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Pétrole et développement dans le monde arabe: des révolutions en chaîne

De
304 pages
Ce livre cherche à évaluer les formes et le rôle des ressources pétrolières dans le développement des pays arabes. Le constat est sans appel : les ressources pétrolières ne participent que très peu au développement économique de ces pays car elles sont utilisées surtout à d'autres fins qui servent les régimes en place quand elles ne sont pas détournées par la corruption. L'auteur examine les approches qui permettraient d'inverser cette situation.
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Pétrole
et
développement
Des
dans
révolutions
en
le
monde
chaîne
arabe
:
5-7,
rue
de
©LHarmattan, 2011 lEcole polytechnique, 75005
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-54811-4 EAN : 9782296548114
Paris
Monzer Makhous
Pétrole et démenetevolpp dans le monde arabe : Des révolutions en chaîne
LHarmattan
INTRODUCTION
L’uniformité relative des pays en développement se caractérise par certains critères dont les plus importants sont les suivants : la place particulière des pays qui ont accédé à l’indépendance dans l’économie mondiale qui est déterminée par différents modes d’économies, un niveau bas de développement de la production et une dépendance unilatérale (soit par une interdépendance asymétrique) aux centres développés mondiaux. Ces 20 à 30 dernières années ont vu apparaître une différenciation socio-économique et politique de plus en plus visible entre les pays en développement. L’étude des particularités de la différenciation de ces pays en général, et dans certaines régions de l’ex-périphérie coloniale de l’économie mondiale, permet, premièrement, de mieux vérifier et de concrétiser les idées sur les axes principaux, et notamment sur les particularités du développement de différents groupes, et, deuxièmement, de préciser l’état des forces économiques (politiques) dans telle ou telle région pour dégager les caractéristiques spécifiques et les profils économiques particuliers des États qui en font partie. Comme le pouvoir dans les pays en développement en général, et dans les pays arabes en particulier, appartient, en règle générale, aux classes politiques totalitaires, la rente pétrolière favorise surtout leur propre enrichissement et le renforcement de leurs positions. Tel est le revers de la médaille des changements importants dans le système de répartition qui ont eu lieu dans l’économie mondiale à la suite du rôle grandissant du facteur pétrolier dans celle-ci. La base de la modernisation contient les lourds vestiges des structures traditionnelles, et le système lui-même présente une structure arriérée, alimentée par les rentes pétrolières. La superstructure archaïque demeure. La société qui se construit sur cette base peut être caractérisée comme "un capitalisme féodal" dans le cadre duquel s’est formé "un capitalisme étatique et monopolistique", intimement lié à des centres industrialisés et monopolistiques. La solution aux contradictions objectives entre la nouvelle base et l’ancienne superstructure se mettra en place au travers d’une évolution souhaitée. Les revenus pétroliers stimulent le développement dans la plupart des pays arabes et leur intégration toujours plus profonde dans l’économie mondiale. Les milieux dirigeants des monarchies pétrolières arabes en accord avec la grande bourgeoisie financière et commerciale se sont transformés en une « pétrocratie », nouvelle couche de l’oligarchie internationale.Sans sous-estimer aucunement l’impact positif du facteur pétrolier sur le développement économique du monde arabe et la montée de son poids dans l’économie mondiale et les relations internationales, il faut reconnaître que sur le plan sociopolitique, du point de vue du renforcement des positions des forces démocratiques de la région, il a joué un rôle négatif. Sur le plan politique, on voit persister la coexistence des institutions traditionnelles et modernes. En dépit de grandes difficultés, la modernité se fraye un chemin même dans ce domaine. La stabilité autoritaire a été ébranlée par une forte aspiration à la démocratisation. À la fin des années 1980, on pouvait parler déjà d’un commencement
de démocratisation, quoique à peine perceptible, des systèmes politiques. La pression « du bas », qui a servi d’impulsion à ce processus, mène parfois au résultat inverse, le retour à l’autoritarisme, mais surtout à l’impasse politique traduite sous forme d’extrémisme et de fondamentalisme religieux. Au cours de dernières quatre décennies, le nationalisme arabe, mais aussi l’islamisme, qui à la suite d’un triomphe de plus de dix ans est devenu l’un des éléments clés de la vie de la société arabe moderne, ont connu des hauts et des bas. Quelques facteurs permettent d’envisager une éventuelle synthèse du nationalisme et de l’islamisme reconstitué par l’abandon de certains fondements nationalistes séculaires et de certains principes fondamentalistes. Étant donné que l’activité non productive gagne du terrain, le caractère contradictoire du développement s’accentue considérablement: la polarisation sociale de la société se base sur l’approfondissement de l’inégalité