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Petite Histoire de la vicomté de Carcassonne

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150 pages

 Paru en 1896, cette deuxième partie de l’Histoire de Carcassonne : celle de la vicomté, s’inscrit entre la fin du XIe siècle et le rattachement à la couronne de France au milieu du XIIIe siècle. Période charnière où le pouvoir des nouveaux vicomtes se heurte à la montée de la bourgeoisie méridionale puis, au début du XIIIe siècle, à l’impensable irruption de la Croisade contre l’hérésie cathare. Laquelle croisade mène, finalement, les grands féodaux languedociens (dont les vicomtes de Carcassonne) à leur perte au grand profit du roi de France. Après le « choc des images » que procure la visite de la Cité, il devient encore plus passionnant de suivre le déroulement de l’Histoire durant ces siècles de fer...


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de la vicomté de Carcassonne

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Malgré le soin apporté à la correction de nos ouvrages, il peut arriver que nous laissions passer coquilles ou fautes — l’informatique, outil merveilleux, a parfois des ruses diaboliques... N’hésitez pas à nous en faire part : cela nous permettra d’améliorer les textes publiés lors de prochaines rééditions.

J.-P. CROS-MAYREVIEILLE

Petite histoire

de la vicomté de

Carcassonne

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Carcassonne honore son principal historien...

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J.-P. CROS-MAYREVIEILLE

CROS-MAYREVIEILLE (Jean-Pierre) naquit à Carcassonne le 31 août 1810, au pied des remparts de la Cité, dans une maison de la rue de la Trivalle qui porte aujourd’hui le numéro 70. Il était issu, au dire de Mahul, d’une famille ancienne dans la Cité ; Jean Cros, bourgeois de Carcassonne, avait été consul de cette ville en 1459, 1465, 1473, 1482 ; Pierre Cros, marchand, le fut en 1639, et Jacques Cros, marchand, en 1782 1.

Baptisé dans l’église Saint-Nazaire qui devait être vingt-cinq ans plus tard l’objet de ses études archéologiques, Cros-Mayre-vieille apprenait, dès sa plus tendre enfance et sous les yeux de son père, les premières lettres de l’alphabet dans un livre intitulé Histoire ecclésiastique de Carcassonne.

Il entendait, sans la comprendre, l’histoire qu’il devait refaire, et il puisa peut-être dans sa naissance non loin des murs de la Cité et dans l’admiration que son père professait pour ces glorieux restes du passé le goût des études historiques et ce zèle qui ne se démentit pas un instant, même au milieu des plus cruelles souffrances et jusqu’au moment de la plus douloureuse agonie.

Il était bien jeune quand il assista à un spectacle qui produisit sur lui une profonde impression. À deux cents mètres de distance de la maison paternelle s’élevait une construction énorme dite Tour de la Barbacane et communiquant avec le château comtal par un chemin couvert. Quelques auteurs pensent que cette tour était très ancienne et qu’elle existait déjà lorsque les Maures d’Espagne s’emparèrent de la contrée. D’une immense étendue, elle formait à elle seule une véritable forteresse. Après avoir été respectée par les Sarrazins, les Wisigoths, les Albigeois, et alors qu’elle semblait ne devoir attendre sa ruine que du temps, il se trouva en 1816, époque où on tenait le moyen âge en médiocre estime, un maire de Carcassonne qui vendit la tour et ses matériaux. Les dalles séculaires de la Barbacane furent renversées, ses créneaux démolis, et, après avoir pendant bien des années défendu la rive droite de l’Aude, ces ruines du temps passé servirent à bâtir une usine sur la rive opposée.

Cros-Mayrevieille avait assisté avec la foule, réunie comme pour une fête, à la démolition de cette belle fortification, et cette « barbare » exécution l’avait ému. Plus tard il en parla souvent, et, en voyant le reste des murailles qu’on distingue encore sur les flancs de la colline où est bâti le château, il disait :

« J’ignore si la postérité élèvera une statue au Vandale qui a vendu la tour de la Barbacane, mais que cette statue ne soit pas placée dans l’intérieur des vieux remparts, les ombres des anciens chevaliers en seraient outragées ».

