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Petite sociologie des peigneurs de plage et beachcombers

De
142 pages
L'expression "Peigner les plages" est la traduction littérale du mot anglo-saxon "beachcombing". Nombreux en France sont ceux qui pratiquent cette activité en collectant coquillages, sables colorés, bois flottés, verres polis, galets, épaves ou bijoux, une multitude de trésor rejetés par la mer. Cet ouvrage présente une petite histoire de cette pratique ancienne aux travers d'illustrations photos, dessins, cartes anciennes. Le nettoyage à outrance de certaines plages rend ces fortunes de mer de plus en plus rares !
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Petite sociologie des peigneurs de plage et beachcombers

Collection Maritimes Coordination : Jean Rieucau1
Mers, littoraux, ports maritimes, villes côtières, sont au cœur des mutations contemporaines qui bouleversent les rapports entre les sociétés et les territoires. La mondialisation de la production, des échanges, les exigences environnementales, les nouveaux modes de vie, placent les acteurs côtiers et maritimes, les responsables du tourisme et des loisirs, les sociétés riveraines de la mer, au centre des recompositions spatiales et sociétales actuelles. Les représentations collectives, les images du maritime évoluent. Une maritimité renouvelée se met en place. Cette collection réunit universitaires, chercheurs, acteurs des régions littorales, des villes portuaires, du secteur du tourisme et des loisirs, dans une démarche interscience ainsi que dans une approche comparative internationale. Déjà parus -Familles de pêcheurs et évolution des pêches. Littoral morbihannais, 1830-1920, Nathalie Meyer-Sablé, 2005. -Ville portuaire, acteur du développement durable, coordonné par Michèle Collin, 2003. -Mode d’appropriation d’un rivage. La baie du Mont SaintMichel, Michèle Salitot, 2000. -Les ports de plaisance. Equipements structurants de l’espace littoral, Nicolas Bernard, 2000. -Urbanité des cités portuaires, coordonné par Thierry Baudouin, Michèle Collin, Claude Prelorenzo, 1997. -L’imaginaire marin des Français. Mythe et géographie de la mer, Michel Roux. 1997. -Ces ports qui créèrent des villes, sous la direction de Claude Chaline, 1994. -Ville et port XVIIIe-XXe siècles, sous la direction de Michèle Collin, 1994.

Professeur des Universités, Université Lumière Lyon 2, Responsable du M 2 Tourismes, Loisirs, Patrimoines.

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Gilles KERLORC’H

Petite sociologie des peigneurs de plage et beachcombers
Coquillages, bois flottés, sables, galets, bijoux…

© L’Harmattan, 2009 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-08590-9 EAN : 9782296085909

« Je ne sais pas si beaucoup de gens sont comme moi, mais le seul fait de me promener, seul, sur une côte rocheuse ou une plage déserte, m’excite terriblement. Je marche à la recherche de ce « quelque chose » qui existe ou n’existe pas. Je vais peut-être découvrir une épave, un trésor rejeté par la mer : un morceau de bois délavé, un coquillage, suffisent à mon bonheur ». Robert Vergnes, « L’or dans la peau », 1974

Je tiens ici à remercier pour leur aide précieuse, JeanPhilippe Rodrigues, Lydie Bourbon et Marie Mélisou. Ce livre est dédié à la mémoire de Daniel Hodebert, beachcomber malouin.

SOMMAIRE
INTRODUCTION............................................................... 1-LES PREMIERS BEACHCOMBERS.......................... 1-1 Attirance et répulsion du milieu littoral..............…........ 1-2 La mer inspiratrice de divinités.........................….......... 1-3 Les Beachcombers.............................................…......... 1-4 Pilleurs et naufrageurs........................................…......... 1-5 La pêche à pied en France et l’inscription maritime.….. 1-6 La fortune de mer : du pillage de survie au loisir.....….. 2-LA PLAGE A L’INTERFACE MER/TERRE.............. 2-1 La géographie des plages.................................…........... 2-2 Vents et marées.........................................….................. 2-1-1 Les marées................................................................... 2-1-2 Les vents….................................................................. 2-3 Déplacement des fortunes de mer.....….......................... 3-LA PLAGE : TERRAIN DE BEACHCOMBING........ 4-LES FORTUNES DE MER LES PLUS RECHERCHEES................................................................ 4-1 Coquillages.................................................................... 4-2 Galets (Portrait de Lydie Bourbon)............................... 4-3 Flotteurs de verre, bouteilles et verres polis.................. 4-4 Sables (Portrait de Marie Mélisou)............................... 4-5 Bois flottés..................................................................... 4-6 Bijoux et monnaies (Portrait de Philippe Rodrigues).... 5-DANGERS ET RISQUES DE LA PLAGE................... 5-1 La vive........................................................................... 5-2 L’huître........................................................................... 5-3 L’oursin............................................................…........... 5-4 La méduse........................................................…........... 5-5 L’anémone de mer.......................................................... 5-6 Le tétanos...........................................................…......... 5-7 Les courants de baïne........................................….......... 5-8 Pollution.............................................................…......... 5-9 Munitions.......................................................…............. 6-LES BEACHCOMBERS CONFRONTES AUX PLAGES ASEPTISEES DES STATIONS BALNEAIRES..................................................................... 6-1 Les tracteurs : cribleurs nettoyage ou destruction des plages ?.........................................................….....................

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6-2 La laisse de mer en danger ?...............................…........ 6-3 Où sont passées les puces de sable ?.......................….... 7-BEACHCOMBING ET LEGISLATION DES PLAGES............................................................................... 7-1 La législation.........................................................…...... CONCLUSION………….................................................... ANNEXES............................................................................ LES ADRESSES UTILES.................................................. WEBOGRAPHIE................................................................ BIBLIOGRAPHIE..............................................................