des chances. La montée de la tension sociale est suivie de l’exacerbation des problèmes économiques, par l’émergence des restrictions supplémentaires à la croissance, ce qui est lié à l’utilisation insuffisante des unités de production, au chômage et au renforcement de la concurrence sur le marché extérieur. Les groupes sociaux comprennent entre autres « la couche parasitaire ». Cette couche sociale apparaît et croît dans le secteur des entreprises et du commerce en union avec la bureaucratie de l’appareil d’État et le secteur public, en se transformant lentement mais sûrement en une force d’influence. Ce groupe social est très proche de la grande bourgeoisie marchande et bancaire des pays pétroliers de la péninsule arabe, dont l’apparition et l’union avec les instituts monarchiques traditionnels de ces pays sont devenues un trait caractéristique de leur développement socio-économique. Le parasitisme de ces couches puissantes des pays pétroliers arabes est confirmé par les statistiques, selon lesquellesrevenus pétroliers ont été dépensés sur90 % des la période 1973-1990 pour des besoins et des services non industriels, et seuls 10 % ont été investis dans la production.Le caractère social de la politique économique des régimes monarchiques arabes conduit finalement à leur affirmation au pouvoir, à l’élargissement de la base du développement. Les pays arabes ont affiché un progrès dans certains aspects du développement socio-économique. Ainsi, en ce qui concerne le PIB par habitant, les monarchies pétrolières faiblement peuplées se hissent aux premières positions dans le monde entier. Cependant, en matière d’autres indicateurs, surtout sociaux, elles n’y sont pas encore parvenues. En outre, aux problèmes existants, non encore résolus, s’ajoutent de nouveaux problèmes sous forme de dette extérieure, tant en valeur absolue que par habitant. La suppression de la féodalité ne s’opère pas par un mouvement ascensionnel ; elle est soumise à des fluctuations et elle n’aboutira qu’après nombre de collisions, conflits intestinaux et interétatiques, accords, crises, explosions sociales, etc. Ce processus peut se caractériser par des écarts, des abandons de ce qui a été déjà atteint sous l’influence des guerres, des calamités, de la chute des prix des matières premières sur le marché international, etc. La situation des pays arabes est compliquée par le fait que la majorité écrasante de ceux-ci se maintient dans des conditions où le pouvoir d’État est concentré entre les mains des groupes sociaux souvent dépourvus de compétences et de sincérité politiques. Les dirigeants qui agissent selon la volonté de ces groupes sont incapables de se lancer dans la résolution des problèmes mentionnés et cherchent à y remédier en servant leur
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propre intérêt et non celui des citoyens. Donc, le progrès en matière de suppression de la féodalité d’après une analyse est parfois à peine visible. Cependant, si l’on prend une plus longue période, une décennie, un quart ou un tiers de siècle, le progrès socio-économique sera bien évident. Les pays arabes ne forment pas un ensemble pour de nombreuses raisons. Leur niveau de développement économique est très disparate et ils sont très hétérogènes sur le plan sociopolitique. En même temps, la diversité des conditions n’exclut pas des problèmes socio-économiques du même type qui se dressent devant les pays arabes. Les plus importants d’entre ceux-làsont le développement de l’industrie et de l’agriculture, la liquidation de l’étroitesse de la base énergétique, l’élargissement et la modernisation des communications et du transport, la formation des cadres nationaux de différentes professions et qualifications, la garantie de l’emploi, le problème de l’accumulation, l’élimination des disproportions de production sur leur territoire, la suppression des disproportions intersectorielles, la création d’un marché intérieur développé, mais surtout la distribution égale des richesseset autres. Il y a beaucoup de traits tant généraux que particuliers dans la manière de résoudre ces problèmes qui distinguent les pays arabes non seulement les uns des autres, mais aussi des autres pays en développement. L’expérience du développement a révélé que l’économie mondiale connaît de nouvelles orientations et tendances qui peuvent à peine être prévues ou calculées. Il suffit de se poser les questions suivantes et notamment quelles seront la périodicité et l’amplitude des variations des futurs cycles économiques, des progrès de la révolution scientifique et économique dans les domaines de l’économie d’énergie et des matériaux de construction, de la mise en pratique de nouvelles technologies, de l’utilisation de semences à haut rendement et de l’élargissement de la production des produits photographiques, de la biotechnologie et de la microélectronique ? Quelle sera la correspondance entre les processus aussi divergents qu’un nouveau boom d’investissements éventuel, provoqué par la mise en pratique de nouveaux appareils et de mécanismes de l’ère de la microélectronique, et d’autres réalisations en matière de diminution de capacités d’absorption en matières premières, en énergie