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Petits métiers pour grand services dans la ville africaine

De
145 pages
En Afrique, la rue est devenue le lieu de survie pour nombre de personnes échappant au travail salarié. Les deux auteurs ont profité de leurs expériences professionnelles dans le domaine de l'emploi pour observer de plus près ce qui se passait à Abidjan. Les rues sont devenues le refuge des gens de peu, des migrants, des précaires de la société. Les auteurs ont voulu aller à leur rencontre, les écouter et collecter leurs paroles pour découvrir et comprendre.
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Petits métiers pour grands services dans la ville africaine

Études Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa Dernières parutions

Issakha NDIAYE, Guide de la passation des marchés publics au Sénégal, 2010. Xavier DIJON et Marcus NDONGMO, L’Éthique du bien commun en Afrique, Regards croisés, 2011. Daniel KEUFFI, La régulation des marchés financiers dans l’espace OHADA, 2011. Cedric ONDAYE-EBAUH, Vous avez dit développement ?, 2010. Mahamadou ZONGO (sous dir.), Les enjeux autour de la diaspora burkinabè, 2010 Jean-Claude MBOLI, Origine des langues africaines Essai d’application de la méthode comparative aux langues africaines anciennes et modernes, 2010. Lambert NICITIRETSE, Charge pastorale du curé et coresponsabilité dans l’église du Burundi, 2010. Jean Maurice NOAH, Le makossa. Une musique africaine moderne, 2010. Brice Armand DAVAKAN, Repenser les nations africaines, 2010. René N’Guettia KOUASSI, Comment développer autrement la Côte d’Ivoire ?, Des suggestions concrètes pour soutenir la dynamique du développement de ce pays, 2010. Jean-Pierre BODJOKO Lilembu, Développement de la radio catholique en RDC, 2010. Auguste ILOKI, Le droit des parcelles de terrain au Congo. Tome 1 : Droits fonciers coutumiers. Acquisition des parcelles de terrain, 2010. Abdoulay MFEWOU, Migrations, dynamiques agricoles et problèmes fonciers, 2010. Maurice ABADIE, Afrique centrale. La colonie du Niger, 2010 (reprint de l’édition de 1927).

Bernard GOURMELEN Jean-Michel LE ROUX

Petits métiers pour grands services dans la ville africaine

Avec la collaboration de Mamoutou Touré

Nous sommes conscients que quelques scories peuvent subsister dans cet ouvrage. Étant donnée l’utilité du contenu, nous prenons le risque de l’éditer ainsi et comptons sur votre compréhension.

Bernard Gourmelen
La validation des acquis de l’expérience, L’Harmattan, 2006. Le manuel des écoles de football et du jeune footballeur, en collaboration avec Marc Barthélémy, Éditions Chiron, 1985.

© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13721-9 EAN : 9782296137219

Remerciements
Nous tenons à remercier toutes celles et tous ceux qui, de près ou de loin, en France ou en Côte d’Ivoire, ont pu apporter leur contribution à la rédaction de cet ouvrage. Nous remercions, plus particulièrement, tous les travailleurs des rues qui ont bien voulu nous consacrer de leur temps lors des rencontres. Nous remercions, aussi, très chaleureusement Seydou, notre guide accompagnateur et interprète.

Avertissement au lecteur
Si cet ouvrage est inspiré de faits réels, les noms des personnes citées sont fictifs. Ainsi, toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé ne saurait être que le fait du hasard. Les photographies, réalisées par les deux auteurs, ont été toutes prises, uniquement, après accord verbal des personnes concernées.