Enfin, si l’on admet l’influence des impressions éprouvées par l’enfance, on peut se demander si la destruction de la Barbacane ne changea pas le goût de l’enfant pour ces ruines au milieu desquelles il était né en cette passion qu’il conserva toujours pour tout ce qui lui rappelait le moyen âge.

Après d’excellentes études, jeune encore, il obtint à la Faculté de Toulouse le grade de docteur en droit. Sa thèse, remarquable par la forme et par le fond, fut insérée dans les journaux de jurisprudence.

Le jeune docteur pouvait devenir un célèbre jurisconsulte ; il appartenait à l’école des Malpel, des Delpech, savants professeurs dont il était l’ami après avoir été leur disciple. Son esprit élevé abordait hardiment toutes les questions, et sa parole faisait autorité. Mais sa vocation l’éloignait de la Faculté et du Palais ; elle le portait vers les lettres, l’histoire, la philosophie. L’étude du moyen âge avait toutes ses prédilections ; nous verrons que ces tendances du jeune étudiant furent une bonne fortune pour sa ville natale.

Cros-Mayrevieille donna l’exemple d’une vie laborieuse, exempte de tout relâche et de tout repos. Ses mains ne quittaient pour ainsi dire pas la plume. En 1837 il fondait L’Aude, journal du progrès, qu’il dirigea avec Théophile Marcou pour rédacteur en chef. Dans cette feuille il traita avec de grands développements des questions fort intéressantes pour le département de l’Aude, telles que le commerce des céréales, l’industrie des draps, les ports de mer de la côte maritime du sud-ouest, l’amélioration du sort des ouvriers, etc. 2. Ensuite il s’occupa dans des brochures particulières du chemin de fer de l’Océan à la Méditerranée, de l’impôt foncier dans le département de l’Aude, et de diverses autres questions d’intérêt local. La même année 1837 il publiait la Vie de Félix Armand, curé de Saint-Martin, diocèse de Carcassonne, auteur de la route de la Pierre-Lys 3, et, par un rapprochement qu’il est piquant de constater, au moment même où il racontait par quels efforts et quelle persévérance Félix Armand avait doté d’une belle route un pays impraticable, il s’occupait avec une énergie peu commune des travaux de défense et d’irrigation de la plaine de Mayrevieille, rendant aux intérêts agricoles le plus signalé des services, et arrivant à la double application de la loi du 16 septembre 1807 sur les syndicats et de celle du 1er mai 1845 sur la servitude de passage pour les eaux d’arrosage.

La plaine qui porte le nom de Mayrevieille est un de ces relais que l’on trouve toujours en grand nombre sur les bords des grandes rivières, dans les plis formés par les ondulations de leur cours. Elle est située sur la rive droite de l’Aude, en face et à une très petite distance de la ville de Carcassonne. Dans son périmètre, qui est d’une superficie totale d’environ 100 hectares, sont comprises deux propriétés importantes : la pépinière de Charlemagne, au grand séminaire de Carcassonne, et les terres des héritiers de Caux et le domaine de M. Cros. Le reste est divisé en un grand nombre de parcelles appartenant à divers propriétaires.

C’est le sort commun des terres irrigables, placées ordinairement le long des cours d’eau, d’avoir autant à craindre qu’à espérer de cette position particulière, si la main industrieuse de l’homme ne vient pas les protéger contre l’irruption des eaux et les corrosions des courants. Une rivière est pour le riverain un ennemi redoutable, avant de devenir un précieux ami. Avant de féconder un terrain par l’irrigation, il faut d’abord, par des travaux de défense, assurer la conservation de ce terrain. Telle était la situation de Mayrevieille, lorsqu’en 1837, grâce à l’initiative éclairée de M. Cros, les principaux propriétaires de cette contrée sollicitèrent la formation d’un syndicat chargé de faire exécuter les travaux de défense nécessaires pour garantir les terrains exposés. L’association naquit du danger commun 4.

Le 11 avril 1839 une ordonnance royale en forme de règlement d’administration publique constituait le syndicat de Mayrevieille.