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INTRODUCTION Peigner les plages… Terme aussi étrange qu’original. Pourtant, « peigner les plages » est la traduction littérale du mot anglo-saxon « beachcombing ». Vous avez tous été un jour ou l’autre un « beachcomber ». Si, si… ne cherchez pas bien loin, retournez dans l’enfance et souvenez-vous… Vos vacances en bord de plage, cette délicieuse habitude de ramasser ces objets rares, rejetés par les vagues. Le seau de plastique plein à ras bord de coquillages, de débris de bois, une pince de crabe, tenue du bout des doigts, qui devient une arme redoutable pour le postérieur d’un petit frère ou d’une petite sœur… L’hiver, emmitouflés dans un chaud parka, vous furetez entre les déchets de la mer, sautez d’un tronc à l’autre, fouillez dans les tas d’algues, en provoquant une panique bondissante parmi les puces de sable. Ces objets rejetés, symboles de l’enfance, ramassés précieusement pour être conservés comme de véritables trésors sur un rebord d’étagère ou d’un chevet. Ce cristal précieux au reflet d’émeraude, vulgaire verre poli par le sable, qui devient une pierre des plus précieuses à vos yeux. Le beachcombing est un retour vers l’enfance, une chasse au trésor insatiable, le virus de la curiosité, de la quête et de la collection… Devenus adultes, cette époque, cette nostalgie ne nous quitte pas. Lors d’une promenade sur un rivage, qui n’a jamais jeté un œil sur un tas de bois lié de fragments de cordages ? Qui n’a jamais ramassé une bouteille recouverte d’Anatifes, bercée par le ressac, en imaginant qu’elle renferme encore un message, une carte au trésor, une porte ouverte sur le rêve ? 11

Certains franchissent le pas. Cette collecte devient passion et les plages de France se transforment en véritables terrains d’aventures. Les plages, derniers espaces de liberté, derniers lieux où le regard ne bute pas sur des reliefs maçonnés, frontière liquide qui invite à l’évasion, à la rupture avec le quotidien, au rêve. Nombreux sont ceux dans l’hexagone à marcher le long des vagues, l’œil scrutant le sable, à la recherche, de galets, de coquillages, de bois flottés ou de trésors réels, du moins ceux perdus par les estivants et trouvés à l’aide de détecteurs de métaux. De l’autre côté de l’Atlantique, le beachcombing est un véritable fait de société. Nos voisins américains en ont fait un Art de vivre, un phénomène culturel qui touche toutes les tranches de la société. On se déplace en famille sur les rivages du Pacifique ou de l’Atlantique. On s’installe un temps, ratissant le sable des plages, puis on quitte le campement sommaire pour d’autres plages. Cette ode au vagabondage, à la liberté commence à devenir aujourd’hui une denrée particulièrement rare. Les beachcombers anglo-saxons modernes, par souci de confort, se déplacent maintenant en camping-car, dormant à la lisière de leurs champs d’action. Mais le vrai beachcomber, rêveur convaincu, est attentif à son milieu. La mer donne, alors il donne en retour. La collecte des plages a également, outre son côté ludique, un rôle écologique. De nombreuses associations, individuels ou groupes d’enfants partent en basse saison, nettoyer manuellement les plages des macro-déchets, rejetés par les vagues, qui les souillent. Il faut une prise de conscience forte. La plage est un écosystème fragile et si nous voulons en profiter longtemps, préservons là, protégeons-la, aimons-la.

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1-LES PREMIERS BEACHCOMBERS 1-1 Attirance et répulsion du milieu littoral La mer offre pour l’homme une image profondément contradictoire. L’homme, de tout temps, a vécu à proximité, craignant, fuyant cet espace inconnu d’où arrive souvent le malheur : les tempêtes soudaines dévastant cultures et habitats, les invasions de barbares apportant la mort, les épidémies de peste transmises par les rats qui infestaient les bateaux. La mer est une ressource pour les peuples côtiers. On la craint mais on la respecte. On a besoin d’elle car elle procure la nourriture de la communauté. Les hommes partent pêcher sur de frêles esquifs, pour subvenir aux besoins de leurs familles. Parfois, la mer féroce avale mari, frère ou fils, parfois elle rend les corps, parfois jamais... 1-2 La mer inspiratrice de divinités La mer divinité, généreuse et cruelle à la fois, prend des visages différents selon les croyances. Dans le panthéon grec, la mer est personnifiée par Océan, titan des origines qui se lie à Téthys, sa sœur, pour engendrer les dieux et les nymphes de l’eau, dont les trois mille Océanides. Poséidon, dieu de la mer au caractère changeant est le frère de Zeus. Son pouvoir l’autorise à déclencher les furies de l’eau et à la calmer tout aussitôt. Amphitrite, déesse de la mer, deviendra l’épouse de Poséidon. On peut aussi croiser de nombreuses divinités, telles Protée, Nérée et Thalassa.

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Fig. 1. Poséidon Dieu des mers (Dessin G.K.)

Dans le panthéon nordique, le dieu de la mer prend l’apparence de Njord. En Asie, on vénère Mazu, déesse de la mer et on lui dédie de très nombreux temples. En Afrique c’est Yemaya une déesse qui personnifie l’Océan. Elle se nomme Lemanja au Brésil... En France, de très nombreuses petites créatures, lutins ou fées aquatiques effraient les hommes. En Bretagne, notamment, on pouvait croiser le Tan Noz, créature cruelle qui attire les bateaux à la côte avec des feux allumés sur le rivage.

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