Sommaire

REMERCIEMENTS ...................................................................7 SOMMAIRE ...............................................................................9 PREFACE ...............................................................................11 INTRODUCTION .....................................................................13
1. Le contexte des investigations ........................................................................ 17 1.1. Le guide et traducteur : Seydou ................................................................ 17 1.2. Les entretiens............................................................................................ 20 1.3. Quelques éléments de compréhension...................................................... 21 Paroles des petits métiers................................................................................ 31 2.1. Quelques précisions sur les personnes rencontrées .................................. 31 2.2. Ceux qui facilitent les déplacements ........................................................ 33 2.3. Ceux qui vendent ...................................................................................... 44 2.4. Ceux qui assurent les services téléphoniques ........................................... 59 2.5. Ceux qui assurent la surveillance ............................................................. 61 2.6. Ceux qui assurent la restauration .............................................................. 71 2.7. Ceux qui assurent l’hygiène ..................................................................... 78 2.8. Ceux qui rendent service aux personnes................................................... 79 2.9. Ceux qui récupèrent, réhabilitent et recyclent .......................................... 93 Les « métiers interdits » .................................................................................. 99 3.1. Les « brouteurs » ...................................................................................... 99 3.2. Trois exemples ....................................................................................... 100 3.3. Le broutage, phénomène culturel ........................................................... 102 Le contexte économique................................................................................ 107 4.1. L’économie informelle ........................................................................... 107 4.2. L’économie informelle en Afrique de l’Ouest........................................ 111 4.3. L’économie informelle en Côte d’Ivoire ................................................ 115 Petits métiers, grands services, d’aujourd’hui et de demain… ................. 121 5.1. Paroles des uns et des autres................................................................... 121 5.2. « C’est dur, c’est galère… », l’entreprise de la rue : mendier ou galérer ? .. ................................................................................................................ 122
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2.

3.

4.

5.

5.3. 5.4. l’espoir 5.5.

« Pour autant, je fais avec… », un travail à faire : un travail assumé .... 122 « Si je pouvais, je ferais bien autre chose… », un désir de changement : de ................................................................................................................ 123 Et pour l’avenir ? .................................................................................... 124

Conclusion ............................................................................................................. 125

ANNEXE 1 .............................................................................131
Guide d’entretien des petits métiers en Côte d’Ivoire ....................................... 131

ANNEXE 2 .............................................................................133
Allégement de la dette au titre de l'initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) .......................................................................................................... 133

BIBLIOGRAPHIE ..................................................................139 TABLE DES MATIERES .......................................................141

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Préface
L’étalement de la ville d’Abidjan et la concentration des populations croissantes posent le problème de la gestion de cette cité millionnaire. Pourtant pour les concepteurs du modèle urbain ivoirien, Abidjan devait présenter une image moderne et inspirer confiance aux investisseurs du monde libéral. Les tours du quartier du Plateau, à l’image des « Central Business District » (CBD) américains, les autoroutes et l’architecture avant-gardiste sont autant de symboles d’une occidentalisation du pays. Abidjan était une ville symbole dans un pays symbole qui faisait la fierté des Ivoiriens. Ceux qui découvrent pour la première fois cette métropole aujourd’hui, surtout la nuit, dans son jeu d’ombres et de lumières, ont le sentiment de traverser une métropole occidentale. Sa géographie diurne dévoile malheureusement une autre réalité. Dans une Côte d'Ivoire en pleine crise politique et économique et à la recherche de nouveaux repères, les problèmes d’organisation et de gestion de l’espace métropolitain éclatent à la lumière du grand jour. La capitale économique nationale porte des cicatrices profondes de l’informalisation de l’espace qui prolifèrent comme de véritables cancers dans toute la trame urbaine. La plus belle escale de l’Afrique occidentale sur le golfe de Guinée tend ainsi à devenir « une métropole de plus en plus dégradée et anarchique ». A l’échelle de la ville, une autoroute, un boulevard, une avenue, une ruelle, une piste bitumée ou en terre sont classés à la même enseigne. Le tablier, la vendeuse de produits vivriers, le tenancier d’un « maquis1 », le charbonnier, le commerçant ambulant, le charretier (ou « wotrotigui »), le chauffeur de taxi, le commerçant de bétail, la commerçante de légumes mais aussi le policier ou le gendarme élisent tous domicile dans la rue ou sur les trottoirs, créant ainsi, par endroits, un désordre surréaliste : « Tout se passe comme si celui qui a la rue, a le pouvoir… ». Naturellement, dans cet espace de liberté privatisée, les piétons et les automobilistes ne sont pas prioritaires. La rue est devenue autant un espace de vie et beaucoup plus un espace de travail. C’est un lieu de spectacle, une mosquée, un temple, une cathédrale à ciel ouvert. Et sans que le législateur ait à se prononcer sur le statut de la rue, les habitudes qui en font un marché, un centre culturel et un lieu de culte sont devenues des prescriptions. Faut-il s’en offusquer ? Certainement. Par temps de guerre et de crise économique, les pouvoirs publics centraux et décentralisés ont recours aux services des opérateurs privés de droit ivoirien ou informels pour les accompagner dans leurs actions de gestionnaire. Mais de toute évidence, le
1