« Ce syndicat a, du reste, rempli sa tâche. Sans imposer aux intéressés des sacrifices exorbitants, il a fait exécuter tous les travaux nécessaires pour mettre Mayrevieille à l’abri des corrosions de l’Aude, et aujourd’hui il n’a plus qu’à veiller à la conservation des ouvrages. Cet heureux résultat est dû principalement au zèle et à la persévérance de M. Cros, le promoteur du syndicat, qui en a été le directeur depuis l’origine et a supporté la plus forte part des tracas et des ennuis de toute nature, inséparables d’une œuvre exécutée par voie d’association. L’association ne fonctionne d’ordinaire qu’à la condition de se personnifier dans un homme ; M. Cros a été l’homme du syndicat.

« La plaine de Mayrevieille ainsi mise à l’abri des invasions de l’Aude, il y avait lieu de s’occuper de la mise en irrigation des terrains préservés.

« Cette situation nouvelle de Mayrevieille n’a peut-être pas encore été comprise par tous les propriétaires intéressés ; mais M. Cros, le zélé directeur du syndicat, n’y a pas failli pour son compte » 5.

En 1846, Cros-Mayrevieille faisait paraître 6 le premier volume de l’Histoire du comté et de la vicomté de Carcassonne. Ce n’est plus la légende qu’il nous offre dans cet écrit, mais la vérité historique trouvée à l’aide d’investigations profondes, d’une analyse sûre et d’une appréciation sage de tous les documents fournis par les anciens écrivains, — documents qu’il a été nécessaire de rapprocher, de comparer, et qui exigeaient un réel travail et une incontestable sûreté de méthode et de direction.

« Lorsqu’un homme de conscience et de talent, écrivait alors la Revue des Deux-Mondes 7,arrive après plusieurs années d’études et porte sa pierre au grand monument historique, qui sera un jour élevé à la gloire de notre patrie, il faut applaudir à ses patientes veilles.... Les faits rapportés par l’auteur sont complètement neufs et ne faisaient point encore partie du domaine de l’histoire. Si l’on tient compte à l’auteur des erreurs nombreuses qu’il a relevées dans les meilleurs ouvrages, tels que l’Art de vérifier les dates, le Gallia christiana, l’Histoire générale de Languedoc et les travaux récents de Fauriel et de Lelewel, son œuvre courte et substantielle, où ne sont, pour ainsi dire, renfermées que les conclusions de ces longs travaux, mérite une mention particulière. Au milieu d’une époque qui travaille vite et cherche à produire des volumes, l’histoire du comté de Carcassonne nous semble devoir être classée parmi les meilleurs livres qui ont été écrits sur l’histoire de France ».

Pendant qu’il écrivait et racontait le passé de sa ville natale, Cros-Mayrevieille nourrissait au fond de son cœur un amour filial pour cette Cité qui avait été son berceau et qui fait aujourd’hui l’admiration du monde entier. La Cité ! Quel monde de souvenirs s’éveille à son aspect et fait revivre le passé aux yeux du voyageur ! Nous l’avons visitée souvent, et nous avons toujours été saisi de cette impression qu’un grand orateur romain décrivait et que nous fait éprouver la vue des lieux historiques. Souvent nous l’avons gravie, cette montée de la porte de l’Aude, et, en arrivant aux premières portes, il nous semblait que nous allions voir se dresser devant nous quelque soldat des vicomtes de Carcassonne enveloppé de sa lourde et puissante armure. Nous nous reportions par la pensée aux jours des grandes luttes, et nous nous représentions ces murailles, aujourd’hui dégarnies, endossant leur vêtement d’échafaudages et de toits pointus qui se montrait pendant les sièges et les batailles.

Voici la tour carrée de l’Évêque, à cheval sur les deux enceintes ; puis la tour Saint-Nazaire au pied de laquelle s’ouvre un puits communiquant avec l’intérieur et par où le malheureux Raymond Roger, prisonnier de Simon de Montfort, chercha à s’évader. Saluons, en passant, l’imposante tour de l’Inquisition, témoin de tant de misères, et, si nous entrons, n’oublions pas de déchiffrer ces inscriptions, respectées par le temps, qui ont porté jusqu’à nous l’écho des souffrances des infortunées victimes du redoutable tribunal. Ici, la porte Narbonnaise, formant tout un système de défense militaire ; — là, le château ; — enfin, la belle église de Saint-Nazaire avec son gracieux clocheton. Vous pourrez chercher en France, vous trouverez bien ailleurs des monuments riches en souvenirs, mais vous ne trouverez nulle part ailleurs une ville entière aux murailles intactes, et portant écrite sur ses remparts l’histoire de plusieurs siècles.

