables. Et surtout, il vise la bonne proie, la victime la moins susceptible de se rebeller. Le choix du matériau est alors essentiel, le moins détectable possible. À cela s’ajoutent quelques mesures de prudence qui le mettent à l’abri d’un enquêteur obstiné. Mais le temps presse souvent le plagiaire, avide de succès faciles et rapides ; c’est là son talon d’Achille.

Portrait-robot du plagiaire

Comme dans une enquête criminelle, il importe de commencer par dresser le portrait-robot du plagiaire. Tout d’abord, les mobiles à l’origine du plagiat : ce sont les mêmes que chez n’importe quel délinquant, de menu fretin ou de haute voltige. Le plus courant est la quête de reconnaissance sociale, par l’obtention frauduleuse d’un diplôme ou d’une promotion dans la carrière. La gloire et la popularité viennent en second, à égalité avec l’argent. Puis vient, comme motivation moins fréquente, l’accomplissement du plagiat par vengeance, pour voler à un rival une notoriété qu’on lui envie.

Le profil psychologique du plagiaire se décline sous plusieurs variantes et offre un tableau clinique contrasté. Plutôt sympathique, le plagiaire hédoniste agit en toute bonne foi, par pur plaisir esthétique ; il est subjugué par un idéal d’originalité et il porte en lui un écrivain en puissance. C’est le Pierre Ménard, éponyme d’une nouvelle de Borges1, qui restitue mot pour mot des chapitres du Don Quichotte de Cervantès, dans un acte de pure création. Cette espèce de plagiaire laisse perplexe : on a moins affaire à un délinquant qu’à un auteur génial, capable de recréer au XXe siècle une œuvre magistrale de l’âge d’or espagnol.

Le plagiaire à tendance narcissique est la variante la plus courante et la plus banale : il est poussé au délit par un besoin impératif d’auto-valorisation personnelle. Il exhibe l’œuvre comme un miroir de sa propre personne, mais il ne peut assouvir sa soif de reconnaissance qu’en s’abreuvant à la source d’un autre. Prisonnier de son désir de lui-même, il occulte la faute et se convainc de sa légitimité. Si on l’accuse de plagiat, il ressent un sentiment sincère d’injustice et aspire à la disparition du plagié. Il se pose en victime et nie au prétendu plagié toute prérogative sur son œuvre.

Le plagiaire autistique va plus loin : vivant dans l’indifférence totale de son plagié, il se croit vraiment l’auteur de l’œuvre dont il s’est inspiré. Ainsi, le personnage de Téléorman, dans le roman Dieu ne reçoit que le dimanche2 de Virgil Gheorghiu, devient le plus grand écrivain roumain en publiant sous son nom les récits d’un prisonnier qui consent docilement à se laisser déposséder de son œuvre dans le seul but qu’elle puisse être lue, tandis que lui-même est condamné à l’oubli dans sa geôle.

Le plagiaire visionnaire est convaincu qu’il est investi d’une mission à accomplir : tel est Simon Simonini dans Le Cimetière de Prague3 d’Umberto Eco. Obsédé par un antijudaïsme forcené, il fabrique des faux, plagiés sur des textes dont il détourne le sens, pour accréditer la thèse antisémite selon laquelle le monde serait menacé par un complot juif. Le véritable auteur des Protocoles des Sages de Sion de 1903, Mathieu Golovinski, était un agent des services secrets russes chargé d’attiser la peur du Juif, désigné comme bouc émissaire ; Umberto Eco s’est directement inspiré de ce fait vrai pour camper son personnage d’imposteur illuminé. D’ailleurs, il a aussi préfacé un roman graphique de Will Eisner, Le Complot, l’histoire secrète des Protocoles des Sages de Sion4 qui raconte de manière réaliste cette histoire de supercherie révélée en 1921 et dont, quelques années plus tard, se sont encore servis Hitler et Goebbels à des fins antisémites.

Très proche du type visionnaire, le plagiaire psychopathe est résolument récidiviste, car ses plagiats s’inscrivent dans un programme ritualiste. Cette variante est rare et, quoi qu’il en soit, on ne se risquera pas à en révéler d’exemple, par crainte de représailles.

Le plagiaire psychotique présente un moindre caractère de dangerosité car il agit de manière impulsive, désorganisée. Victime d’hallucinations, il s’identifie complètement à son modèle et perd la conscience de sa véritable identité. L’écrivain Philippe Claudel en offre un beau cas d’espèce dans sa nouvelle « L’autre5 », où un marchand de tissu se prend pour Rimbaud, au point d’abandonner son confortable état de bourgeois et d’aller sur les traces du poète en récitant ses vers. Il meurt d’épuisement, convaincu d’être l’auteur de sublimes poèmes.

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