Voir § 2.5.2.1. 11

pullulement des petits métiers informels traduit la difficulté de l’Etat central ou décentralisé à réguler les initiatives privées dans un cadre devant privilégier l’intérêt général plus que les intérêts particuliers. Les petits services urbains privés sont devenus la règle se substituant même parfois à l’intérêt général et à l’autorité publique. La surimposition entre pouvoirs publics et opérateurs privés est telle que les abidjanais ont presque oublié que le principe de bonne gouvernance exige un service public minimum. Et une grève des transporteurs, comme celle du 12 avril 2010, vient rappeler aux abidjanais l’absence de services publics. Au total, on assiste à l’émergence d’une forme originale d’économie de marché ou au contraire du modèle de la bonne gouvernance selon lequel la gestion publique repose sur un gouvernement local, se dessine un modèle privé de l’intérêt général. Dans ce dernier, prévalent les arrangements et les compromis résultant d’une subtile politique de laisser-faire. Cela se traduit par une appropriation de l’espace urbain pour assurer les services collectifs, en lieu et place des acteurs publics. Ce modèle qui permet de pallier au décalage entre investissement public et étalement urbain, engendre naturellement des conflits entre les différents acteurs privés, nécessitant des arbitrages fréquents des autorités publiques. Le reclassement de la rue abidjanaise traduit bien une crise de l’espace où les petits services urbains de proximité sont nécessaires mais non maîtrisés. En toile de fond, c’est le changement d’une gestion pensée et planifiée au début de l’indépendance à une gestion pragmatique qui est en cause. Et les problèmes de circulation intra-urbaine ne sont pas la moindre des difficultés. Pour autant, ces petits métiers sur lesquels on jette l’opprobre rendent de grands services aux abidjanais. C’est tout le paradoxe que met en exergue cet ouvrage écrit par deux observateurs français. A partir d’une méthode fort originale, ils nous révèlent, à travers le zoom fait ici sur le quartier du Remblais dans la commune de Koumassi, que derrière l’informel et le désordre ambiant, il y a des hommes, des femmes et des enfants qui apportent des réponses populaires et informelles à l’urbanisation accélérée pour survivre. Au cœur de ces services urbains privés émerge une pléthore d’acteurs, aux histoires de vie différentes, mais qui préfigurent sans doute les recompositions en cours dans la ville d’Abidjan. C’est pourquoi, au-delà de son caractère descriptif, cet ouvrage donne à la recherche urbaine des éléments d’interprétation utiles. Mamoutou Touré, Enseignant-chercheur à l’Université d’Abidjan-Cocody, Institut de Géographie Tropicale.