C’est à la conservation de cette vieille ville que Cros-Mayrevieille, né dans un de ses faubourgs, consacra ses efforts. Laissons-lui la parole.

« Dès 1836, dit-il dans ses Monuments de Carcassonne 8,nous commençâmes à appeler l’attention du gouvernement sur les monuments de la Cité. Nommé en 1839 correspondant du ministre de l’instruction publique, et en 1840 correspondant du ministre de l’intérieur, avec le titre d’inspecteur des monuments historiques, nous nous adressâmes au ministre de la guerre pour la réparation et la conservation des monuments militaires entièrement sous sa dépendance. Le maréchal Soult nous répondit, à la date du 31 décembre 1840, que la restauration que nous demandions ferait l’objet d’un article des projets de la place de Carcassonne pour l’année 1841. Ces réparations étant insuffisantes, nous renouvelâmes nos réclamations, soit auprès des comités historiques, soit auprès des deux départements de l’intérieur et de la guerre. Sur nos incessantes demandes, les ministres de l’intérieur et, de la guerre se concertèrent et décidèrent qu’un architecte du gouvernement serait envoyé sur les lieux pour dresser un plan détaillé et un nivellement complet de la Cité de Carcassonne, afin que, l’opération faite, il pût être dressé par les soins de la commission des monuments historiques un projet de restauration générale qui serait soumis au comité des fortifications.

« Par une dépêche en date du 25 octobre 1844, M. Duchatel, alors ministre de l’intérieur, nous informa qu’un architecte du gouvernement avait été désigné et qu’il viendrait sous peu remplir la mission qui lui avait été confiée et dans laquelle nous étions invité à le seconder ».

Bientôt un décret du 8 juillet 1850 déclasse la Cité. Cros-Mayrevieille provoque la réunion de la Société des arts et sciences, et celle du conseil municipal de Carcassonne. Il montre que ce décret c’est la perte de ces remparts et de ces tours qui, désormais considérés comme inutiles, seront livrés au domaine et vendus par lui ; le meilleur moyen de conserver ces monuments, c’est de faire rester la Cité dans les attributions du ministère de la guerre. La Société des arts et sciences et le conseil municipal prennent une délibération conforme aux vœux de Cros-Mayrevieille, et le décret est rapporté.

Aujourd’hui les monuments militaires de la Cité de Carcassonne sont toujours sous la tutelle du ministre de la guerre et en fait sous la direction de la commission des monuments historiques qui est passée successivement du ministère de l’intérieur au ministère d’état et de ce dernier département à celui de l’instruction publique et des beaux-arts qui ne néglige pas la Cité et poursuit toujours le cours de ses réparations.

Cros-Mayrevieille fut par sa science profonde un précieux auxiliaire pour ceux qui avaient entrepris la restauration de la vieille Cité, et souvent, usant des droits que lui conférait son titre d’inspecteur des monuments historiques, il prit une part active à leurs travaux. Le premier il avait, à la date du 20 novembre 1840, adressé une monographie complète de l’église Saint-Nazaire au ministre de l’intérieur, en lui signalant le déplorable état du monument. Quelques réparations urgentes furent faites sous la direction de Cros-Mayrevieille, elles permirent d’attendre l’arrivée de l’architecte du gouvernement.

« Saint-Nazaire, écrivait en 1839 Viollet-Leduc à Didron, rédacteur des Annales archéologiques, est une mine inépuisable, et vous me permettrez de vous en parler encore. On peut faire dans ce monument un cours complet de l’architecture et de l’ornementation du XIVe siècle. M. Cros-Mayrevieille a déjà sauvé bien des parties de cette cathédrale, et grâce à son zèle et à sa persévérance il est à croire que Saint-Nazaire sera garanti de la ruine qui le menace. Cette jolie église est extérieurement dans un état de délabrement qui fait peine à voir ; ses belles verrières si complètes se détachent chaque jour de leur réseau de fer. Il est temps de penser à la conservation de tout ce qui en reste encore, et nous espérons que le gouvernement viendra en aide » 9.