et en matériaux ? Les pays développés seront-ils en mesure de regrouper d’une manière efficace leurs efforts pour poursuivre une politique déflationniste en vue d’élever les taux de production sociale et de croissance du rendement, compte tenu de la nécessité d’affaiblir la tension sociopolitique négative du chômage ? Les dépenses militaires démesurées, tant en chiffres absolus que relatifs, sont les plus grandes au monde. À titre d’exemple, les dépenses militaires annuelles de l’Arabie saoudite se chiffraient au milieu des années 1980 à 24 milliards de dollars (34,4 milliards de dollars entre 1981 et 1985), ce qui lui a permis, selon cet indicateur, de surpasser l’Angleterre, la France et le Japon. Près de 20 % du PIB du royaume sont dépensés dans la course aux armements. Cela ne doit rien au hasard. Le problème tient au fait qu’au cours de moins d’une décennie (les années 1980) différents pays arabes ont été engagés dans la guerre Iran-Iraq, dans le conflit militaire au Sahara occidental et dans des affrontements et des guerres civiles au Liban, au Tchad et dans le Sud du Soudan. Les guerres et les conflits ainsi que la non-résolution du problème palestinien exigent de plusieurs pays arabes une implication directe de leurs forces armées et de grandes dépenses militaires, excessives pour leur potentiel économique limité. Cependant ce n’est qu’une partie de la vérité. En effet, cette situation a été bien exploitée par les régimes en place pour la consommation
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interne afin d’utiliser ce prétexte pour le maintien dustatu quopour justifier le monopole du pouvoir, la répression et la conservation des régimes totalitaires. Dans ce sens, le conflit arabo-israélien a été et est toujours utilisé comme prétexte pour le maintien de régimes oppressifs et totalitaires sous couverture de la nécessité d’une « lutte nationale » et d’une prétendue « mobilisation ». En vérité, les armes n’ont pas été employées contre Israël, mais surtout pendant des conflits et des guerres frontalières (Iran-Iraq, Libye-Tchad, Somalie-Éthiopie, Maroc-Polisario, Iraq-Koweït, etc.). De plus, les volumes de l’importation d’armes par les pays arabes n’étaient pas avec ceux d’Israël, qui se sont élevés dans ces années-là à 3,8 milliards de dollars contre 10,5 milliards de dollars déboursés par la Syrie seule, pays où les taux des dépenses militaires dans le PIB sont parmi les plus élevés au monde. De telles dépenses créent une augmentation de la dette extérieure de plusieurs pays arabes. Pour faire face à un tel endettement, certains de ces pays déboursaient au milieu des années 1980 20 % ou plus de leurs revenus provenant des exportations. Les échanges commerciaux entre les pays arabes ne représentent que 3-4 % du volume total de leur commerce extérieur, alors que leurs économies peuvent être parfaitement intégrées dans un marché commun. On insiste sur le fait que la coopération économique régionale dans le domaine des finances, du commerce et de l’économie réelle fournirait un accès à un marché plus large qui pourrait assurer de plus grands retours sur investissements, servirait de pare-chocs pour diminuer la dépendance aux fluctuations des prix du pétrole et des situations conjoncturelles du marché en général et permettrait d’atteindre une profondeur stratégique qui pourrait conjurer des risques émanant des tensions politiques. Alors, parvenant à des résultats de développement aussi modestes, voire misérables, tout en possédant les richesses en ressources pétrolières les plus fantastiques du monde, le citoyen arabe pose naturellement la question : est-ce que ce pétrole est un don formidable de Dieu ou un terrible mal du diable ? Cette question est d’autant plus légitime que des dizaines d’autres pays largement moins riches en ressources naturelles, proches ou lointains culturellement ou géographiquement sont en gradients de développement largement supérieurs aux pays arabes ! Où se situe donc le problème ? L’auteur, étant spécialiste en ingénierie de l’exploration et de la production pétrolière et habilité à diriger des recherches, est passionné depuis de longues années par les débouchés et l’efficacité réelle de l’utilisation de ces ressources pétrolières fantastiques. Passant à la loupe l’ensemble des indicateurs du développement socio-économique des pays arabes, il tente de suivre les succès et les échecs dans leur parcours historique contemporain. Étant originaire de cette région du monde, il connaît par conséquent en profondeur la situation réelle de ces pays et la dynamique de celle-ci de l’intérieur, et il essaye d’effectuer cette analyse sur un fond historique et social en ayant recours à des approches méthodologiques novatrices et originales. En prenant comme base pour son étude des tendances spécifiques du développement de divers pays arabes, l’auteur a tâché de réduire au minimum le seuil de non-représentation de certains phénomènes. Par ailleurs, pour comparer des situations et des phénomènes différents et mettre à nu des tendances générales, il recourt aux données relatives à la majorité des pays de la région arabe. L’auteur fait une analyse comparative des structures économiques et sociales des 20 États arabes. Jusqu'alors, la littérature ne proposait pas d’études qui contiennent des caractéristiques comparatives plus ou moins détaillées d’éléments essentiels des