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Introduction
« Je suis venu me chercher… » Cette phrase nous a été maintes fois répétée, avec calme et assurance, lors des interviews des hommes et des femmes que nous avons rencontrés travaillant dans les rues d’Abidjan. Elle paraissait signifier, à elle seule, les vertus rédemptrices d’un travail ou d’une activité lucrative. De quoi ? Pourquoi ? C’est un peu ce que nous avons cherché à éclaircir dans cet ouvrage. Mais, remontons à l’origine de l’histoire qui a engendré ce questionnement. En avril 2008, nous sommes à Abidjan au titre de la solidarité internationale que nous entretenons avec le village de Mahibouo situé à environ 300 km, au cœur de la forêt tropicale. Découvrir la métropole, la capitale économique, est déjà en soi une partie d’aventure : le dépaysement, l’exotisme, les particularités de cet état d’Afrique subéquatoriale, bousculent à chaque instant notre culture occidentale. Ainsi, se rendre d’une extrémité à l’autre de la ville constitue pour les étrangers que nous sommes un véritable apprentissage des modes de transport dans la mesure où nous voyageons au moindre coût, utilisant les taxis collectifs et les gbakas2, ces minis bus où l’on s’entasse « solidairement ». Ce jour-là, nous sommes à bord d’un gbaka qui nous mène d’Abobo à Bingerville. Nous allons visiter le jardin botanique situé dans ce quartier où se trouve encore l’un des derniers vestiges de la colonisation française, le Palais du Gouverneur, aujourd’hui transformé en orphelinat. Les gbakas sont ici les transports les plus prisés. Ils défilent en nombre, bondés, épousant les crevasses d’une route fort défoncée. Le conducteur, véritable chef de bord est assisté d’un adjoint accroché à la portière entrouverte du gbaka, dans un véritable exercice d’équilibre et toujours prêt à descendre avant même l’arrêt du véhicule. Il suscite spontanément notre curiosité. L’observation de sa tâche réveille en nous des antécédents professionnels dans le domaine de l’emploi ; nous esquissons l’étude de son poste de travail d’un œil amusé !
Le « gbaka » est un minicar de transport en commun de dix-huit places en service à Abidjan notamment vers Bingerville et Dabou. Leur particularité est la mauvaise conduite avérée des chauffeurs que l’on surnomme « les frappeurs ». 13
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Ses regards interrogateurs et sa gentillesse nous amènent à lui énumérer, avec admiration, la liste de ses qualités et compétences que nous observons depuis quelques minutes : agilité, rapidité, amabilité, information des clients, encaissements, restitution de la monnaie, communication avec le conducteur, gestion du groupe des passagers, remplissage du gbaka et bien d’autres choses encore. Le contact est établi. C’est avec le sourire qu’il évoque son avenir en quelques mots. Cet entretien des plus informels et totalement impromptu nous a donné des idées. En effet, nous avions déjà remarqué, dans le cadre de notre vie quotidienne à Koumassi, de nombreuses personnes occupant des activités jusqu’alors inconnues pour nous comme cette jeune fille « presseuse d’orange » qui vient à domicile vous rendre ce service en livrant les fruits commandés la veille. Une liste de ces services rendus se dessinait progressivement. Elle a entraîné dans le même temps nos premières réflexions sur les rémunérations, les liens sociaux, les raisons d’être qui pouvaient s’en dégager. Alors, nous nous sommes dit qu’il serait instructif de les approfondir. Pour en faire quoi ? A cet instant, nous n’en savions rien…

Ces vendeuses à Palm-Beach proposent leurs produits aux passants.

Nous avons poursuivi en menant quelques interviews pour voir… Puis, nous avons rapidement construit une trame d’entretien que nous proposons en annexe. Nous avions constaté que tous ces travailleurs occupaient peut-être des « petits métiers », souvent bien exotiques pour nous « les blancs », mais qui rendent à la population des services inouïs. De plus, ceci leur permettait d’exister et de vivre dans les rues d’Abidjan. Nous avons donc décidé d’aller plus en avant dans nos investigations. Nous sommes allés sur le terrain, sans à priori, pour rencontrer, au hasard de nos pérégrinations, ces personnes sur les communes de Marcory et Koumassi.

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