Aujourd’hui Saint-Nazaire se montre dans toute sa splendide et élégante beauté. Nous n’avons pas à énumérer les divers travaux qu’y fit exécuter Cros-Mayrevieille, ils sont consignés dans ses ouvrages ; mais nous devons signaler l’importante découverte qu’il fit en 1839, dans l’église même de la Cité, de la chapelle et du tombeau de Guillaume Radulphe, évêque de Carcassonne (1255-1266). Ce tombeau est un des morceaux les plus beaux que nous ait laissés le moyen âge ; nous renverrons le lecteur curieux à la description que Cros-Mayrevieille en a donnée dans son ouvrage déjà cité 10.

« Vous connaissez, écrivait Viollet-Leduc à Didron, le tombeau de l’évêque si admirablement conservé dans la chapelle qu’il fit bâtir à l’extrême sud du transept ; c’est là un monument qui à lui seul mériterait que les archéologues fissent le pèlerinage de Carcassonne. Vous savez comment M. Cros-Mayrevieille, correspondant de votre Comité historique des arts et monuments et de la Commission des monuments historiques, découvrit ce tombeau en 1839. Vous connaissez la notice curieuse et pleine de savantes recherches qu’alors il publia dans les Mémoires de la Société archéologique du midi de la France ;que vous dirai-je après cela sur ce monument que vous ne sachiez ! » 11.

La découverte du tombeau de Radulphe ferait, à elle seule, la gloire d’un archéologue, si Cros-Mayrevieille n’avait d’autres titres à l’estime du monde savant.

Il a, en effet, avec une grande profondeur, tracé les règles que doit suivre celui qui cherche la solution des problèmes historiques, moraux ou philosophiques. Elles sont exposées dans l’ouvrage qui a pour titre La Méthodologie des sciences morales et politiques, appliquée à la science de l’histoire 12. L’auteur, abordant l’un des plus vastes sujets qu’il soit possible de traiter, indique les connaissances que doit posséder l’historien. On est effrayé en méditant les difficultés que présente l’étude de l’histoire, et on se demande quel temps il a fallu pour étudier l’antiquité, le moyen âge, l’époque moderne, dont les travaux sont successivement jugés par Cros-Mayrevieille. L’étude des siècles est complète et savante. Après avoir dit ce qui a été fait, l’auteur indique avec autorité ce qu’il fallait faire.

Ceux auxquels il appartient d’étudier dans leurs détails les ouvrages de Cros-Mayrevieille ne manqueront pas de louer la concentration et la vigueur de son esprit ; ils loueront également les qualités de son style si sobre et si clair, même dans la discussion des problèmes philosophiques les plus ardus. Je ne résiste pas au plaisir de citer une page de sa Méthodologie.

« S’il a régné tant de vague dans les études morales et politiques, c’est parce qu’en donnant un trop libre essor à l’hypothèse on est sorti du monde réel ; c’est parce qu’on a assigné à la philosophie un rôle qui ne lui appartient pas. Percer l’enveloppe des mondes visibles pour chercher la loi des phénomènes sociaux au moyen de la réflexion dans un monde idéal, c’est chercher, à l’aide de l’intuition qui n’est applicable qu’aux études de l’homme considéré individuellement ou de la psychologie, la connaissance des lois de sociabilité ; c’est abuser d’une science et l’appliquer à la discussion de questions qui ne sont pas de son domaine naturel. Quand il s’agit de matières politiques ou morales, il faut s’attacher à connaître et à approfondir la cause et les effets des événements, et rechercher dans les annales des peuples les véritables lois des destinées humaines, au lieu d’imaginer des principes de convention purement utopiques, et qui, quoique revêtus de formes irréprochables au point de vue littéraire, peut-être même rigoureusement logiques au point de vue scolastique, n’en sont pas moins d’inapplicables théories et des systèmes chimériques. Car certains faits réveillent souvent dans notre esprit des séries d’idées qui nous paraissent devoir en être nécessairement la conséquence, tandis que l’événement contredit les calculs de l’idéal ; c’est que l’idéal conclut trop rigoureusement et saris tenir compte des futurs contingents qui modifient l’absolu dans la réalité. Il nous semble incontestable que la logique de l’histoire doit être apprise dans l’étude des faits et non pas seulement dans les règles fixes et bornées du raisonnement humain » 13.