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économies de l’ensemble des pays du monde arabe. Cela est dû en grande partie aux difficultés d’obtention et d’élaboration des données statistiques appropriées qui, de surcroît, soumises aux méthodes traditionnelles de l’analyse économique, ne permettent, en règle générale, d’envisager seulement des caractères particuliers, des différences et des ressemblances entre les pays correspondants. Dans le présent ouvrage, on a cherché à combiner les méthodes traditionnelles de l’analyse économique et des procédés modernes des statistiques mathématiques multidimensionnelles, y compris le traitement des données statistiques assisté par ordinateur. Une telle approche permet d’obtenir des caractéristiques quantitatives générales sur la base desquelles on peut juger de l’envergure, du caractère et des particularités de la manifestation des traits généraux et particuliers des différents pays étudiés. Le présent travail élargit considérablement le champ économique des études : outre l’analyse du niveau de la production, il englobe la caractéristique du potentiel des ressources et de l’économie des pays arabes et leurs places dans l’économie mondiale. Selon certains paramètres, l’étude des structures socio-économiques des pays arabes est présentée non seulement dans les statistiques, mais aussi dans la dynamique qui tient compte de l’évolution des 40-45 dernières années. Ainsi, on voit apparaître la possibilité de dégager des changements dans la situation de certains États en matière de progrès socio-économique. Enfin, une étude détaillée de la différenciation économique interrégionale des États arabes est effectuée à partir des fonds correspondants relatifs aux pays non arabes en développement et développés. Ainsi, une tentative pour inclure les pays arabes dans le paysage du développement mondial a été entreprise. Tout cela détermine la structure et la logique internes de l’investigation proposée. Le premier chapitre est consacré à l’analyse des transformations et du développement dans le monde arabe (et dans certains pays non arabes à économie pétrolière) : les tendances générales pendant la période de formation des traits économiques initiaux. Le deuxième chapitre concerne le rôle des ressources pétrolières dans le développement socio-économique du monde arabe. Le troisième chapitre porte sur l’intégration arabe et les estimations sommaires des positions des pays arabes dans l’économie mondiale. Enfin, le quatrième chapitre analyse les rapports entre le développement social et le développement économique dans le monde arabe. Une analyse comparative, approfondie et multidirectionnelle, du développement de la production et de la structure de l’économie nationale est effectuée dans le chapitre cinq. Cela couvre les deux volets majeurs du développement : d’un côté le niveau de développement du « facteur humain » de la production – le développement humain, l’enseignement, la recherche et le développement, les médias, la situation démographique et la santé publique et de l’autre côté le niveau du développement de la production – les éléments matériels, la production et la consommation d’énergie. Là encore, on fait l’analyse de la dynamique du facteur humain, des indicateurs sociaux et structuraux, de même que des éléments matériels de la production. Les grandes questions d'actualité géopolitique contemporaine, incluant le monde arabe contemporain dans un centre de gravité mondial, font l’objet du sixième chapitre, à savoir économie politique et conjoncture historique du monde arabe : le pétrole, l’islam, la violence, la démocratie et la croissance.
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En conclusion, on tente de définir l’échelle et la dynamique de la différenciation économique et sociale des pays arabes tant dans le temps que dans l’espace – par rapport à d’autres pays en développement et aux pays développés. Sur la base de l’analyse effectuée, l’auteur donne son avis sur les voies de l’évolution et de la différenciation économique et sociale des États arabes, sur le rôle des facteurs externes et internes dans leur développement et sur le caractère contradictoire de leur position dans l’économie mondiale. Dans le souci de faciliter au maximum la compréhension de l’analyse économique, sociale et politique effectuée, on a décrit tout un ensemble de sujets périphériques, parfois fondamentaux : la méthodologie et les approches de l’investigation effectuée mettant en relief certaines nouveautés, la macroéconomie de l’économie de rente et la problématique de la croissance dans une économie pétrolière ou basée sur des ressources naturelles, le marché pétrolier en perspective : réserves, développement, prévisions sur la demande et l’offre, sur les prix et les conjonctures géopolitiques. Cette tâche est particulièrement rude étant donné l’amplitude des champs thématiques et géographiques étudiés, ainsi que la complexité et l’actualité du sujet.
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