La Méthodologie est un véritable succès dans le monde savant, et tous les grands écrivains de l’époque adressèrent des félicitations à l’auteur. Dès ce moment nombre de savants étrangers devinrent ses amis et ses correspondants. En Allemagne, en Espagne, en Italie, à Londres, les sociétés savantes s’empressèrent de lui donner des témoignages d’estime et de sympathie.

Rappelons que la Société des arts et sciences de Carcassonne eut l’honneur de compter Cros-Mayrevieille au nombre de ses membres et de ses présidents. Quand, en 1849, elle voulut faire connaître ses travaux, c’est lui qui présenta au public les Mémoires de la Société 14. Il publia dans ce recueil Lascostumas et las libertats de la ciutat et del viscomtat de Carcassona, les droits du leudaire de la leude mage de Carcassonne, avec un précis de la constitution féodale et consulaire des communautés de l’ancien diocèse de Carcassonne.

La vie de Cros-Mayrevieille fut bien remplie et faite de travail. À l’âge où d’autres prennent à peine rang dans la société, il y occupait dignement sa place. Il mourut à Narbonne le 16 octobre 1876. La presse locale et régionale paya à sa mémoire un juste tribut de regrets 15, et sa mort fut douloureusement ressentie dans le monde intellectuel.

« Ah ! tu m’as été dérobé ! » disait Valentine de Milan à Dunois. C’est ainsi que, si elles pouvaient parler, auraient parlé à Cros-Mayrevieille l’histoire, les lettres et la philosophie.

Une de ses pensées dernières furent pour cette Cité qu’il avait tant aimé, et dans son testament, après avoir légué à chacun des hospices de Carcassonne et de Narbonne une somme de dix-mille francs, il ordonna à ses enfants de construire dans son domaine de Mayrevieille une chapelle semblable à celle de Radulphe. Ces volontés, qui trahissent l’archéologue jaloux de sa plus belle découverte aussi bien que le chrétien, ont été pieusement respectées, et, si le nom de Cros-Mayrevieille n’eût été déjà depuis longtemps inscrit au livre d’or de la science, ce monument eût servi à redire à la postérité le nom de celui qui avait fait de la science un objet de culte et de dévouement 16.

L. NARBONNE.

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(1). Mahul, Cartulaire de Carcassonne, t. VI, 2e partie, p. 169.

(2). L’Aude commença à paraître deux fois par semaine en format in-folio d’abord chez C. Labau, puis chez Louis Pomiès Gardel. Il cessa de paraître en 1838.

(3). Cet ouvrage parut sous la signature de J.-P. de la Croix, Paris, Adrien Leclère.

(4). Salaman, dans le conciliateur du 29 mars 1851.

(5). Salaman, loc. cit.

(6). Paris, J.-B. Dumoulin.

(7). Nouvelle série, t. IV, p. 882.

(8). P. 31, 3e édit., Carcassonne, 1876, Pomiès. La première édition de cet ouvrage parut en 1860 à Paris chez Victor Didron.

(9). Mahul, Cartulaire, t. V, p. 616.

(10). Monuments de Carcassonne, 3e édit., p. 109.

(11). Mahul, Cartulaire, T. V, p. 624, note. — Voyez aussi Bulletin du comité historique des arts et monuments, T. I, p. 147.

(12). Paris et Leipzig, chez Renouard, 1848, in-8°.

(13). Pages 182 et suiv.

(14). Tome I, Introduction.

(15). Union de l’Aude du 26 octobre, Courrier de Narbonne du 19 octobre, Républicain de Narbonne du 30 novembre, Bon sens du 21 octobre, Fraternité du 3 décembre, Courrierde

l’Aude du 22 octobre, Messager du Midi du 21 octobre, Petit Midi du 3 décembre.

(16). De nouveaux etrécents hommages ont été rendus à la mémoire de J.-P Cros-Mayrevieille.

Le 3décembre 1893 la Société des arts et sciences décidait que son portrait serait placé dans la salle des délibérations. Ce portrait, fort habilement exécuté par M. Roumens qui ne disposait que d’une épreuve au daguerréotype altérée par le temps, a été placé le 2juin 1895 A cette occasion M. le colonel Grillières, président de la Société, a prononcé un discours dans lequel il a retracé la vie de Cros-Mayrevieille, et a fait voter par l’assemblée les deux résolutions suivantes : 1° Le président fera, au nom de la Société, une démarche auprès de M. le maire de Carcassonne pour obtenir que le nom de Cros-Mayrevieille soit donné à l’une des rues de la Cité ; 2° Une plaque en marbre sera fixée par les soins et aux frais de la Société sur les murs de la maison natale de Cros-Mayrevieille, avec une inscription rappelant que la conservation de la Cité et de la cathédrale Saint-Nazaire est à son initiative et à sa perséverance.

Le 22 novembre 1895, le conseil municipal adoptait la proposition de la Société des arts et sciences, et le 16décembre un décret présidentiel approuvait la délibération du conseil.

OUVRAGES DE J.-P. CROS-MAYREVIEILLE

1830. — Compte-rendu du cours de philosophie de M. Gatien-Arnoult, dans la France méridionale des 9 et 10 décembre 1830.

1831. — Compte-rendu du programme d’un cours de philosophie par M. Gatien-Arnoult, dans la France méridionale.

Thèse de licence en droit.

1832. — Divers articles politiques, littéraires et feuilletons, dans le Patriote de juillet.

1833. — Feuilletons et théâtres, dans le Patriote de juillet.

Sur les céréales, dans la France méridionale du 24 octobre 1833.

1834. — Plan d’association pour l’éducation primaire populaire, dans le Journal des connaissances utiles (Numéro de septembre 1834).

— Cinq lettres politiques, économiques et statistiques sur le département de l’Aude, dans le Journal politique et littéraire de Toulouse (8 octobre 1834 au 16 janvier 1835) : 1re, no du 8 octobre 1834 ; 2e, n° du 16 octobre ; 3e, no du 15 novembre ; 4e, no du 3 décembre ; 5e, n°du 16 janvier 1835.

Compte-rendu du conseil général de l’Aude, dans le Journal de Toulouse.

Sur la question des céréales. — Les Bains de mer à Cette, dans la France Méridionale.

Quelques mots sur la correspondance de Carcassonne, dans La Patrie, journal qui paraissait à Toulouse.

— Sur les céréales (France méridionale du 4 novembre 1834).

— Des variations atmosphériques (France méridionale du 27 novembre 1834).

— De la philosophie de l’avenir à propos des recherches sur le principe de la vie, par C. Chardel ;

— Mémoire sur les moyens d’améliorer le sort des ouvriers, envoyé à l’Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse.

1835. — La Cité et la ville basse de Carcassonne ; Avignonet, dans l’Art en province (Première année, p. 152 à 169).

— Divers articles sur le conseil général, les inondations, dans le Journal de Toulouse.

— Discours sur l’éducation primaire populaire, dans Le Publicateur, journal de Perpignan (no du 19 septembre 1835).

— Mémoire sur l’amélioration du sort des ouvriers, adressé à l’Académie du Gard (Mention honorable dans le rapport de l’Académie, page 7).

1836. — Biographie de Félix Armand dans le feuilleton de la France méridionale.

Correspondance politique du Journal politique et littéraire de Toulouse.

Correspondance dans le Journal de Toulouseet dans l’Émancipation.

1837. — De la stagnation de l’agriculture et de l’impôt foncier dans le département de l’Aude, dans l’Annuaire de 1837, avec tirage à part.

— Du présent et de l’avenir de la Société des arts et sciences de Carcassonne. Ibid. — id.

— Lettres à Mme Dorval et feuilletons dans la France méridionale et dans la Revue du Théâtre imprimée à Paris (no du 8 février).

— Sur la Société des arts et sciences de Carcassonne, dans la France méridionale du 11 mai.

— Thèse pour le doctorat, in-8° et in-4°, Toulouse, imprimerie de Lavergne, 73 pages.

— Mémoires sur les cavernes tumulaires de la Fonde, dans les Mémoires de la Société archéologique du midi de la France, Tome III, p. 129, et tirage à part, in-4°, 11 pages. — Toulouse, Lavergne.

— Lettre circulaire annonçant l’ouverture du Musée de Carcassonne, 17 mai 1837, in-4°, 3 pages.

— Dissolution du conseil municipal de Carcassonne (Émancipation, n° du 1erseptembre).

Prospectus du Journal général de l’Aude et travaux comme directeur du journal l’Aude. (Quelques-uns sur la fabrication des draps ont été reproduits dans le Journal de Toulouse et le Courrier de Bordeaux).

Vie de Félix Armand, un vol. in-8°, avec portrait, 120 pages. Toulouse, Manavit, 1837.

— Du présent et de l’avenir de la Société des arts et sciences de Carcassonne, in-12°, 14 pages, Carcassonne, Polère, 1837.

1838. — Collaboration au journal l’Aude. Les articles sur la côte maritime du Sud-Ouest, intitulés Port-Vendres, La Franqui et Dessèchement des étangs, ont été reproduits par le Courrier de Bordeaux (1er février 1838) et le Journal de Toulouse (14et 20 février 1838).

— La rade de La Franqui, dans le Courrier de Bordeaux des 22-24 janvier et 1er février 1838.

— Notice sur la chapelle et le mausolée de l’évêque Radulphe, in-4°, 14 pages avec dessins, Carcassonne, Labau, 2e édition.

— Mémoire sur les torques-cercles trouvés à Serviès-en-Val, dans le Recueil de la Société archéologique du midi de la France, Tome II, page 245.

1839. — Notice sur la chapelle de Guillaume Radulphe, dans les Mémoires de la Société archéologique du midi de la France, tome IV, p. 185, et tirage à part, Toulouse, in-4°.

Mémoire sur les torques-cercles gaulois trouvés à Serviès-en-Val, dans les Mémoires de la Société archéologique du midi de la France, tome IV, p. 143, et tirage à part, Toulouse in-4°.

— Aperçu historique sur Limoux, envoyé à M. Augustin Thierry pour servir d’introduction à la publication des privilèges et libertés de cette ville.

— Rapport sur les archives de la ville d’Ax (Ariège).

— Rapport sur les archives de Carcassonne.

— Proposition et plan d’une statistique du département de l’Aude adressés au conseil général de l’Aude, agréés dans la séance du 1er septembre 1839.

— Mémoire sur la statue de Castillione, trouvée à l’abbaye de Lagrasse et déposée au Musée de Carcassonne, adressé à l’Académie de Toulouse, IVe vol., 2e partie, page 7.

— Mémoire sur les libertés et coutumes d’Ax, ainsi que sur les ruines du château de Maü, situé auprès d’Ax, adressé à l’Académie de Toulouse, IVe vol., 2e partie, page 14.

1840. — Compte-rendu d’un livre de M. Marcel de Serres sur les cavernes à ossements de l’Aude, dans le Journal de Toulouse du 21 février 1840.

— Un article sur La Franqui, à propos d’un article de journal sur le même sujet, dans la France méridionale du 24 juillet 1840.

— Travail fort court sur les premiers temps historiques de Carcassonne, adressé à l’Institut.

— La monographie de Saint-Nazaire, adressée à Mme Gabriel Delessert.

— Un traité sur la liberté individuelle, adressé à M. Odilon Barrot. Ce livre a pour titre : Personne et domicile.

Mémoire sur un tombeau de l’époque mérovingienne trouvé à Pennautier et une inscription romaine trouvée près de Moux, dans le Bulletin du Comité historique des arts et monuments, tome I, 2e partie, pages 36 à 55.

1841. — Préface à Las Pouésios bariados de Daveau, in-8° chez Labau, Carcassonne. Cette préface a été reproduite dans le Journal de...

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